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vendredi, 17 octobre 2008

MM. Sarkozy et Delanoë, le progressisme est du passé !

Se réclamer du progressisme suppose deux croyances idéologiques, l'une portant sur ce qu'on doit faire, l'autre sur ce qu'on peut espérer.

En général, les deux options se complètent. C'est lorsqu'on croit que le progrès est possible qu'on se lance dans l'action sous réserve que celle-ci fasse progresser les résultats. Un individu est perfectible, il peut progresser dans son savoir-faire. Il suffit de croire en soi, en sa persévérance et au travail portant ses fruits. Ce sont les ingrédients basiques de tous les étudiants, les artisans, les sportifs… liste non exhaustive. Mais lorsqu'on évoque le progressisme en termes politiques et idéologiques, c'est de la société dont il s'agit. Et l'on ne se prive pas de citer les quelques auteurs des Lumières à l'origine de l'idée de progrès et des textes ayant porté cette foi dans l'avenir. Ce sont un peu les fils d'Abraham, mais, au lieu de figurer dans l'Ancien Testament, ils appartiennent au Testament laïc des Lumières avec la foi dans la Raison qui éclaire la Volonté, conduisant les hommes vers un avenir radieux ou du moins meilleur que le présent.

 

La complexité de l'idéologie progressiste repose sur l'entrelacement de deux types de progrès basés sur deux types d'action. Le progrès matériel, technique et économique en premier. Puis le progrès social dépendant pour l'essentiel des mesures publiques, instruction, législation, autorité… liste non exhaustive. Au progressisme, s'oppose le conservatisme. A une époque, le conservatisme était dirigé à la fois contre le progrès technique et les évolutions sociales. C'était le temps des réactionnaires, des droites nationalistes, populistes, voire royalistes. De Barrès à Maurras. Mais, dans cette France surfant sur le positivisme et les succès de la science, le progrès technique est devenu incontesté, dans les limites des dégâts collatéraux occasionnés. Seule une minorité refuse le progrès matériel. Quant au progrès social, il a mis plus de temps à s'installer et être accepté par une majorité de concitoyens.

 

L'interférence entre les progrès techniques et la réalité socio-politique est un classique. Prenons la pilule contraceptive. Il a fallu une loi pour imposer le droit (est-ce un droit, plutôt un libre accès ?) à la contraception face aux partisans de l'ordre naturel et biologique institué par Dieu. Diffusion hertzienne ; les radios pirates ont été pourchassées alors que la France se réclame des droits de l'homme. La liberté d'expression avait ses limites. Mais le progrès social l'a emporté et, sous Mitterrand, les verrous hertziens ont sauté, pour le meilleur et pour le pire. Voilà quelques schémas progressistes, auxquels on pourra ajouter diverses mesures et lois votées, comme notamment l'abolition de la peine de mort. De 1960 à 1990, le progrès social est indéniable.

 

Le principe essentiel gouvernant le progressisme, c'est le temps linéaire, un temps qu'on retrouve du reste dans la Bible et qui est étranger aux conceptions grecques, celles-ci supposant des périodes de croissance puis de déclin, avec des cycles sociaux conçu à l'image du cycle des saisons. Le mouvement de la Modernité s'est effectué sur le modèle du temps linéaire, pendant quelques siècles, avec des progrès techniques permanent et des évolutions sociales incessantes, mais entachées par des périodes de régression. Cas trivial, le nazisme. Et puis le progrès a continué en vitesse de croisière depuis 1945. En y réfléchissant bien, on comprend que cette idée d'un progrès indéfini n'est pas raisonnable ou, du moins, qu'elle n'est pas infaillible et qu'à un moment donné un achèvement se dessine. Les signes sont là. Supposons que le progrès soit maintenant achevé. Il n'y aurait alors que des tendances régressives. C'est logique, une fois le sommet de la courbe du progrès social atteinte, elle ne peut que redescendre. Ce sommet serait donc atteint dans les nations les plus avancées. Le progrès matériel, il se poursuit, mais ne semble plus porter le progrès social ou du moins l'accompagner. Il y a eu une sorte de décrochage. Le progrès, il n'est plus que local, dans des zones limitées, pour des minorités. La régression, nous en avons un exemple avec Naples. Un désastre. Moins spectaculaires, mais tout aussi signifiants ces groupes de SDF de plus en plus nombreux dans nos rues. Ces restos du cœur remplis, ces classes d'élèves impossibles à maîtriser. Ces zones dans la banlieue vouées aux bandes. Autant de signes dévoilant la régression sociale que tentent de contenir les politiques publiques.

 

Ainsi se dessine un malentendu entre la classe politique, les élites et, d'un autre côté, les citoyens. Le décrochage entre progrès technique et progrès social engendre une attitude vaine de politiciens qui, suivant Sarkozy (Delanoë et Royal en sont aux promesses pour 2012), se lancent dans une frénésie réformiste alors qu'il n'y a plus de progrès en vue. La vérité c'est qu'il faut au mieux conjurer la régression sociale, seul objectif accessible et réalisable. Mais cette impatience, cette instabilité, conduit notre président à lancer des tonnes de réformes qui produisent autant de résultats qu'elles consomment de l'énergie et, donc, le résultat est nul et la France fait du surplace alors que la réforme tourne tel un moulinet dans le vide. Qui croit avoir la croissance au bout de l'hameçon. Avec en plus la France de demain, radieuse. Ce n'est pas avec quelques mesurettes sur les heures sup, le travail le dimanche, l'implantation des discounts, qu'on peut transformer la société et amener plus de prospérité. Qui d'ailleurs est là, la France étant un pays riche. Les lois sur le service minimum, sur la police, sur l'accueil des enfants par temps de grève, la Halde, la loi contre le prosélytisme de l'anoxie… liste ô combien non exhaustive, c'est juste une infinitésimale conjuration de la régression sociale.

 

En l'état actuel des choses, il n'y a plus de progrès social en vue. Seuls les menteurs affirment le contraire et les naïfs les croient. Il faut rester modeste. Paradoxe. Dès 1988, il était certain que le progrès social était achevé et les politiques se présentaient au suffrage pour proposer des solutions. En 1993, pareil, en 1995 pareil, en 1998 pareil, en 2002 pareil. Mais, en 2007, le démon du progressisme est revenu sur le devant de la scène, avec Sarkozy et maintenant Delanoë et Obama là-bas. Revenu comme une crise d'urticaire politique pour démanger le citoyen et orienter son bulletin. Le vote c'est un peu le grattage suite à une démangeaison. La politique qui suit, c'est la poursuite du grattage par le réformisme, mais le citoyen va finir par se gratter du gouvernement et réciproquement !

 

 

Nb : Invitation de publication au Village faite à l'auteur après la lecture de son billet. Nous le remercions vivement de nous avoir accordé  son "aimable autorisation".
 
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