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jeudi, 02 décembre 2010

Un verre c'est ça tannique

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Le dernier livre de Marc Pierret n'a pas de quatrième de couverture ni de préface ni notes ni commentaire .
Il est dépourvu de ces sempiternelles citations en exergue , et en me remémorant une confidence que me fit l'auteur en rapport avec un autre livre qu'il était en train d'écrire et qu'il me présentait comme l'histoire d'un écrivain qui juge qu'il n'a aucun talent littéraire mais qui veut "que ça se sache" , je me suis dit que MarcPierret ayant écrit le meilleur et le plus drôle des romans parus ces 12 derniers mois, il fallait que ça se sache .

Marc Pierret : un écrivain "hors de prix" littéraire , pour que les visteurs du village sachent de quoi un romancier est le nom :

Urbain

mardi, 09 novembre 2010

La tarte est méritoire

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Ô temps libérés ,
Ô heures nouvelles et propices à l’épanouissement de l’homme nouveau .

Voici venu l’âge soulagé du poids du sensible, par l’œuvre salutaire de l’industrie, du marché et de sa circulation .
Grâce aux empreintes génitales nous pouvons enfin prendre la mesure de la baisse de la fellation , désormais réprouvée au manège enchanté , et y voir une des causes que tout part à veau l'eau autour de Zebulon .
Déjà on ne le voit plus s’animer avec ce ressort qui naguère encore propulsait ses rebonds.
Déjà une langueur monotone semble assoupir l’élan décomplexé de l’histrion, à l’instar de ses courtisanes en panne de privautés et de ses spadassins qui ne savent plus refouler leur frustration
Déjà le parterre s’est vidé de sa claque n’y laissant plus que quelques vieilles gloires avinées pour hoqueter le dépit dont est faite leur approbation.

Alors ?
Alors que reste-t-il pour divertir l’opinion et ses démocrates spontanés, maintenant que les piles énergétiques de bouffon sont épuisées ?
Des informe-ations, des images … des voix.
Une voix parmi celles-là.
Une voix qui s’élève dans les volutes de fumée . Une voix qui crachote et annone entre deux grimaces l’hagiographie du règne des malins , des riches, des célèbres, de la veulerie cynique répandue dans le grand style journalistique de l’époque du formatage vulgaire , insignifiant et satisfait.
Cette voix leur dit, dans cette langue atone qui lui sied , sans s’encombrer de vaine finesse , et dans la simple affirmation de sa médiocrité, assumée aux frais d’une vanité sans nuance ;
cette voix leur dit que les pauvres et les nigauds ( qui par un heureux hasard sont les mêmes ) n’ont que ce qu’ils méritent, et que le darwinisme social est en train d’achever son oeuvre inéluctable, au profit des mieux pourvus à l’étal des privilèges et des intrigues de cour.
Cette voix est entendue, par ceux là qui la font résonner partout, et y font d’autant plus et mieux écho qu’ils s’y retrouvent. Car ils parlent la même novlangue . Le même sabir inconsistant dont sont faites les nouvelles et l’actualité du monde de la presse et de la radiovision , le même Volapük porté par les ondes et les bits jusqu’aux écrans et aux écouteurs prothétiques de l’humanité virtuelle , cette espèce nouvelle dont ils célèbrent en chœur l’avènement.
Vite, le Goncourt ! pour cette voix parfaitement accordée à celle du divin marché, à l’image de Versailles pour les Pokemons après les Mickeys siliconés emblématiques du premier age du Bouffonisme au musée.
Ainsi donc vont les hérauts de la post-modernité dans la prose décomplexée, chère au médiocrates. Délestés des derniers scrupules de l’espèce, jadis forgés par les millénaires de l’ancienne culture, ils vont d’un pas léger vers les lendemains communautaires que leur promet leur évolution décisive.
Ils ont tout compris de ce qui permet « la vie bonne » en ces temps de post-humanité revendiquée, et pour alimenter la machine à la reproduire déploient ce savoir neuf dans des livres promus et répandus ad nauseam, par leurs pairs : journalistes , intellectuels, politiques.

Ainsi donc bouffon peut désormais partir se reposer sur les décombres du monde ancien dont il fut un des symptômes du délabrement , et profiter enfin du pactole amassé.
La relève du « spectacle intégré » est assurée. Avec des légions de Houaileberk, Démente et autres cyborgs écrivants, si efficacement « emblématiques » que la représentation nationale et ses relais politiques sont désormais superfétatoires.

Ça tombe bien.

Urbain


 

vendredi, 19 septembre 2008

LA VIE SUR TERRE

En voici les trois premières pages.
Je ne vois rien à vous en dire d'autre que de le lire
et peut-être ainsi de connaître l'intense émotion qu'il m'a procuré.
Ce billet n'est donc qu'une incitation.

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I.  — A quoi penser? Un chien aboie que l'on fait taire dans un logement voisin; des bruits de pas précipités, une porte qu'on claque, les pas se dépêchent à descendre l'escalier, s'amenuisant jusqu'à disparaître; me laissant seul dans le silence qui revient entre les murs de cette autre journée encore identique devant moi à rester assis avec les meubles. A distinguer le minuscule va-et-vient de l'échappement de la montre. J'ouvre le tiroir pour regarder l'heure et déjà le nom du mois a encore changé, dont les maigres semaines presque évanouies se fondent dans le suivant en un rapide clignotement de jours et de nuits, dans ce torrent des jours qui emporte sans retour notre être instantané. Et à peine fait-il beau quelques jours que revient la longue nuit de l'hiver au cliquetis de chiffres mobiles que font les années, qui toutes ensemble ne font qu'un instant dans l'esprit, une fumée que le vent agite et dissout; à peine avait-on commencé de s'apercevoir des choses, à faire leur connaissance. Je regarde la montre où plusieurs de ces heures ont passé qui règlent au-dehors la vie des habitants; de ces heures qui se traînent en bruissement d'électricité distribuée par les nerfs, en battements cardiaques jusque dans les mains; de ces heures vides inutiles à passer dans le tiroir me laissant seul dans ce monde physique d'où je voudrais sortir par moments me reposer un peu, penser à autre chose. Ne contenant rien qu'un remuement sourd d'impressions dans tout le corps, se dilatant parfois obscures et tristes, des bribes de chansons en boucle, des paroles prononcées distinctement dans mon esprit, des idioties; un phénomène s 'ébauche qui s 'effiloche aussitôt que je tente d'en saisir l'idée; d'impulsions à se lever tout à coup pour faire quelque chose et puis au milieu de la pièce ayant oublié quoi. Je retourne m'asseoir.

Autrefois déjà les ombres projetées sur les murs de la classe rampaient semblablement tout au long de l'après-midi ensoleillée jusqu'à rejoindre enfin dehors ces soirs d'or où l'on se sent revivre et maintenant sous cet autre ciel à regarder la lumière se déplacer lente et régulière, se déformer sur le mur de toutes ces années vides à rester assis entraîné par la rotation de la Terre.

Pourtant l'image fugitive de la vie ambiante par instants surgit dans mon esprit, de cette vie se dérou­lant tout autour. Je vais à la fenêtre. Dehors s'étend la ville énorme aux habitants qui fermentent dans un brouillard de gaz brûlés, d'ondes électro-magnétiques, de volume sonore, s'affairant partout aux occupations de la vie économique; à tous ces mécanismes compliqués sortis du cerveau humain; et par-dessus quoi le trafic aérien sillonne la frêle après-midi de mars, mais aujour­d'hui les aéronefs qui regagnent au loin la haute atmo­sphère ou qui en descendent ne laissent derrière eux qu'un bref panache de vapeur blanche, faisant ainsi qu'une pluie de lentes comètes annonciatrices tombant en tous sens. Je retourne m'asseoir à la table.

Voici ce que j'ai pensé : cette sorte de signes prodi­gieux que nous apercevons là-haut sans effarement est apparue dans notre ciel au cours du deuxième conflit planétaire; qui signalait alors le passage de forteresses volantes en chemin d'accomplir l'ordre de mission noti­fiant le nom de la ville pleine de gens sur quoi livrer ce jour-là leurs explosifs; faisant en quelque sorte la bande-annonce des Temps nouveaux qui s'ouvraient là devant l'humanité; et depuis ne l'a plus quitté. Sans doute était-il naturel aux habitants de cette guerre, qui n'avaient pas beaucoup de distractions, de pronostiquer sur ces augures, dont la radio du lendemain leur résol­vait de toute façon l'énigme : quelle ville avait disparu. Mais pour nous qui sommes dans l'époque annoncée, il y a bien d'autres récréations et ces phénomènes célestes nous laissent complètement indifférents; nous ne perdons pas notre temps à conjecturer sur les evene­mens & accidens inouys & inaccoustumez que porte­raient à notre attention ces signes précurseurs, ces avertissements d'une révélation imminente de vérités encore cachées dont par ces présages nous serions bientôt les curieux spectateurs : tremblements de terre, éruptions volcaniques, tornades et raz de marée, fleuves expirant dans leur cours, pandémies fulminantes, peut-être nécessaires à réparer l'iniquité des hommes devenus trop nombreux et à cette fin frappant à toutes les portes, récoltes chétives sous une pluie perpétuelle, irruption de parasites imprévus, peuples frappés de stérilité, mul­tiplication des illuminés, contagions de massacres aux détails d'égorgements très affreux et saccagements de villes par leurs locataires, et autres choses semblables, inconveniens merveilleux & grandement nuisibles au genre humain; et en faisons si peu de cas, que d'un rien. Et lorsque certains matins les traces des routes aériennes ne s'effacent pas mais s'entrecroisent et se raturent en un palimpseste compliqué, nous ne prenons pas la peine d'y lire notre horoscope collectif tracé de cette façon dans le ciel et d'en déchiffrer la prédiction : nous avons plus urgent; et y penserions-nous que le plus simple serait encore d'allumer la radiovision ou d'ouvrir le journal pour trouver la solution dévoilée en titre modeste de page intérieure : La moitié de l'Indonésie vient de partir en fumée.

 

Urbain

 
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