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vendredi, 12 décembre 2008

Courbe de gosses

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Dans un souci de détecter chez les plus jeunes, le plus tôt possible, la possibilité de sortie du juste chemin, de révéler un tropisme pouvant  porter atteinte à notre société, de contrecarrer tout comportement potentiellement violent, le test suivant, en phase expérimentale, sera proposé à tous les enfants, à partir de 3 ans.

Nous considérons, c'est du bon sens, qu'un comportement potentiellement dangereux est une inclination à nuire à la bonne marche des choses, à la modernisation de notre société, à l'idéologie dominante. Il est ainsi nécessaire, les dernières recherches dans les neuro-sciences et la pédo-psychiatrie menées en toute indépendance par les laboratoires Allègre & Varinard en atteste, de distinguer et circonscrire tout comportement déviant dès le stade de formation symbolique de l'enfant.

Ainsi, cette batterie de questions, à compléter au fil de l'actualité sensible dispensée par nos médias, sera-t-elle soumise à chaque enfant, durant le mois de son troisième anniversaire. Les parents, après convocation par le commissariat de police (le Ministère de l'Intérieur ayant gracieusement accepté de participer à cette mission de purification positive) le plus proche, devront fournir à l'autorité compétente tous les documents relatifs à l'enfant et se présenter dans les plus brefs délais au poste.

Chacun comprendra bien la nécessité d'une telle démarche, visant à assurer le premier des droits du citoyen : la sécurité. Il est donc crucial de mener cette croisade contre les éléments porteurs de valeurs contraires à la ligne du gouvernement, contre toutes tentatives subversives, voire social-démocrates. Les valeurs de notre nation sont indéfectibles : travail, individualisme, marché, ordre social.

Pour les individus détectés, des stages payants (à la charge des parents) de régénération idéologique menés par les Jeunes Populaires seront imposés. Il va de soi que les droits civiques ne pourront être garantis pour l'élément perturbateur. Une micro-puce (U.M.P.) sous cutanée de type RFID sera implantée  dans la fesse potelée de l'enfant.

 

A vos stylos.

Ceux qui ne savent pas écrire pourront dicter leur réponse au Compagnon Républicain de Sécurité mis à disposition.     

 

Vive la République, vive la Droite !

 

                                               ……………………

 

Voici 3 poupées. Une poupée vaudou, une poupée-fleur et une Barbie starlette.

Avec laquelle veux-tu jouer ?

Laquelle te semble porter atteinte à la dignité d'un homme bon ?

 

Parmi ces 5 prénoms, lesquels sont les plus jolis ?

- Mamadou.

- Karl.

- Nicolas.

- Frédéric.

- Ségolène.

 

Quelle est ta couleur préférée ?

- Bleu profond et chaud.

- Rose moche.

- Rouge qui fait peur.

- Jaune pipi.

 

Si tu trouves un ours en peluche abandonné, que fais-tu ?

- Tu ne dis rien et l'emmènes chez toi.

- Tu le laisses, c'est sans doute un produit chinois.

- Tu préviens la police.

- Tu le revends.

 

Un policier qui arrête ton papa, à l'aube :

- Fait son travail.

- Est méchant.

- Te fait rire.

- A bien compris le sens de ta dénonciation.

 

Qui est pour toi le maître du monde ?

- Ton papa.

- Le président.

- Le père Noël.

- Henri Dès.

 

Ton grand frère de 12 ans est mis en prison car il a fait une grosse bêtise. Tu trouves ça :

- Normal. Il mangeait tous les pim's.

- Un peu embêtant mais il faut qu'il comprenne.

- Très bien, il y retrouvera son cousin Kevin.

- Méchant, la prison c'est pas pour les enfants.

 

Un monsieur noir, pour toi, c'est :

- Uncle Ben.

- Un monsieur qui va prendre le travail de ton papa.

- Ton papa.

- Sale.

- Une race différente.

 

Ton rêve dans la vie, c'est :

- Monter ton entreprise.

- Toucher le RSA.

- Lire, rêver, découvrir le monde, réfléchir, créer.

- Trouver un chéri, avoir une maison, épargner, voter, faire des enfants.

- Bombarder l'Iran.

 

Noël, pour toi, c'est :

- Une relance de la croissance par la consommation.

- La paix, l'amour, la générosité.

- Un repas amélioré aux restos du cœur.

- L'exacerbation de l'héritage chrétien de la France.

 

Voici une photo de Frédéric Lefebvre. Que vois-tu ?

- Le roi des papas.

- Ton papa.

- Celui qui fait preuve de bon sens en disant : "Je ne suis pas un spécialiste, donc je ne déterminerai pas à quel âge il faut le faire."

"Quand vous détectez chez un enfant très jeune, à la garderie, qu'il a un comportement violent, c'est le servir, c'est lui être utile à lui que de mettre en place une politique de prévention tout de suite".

- L'amour.

- Ken rasage.

 

Si ton papa devient chômeur, que penseras-tu ?

- Qu'il va rebondir car quand on veut, on peut.

- Que c'est la honte et que tes copines vont se moquer de toi.

- Que ton papa, il est faible, paresseux et qu'il ne crée pas de richesses.

- Que le chômage, ça ne devrait pas exister.

- Que ton papa est une merde.

 

Qu'aimes-tu manger ?

- Un hamburger.

- Du couscous.

- 5 fruits et 5 légumes par jour.

- Des pâtes aux truffes.

- Des pâtes sans truffes, ni beurre.

 

Les messieurs que tu vois parfois dormir dans la rue. Il faudrait faire quoi pour les aider, selon toi ?

- Chauffer les rues.

- Les déguiser en Père Noël.

- Les envoyer dans les pays chauds.

- Les rentrer avec les plantes sensibles au froid.

- Vaporiser de l'antigel.

 

Aider les riches pour aider les pauvres. Qu'en penses-tu ?

- Comme la crème sur le gâteau d'anniversaire, l'argent dégouline sur les pauvres.

- Ton papa dit que c'est bien. Il est riche.

- Ton papa dit que c'est bien. Il est pauvre.

- Ton papa dit que c'est nul. Il est pauvre.

- Philippe Marini est ton héros.

 

Caricaturer, contester, blasphémer, rire, c'est :

- Porter atteinte à la dignité du Président.

- Porter atteinte à la dignité du Président.

- Porter atteinte à la dignité du Président.

- Porter atteinte à la dignité du Président.

 

Tu voudrais voir plus souvent le Président à la télévision car :

- Il ne passe pas à la télévision pendant le "Jour du Seigneur".

- Pour que tes parents achètent un nouveau plasma.

- Il est beau.

- ll faut encore de la pédagogie, plus de pédagogie.

- Paul Newman est mort.

 

Connais-tu, parmi tes petits camarades, des gauchistes, voire des socialistes ?

- nom(s) :

 

Que penses-tu de ce questionnaire ?

- Tu voudrais le même à l'école.

- Tes parents devraient le remplir aussi.

- Il n'est pas assez précis, trop laxiste, trop d'ultra gauche.

- Le quoi ?

 

 

                            …………………………………………..

 

f

mercredi, 01 octobre 2008

Un jour, je serai criminel

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« Prédire n’est pas expliquer. »

René Thom

« Il n’existe pas un témoignage de culture qui

n’en soit un, en même temps, de barbarie. »

Walter Benjamin

Voici la fameuse Loi n° 2008-174 du 25 février 2008 « relative à la rétention de sûreté et à la déclaration d'irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental » :

http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000018162705

« A titre exceptionnel, les personnes dont il est établi, à l'issue d'un réexamen de leur situation intervenant à la fin de l'exécution de leur peine, qu'elles présentent une particulière dangerosité caractérisée par une probabilité très élevée de récidive parce qu'elles souffrent d'un trouble grave de la personnalité, peuvent faire l'objet à l'issue de cette peine d'une rétention de sûreté selon les modalités prévues par le présent chapitre, à la condition qu'elles aient été condamnées à une peine de réclusion criminelle d'une durée égale ou supérieure à quinze ans pour les crimes, commis sur une victime mineure, d'assassinat ou de meurtre, de torture ou actes de barbarie, de viol, d'enlèvement ou de séquestration.

Il en est de même pour les crimes, commis sur une victime majeure, d'assassinat ou de meurtre aggravé, de torture ou actes de barbarie aggravés, de viol aggravé, d'enlèvement ou de séquestration aggravé […] »

Cette loi élaborée par la ministre de la justice Rachida Dati fait suite à un cas de récidive (et, par le biais de la propagation médiatique, de « l’émotion » induite dans « l’opinion ») venant d’un pédophile relâché, durant l’été 2007. Son objectif affiché est de prévenir la récidive  des grands délinquants sexuels par la mise en place du dispositif dit « rétention de sûreté ».

« La rétention de sûreté consiste dans le placement de la personne intéressée en centre socio-médico-judiciaire de sûreté dans lequel lui est proposée, de façon permanente, une prise en charge médicale, sociale et psychologique destinée à permettre la fin de cette mesure.

La situation des personnes mentionnées à l'article 706-53-13 est examinée, au moins un an avant la date prévue pour leur libération, par la commission pluridisciplinaire des mesures de sûreté prévue par l'article 763-10, afin d'évaluer leur dangerosité.

A cette fin, la commission demande le placement de la personne, pour une durée d'au moins six semaines, dans un service spécialisé chargé de l'observation des personnes détenues aux fins d'une évaluation pluridisciplinaire de dangerosité assortie d'une expertise médicale réalisée par deux experts.

La décision de rétention de sûreté est valable pour une durée d'un an.  
La rétention de sûreté peut être renouvelée, après avis favorable de la commission pluridisciplinaire des mesures de sûreté, selon les modalités prévues par l'article 706-53-15 et pour la même durée, dès lors que les conditions prévues par l'article 706-53-14 sont toujours remplies. »

On pourra, entre autres, retrouver 2 articles copieux sur la question chez ce cher Maître Eolas :

http://maitre-eolas.fr/2008/02/25/880-de-la-retention-de-surete-et-de-l-absence-de-retenue-de-l-executif

http://maitre-eolas.fr/2008/07/21/1035-affaire-rm-c-allemagne-la-loi-allemande-sur-la-retention-de-surete-devant-la-cour-europeenne-des-droits-de-l-homme

De plus, voici l’appel lancé par 62 associations exigeant l’abolition de cette loi sur la rétention de sécurité :

http://www.contrelaretentiondesurete.fr/

Le 4 juillet dernier, lors d’une table ronde organisée dans le cadre des « Entretiens francophones de la psychologie », Robert Badinter a tenté d’interpeller psychologues et psychiatres, qui ne semblent pas s’être collectivement positionnés face à cette loi du 25 février. L’article de Sciences Humaines relatant cette intervention :

http://www.scienceshumaines.com/robert-badinter-interpelle-les-psychologues_fr_22800.html

Depuis cette table ronde, la Fédération française des psychologues et de psychologie a émis le communiqué demandant « à tous les psychologues qui seraient susceptibles d’être impliqués dans les procédures d’application de la loi du 25 février 2008 de suivre simplement leur code de déontologie et en particulier son article 19 :

Le psychologue est averti du caractère relatif de ses évaluations et interprétations. Il ne tire pas de conclusions réductrices ou définitives sur les aptitudes ou la personnalité des individus, notamment lorsque ses conclusions peuvent avoir une influence directe sur leur existence.

Le psychologue ne peut donc en aucun cas participer à une procédure contraire aux principes de base de sa déontologie, à la conception de l’homme issue de ses connaissances et à sa conception de sa propre action. »

http://www.ffpp.net/modules/news/article.php?storyid=285

La question du déterminisme s’impose comme une obsession durable du pouvoir en place. On se souvient des élucubrations d’un certain candidat à l’élection présidentielle face à un « philosophe » de compétition :

« J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1200 ou 1300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense. »

(Pour aboutir, quelques lignes plus loin, à : « Cela dit, je pense qu'on se construit en transgressant, que l'on crée toujours en transgressant. […] Il faut qu'il y ait de l'autorité, des lois. L'intérêt de la règle, de la limite, de la norme, c'est justement qu'elles permettent la transgression. Sans règles, pas de transgression. Donc pas de liberté. Car la liberté, c'est de transgresser. »)

Revient également ce rapport de l’INSERM de septembre 2005, « Trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent », prônant un dépistage très précoce des troubles comportementaux chez l’enfant, signes précurseurs d’un basculement dans la délinquance :

http://ist.inserm.fr/basisrapports/trouble_conduites/trouble_conduites_synthese.pdf

Ce même travail ayant été précédé par le rapport Bénisti en 2004 dont le fabuleux graphique situé en page 7 est ici dévoilé :

http://i469.photobucket.com/albums/rr56/fotochopette/bnisti.jpg

Plus récemment, s’imposa cette idée de prévisibilité des délits, selon des modalités moins ouvertement « scientifiques », par le truchement du  fichier EDVIGE, renommé en un  EDVIRSP faussement abstrait, autorisant le fichage des «personnes dont l'activité individuelle ou collective indique qu'elles peuvent porter atteinte à la sécurité publique.» Les mineurs à partir de 13 ans relevant également de cette disposition.

Probabilité, potentialité, possibilité, génétique…

Il s’organise ainsi un pseudo-scientisme d’Etat dans lequel, comme le dit Badinter, les experts tiendront le rôle d’alibi. La justice, dépassant les faits et leur réparation, s’installe dans le cauchemar rassurant des « possibles », des courbes qui prolongent leur route dans l’inconnu enfin révélé, dans les intervalles de confiance. On n'examine pas un fait, on juge un Homme ; qui n’existe pas. L’Homme que l’on juge n’est plus l’Homme que l’on juge, c’est un autre Homme, celui qui commet un acte délictueux impossible à commettre. On assiste donc à l’apparition d’une peine sans délit motivée par une probabilité d’apparition du délit (aussi potentiellement grave soit-il). Deux états superposés se heurtent à l’entendement : l’individu est à la fois libre, pour s’être dans les faits acquitté de sa peine, et entravé car possiblement promis à réitérer son acte. Une sorte de mort/vivant. Cette « expérience de pensée » basique suffirait à pointer l’ineptie du dispositif, « l’immense défaite intellectuelle et morale », selon le mot de Badinter, et à le disqualifier mais c’est précisément l’acte d’élimination, sous les auspices  de la science sommée de trancher, d’une personne humaine qui est à l’oeuvre.

Il y a sans doute là l’avant-garde (impulsée par des faits tragiques et validée par la gestion démagogique de l’émotion) inscrite dans la loi, d’un traitement global de la question de la norme.

Nulle nécessité de recourir aux actes d'accusation bidonnés des procès staliniens, la simple « probabilité de», la confrontation à une certaine modélisation des réponses des individus à un stimulus, à une histoire, à un milieu ou à une certaine forme de culture suffirait à activer la violence, bien réelle et légitime, de l'Etat.

Avec les « possibles », tout est possible.

(On peut également pointer ce renversement renversant de l'argument sans doute le plus opératoire dans le combat des opposants à la peine de mort aux USA ; à savoir la possibilité d'exécuter un innocent.)

Il n’est pas inutile de rappeler ces deux articles de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789 :

Article 5 - La loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas.

Article 9 - Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable, s'il est jugé indispensable de l'arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s'assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi.

 

Alors, oui, je suis potentiellement un assassin.

Je suis potentiellement un délinquant.

Je peux potentiellement troubler l’ordre public.

Je peux potentiellement être un barbare.

 

N.B. : Depuis l'écriture de cette note, le centre de rétention de sûreté de Fresnes est sur le point d'ouvrir (et de refermer) ses portes :

ici

 

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f

vendredi, 12 septembre 2008

Bienvenue à Tagada

 

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« Les Experts » ; Miami, Las Vegas, Manhattan…

Et puis Chicago, Philadelphie, Des Moines, El Paso, Waco ?

Le programme de télévision le plus regardé au monde, paraît-il.

Les Experts Monde.

Voici donc trois séries américaines, assez similaires entre elles, qui se proposent de nous narrer le travail de la police scientifique dépêchée sur des crimes au modus operandi assez alambiqué. Nos sympathiques équipes, hyper compétentes, suréquipées, sont alors montrées dans leur recours aux technologies les plus pointues, où l’à-peu-près, l’arbitraire, les biais sont exclus.

Les écrans, les microscopes, les appareillages les plus divers, les capteurs, centrifugeuses, détecteurs, oscillateurs, spectromètres, mallettes intégrées, tout y est montré, répandu. La technique se laisse filmer, s’étale longuement, elle se laisse démythifier. Mais elle ne tombe pas pour autant dans la trivialité ; elle a la froideur de la vérité.

Tout récemment, une affaire relançant encore le débat sur l’influence de ce type de programmes sur les comportements était exploitée.

Avec, inévitablement, l’avis éclairé et nuancé de l’expert psychologue, criminologue, chercheur, «profiler» de service.

Mais la question ne se limite pas à un « qu’est-ce que cette série, parmi d’autres, peut nous inciter à commettre ? » ; existe aussi, prégnante, l’idée d’un « qu’est-ce qu’elles nous intiment de ne pas faire ? ». « Les Experts », par le spectacle-même de l’infaillibilité de la technique en œuvre, délivre, par la preuve, le message de la Loi souveraine, infalsifiable, sous peine d’avoir à subir en retour, inévitablement, la Loi elle-même.

Dans cette série, la Loi n’est jamais discutée, ce n’est pas son objet ; la Loi est la Loi. Les appareillages clignotants de nos héros se posent comme garants de cette limite. Ils sont la Loi.

Et tout, dans le filmage de ces machines, leur ergonomie, la clarté de leur interface, la simplicité de leur principe (souvent explicité par nos héros), nous dit que la Loi ne pourra être enfreinte. Pas enfreinte car justice sera rendue, plus jamais enfreinte si vous avez bien compris la divertissante injonction. Ces séries produisent de la norme, mais de manière revitalisée par les technosciences apprivoisées et efficientes (et fantasmées).

La machine ne ment pas, il n’y a aucune falsification ; il n’y a pas de spectacle. Alors que nous sommes dans une petite manifestation spectaculaire de plus.

Il n’est pas rare, dans « Les Experts », de voir les intrigues tomber dans l’incohérence, les facilités, la surenchère, comme s’il fallait que, le canevas technique posé, le déroulement du scénario se force à adhérer, qu’il se torde pour tenir. Il est parfois amusant de voir, face à la (pseudo) rigueur des procédures rationnelles d’apparition de la vérité, un relâchement flagrant dans la construction scénaristique. Mais l’essentiel est de montrer que de ce fatras, nul ne pourra s’extirper, que nos héros démêlent l’indémaillable.

Une séquence nous montre un cambrioleur dérober un agenda. Ce cambrioleur, à son insu, est filmé. Notre équipe de techno-limiers analyse le film, « défloute » le visage, compare ce visage à une base de données et le cambrioleur est identifié. (Le type avait pourtant opéré sans gants, laissant sans doute quantité d’empreintes mais peu importe…) Voilà donc que s’avance vers nous une technologie de reconnaissance et de comparaison des faciès des plus magiques. De plus, comme souvent, l’interface logicielle est d’une lisibilité parfaite, compréhensible par tous, « intuitive » comme on dit, avec de gros caractères qui disent ce qu’il fallait démont(r)er.

Que nous dit cet écran coloré, sans équivoque ?

Qu’il n’y a aucune possibilité d’échapper à la vérité (et donc à la Loi). On aura beau faire, contourner, préméditer, la vérité surgira. Pas moyen d’échapper à l’œil global et objectif de la machine. Tout acte délictueux porte, a priori, la résolution de son hypothétique mystère et, par extension, sa réparation.

Rien d’étonnant à ce que ce machin soit une production Jerry Bruckheimer…

Qu’est-ce qui pourrait, finalement, prendre à défaut le système ?

Il existe (au moins) quatre facteurs : la corruption, les limites de la technologie, le défaut de données de référence à comparer avec les échantillons prélevés, l’absence de traces laissées sur les lieux.

La corruption, évidemment, ça n’existe pas. Et, si elle existe (simple hypothèse, n’est-ce pas), la science appliquée saura également la révéler.

La technologie est mystérieuse, fantasmatique, partout.

Les données de référence relèvent des bases de données, de la collecte et de l’indexation de prélèvements et d’informations factuelles. C'est ce qui est, quantifiable, comparable et en demande de tendre vers l’exhaustivité afin que l’indice retrouve son semblable fiché.

La pureté du délit, sans trace, quant à elle, peut être contrecarrée par la connaissance exhaustive du potentiel de chaque individu à agir dans un sens prohibé. « La possibilité de… » requiert évidemment une connaissance suffisante des orientations réelles et subséquemment potentielles de l’individu. C'est ce qui pourrait être, ce qui a des chances de tendre vers la limite, ce qui se montre « susceptible de porter atteinte à l'ordre public. »

L’ordre public sera garanti parce que la « science » prouve tous les jours, sans faillir (puisque c’est la science), que c’est comme ça. Rien de politique dans tout ça, disent-ils. « Les faits montrent que… » et « du point de vue scientifique… » et aussi « en toute objectivité… »

Il en va de la sécurité de nos concitoyens. Elle ne se discute pas et ce qui ne se discute pas relève des faits (et inversement). Le reste n’est que préjugés et illusions…

Air connu.

On ne s'étonnera pas d'entendre un Balkany narrer, à la radio, l'expérimentation sur son propre corps du Taser dont il veut équiper sa police municipale. Balkany, en consciencieux opérateur (possiblement fantasmé, lui aussi), a expérimenté ; pas de douleur, juste une paralysie. C'est sans danger. Balkany est toujours vivant. Balkany propose un énoncé scientifique : le Taser, c'est trop d'la balle.

Finissons avec un extrait du préambule de « Sciences et pouvoirs », de Isabelle Stengers :

« Et si cette répartition entre sciences et décision politique était une vaste et redoutable fumisterie ? Et si l’on pouvait dire, au contraire, que la fiabilité et l’intérêts des savoirs qu’une société est susceptible de produire traduisent la qualité de son fonctionnement démocratique ? En ce cas, tous les arguments qui invoquent la science seraient des arguments de pouvoir, nuisibles tout aussi bien aux sciences qu’aux exigences d’une démocratie qui ne se réduirait pas à une version sophistiquée du vieil art de conduire un troupeau. »


Il faut écouter les experts, nous disent-ils…

Et aussi les regarder. Ceux de Miami, Las Vegas, Manhattan et leurs clones européens et tous les autres de la petite lucarne électronique.

Grissom et Caine et Delko et Taylor sont autant à combattre que Edvige et Cristina et Eloi et Hadopi...

Pourtant, la simple question du goût devrait suffire. Parce que « Les Experts », comme produit, c’est vraiment merdique.

f

 

 

samedi, 05 avril 2008

OBJECTIF LUNE

dc507f5a67361953a3bfb0320cb90402.jpgJe me souviens ... dans un très vieux numéro d'Hara-Kiri, alors mensuel, d'une de ces illustrations en pleine page, avec une vieille photo noir et blanc, austère mais explicite, légendée "le suppositoire qui marche tout seul".
On y voyait un de ces petits obus intimes (fortement grossi), pourvu de quatre membres articulés, des pattes mécaniques orientées "dans le sens de la marche" qui, en dotant cette forme galénique traditionnelle de propriétés complètement nouvelles et de perspectives pratiques proprement vertigineuses, permettaient au lecteur (adolescent pré pubère que j'étais)  toutes sortes de spéculations fascinantes sur le fonctionnement et l'usage de ce qui était présenté comme un notable progrès technique, de nature à grandement faciliter la vie quotidienne et le confort d'innombrables utilisateurs futurs, bref la santé publique et par là le bonheur des français, que dis-je, de l'humanité !

Le souvenir perplexe et songeur de cet objet mythique ne m'a plus quitté depuis .

Avec donc cette réminiscence toujours présente à l'esprit, il me semble que tous ces remarquables progrès techniques que nous rapportait ici-même, dernièrement, le professeur cui-cui, toutes les promesses de lendemains décomplexés dans une économie enfin totalement libérée des malveillances et des menées subversives (qui nous privent encore de ses bienfaits multiculturels et multimédiatisés) ; toutes ces belles prouesses techniques que nos élites politiques et nos savants les plus éminents ont eu le discernement de mettre enfin à notre disposition; tout cela pourrait sans doute être utilement remplacé, malgré tout, dans les circonstances difficiles que nous affrontons, par une mobilisation de notre effort national.

Une mobilisation civile et civique de tous et de toutes permettant sans plus de délai la mise au point, et la mise sur le marché par nos industriels nationaux, de cette remarquable invention française que fut le suppositoire qui marche tout seul.

Nous connaissons tous, et nous avons su apprécier (j'ai eu l'occasion de le signaler sur ce même blog dernièrement) les efforts multimédiatiques, de telle chaîne de télévision "de maçon", pour faciliter le transit intestinal de ses usagers par une action constante et déterminée visant à fluidifier ses programmes, et  mettre l'accent sur les vertus neuro-laxatives qui faisaient déjà la réputation de sa production.

De nombreux autres exemples d'efforts louables de ce type peuvent être constatés, un peu partout, sur la scène politique et médiatique nationale, mais il s'agit encore d'efforts dispersés, insuffisants et encore incohérents car fruits de l'initiative privée.
Face à la montée des périls, au déclin qui menace, les bonnes volontés de nos mécènes désintéressés et télévisuels et autres magnats bienveillants de la presse, leurs efforts constants et répétés , soucieux de la chose publique et de l'intérêt supérieur de la communauté nationale, toute cette magnifique énergie dépensée sans compter par nos élites, tout cela ne peut hélas suffire à nous ... délivrer.

L'état doit prendre ces choses en main.08dfe44a6cc41c6db5de42af8671be37.jpg
 
Faute de crédit, en ces temps de disette budgétaire, et en attendant les effets (retard) du choc fiscal qui dans un premier temps a requis de vider les fonds de caisse de l'état (il faut savoir faire des sacrifices pour préserver l'avenir de nos enfants) , nous devons concentrer nos efforts et les circonscrire à des objectifs précis, d'efficacité et de portée sociale maximale, fondamentaux mais accessibles à nos finances publiques.
 
M. Fion nous l'a bien expliqué : point de rigueur mais un usage plus scrupuleux des ressources publiques. C'est la ligne que la sagesse libérale nous dicte , sans contredit, avec l'approbation massive de l'opinion, et l'appui de la communauté scientifique qui nous a bien fait savoir que l'avenir était dans la recherche fondamentale (et néanmoins appliquée) et les nanotechnologies.

Or, le génie français, quand on prend la peine de le chercher où il faut : dans l'inépuisable réserve de la production de nos magazines et l'abondance du riche vivier symbolique qu’elle a constitué au fil de ses publications, recèle  des ressources qui nous permettent de mettre en actes ce projet salvateur d'une nation toute entière rassemblée.

Quoi de mieux inscrit dans le domaine des nanotechnologies fondamentales que le suppositoire qui marche tout seul, grâce à ses petites nano-pattes mécaniques !?

Un évènement d'une portée symbolique incalculable est donc devant nous, à portée de fondement.

Françaises, français, exigeons que cette initiative de recherche devienne une priorité nationale.

Oui, c'est possible, ensemble ...605b7818de1e0a1f6b057363aeaae959.jpg

 

 Urbain

 
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