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vendredi, 01 mai 2009

Le voyage au bout de l'enfer d'un pauvre patron du CAC 40.

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Lionel Mouton déclare en exclusivité au Jivaro:

"Je pars pour protéger la Satiété Générale

des hyènes qui rôdent en ricanant"

 

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De notre envoyé spécial James Kerviol.


J K : Pourquoi quittez vous la SG?

Lionel Mouton : Pauvre victime d’une odieuse cabale menée par des médias et des politiques gangrenés par une jalousie maladive, j’ai décidé de remettre ma démission au Conseil d’administration. J’ai même pris l’initiative dans un geste complètement fou et désintéressé qui m'honore de ne pas encaisser mes indemnités de fin de contrat !

J K : Oui mais vous toucherez dès 2010 une retraite de plus de 700.000 € par an !

Lionel Mouton : Rire jaune… 700.000 €, vous appelez cela une retraite ? Imaginez vous le manque à gagner que je vais devoir subir après des années de labeur justement rémunérées ? J’entrevois l’avenir avec frayeur et je pense même être condamné à déménager et à licencier la moitié de mes domestiques !

J K : Quelles ont été les réactions de vos salariés et de vos amis ?

Lionel Mouton : Rire gras. Les employés de la Satiété Générale sont très fiers d'avoir à leur tête un PDG qui gagne plus que les autres : cela montre que leur entreprise est au plus haut ! Quant à mes amis, je vais vous citer une anecdote amusante : un jour que nous roulions comme des enfants insouciants dans la Ferrari de Laurence (Parisot) avec Sophie (de Menthon), j'ai sorti tout à trac un slogan qui nous a fait mourir de rire ! "À la Satiété Générale, je me suis servi à satiété à la satisfaction générale", ai je sorti, pas qu'un peu fier...  Après une cascade de rires cristallins, une voix a ravi mes entrailles, "cher, vous êtes impayable !" a gloussé illico Laurence avec sa malice habituelle et Sophie d'ajouter : "quel esprit ce Lionel Mouton ! Il vaut largement sa toison d'or !" Ah ah ah ! Quel esprit, quels moments délicieux ! Quel couple harmonieux nous formions avec Laurence !  Quelle belle équipe de copains  nous faisions tous les trois, à cet instant béni des dieux, bien loin des envieux et des jaloux, chevauchant notre Ferrari rouge F430 Scuderia, cheveux au vent ! Nostalgie...

J K : Comment avez-vous vécu les critiques venues de la classe politique ?

Lionel Mouton : En colère. Très mal ! Tout le monde sait bien que les banques sont les boucs émissaires de cette crise et ce n’est pas de leurs fautes si des citoyens indélicats au chômage ont contractés des crédits (subprimes) qu’ils n’ont pas pu rembourser : ce sont ces pauvres inconscients qui ne règlent pas leurs dettes, les responsables ! Mais quelle instance politique aura le courage de le dire ? Tout ce que les hommes politiques trouvent à faire dans un grand élan démagogique, c’est condamner des dirigeants d’entreprises dont la rémunération n’est que de quelques millions d’euros et non ces citoyens mauvais payeurs qui ont mis l’économie à feu et à sang ! Je suis écœuré par ce monde injuste, monsieur Kerviol, les hyènes veulent ma peau ! Toutes les nuits je les entends rôder en ricanant, je n'en peux plus ! [ sanglots dans la voix]

Note de la rédaction : après une crise de larmes de plus de 10 minutes, nous retrouvons Lionel Mouton, les lunettes embuées, défait dans son costume Pierre Balducci à 32.000 €…

J K : Quel bilan rapide faites-vous de vos années Satiété Générale ?

Lionel Mouton : Désespéré. Monsieur Kerviol, nous avons été trahi par un petit employé qui a impacté notre bilan, d’une moins-value de 5 petits milliards. Ce n’était pas si grave et nous aurions rattrapé la bévue sur un coup de bourse spéculatif bien affuté si cette satanée crise n’était pas arrivée si tôt ! En tout cas, personnellement, je suis extrêmement satisfait de mon bilan financier, ma famille aussi.

J K : Mais n’étiez vous pas responsable de cet énorme trou financier ?

Lionel Mouton : Vif. Ah ! je reconnais bien là les journalistes ? Toujours en train de cracher sur les patrons ! De quoi serais je coupable ? Du comportement d’un employé qui a été immédiatement exclu : n’est ce pas là une attitude sérieuse et réfléchie de la part d’un patron du CAC 40 digne de ce nom, de punir les employés indélicats, Monsieur Kerviol ?

J K : Mais vous auriez pu démissionner car tout capitaine est comptable de ses matelots et de son navire !

Lionel Mouton : Hors de lui. Comptable ? C'est un terme que je ne goûte guère ! Le discours que vous tenez là, Monsieur Kerviol a des connotations bolcheviques : depuis quand un patron de banque, est il responsable des pertes occasionnées par des évènements indépendants de sa volonté ? Tout ceci est de la faute à la crise et j'estime n'avoir strictement rien à me reprocher ! De toutes manières, je trouve vos insinuations intolérables, je vais me plaindre du déroulement de cette interview à votre patron qui est un de mes amis, il possède un compte chez moi. Je ne vous salue pas Monsieur…

  • Toute ressemblance avec des lieux ou des personnes existantes ne serait que pure coïncidence et cette interview parodique n'est qu'un grossier pastiche...
  • L’interview originale est ici.

Cui cui, pigeon voyageur.

mercredi, 19 novembre 2008

Sciences : les singes décideurs sont ils l’avenir du libéralisme économique ?

Juste après la tenue du G20, je désire vous entretenir d’une expérience sociologique et comportementale passée quasiment inaperçue, terminée il y a à peine quelques jours à l’Université du Wisconsin-Madison aux USA. Les résultats obtenus se sont montrés particulièrement prometteurs et ont ouvert la porte à des perspectives magistrales dans la gestion économique et politique de notre planète.

neutre2.jpgBut de l’expérience :

Étudier le comportement de trois primates de races différente en lieu et place d’être humains placés aux sommets de la hiérarchie et comparer leurs performances finales.

Description du protocole :
 
Le professeur Woodworth assisté d’une petite centaine de collaborateurs, a sélectionné trois singes pris au hasard, il les a placé dans les conditions quasiment identiques à celles des décisionnaires humains qu’il souhaitait tester dans trois domaines différents : la conduite d'un grand pays, le management d’une banque et la gestion d'un parti politique. Ces primates se prénommant Nicky's, un petit babouin mâle un peu agité et narcissique de 53 ans, Bouton's un sévère et avide ouistiti adulte de 58 ans toujours suivi de Kervy son inséparable compagnon jeune et impulsif, enfin  Holldy, un macaque malicieux et bon vivant mais un peu mou et myope de 54 ans fraîchement séparé de Princess, son ex compagne.

Chaque singe devait choisir sa réponse parmi quatre propositions soumises par un staff de brillantes persionnalités grâce à quatre manettes placées devant lui. Un ordinateur géant analysait aussitôt, en temps réel, le retentissement de ses arbitrages en macro économie ainsi que les répercussions sur la politique mondiale, le management bancaire et la gestion du Parti. Le computer comparait alors les résultats entre les mesures prises par les titulaires humains et celles choisies par nos singes sélectionnés.

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Je vous livre donc les résultats bruts de l'expérience que j'ai pu obtenir grâce à un ami dont je tairai le nom pour éviter d'entraver sa carrière prometteuse.

Résultats de l'expérimentation :

Pour faire vite, disons que Nicky's a fait mieux que le dirigeant actuel du pays testé (non communiqué pour ménager les susceptibilités), avec des performances supérieures dans le domaine social et l'emploi. Au niveau internationnal le G20 a bien eu lieu et a donné lieu à autant de résultats, c'est à dire à des déclarations d'intentions qui ne mèneront jamais à rien comme les G8, G13, G156, etc... Enfin la situation financière n'a que peu varié. On peut donc déclarer la primauté sensible du babouin sur l'homme dans ce cas particulier de gouvernance d'un pays moderne.

Pour le management de la banque le résultat a été très spectaculaire : Bouton's et Kervy n'ont perdu pendant la crise que trois cent millions d'euros à la place des cinq milliards gaspillés par l'équipe actuelle, toujours en charge rappelons le. Un détail amusant : quand Kervy appuyait en cachette sur les manettes , Bouton's faisait semblant de ne pas le voir. Le staff a du intervenir sévèrement... Pour ce cas, il est indéniable que le bilan de la gestion de l'organisme financier (que nous ne nommerons pas par pudeur) par les ouistitis a été largement supérieure à celle des deux hommes.

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Mais le cas d'Holldy fut probablement le plus pathétique. Quelles qu'aient pu être ses décisions, la déliquescence du Parti (dont nous tairons le nom par délicatesse) ne faisait que s'accroître. Le pauvre Holldy, bizarrement, s'était beaucoup attaché aux humains qu'il observait sur d'énormes écrans. Au début il prit très à coeur la mission dont il ne comprenait pas grand chose. Pourtant à la fin de l'expérience, il a terriblement ému les expérimentateurs lorsqu'ils ont vu des larmes jaillir de ses petits yeux myopes devant le spectacle d'un parti ravagé par les haines et les ressentiments... Ce fut le moment le plus poignant de cette expérience. Nombreux furent les expérimentateurs se résoudre à consulter un psychologue pour se remettre de ce sress intense...

Conclusion :

J'avais préparé une conclusion hyper argumentée et puis en me relisant, je me suis dit que dans cette modeste parabole tout était dit : l'Homme et la Femme providentiels n'existent pas, l'essentiel dans une société, ce ne sont pas les "Chefs et dirigeants" qui prennent les arbitrages sans aucun risque et avec de larges gratifications morales et financières mais ceux qui dans leurs entourages préparent véritablement les mesures. Que le pouvoir personnel est un leurre et que le peuple est bien con de croire que celui ou celle qu'il élira est une sorte de demi-dieu capable de tout résoudre et que ses uniques motivations sont le bien de la collectivité. L'époque de de la monarbig-6.jpg.jpegchie absolue me semble révolue. N'est il pas l'heure d'apprendre à raisonner différemment ? N'est il pas temps de rechercher une nouvelle méthode de gouvernance plutôt que s'en remettre aveuglément à un seul individu ?

Qu'une grande partie de citoyens âgés, de droite, par un réflexe tribal naturel face à l'inconnu, croit à ces sornettes et réclame un chef pour la sauver me parait (presque) naturel, quoique nous ne soyions plus au paléolitique... 

Mais, mes amis : le Parti socialiste asphyxié par le mythe et des combats de "chefs" en 2008 ?

Comment dire ?

Comme  Holldy, j'en pleurerais...

NB : La dernière photo a été empruntée en partie à "20 minutes.fr" que je remercie.

Cui cui scientifique déjanté et scénariste fêlé...

mercredi, 06 août 2008

Ah Dieu ! Que l'ultra libéralisme économique est joli !

Mes amis du Village, je vais vous faire une confidence et vous donner un bon conseil mais surtout ne l’ébruitez pas : il s’agit là d’un bon tuyau... Chut...Chuchotons pour que personne n'entende. Approchez vous...Je m'adresse à vous à voix basse.

Vous êtes jeune (ce n’est d’ailleurs pas obligatoire) , dynamique, vous cherchez un job où on peut gagner plein d’argent, vous détestez le risque ? J'ai ce qu'il vous faut... Chut...

1579057668.2.jpgVous êtes en quête d'un emploi, vous vous trouvez mauvais, incompétent, incapable ? J'ai un deal à vous proposer pour gagner une fortune ? Personne ne vous épie ? C'est bon ? Allons y !

Et bien mes amis, figurez vous que j’ai trouvé ce que vous cherchez depuis si longtemps ! Devenez Président Directeur Général d’un grand groupe du CAC 40 ! Chut....

Je vais vous donner trois exemples de la réussite financière exceptionnelle de quatre personnes particulièrement récompensées pour leur incompétence notoire !

Bon Dieu ! Ne gloussez pas : on nous regarde... Chuttttt....

" Quand on veut, on peut ", nous diraient en ricanant les dirigeants de sociétés qui prônent pour les sous fifres de la hiérarchie, cadres, employés et ouvriers, des objectifs de production ou de ventes à peine tenables qui peuvent vous conduire , si vous ne les réalisez pas à un licenciement ou tout au moins à une régression…

Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais, nous font ils comprendre... Vous me saisissez ?

Premier exemple :

351689176.jpgAlcatel Lucent, avec à leur tête Serge Tchuruk et Patricia Russo. Un bilan somptueux digne du Livre des records : 16500 licenciements, action à 12 € en 2006, 4 € en août 2008, pertes 2007 = 3,5 millions d’euros.

À votre avis où sont ces inconscients, ces nuls, ces inaptes ? Dans une mine de sel ? Dans un centre de travail d’intérêt général ou de rééducation sociale ? Dans un stage de recyclage ?

Pensez vous ! Ils comptent avec avidité les gras émoluments qu’ils ont reçu pour prix de leur œuvre , 5,6millions d’€ pour Tchuruk et 6 millions d’€ pour Russo !

Chut ! Ne ricanez pas, on va nous entendre...

Deuxième exemple :

1746719867.jpgMichel Bon, ancien PDG de France Télécom, en 2002 il a essuyé des pertes de 20 milliards d’€ pour une gestion lamentable…

À votre avis qu’a reçu cet incapable pour prix de son infâme management ? 100 coups de fouets sur la place publique ? Une place comme dépanneur sur les lignes téléphoniques aériennes ? Un poste de vendeur de portables dans une agence Orange ?

Pensez vous ! Une amende de 10.000 € ! Même pas le prix d’une Clio ! Baste !

Cessez de rire vous devenez inconvenant ! Chut...

Troisième exemple :

1865545431.3.jpgDaniel Bouton, PDG de la Société Générale, avec ses stocks options a gagné 10,8 millions d’€ en 2006… Bilan : au moins 5 milliards de pertes plus celles cachées qui vont obligatoirement réapparaître .

À votre avis, quelle châtiment exemplaire a reçu l’impétrant ? Un stage au guichet de la SG de Montreuil sous bois ? Un poste de chef d’Agence à Lunéville ? Un emploi de convoyeur de fonds ?

Pensez vous ! Il est conforté par ces incapables du Conseil d’Administration à qui il faudra bien, un jour, demander des comptes !

698266766.jpegQue se passe t-il ? Vous avez un drôle de rire... Mais vous pleurez ?

Ah ! Vous possédez un portable Alcatel avec un abonnement Orange prélevé par la Société Générale ?

Oh merde !

Je comprends votre chagrin...

Vos factures ne sont pas prêtes de baisser, mon pauvre !

Pardonnez moi, mais j'ai un rendez vous...

À plus tard...

Cui cui l’oiseau besogneux.

 

mardi, 05 février 2008

Société Générale : l'autre perte de 1,4 M€

free music


Eh oui vous croyez que le Jérome Kerviel avait fait perdre 4.9 Milliards à la SG ? et qu'il était le seul ?

Ben non...

Pour perdre de l'argent, ils n'ont pas besoin de lui  à la Générale. Ils savent très bien se débrouillerc0b0a68cc03cf561ef6dda9e76ce662c.jpg tout seuls. A un détail près, c'est que cette fois, c'est dans les poches de l'Etat qu'ils engrangent la perte. Autrement dit ils se servent dans nos poches pour limiter la casse.

Explication : Sans la perte révélée il y a quelques jours le bénéfice prévu de la SG aurait été d'environ 5,6 Milliard d'€ et au taux de l'impôt sur les sociétés (33 %) aurait rapporté environ 1,6 Milliards d'Euros dans les caisses de l'Etat. Avec un bénéfice prévu a 600 Millions, l'IS ne rapportera que 200 millions environ.

Pourtant les pertes on été déclarées en 2008 non ?

Ben oui... mais elles concernaient des positions prises en 2007 donc imputables à l'exercice précédent puisque les comptes ne sont pas encore arrêtés. La meilleure preuve c'est que le chiffre annoncé de 4,9 M€ correspond en fait à 6,3 M€ moins les gains engrangés par Kerviel en 2007 soit 1,4 M€...

Donc on résume : 
 
Kerviel fait gagner 1,4 M€ à la SG en 2007

Suite à ses prises de risque suivantes (reconnaissons le inconsidérées) la Société Générale liquide ses positions et perd 6,3 M€

La SG fait de Kerviel son bouc émissaire et annonce : 6,3 - 1,4 = 4,9 M€ de pertes dues à ce trader pour 2007.

En déclarant cette perte sur l'exercice 2007 (juste avant la présentation des comptes) la SG fait une économie de 1,4 M€ d'impôts sur les sociétés qu'elle aurait du acquitter...

Finalement sa perte sera de 4,9 - 1,4 = 3,5 Milliards. Et un grand bisou à l'Etat, c'est à dire nous, qui se privera d'une recette importante en ces temps de disette fiscale...Money for nothing and chicks for free...

Tout ceci est légal.

Mais est ce que c'est moral ?

 

Serval

mercredi, 30 janvier 2008

Nous Accusons...!

free music

 

LETTRE AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE


Monsieur le Président,

Nous permettez-vous, dans notre gratitude pour le bienveillant accueil que vous faites inlassablement aux victimes de votre pays, d'avoir le souci de votre juste gloire et de vous dire que votre starification, si heureuse jusqu'ici, est menacée de la plus honteuse, de la plus ineffaçable des taches ?

Vous êtes sorti sain et sauf des basses calomnies, vous avez conquis les coeurs. Vous vous préparez à présider au solennel triomphe de l'Europe, qui couronnera votre semestre de travail, de manoeuvres et d'habileté. Mais quelle tache de boue sur votre nom – nous allions dire sur votre règne – que cette abominable affaire de la Société Générale ! Et c'est fini, la France a sur la joue cette souillure, l'histoire écrira que c'est sous votre présidence qu'un tel crime social a pu être commis.

La vérité, nous la dirons, car nous avons promis de la dire, si la justice, régulièrement saisie, ne la faisait pas pleine et entière. Notre devoir est de parler, nous ne voulons pas être complices.

Et c'est à vous, Monsieur le Président, que nous la crierons, cette vérité. Pour votre honneur, nous sommes convaincus que vous l'ignorez. Et à qui donc dénoncerons-nous la tourbe malfaisante du vrai coupable, si ce n'est à vous, le premier magistrat de ce pays ?

A priori, les appels d’abord discrets puis de plus en plus pressants à la démission de Daniel Bouton, leb7233bcfb6c37cd743c54a3bf7b68d29.jpg PDG de la Société Générale, après l’affaire du trader incontrôlé qui a fait perdre 5 milliards d’euros à cette banque, sonnent comme légitimes. C’est pour tout dire le simple rappel de l’éthique des affaires. Mais examinons d’un peu plus près la façon dont est formulée cette demande. On met en parallèle la question des revenus élevés justifiés par la fonction du président de la banque avec la responsabilité qui doit être la sienne en cas d’échec.Les commentateurs suivants ont été de plus en plus directs pour aboutir à la conclusion que Bouton n’a pas d’autre choix que la démission. Que Jérôme Kerviel ne peut que finir en prison.
Dont acte.

Ceci serait bel et bon si un contexte de réception existait qui mettait en avant le respect des règles prudentielles sur les investissements hasardeux à des fins spéculatives. Or, comme la Société Générale tire 44% de ses profits de la spéculation, on peut dire que celle-ci est une donnée de la « culture » de cette entreprise ; en tous les cas de ses traders et de sa direction. Et que si cela est vrai de la Générale, c’est vraisemblablement le cas d’organismes similaires.

Logiquement ces établissements bancaires ont pris l’habitude de spéculer pour « gagner plus ». Et ce quelles que soient les conséquences, y compris négatives, des retombées de leurs engagements à court terme sur le reste de l’économie et de ses agents, et singulièrement sur l’emploi. Cette logique peut conduire ainsi à déshabiller Pierre pour habiller Paul. En toute irresponsabilité. Après tout, les résultats d’une banque privée ne sont-elles pas le fruit de l’activité et du flair de ses agents ? Ensuite, les effets de leur action sur leur environnement n’est pas leur affaire. Peu importe finalement comment on s’y est pris, comment on a travaillé et en quoi ce travail a consisté, si l’objectif ultime est de « gagner(toujours) plus ».

Il convient alors, dans ce système, de ne pas chuter trop bruyamment, obligeant par là même ceux qui s’en passeraient volontiers, de tirer la sonnette d’alarme et de rappeler les mauvais joueurs à l’ordre. C’est ce qui se passe, semble-t-il, dans l’affaire de la Générale, dans laquelle les politiques, grands experts en irresponsabilité s’il en est (ne serait-ce que du fait même de la brièveté de leur mandat et de l’absence d’évaluation des effets d’une politique à moyen et long terme, qui leur assure une impunité de fait), ont fait appel après coup à la responsabilité des banquiers, et ont vu une sortie possible en appelant à la démission du PDG.

Cette « solution » a tout de la fuite en avant, de la mesure sacrificielle à portée symbolique. Car le problème est plutôt niché dans la logique d’ensemble de l’économie financière et de la création régulière de nouvelles bulles spéculatives dont les personnes ordinaires font les frais, en assumant la hausse des matières objets de la demande sur les marchés et de la spéculation que ces tensions engendrent au niveau boursier. Le départ d’un PDG entrainera simplement son remplacement par un autre, qui adoptera les mêmes règles du jeu. Cela contentera les coupeurs de tête, du moins provisoirement, mais ne changera rien sur le fond.

a07d4ba69c0ca9ed66e750d6d7205201.jpgEn outre, comme les politiques, les « élites » économiques sont eux-mêmes couverts pour toutes leurs bévues. Ainsi, démissionnaire, Bouton toucherait des indemnités à hauteur de trois années de salaire. Autrement dit, aucun risque pour lui. Aucune vraie sanction. Un peu à la manière de Lagardère dont « l’incompétence » reconnue par lui dans l’affaire de l’A380 ne l’a empêché de conserver son poste au conseil d’administration d’EADS et, entre temps, de profiter de la crise pour vendre une partie de ses titres avant la baisse et empocher une plus value de plusieurs millions d’euros. Quant au « plantage » lui-même, il aura été payé « cash » par les salariés qui ont déploré la perte de 28 000 postes dans le groupe.

Le capitalisme sous ce jour se présente comme une véritable civilisation de la jungle, si l’on admet cet oxymore. C’est le règne animal au pouvoir de l’Etat et de l’économie. Irait-on chercher querelle au lion au motif qu’il a dévoré l’innocente gazelle ? Peu de lions, beaucoup de gazelles. C’est une société dure pour tous, certes, mais dont certains ont les moyens, plus que d’autres, de se prémunir des retours de fortune, voire tout simplement des aléas de l’existence. Le capitalisme est judicieux. Il sait séparer ceux qui prennent des décisions risquées de ceux qui devront les assumer effectivement. Avec pour conséquence que le « gagner plus » impose sa logique écrasante sur le travail et que tous les moyens deviennent « bons » pour tenter de décrocher la timbale. Et malheur à qui se trouverait dessous au moment de la chute. Il en serait quitte pour une grosse bosse. D’autres en tireront les bénéfices. Le capitalisme nous sonne. La perte de sens qu’il engendre (travailler pour gagner ; le « moral » des ménages mesuré à la consommation de biens, la destruction de l’environnement livré aux appétits privés, etc.) est plus l’expression d’une crise que d’une politique de civilisation.

Nous accusons le capitalisme d'être coupable des crises que connaissent les plus pauvres et d'être responsable de la croissance perpétuelle de la fortune des plus riches.

 

Telle est donc la simple vérité, Monsieur le Président, et elle est effroyable. Nous nous doutons bien que vous n'avez aucun pouvoir en cette affaire, que vous êtes le prisonnier de votre constitution et de votre entourage. Vous n'en avez pas moins un devoir d'homme. Ce n'est pas d'ailleurs que nous désespèrons le moins du monde du triomphe. C'est aujourd'hui seulement que l'affaire commence. Quand on enferme la vérité sous terre, elle s'y amasse, elle y prend une force telle d'explosion, que le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle.

Tout ? En fait l'ordre d'Ancien Régime qui se recompose sous nos yeux, avec sa nouvelle aristocratie de l'argent, sous couvert de "modernité". Et au profit de quoi ? Non pas du même monde tel qu'il est là, avec simplement davantage de goinfres autour de la table. Non, cette vision n'est pas la nôtre. C'est à une révolution douce que nous appelons, une révolution copernicienne, une transformation profonde dans les manières de voir et d'être en société, un retour au phénomène du vivre-ensemble singulier que prétend former ce régime qui a pour nom démocratie.

Ce n'est pas dans une fuite vers toujours plus de consommation, toujours plus d'objets gadgets, de créations d'envies artificielles de posséder, que ce régime peut le mieux s'épanouir. Mais plus certainement dans la redécouverte, qui suppose sa mise en pratique, du sens du mot solidarité, égalité, fraternité. Que la société redevienne au service des citoyens, que ceux-ci en soient co-responsables, dans une acception non tronquée du terme, que l'instauration et la préservation d'un vivre-ensemble démocratique, respectueux des uns et des autres, deviennent l'affaire de tous, dès le plus jeune âge. En somme, il s'agit de substituer le "vivre mieux" si plein de promesses au terne et égoïste "gagner plus" dont la Société Générale nous montre vers quelle impasse il peut conduire.

Nous n'avons qu'une passion, celle de la lumière, au nom de l'humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur.

Veuillez agréer, monsieur le Président, l'assurance de notre plus grande vigilance.


 Par NEF et OFF

d'après Emile ZOLA

                                 
 
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