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mardi, 26 juillet 2011

Un Spectateur émancipé

Un Spectateur émancipé.

( Jacques Rance-hier expliqué à Eric Baissons )

 

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Grâce soit rendue aux « maîtres ignorants ».

C’est indubitablement à leurs efforts répétés, adossés au soutien sans faille de la multimediacratie , que le vieux projet d’ « émancipation du spectateur » doit d’avoir pu connaître , enfin, son épiphanie ... spectaculaire.

« L’émancipation implique, elle, de partir de l’idée de la capacité de n’importe qui. Peu importe ce qu’il apprend, l’essentiel est la révélation de cette capacité à elle-même. Le reste dépend de lui. Cette idée s’oppose de front à l’idéologie progressiste. »

annonçait Rance hier ( en 1987 ) en commentant son opus magum sur « Le Maître ignorant ».

Cette conception post-moderne ( et libérale ) de l’émancipation s’oppose assurément à l’idéologie progressiste ( de type marxiste) qui affirme qu'en la matière l’égalité émancipatrice est précisément un « droit » et donc un titre reconnu socialement , au nom duquel on est en droit de revendiquer quelque chose ( la même chose, pour tous ), et non pas un ticket donnant un droit de tirage à la loterie de « l’égalité des chances » ( portée par la « capacité de n’importe qui »). Une loterie dont les lots sont fort disparates …

On observera également que cette conception libérale ( et libertaire) est parfaitement homogène au monde réellement renversé , où le vrai est donc devenu un moment du faux, et où l’idée même de savoir , de transmission et de vérité ( contenue dans ce savoir transmis) est disqualifiée. Disqualification opérée au nom du nouvel impératif catégorique « époqual » : l’épanouissement sans entrave des corps sujets « devenus capables » en vertu d’un conatus * d’autant plus spontané qu’il est « sans histoire ».

Souvenons nous que, parmi les axiomes propédeutiques qui aux années 80 permettront l’émancipation des spectateurs, par la promotion de leur capacité naturelle , celui qui fit floresse dès la fin des années 70 était :

« L’histoire commence avec toi » .

Avec en corollaire le « droit » induit de réinventer ad libitum le fil à couper le beurre ou la roue carrée.
L’archaïque débat « Nature/Culture » était congédié « aux poubelles de l’histoire » , et on peut dire résolu … « à l’économie ».

Seulement voilà …
il y a , dans le réel ( fut-il inversé ) une réalité qu’allaient devoir affronter nos spectateurs en voie d’émancipation, et qui se présentait d’emblée comme une sérieuse entrave à leur jouissance libératrice . C’est celle qu’énonçait , dès les années 70, Michel Clouscard, ce vieil archéo-marxiste attardé et empêcheur de jouir en rond ( des merveilles prodiguées par le « capitalisme de la séduction ») ;
et qui était le constat troublant qu'en ce monde déjà largement décomplexé :

« Tout est permis mais rien n’est possible » .

Car, au monde merveilleux des atomes sociaux libérés du social par le « sociétal » ,
au monde merveilleux de la concurrence libre et non faussée,
nos spectateurs capables virent leur «Être »  (désormais sans classe, et dont toutes les capacités pouvaient enfin s’exprimer) malgré tout confronté au problème de « l’Avoir »

« l’Être sans l’Avoir » … la grande névrose des couches moyennes.

Face aux capacités insoupçonnées qu’elle révèle aujourd'hui jusqu’aux marches septentrionales, jusqu’ici paisibles, de l’occident chrétien , et parmi une population ordinairement Korrecte , on peut comprendre que les pourfendeurs habituels du repoussoir islamo-marxiste soient un peu « troublés » par la nouveauté de ces méthodes autant que par leur audacieuse et expéditive mise en œuvre. On peut également comprendre que ces élites nationales se posent courageusement des questions , tels Eric Baissons prenant conscience de ses lacunes de psychologue , ou que tels ses collègues de la France authentique et de souche elles puissent s’émouvoir des menées séditieuses de telles officines qui, à l’instar du MRAP, ont l’outrecuidance de "récupérer" cet événement pour "tenter de créer la confusion".

Mais pour compréhensibles qu’ils soient, cette émotion et ce trouble ne doivent pas les empêcher de saisir et d’apprécier toute la portée libérale et/donc bénéfique de cette émancipation qui ( « Dieu merci ») demeure fondamentalement hostile à l’idéologie progressiste qu’ils abhorrent , comme le leur annonçait fort justement Rance hier.

Car le processus d’émancipation du spectateur , dont atteste si vigoureusement notre Thor post-moderne, est bien celui qui va permettre à l’atome social isolé ( mais parfois « en groupe » ) d’affronter efficacement cette névrose** .
Rien n’est plus explicitement libéral, en effet que ce salutaire refoulement , niant l’Être social et la Volonté générale, dès que cet intérêt collectif entrave la satisfaction du besoin individuel ( exprimant le plus naturellement qui soit : le conatus * du surhomme authentique) :

"Une personne avec une conviction est aussi forte que 100 000 autres n'ayant que des intérêts." »

John Stuart Mill

Dont acte

 

* Chez les néo-spinozistes ( nombreux parmi les rangs de nos naturalistes post-modernes)  le conatus ( la force d’inertie reprise à Descartes par Spinoza ) est ce principe porteur de « l’être vrai » , celui qu’il s’agit (pour les Heideggeriens ) de « dévoiler » , de sorte de pouvoir y persévérer , naturellement .

** Cette névrose induite par « l’Être sans l’Avoir »  et qui , comme le dit si bien Eric Baissons : « peut gagner les âmes fragiles partout dans le monde et, en la circonstance, dans un pays (...) qui n'était pas préparé, dont ça n'était pas la culture.» . La démocratie libérale , celle des maîtres ignorants ,  des élèves capables et des spectateurs émancipés, est à ce prix.

 

mercredi, 18 mai 2011

Le festival de Kahnnes

Bon il nous a bien divertis le pervers pépère du FMI, mais on va pas y passer tout un festival.
C'était juste une pause qui venait à point pour illustrer les aléas du "passage" de l'état de "nature" à l'état "civil",
de la force au droit, de la possession à la propriété , de la prédation au rapport social... précisément ce dont  nous cause Dominique Pagani.


Anthropologie de la valeur travail
III

jeudi, 07 janvier 2010

Éric Cantona, le nouveau sage médiatique.

Ami(e)s de la nouvelle décennie, bonjour !

Pour les nombreux nouveaux venus, attirés par la grâce de la subtile Agathe et de sa Ségolène fantasmée, ceux qui n'ont pas la chance de me connaître, sachez que je suis la caution populaire et populiste irréfragable de ce blog, un demi clochard fanfaron, une sous-merde bloguesque uniquement intéressée par la futilité, la nullité selon Saint Urbain, la superficialité ostentatoire selon d'autres, qui pourtant ne s'en laisse pas conter par les intellos qui parsèment ce blog sorti de la cuisse de Jupiter. Bref, le mouton noir qu'on devrait cacher dans sa baignoire mais qui ne cesse de bêler et auquel on ne parvient pas à couper la langue !

eric-cantona-460_1250254c.jpgJe m'en vais vous entretenir d'un sujet qui m'intrigue tout particulièrement : la surprenante fascination intellectuelle qu'exerce, le footballeur Éric Cantona, sur nos élites médiatiques lorsqu'il s'adresse aux téléspectateurs et à ses interlocuteurs journalistes.

Mardi soir, il était l'invité, sur Canal, du journaliste-bobo-animateur-boute-en-train Michel Denisot, si l'on peut appeler sa fonction ainsi, pour présenter une pièce de théâtre "face au paradis" qu'il interprète avec Lorant Deutsch et mise en scène par sa femme ou sa copine Rachida Brakni. Mais mon propos n'est pas de faire sa promo vu qu'on se trouve ici sur un blog de gauche où le rappel de toute notion ayant trait à l'argent est, fort évidemment, très sale...

J'en viens enfin au cœur du sujet. Lorsque cet auguste personnage,  footballeur de son état initial, ouvre la bouche pour délivrer une sentence tombée du Ciel, on entendrait une mouche voler. Ce mardi, sur le plateau de Canal +, encore s'en fût-il de peu pour que ce diptère, subjugué par tant d'audace et d'insolence politique s'arrêtât de battre des ailes et que le bruit se sa chute faillît couper l'effet du maître !

Chaque parole caverneuse du gourou à l'accent rocailleux du sud est, entrecoupée d'un silence profond devant une foule respectueuse m'a fait penser pendant quelques minutes à la dictée des dix commandements à Moïse sur le Mont Sinaï . Non pas que ces propos fussent ridicules, loin s'en faut, mais la manière dont ils furent religieusement écoutés me fit bien marrer !

Indubitablement, le fougueux Cantona a bien changé en prenant de la bouteille grâce à de bons cours de comédie et à des dons naturels d'expression. Son charisme, qu'il travaille habilement fait le reste. Rebelle, révolté, avec sa barbe grise, son port altier, son physique imposant, sa façon un peu raide de se comporter, ses silences calculés, sa voix grave, son empathie à l'égard des plus faibles, les idées plutôt généreuses, il se compose une notabilité qui semble impressionner plus d'un animateur-journaliste pourtant rompus à faire face à des personnalités sophistiquées : il ne m'étonnerait pas que ce gars, pour peu qu'il en ait l'occasion ou qu'il le souhaite, aille loin.

Car si on le compare superficiellement à Zidane, autre footeux ô combien illustre, dont on pourrait se demander de prime abord si le cerveau ne cache pas un tiroir caisse ou si son mutisme ne dissimule pas un vide sidéral, son intérêt pour lutter contre les injustices, son côté révolutionnaire dandy,  son apparence de poète brutal, son air d'ours mal léché prêt à fondre en larme et son épaisseur psychologique le rendent autrement plus humain, plus intelligent et surtout infiniment plus complexe que le matérialiste et décevant champion du monde.

Baudruche ou personnalité ? Comédien total ou homme sincère ? Attitude médiatique fabriquée ou véritable artiste ? Bien malin qui pourrait cerner le caractère d'Éric Cantona !

Mais comme chacun sait, les perceptions que nous avons de tous ces gens ne sont que reflets, images plus ou moins travaillées : comment savoir où se trouve la sincérité d'un homme à travers le prisme déformant des médias et une interprétation forcément tronquée ? Qui ne s'est pas trompé en votant pour un politique sur ses promesses, son allure ou une conviction irrationnelle ?

Si on ne peut ni croire en un programme, ni en des promesses, ni en une image, ni en des confessions, ni même en une fugitive impression ? À quoi se fier les amis ?

That is The question ?

J'ai décidé de promouvoir, à chacun de mes billets, des blogs du Web qui me semblent intéressants : j'ai choisi sur ce coup deux blogs, celui de l'ami Falcon qui adore le football et nous envoie fréquemment du monde et un blog collectif " Ruminances ", qui par sa structure ressemble un peu au nôtre, et dont les talents d'écritures sont réels. Son seul défaut étant d'être influent, ce que nous serons jamais ; mais nul n'est parfait !

Ami(e)s et lecteurs du Village des NRV, à après !

 

Cui cui l'oiseau qui commence mal l'année.

 

vendredi, 07 août 2009

Le secret de la Médiocrité et les origines de la Nullité

 

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Causerie estivale en quatre parties

Le secret de la Médiocrité et les origines de la Nullité 

Troisième partie :

De la médiocrité  comme expression d’un rapport social générique 
au spectaculaire intégré.

Résumé des épisodes précédents. 
Après l’avoir caractérisée comme détermination principale de la médiocrité (en tant que nature et manifestation de l’opinion « moyenne »), les deux premières parties de cette causerie ont porté sur les modalités d’usage de l’opinion dans ses deux principaux domaines d’application sociale : la politique et l’esthétique ( circonscrite ici à la représentation spectaculaire) , en mettant en évidence la symétrie inversée qui a marqué l’évolution des modalités de l’opinion dans ces deux domaines. Le mode de démocratie « directe » ( sans médiation) étant progressivement passé du domaine politique au domaine esthétique de la représentation spectaculaire, tandis qu’inversement le mode de la « médiation représentative » désertait le terrain  esthétique et spectaculaire pour s’imposer sur le théâtre politique. Cette inversion modale ( de l’opinion) a été stigmatisée dans la désignation contemporaine de « démocratie d’opinion », modalité de la démocratie elle-même marquée par le dernier rejeton en date de idéologie (libérale) dominante : le « démocratisme ». 
Au prix d’un petit détour ontologique nous avons également pointé les contradictions inhérentes à cette idéologie dominante, reposant sur le primat (ontologiquement inconsistant) de la « liberté » sur l’égalité, notamment la vaine prétention (démocratiste) consistant à « émanciper le spectateur ».  

Ce troisième épisode va être l’occasion d’éclaircir la relation entre ces notions dérivées (  des vicissitudes de l’opinion), essentielles à la compréhension du secret de la médiocrité : distinction ( du divers esthétique) ,  primat libéral de la « liberté » sur l’égalité , nécessité induite de la médiation ( de la distinction), et représentation ( de l’opinion, de son sujet et de son objet). 

Petit détour historique en forme de repoussoir idéologique. 
La vulgate répandue « à l’ouest » tenait jadis les pays de l’au delà du « rideau de fer » pour soumis à la tyrannie de la « médiocrité ». Une manière de reconnaître le communisme (assimilé au stalinisme) comme une forme de démocratie « directe » puisque l’application totale et absolue de jugements et décisions issus de l’opinion majoritaire n’est rien d’autre que la promotion de ce type de « dictature ». De fait les « pays de l’est » , ceux du « socialisme réel », ne furent pas plus ceux de ce genre de tyrannie que ceux de la « dictature du prolétariat ». On y vit bien plutôt prospérer cette forme d’oligarchie bien connue qu’est la « bureaucratie », sans doute « médiocre » à bien des égards mais assurément pas au sens qui nous intéresse de « manifestation de l’opinion moyenne ». Il n’est pas indifférent cependant de s’intéresser à ce que fut le sort réservé à la représentation spectaculaire, dans un contexte de rapports sociaux où l’opinion individuelle ne disposait plus du moindre espace de « liberté », et où la distinction opérée parmi le « divers esthétique » relevait d’un formalisme totalement figé, réputé servilement appliqué par des artistes et intellectuels « organiques », fonctionnaires d’état. Or quiconque est un peu averti des choses de l’art sait que du plus profond de la période stalinienne à l’effondrement ( 60 ans plus tard) de la gérontocratie des apparatchiks et du « mur » qui les « protégeait », pendant toute cette longue période contrainte par une oligarchie bureaucratique omniprésente et omnipotente , la création artistique persista, aussi vivace dans cet « au delà » du rideau de fer qu’en deçà de ce dernier. 
Pour se limiter à notre point de vue du moment, donc restreint au cinéma il suffira de passer en revue les cinéastes et les œuvres qui ( pour ne parler que des russes) de Eisenstein à Tarkovski, en passant par Vertov, Paradjanov, etc. attestèrent ( en même temps que leur grande disparité) de cette créativité vivace des artistes ayant émergé à la notoriété au sein de la « grisaille soviétique », et cela en dépit du dogme idéologique omnipotent, de la contrainte formelle du « réalisme socialiste » et de la très pesante idéologie dominante du « communisme de caserne ». 
D’où on ne conclura pas que le stalinisme fut, jusque dans sa phase « gérontocratique », le géniteur fécond, pourvoyeur constant d’une pépinière de talents, mais plus prosaïquement qu’à cette époque éminemment dialectique ( la « guerre froide ») la diversité artistique la plus improbable trouvait à se manifester dans les contextes les plus hostiles .  
Quand je dis manifester il est important de bien voir que sous ce terme il s’agit bien de désigner tout un processus « d’apparition » (au sens phénoménologique) qui va de l’émergence des artistes (en tant qu'auteurs et agents effectifs du processus), à la diffusion généralisée et « visible » de leurs œuvres , en passant par la production de ces œuvres . Un processus qui ne trouva à accomplir sa finalité ultime (la réception des œuvres par un public déjà « mondialisé ») que par ce que les médiations nécessaires permirent leur distinction ( leur filtrage et leur sélection parmi les « divers esthétique » des œuvres concurrentes, faites ou à faire), c’est à dire, à proprement parler leur médiatisation.  
On observera également au passage que le type de « marché mondialisé » où s’échangeait cette production n’avait guère de rapport avec ce qu’on met sous ces termes aujourd’hui. 
On observera enfin, sur la foi de ce même constat historique, qu’en dépit de ( et sans doute largement à cause de) déterminations réciproques et contraires, les idéologies dominantes ( à l’Est comme à l’Ouest) laissaient une large place à l’expression d’une représentation symbolique des rapports sociaux qui ne relevait aucunement du culte du « fétiche de la marchandise », et encore moins de la « tyrannie de la médiocrité » ( le moins qu’on puisse dire est que les œuvres de Tarkovski ou Paradjanov, pour ne parler que de ceux-là, ne répondaient guère à une « demande du grand public », à l’Est comme à l’Ouest)  .  
Ce bref détour historique illustre dialectiquement (et contradictoirement) les thèmes ( d’élucidation de la médiocrité ) , posés en préambule de cet épisode, en associant la distinction ( du divers esthétique), le primat libéral de la « liberté » sur l’égalité, et les rapports déterminants entre les formes de médiation , la représentation et l’opinion « qu’on s’en fait ». 
On peut déjà en conclure en effet ( du fait des contraintes de brièveté de ce genre d’exercice je développerai ce point , au besoin, dans les commentaires) qu’une seule contrainte se présente comme véritablement décisive : celle de la distinction, c’est à dire l’étape du processus qui permet de sélectionner parmi les artistes et les œuvres constituant le « divers esthétique » offert aux opinions individuelles, celles qui seront effectivement produites et considérées (par ces opinions).  
On observera aussi le caractère de nécessité de la médiation en regard de à la distinction, au sens que j’ai initialement posé pour ce terme : pour que l’opinion s’exerce ( et d’abord individuellement) elle ne peut le faire que séquentiellement sur des œuvres préalablement distinguées et portées à son attention. 
Or la nécessité de la médiation se déduit de l’impossibilité de produire individuellement une hiérarchie ( un ordre sur lequel appuyer cette sélection ) autonome et individuelle, et individuellement produite, s’appliquant « spontanément » et im-médiatement sur l’ensemble du donné esthétique *. Cette impossibilité se déduit elle même de celle produite ( dans le contexte socio-historique du démocratisme libéral ) par le « primat de la liberté » ( sur l’égalité) : sur quoi ( et comment) fonder cette hiérarchie si « l’être social » est d’abord déterminé comme « libre » et secondairement « égal » ; c’est à dire l’aporie pratique de la distinction. 

On peut en conclure enfin ( et c’est le point essentiel) que cette médiation, et elle seule, détermine les conditions « a priori » de manifestation de la « médiocrité », et aussi bien ses effets , notamment en rapport avec la qualité des œuvres distinguées . Une conclusion qui peut spontanément s’exprimer en termes purement marxistes : la médiocrité n’est pas une qualité , elle est simplement et factuellement l’expression ( l’idée, la mesure et la conséquence) d’un rapport social, et même la mesure la plus im-médiate du rapport social le plus général : celui du nombre. De ce fait elle n’est pas dissociable de ce rapport social, de son contexte et du processus sous-jacent.  
Si donc nous rapportons (ce que je me suis efforcé de faire jusqu’ici) cette expression au rapport social qu’elle exprime et au contexte de la représentation de l’opinion, singulièrement dans le domaine des arts (exemplifiés dans la représentation spectaculaire), et après avoir dégagé les traits spécifiques de ce type de représentation et ses modalités au fil de leur généalogie historique (en parallèle avec la généalogie concomitante de la représentation politique) au sein de la « société du spectacle », alors nous parvenons à ce point d’élucidation du « secret » que la « clef » de l’énigme est totalement extérieure et indépendante de la médiocrité en tant que telle, et qu’elle réside dans la modalité actuelle de la médiation opérant la distinction

Pour parvenir au terme de notre enquête et résoudre l’énigme il ne reste plus qu’à identifier les traits caractéristiques qui font de cette modalité actuelle ( dont le projet est le « spectateur émancipé » au sein de la « démocratie d’opinion ») une modalité nouvelle dans la mesure ou elle produit des effets nouveaux, tels la « nullité » généralisée (en voie de généralisation) de la représentation spectaculaire et politique. 

Après avoir décrit, au fil des épisodes précédents, les évolutions de la distinction opérées par la « société du spectacle » au cours de sa gestation jusqu’au présent stade du post-modernisme démocratiste, nous verrons dans le prochain (et dernier ?) épisode comment ce stade du « spectaculaire intégré » , modalité actuelle de la médiation, voudrait que « Désormais, le spectacle soit présent partout » et corollairement (ou du moins « tendanciellement » comme on dit aujourd’hui) « l’art, nulle part ». 

Urbain Glandier

* Pour faire « court » j’ai volontairement éludé ici quelques questions pourtant passablement problématiques, en regard de la distinction « sans médiation », telles que : 
- sous le rapport de l’égalité : la possibilité concrète de la distinction supposant comme préalable que chacun , individuellement, ait atteint le même niveau d’information de son jugement, permettant de poser chaque opinion ( produite par un tel jugement individuel) comme équivalente à n’importe quelle autre de ce point de vue. 
- sous le rapport de la liberté : le problème de l’autonomie des jugements et opinions induites, notamment à l’égard de leur contexte social et culturel.

dimanche, 13 juillet 2008

Le quoi ?

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Maurice Szafran, dans la rubrique « notre opinion » du Marianne N°583, écrit : « Et s’y, à bien y réfléchir, le sarkozysme, c’était avant tout une manière de se comporter, d’exhiber et de s’exhiber, d’effacer les frontières, toutes les frontières, droite-gauche, privé-public, intérêts collectifs et individuels ? Dans ce contexte, l’intimité ne peut plus être une valeur en soi, puisque le mélange des genres vaut pour règle de vie. »

Voilà encore une analyse qui à trop vouloir, en quelques mots, circonscrire un sujet à sa part justement exhibée, escamote son contrepoint, ce qui le surplombe et l’initie.

1730249427.PNGSi l’exhibitionnisme est avéré, si la volonté de confusion des limites, des camps est évidente, elles ne sont que des os à ronger offerts aux médias qui ne travaillent que cela : ce que l’on voit, ce qui est donné à voir et ce qui leur permet de se (re)positionner. Plus que jamais, les médias s’attachent aux images, dans tous les sens du terme. Ils regardent les images fournies (par eux-même). Nulle surprise de voir l’attachement que le pouvoir montre à s’emparer (un peu plus encore) des organes qui montrent, qui sont censés montrer ce qu’il se passe.

Le sarkozysme ne serait finalement que confusion et effusion. Une explosion des catégories, une partouze.

On peut alors multiplier à l’envi les variations du même tonneau ; des analyses mode, des visions pop. 

Le sarkozysme est une tendance fringues et attitude pour les temps modernes :

http://www.rue89.com/2008/06/27/milan-la-mode-hommes-est-au-poil

Le sarkozysme, c’est queer.

Le sarkozysme, c’est la déterritorialisation et la reterritorialisation.141448497.jpg

Le sarkozysme est transgenre.

Le sarkozysme fait rhizome.

Le sarkozysme, c’est la vie.

C’est Psy-show, le Loft, Strip-tease… C’est le on et le off, le in et le out, le vrai et le faux, le corps et l’esprit, pile et face, champ et contre-champ, Belle et Sébastien…

Le sarkozysme est post-tout. 

Si le sarkozysme est un exhibitionnisme, l’anti-sarkozysme n’est qu’un puritanisme. L’opposition n’aurait alors plus d’autre fonction que celle de s’émouvoir face à tant d’impudeur, de cet effacement des bourrelets, de se repaître (secrètement) de la vérité de ces corps enfin dévoilés… Et le journaliste ne fait finalement que son boulot de mateur expert. 

Tout cela ne mène nulle part. Si ce n’est à l’idée imposée d’irréductibilité de la situation. Tout est là, nous dit-on, sous nos yeux ; il n’y a pas à relever, à penser puisque tout est visible, déployé. 

C’est évidemment une construction. Le silence est toujours là, le mensonge ne s’est pas évaporé, la diversion prévaut plus que jamais. Il n’y a pas de mise à nu. La « politique » en action reste régressive ; elle exclut, rejette, cache, ment, cloisonne, corrompt. Elle vient de loin.  

Quelque chose se passe encore dans les usines, dans l’entreprise, dans les écoles, dans les centres de rétention, aux frontières, dans les associations, dans le pouvoir en place, dans les rues, dans les commissariats, dans les banlieues, dans les ports, sur la Méditerranée, en Afghanistan, en Europe, en Afrique, en Chine, dans les prisons, dans les têtes, dans les corps, dans la théorie… Quelque chose qui n’est pas le « sarkozysme ». Tout ceci relève plutôt de l’assujettissement opéré par l’idéologie dominante, les dispositifs classiques de l’oppression et de leur occultation par le bourdonnement généralisé. Il y a là des tensions, des coupures, des réponses. Du mouvement…  

La vérité est quelque part dans tout ça. Ce sont tous ces lieux qui doivent se réactiver et venir parasiter la marche monotone du pouvoir. C’est dans ce qui « n’existe pas » (car ni montré, ni vu, ni ressenti, ni même imaginé ; surtout pas) que se concentre ce qui peut être, ce qui doit jaillir. Le « sarkozysme » n’a rien à voir là dedans , il n’est ni une vérité, ni une audace ni une synthèse. Ce qui compte, ce n’est pas le sarkozysme ou l’anti-sarkozysme, deux illusions, mais c’est la machinerie qui soumet, qui se soumet et dont sarkozysme et anti-sarkozysme sont deux molles émanations spectaculaires. 

 

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