samedi, 27 décembre 2008
... LA SUITE INTERMINABLE

Il aura fallu presque rien pour que tout s'enclenche. Des travaux d'entretien sur la rue Enrico Macias, un retard dû à un défaut de trésorerie (crise oblige), des embouteillages à répétition puis un commerçant excédé, un poissonnier, qui déverse ses huîtres, ses calamars, ses truites invendus sur le trottoir, des glissages, des bagarres, la police qui déraille...
La situation économico-sociale était le ferment idéal d'une telle dérive.
Malgré les messages rassurants de la ministre de l'économie, prédisant un rebond immédiat, malgré les appels à la responsabilité individuelle du porte-parole du gouvernement, fustigeant Internet et les nourrissons, malgré les enquêtes ultra rapides, les coupables déjà désignés, le désordre s'étendit en quelques heures.
Un déluge de violence s'abattit sur les villes et jusque dans nos campagnes.
(Ellipse)
Quelques carcasses de voitures et de poubelles finissent de brûler. Les trottoirs sont défoncés, jonchés de détritus. Les abribus penchent au milieu des bris de verre. Quelques armatures tordues forment des sculptures étranges au milieu des rues. Les magasins éventrés succèdent aux rideaux de fers baissés et taggués. Des édifices publics offrent à la vue, leurs façades dévastées aux fenêtres béantes.
Un paysage d’après guerre.
« La désolation » titrait un journal de référence depuis sa permanence de Moscou.
L'enchaînement de mouvements de grèves s’était transformé en révolte sanglante partout en Europe.
Les affrontements avaient duré longtemps.
Dès le début des événements, les grosses fortunes s’étaient expatriés avec biens et meubles précieux sous des latitudes plus accueillantes. L’Etat avait veillé à organiser la mise à l’abri de chacun d’eux.
Le gouvernement avait pris la fuite. L'Airforsouane présidentiel avait décollé très tôt le matin. La presse, depuis l'étranger, relevait cette phrase promise à la postérité : « Carla, prépare le vanity ! »
Le ministère de l'intérieur avait beau tenir, avec la plus grande clarté, une ligne de fermeté, n'hésitant pas à instaurer le couvre-feu, raflant les milieux de l'ultra gauche du pays de Bresse, la place Beauvau ne tarda pas à se vider. Un journaliste, réfugié à Palma de Majorque, soutint avoir aperçu la ministre (un reportage exclusif étant déjà prévu) venir se terrer dans la villa tunisienne d'un célèbre acteur français.
Depuis, les gens sont barricadés. Ils ont appris à se rationner. Les denrées de base commencent à manquer.
La télévision n'émet plus depuis longtemps, la presse ne sort plus, mais tout le monde s'en moque.
Personne, nulle part.
Le temps s’est arrêté.
A la Bastille, devant la colonne de Juillet, une estrade.
L'opposition s'organise. La révolte peut enfin se structurer et déboucher sur un renouveau politique. Des immeubles fument au loin mais quelque chose peut commencer ici, maintenant. L'estrade est pleine de bonne volonté, les visages sont graves et remplis de l'importance du moment. Le peuple s'est soulevé, le gouvernement a été renversé, c'est un tournant dans l'Histoire récente du pays.
La place est déserte.
La première secrétaire du parti socialiste parle dans le vide.
Une clameur, la foule arrive.
Micro et haut-parleurs ont été coupés.
Les autos-élus abandonnent la scène.

Agathe
06:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (136) | Envoyer cette note | Tags : émeutes, révoltes, pouvoir, autrement
jeudi, 26 juin 2008
Mais qu’est-ce qu’on attend ?

" Pour la sauvegarde de votre emploi, acceptez-vous le changement d'organisation du temps de travail en 4X8 et ses contreparties ? Oui ou non. "
Voilà bien une question intéressante.Question dans laquelle la réponse est contenue.
Nous pourrions décliner cette question sur les différents thèmes qui défrayent les chroniques médiatiques.Ainsi sur les retraites nous verrions bien : " Acceptez vous de cotiser plus longtemps en payant plus cher et en touchant des retraites moins élevées pour éviter de ne rien toucher du tout ? "
Sur l’assurance maladie : " Acceptez vous que les malades et les pauvres payent leurs médicaments plus chers et soient moins bien couverts tout en conservant le niveau de vie des médecins ou que la sécurité sociale fasse faillite ? "
Sur l’école : " Acceptez vous que nous réduisions les heures de cours et que nous supprimions des postes pour favoriser certains établissements au détriment d’autre par la destruction de la carte scolaire ou préférez vous un enseignement médiocre pour tout le monde ? "
Voilà bien la démocratie dans la bouche des puissants : " tu préfères crever à petit feu ou qu’on t’exécute tout de suite sale pauvre ? "
N'est il pas beau le choix libre offert aux citoyens de ce pays ? Car nous y sommes dans le chantage permanent pour justifier la destruction de notre civilisation et de notre modèle solidaire et fraternel.
La question : " Pour la sauvegarde de votre emploi, acceptez-vous le changement d'organisation du temps de travail en 4X8 et ses contreparties ? Oui ou non. " a été posé aux salariés de l’usine Goodyear d’Amiens.
Et pour ceux qui se posent la question " que faire ? " je signale que de courageux syndicalistes ont répondu.
Mercredi 18 juin 2008, une vingtaine de salariés de l'usine Goodyear d'Amiens dont des représentants syndicaux - ont fait irruption dans le bureau des ressources humaines de l'usine et se sont emparés des enveloppes et du matériel de vote qui devaient être expédiés dans la journée aux 1400 salariés, dans le cadre d'une consultation par correspondance sur l'organisation du travail. Les employés ont ensuite brûlé le matériel de vote sur le parking de l'usine.
Il ont foutu le feu à cette ignominie et ils ont eu raison de faire cela. Car le chantage à l’emploi et le mensonge doivent être combattus.
Et parlons aussi de l’incendie du centre de rétention de Vincennes. Foutre le feu pour purifier l’atmosphère nauséabonde qui nous empêche de respirer, les pauvres diable que l’on désigne sous le vocable atroce de " sans papiers " y ont également eu recours. Ils ont foutu le feu à leur centre de rétention ou l’ignominie ne connaît plus de limite et ou l’humanité des gens détenus est bafouée, évidemment bafouée, inéluctablement bafouée ! Vivresans papiers n’est ce pas être sans droits ? Il faut lire les témoignages des détenus pour comprendre que l’horreur est là sous nos yeux. Ici
Foutre le feu, foutre le feu cela ne vous rappelle rien ?
Moi je pense tout de suite au groupe NTM et à leur morceau " Mais qu’est ce qu’on attend ? " Et je ne peux résister à vous citer ce passage :
" Ouais ! Notre tour est venu, à nous de jeter les dés
Décider donc mentalement de s'équiper
Quoi t'es miro, tu vois pas, tu fais semblant, tu ne m'entends pas
Je crois plutôt que tu ne t'accordes pas vraiment le choix
Beaucoup sont déjà dans ce cas voilà pourquoi cela finira dans le désarroi
Désarroi déjà roi, le monde rural en est l'exemple
Désarroi déjà roi, vous subirez la même pente, l'agonie lente
C'est pourquoi j'en attente aux putains de politiques incompétentes
Ce qui a diminué la France
Donc l'heure n'est plus à l'indulgence
Mais aux faits, par le feu, ce qui à mes yeux semble être le mieux
Pour qu'on nous prenne un peu plus, un peu plus au sérieux "
Vous pourrez retrouver ce morceau et ses paroles ici
Que Dieu me pardonne.
ODM.
19:00 Publié dans Pensées, Politique, Societé | Lien permanent | Commentaires (70) | Envoyer cette note | Tags : grèves, goodyear, sondages, centres de rétention, sans papiers, syndicats, révoltes









