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vendredi, 18 juin 2010

Femme dévoilée, femme libérée?

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C'est la simplification qu'offre le monde occidental.
C'est également la manifestation de son arrogance vis-à-vis des pays du sud. Notre mode de vie, nos styles vestimentaires, nos principes et nos lois ne peuvent être que des modèles pour les autres qui vivraient de façon, au mieux, exotique, au pire, archaïque et barbare.
Mais ce monde occidental a-t-il un jour favorisé l'épanouissement et la liberté des populations dans les pays pour lesquels il dénonçait la tyrannie? Mais ce monde occidental a-t-il favorisé l'épanouissement des populations sur la planète et sur son propre territoire?
Et ce monde occidental a-t-il un jour favorisé les Lumières contre toute la tyrannie?
Quand on voit le désastre écologique qu'il a généré partout avec le dieu de la consommation, quand on voit qu'il a engendré des poches de pauvreté sordides, quand on voit que les critères vestimentaires, les habitudes alimentaires et autres, sont imposés par une caste de prédateurs nantis qui produisent toujours plus pour faire dépenser plus, quand on voit qu'il est à l'origine, directement ou indirectement, de l'anéantissement de pays entiers, QUI peut penser que nous sommes vraiment un modèle pour les autres?

C'est, hélas, ce que pensent la majorité des Occidentaux de tous bords, qui s'appuient hypocritement sur des principes qu'ils n'appliquent pas à eux-mêmes ou qui se laissent aveugler par la propagande et les paillettes vendues par des camelots de plus en plus cyniques.

Enquête sur l’hystérie déclenchée par le voile islamique en France

Laila Lalami, The Nation. 24 novembre 2007

La polémique soulevée par la question du voile islamique et de la politique de l’identité dans la France contemporaine est le sujet d’un nouveau livre : "La Politique du voile".
"
Une sorte d’agression", "le successeur du mur de Berlin", " un levier dans la longue épreuve de force entre les valeurs démocratiques et le fondamentalisme", "une insulte à l’éducation", "un acte terroriste".
Ces descriptions données par l’ancien président J. Chirac, l'économiste Jacques Attali, et les philosophes Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut et André Glucksmann ne s’appliquent pas à la prochaine grande menace qui plane sur la civilisation humaine mais au foulard que portent les musulmanes, recouvrant la tête et le cou, ou, comme on l’appelle en France, le «
foulard islamique ».

Dans son livre bien documenté, “La politique du voile”, l’historienne Joan Wallach Scott se livre à une analyse de cette obsession particulière qu'ont les Français pour le foulard, et qui a atteint son point culminant en mars 2004 avec l’adoption d’une loi interdisant aux élèves de porter des signes religieux ostensibles.
La loi précise qu'est interdit le port du foulard islamique, de la kippa juive et des grandes croix mais que sont autorisés les "
petites croix, les médailles, les étoiles de David, les mains de fatma et les corans miniature".
Malgré les contorsions multiconfessionnelles, il est clair, évidemment, que cette loi s’adressait principalement aux jeunes écolières musulmanes.

Cette polémique sur le foulard qui a duré une dizaine d'années a été marquée par trois conflits bien spécifiques.
Le premier a débuté en octobre 1989 quand Ernest Chénière, le principal d’un collège de Creil, au nord de Paris, a expulsé trois élèves, Samira Saidani and Leila and Fatima Achaboun. La raison de cette expulsion, d’après Chénière, était qu’il devait faire appliquer le principe de «
laïcité » (en français dans le texte) à l’école. La polémique nationale qui s’en est suivie a eu lieu dans le contexte de la fatwa lancée contre Salman Rushdie et de la confrontation de l’occident avec l’Iran, d’une part, et de la célébration du bicentenaire de la République, de l’autre. Au moment où l'attention des Français était focalisée sur trois élèves qui portaient le foulard, le pays comptait plus de 3 millions de musulmans.
Leïla Sebbar, auteure franco-algérienne, avait écrit dans le Monde que cette polémique était "grotesque". En fin de compte, le socialiste Lionel Jospin, qui était à l’époque ministre de l’Education, avait préféré laisser la justice trancher. Le Conseil d'État décrétait en définitive que les élèves ne pouvaient pas se voir refuser l’accès à l’école simplement parce qu’elles portaient un foulard, mais donnait également la possibilité aux professeurs et aux chefs d'établissements de décider, au cas par cas, s'ils acceptaient ces signes religieux en cours.

La deuxième polémique sur le foulard était déclenchée en 1994 par le même Ernest Chénière.
Il n’était plus principal de collège, mais profitant de la notoriété qu'il avait acquise précédemment, il s'était fait élire député du département de l'Oise sous l’étiquette RPR. Et, en sa qualité de député, il proposait un projet de loi pour interdire tout signe religieux « ostentatoire » à l’école.
On avait encore droit aux mêmes arguments qu’en 1989, mais cette fois, le contexte politique était la guerre civile en Algérie. Pour Chénière et ses partisans, nombreux et divers, la lutte contre le fondamentalisme islamique en Algérie et ailleurs passait par un renforcement de l’état laïc en France.

La troisième et la plus récente polémique sur le foulard est survenue en 2003, quand deux sœurs, Alma et Lila Lévy, deux adolescentes, ont été expulsées de leur lycée de la banlieue parisienne d’Aubervilliers pour avoir refusé d’ôter les foulards qu'elles portaient. Les sœurs Lévy sont les filles d’un avocat qui se considère « juif sans Dieu » et une mère professeur kabyle baptisée catholique pendant la guerre d’Algérie. Les jeunes filles s’étaient converties à l’Islam après la séparation de leurs parents adoptant, entre autres, le port du foulard.
Dans une interview dans le Monde, le père avait déclaré : «
je ne suis pas pour le foulard, mais je défends le droit à l'éducation de mes filles. Au cours de cette affaire, j’ai découvert la folie hystérique de certains ayatollahs de la laïcité, qui avaient soudain perdu tout sens des réalités".

Cette année-là, une commission présidée par l’ancien ministre Bernard Stasi et créée pour mener une réflexion sur la nécessité ou non de faire une loi interdisant le port de signes religieux, avait auditionné divers experts.
Cette commission publiait ensuite un rapport qui réaffirmait l’importance de la laïcité pour la République et suggérait l’adoption d’une loi prohibant les signes "
ostensibles" d'appartenance religieuse, tout en préconisant la reconnaissance de la pluralité des religions en France. (par ex, la commission suggérait que Yom Kippour et l’Aid-el-Kébir deviennent des jours fériés).
J. Chirac ne retiendrait de ses travaux que la proposition de loi sur le foulard.

Wallach Scott écrit: “Il n'était plus question des concessions qui avaient été accordées les années passées (foulards sur les épaules, foulards "allégés, bandanas), la loi était conçue pour supprimer les frictions qu'avaient fait naître ces compromis".
La loi était adoptée en mars 2004 et mise en application en octobre de la même année. Sans l'effet édulcorant des autres recommandations de la commission, l'interdiction du port du foulard était devenue une décision sans appel: il n'y aurait plus ni compromis ni conciliation - c’était soit l’islam, soit la République.
Afin de comprendre pourquoi un bout de tissu est devenu une obsession nationale (assimilé, par des philosophes - excusez du peu, à du
terrorisme), il faut revenir au passé de la France, à un certain nombre d'années en arrière, à la période pour laquelle l’actuel chef d’Etat, NS , a demandé à ses compatriotes de cesser de se repentir : la colonisation.

En effet, explique Wallach, il est impossible de comprendre l'attitude actuelle en France vis-à-vis du foulard sans se plonger dans l’histoire du racisme de ce pays, parce que le foulard a "joué un rôle important en tant que signe pérenne de la différence irréductible entre l’islam et la France" et qu’il est perçu comme l’expression "non seulement d’incompatibilités en terme de religion, mais également en termes éthnico-culturels".

Quand le gouvernement français a envahi l’Algérie, en 1830, il s'est lancé dans une vaste campagne de "pacification" militaire, imposant dans la foulée la législation française, jugée nécessaire pour la réussite de la mission de civilisation.
Les femmes étaient le pivot de cette opération.
Dans les articles de presse, les chroniques et les romans de l’époque, les femmes algériennes étaient décrites systématiquement comme des opprimées, et donc, expliquait-on, si on voulait que la civilisation s'implante véritablement en Algérie, les femmes devaient ôter leurs voiles.
Le général Bugeaud, qui était chargé d’administrer le territoire dans les années 1840, déclarait (approx.): «
Les Arabes nous échappent parce qu’ils nous empêchent de porter les yeux sur leurs femmes ».
Parallèlement, les hommes en Algérie, étaient considérés comme des prédateurs sexuels qui ne pouvaient pas contrôler leurs pulsions si leurs femmes n’étaient pas recouvertes de voiles. La colonisation résoudrait cela en apportant la lumière de la civilisation européenne aux hommes arabes, qui, après quelques générations sous la loi française apprendraient à contrôler leurs pulsions.
Le gouverneur général d’Algérie disait en 1898: "
la physiologie de l'arabe, du juif et de la femme arabe, ainsi que la tolérance vis-à-vis de la pédérastie, et des traditions orientales spécifiques de procréation et de la relation aux autres, sont si différentes de l’homme européen qu’il est nécessaire de prendre des mesures appropriées".
Encore en 1958, les épouses des officiers français, qui cherchaient par tous les moyens à faire cesser le soutien au FLN, fer de lance de la guerre de libération contre la France, organisaient un « enlèvement symbolique des voiles » de femmes algériennes à une manifestation en faveur de la France à Alger, la capitale de l'Algérie.

Des dizaines d'années plus tard, des millions de citoyens français issus d'Afrique du Nord entendent à peu près le même discours: pour être français, ils doivent s'"intégrer" en abandonnant ce qui les rend différents, l'islam.
Cette religion, cependant, n'est pas considérée comme un ensemble de dogmes que les adeptes peuvent adapter aux exigences de leurs vies quotidiennes, mais plutôt comme une caractéristique intrinsèque et infranchissable. Il est facile de comprendre comment le racisme peut s'ancrer dans un tel contexte.

Lors des controverses sur le foulard, il était futile, semble-t-il, de prendre en compte que 95% des musulmans français n'allaient pas à la mosquée, que plus de 80% des femmes musulmanes en France ne portaient pas de foulard ou même que les lycéennes qui en portaient un n'étaient pas plus de quelques centaines. La notion raciste de l'existence de différences fondamentales entre les citoyens français d'origine nord-africaine et ceux d'origine européenne délimitait le débat. Par exemple, les sœurs Lévy étaient parfois appelées dans la presse Alma et Lila Lévy-Omari, afin que le lecteur puisse bien faire le lien avec leurs origines d'Afrique du Nord (du côté de leur mère).

Mais si c'était, dit Wallach Scott, le racisme qui sous-tendait le débat sur le voile, c'est au nom de la laïcité qu'on s'exprimait.
Les partisans de l'interdiction du foulard prétendaient que la laïcité n'était pas seulement ce qui s'opposait au religieux mais que c'était une notion universelle qui était aussi typiquement française. Ils appelaient cela une
singularité française (en français dans le texte).

Quand on y regardait de plus près, cependant, cette notion particulière semblait fort complaisante pour les catholiques et intransigeante pour les autres. Par exemple, la loi de 1905 qui sépare l'Eglise et l'Etat permettait aux écoliers d'être libres le dimanche pour assister à la messe et leur accordait un second jour dans la semaine pour aller au catéchisme.
Le gouvernement français contribue actuellement de 10% au budget des écoles privées catholiques religieuses. Le calendrier scolaire n'observe que les fêtes religieuses catholiques.
Et pourtant, malgré les différences d'application de la laïcité dans les écoles, ceux qui s'opposaient farouchement au port du foulard revendiquaient leur attachement à la laïcité et à la nécessité de préserver la République.
La laïcité, c'était ce qui faisait la spécificité même de la France.
Et donc, défendre la liberté des jeunes filles de s'habiller comme elles l'entendent, cela signifiait faire l'apologie de l'oppression des femmes et être un ennemi de la laïcité, car, si on défendait la laïcité, on ne pouvait être que favorable à l'interdiction du voile.

Au plus fort de la polémique, tout le monde semblait avoir un avis sur cette loi. Plus de soixante personnalités (dont les actrices Emmanuelle Béart et Isabelle Adjani, la philosophe Élisabeth Badinter, les anciennes ministres Corinne Lepage et Yvette Roudy, et la militante Fadela Amara) signaient un appel dans les pages du magazine Elle pour demander à Chirac de faire voter une loi pour l'interdiction du foulard.

Peu de voix se faisaient entendre pour défendre la laïcité et le droit des jeunes musulmanes à l'instruction.
Parmi elles, l'auteure de BD, Marjane Satrapi écrivait dans le
Guardian qu'interdire aux jeunes musulmanes de porter le voile était aussi répressif que de les forcer à en porter un, et le philosophe Pierre Tévanian qui expliquait que la laïcité s'appliquait aux institutions, pas aux individus.

Dans "la Politique du voile", Wallach Scott montre bien l'hystérie qui a entouré le débat sur le foulard en France, même si le livre aurait parfois mérité plus de rigueur.
Ainsi, Ernest Chénière, le principal de collège qui a déclenché la controverse en 1989, a été rebaptisé "
Eugène Chénière".
D'autre part, Wallach Scott omet de citer un événement important qui a suivi ces affaires de foulards: l'enlèvement en août 2004 de Georges Malbrunot et de Christian Chesnot, des journalistes français, par un obscur groupe islamiste en Iraq qui exigeait l'abrogation de la loi. (Les citoyens français, les musulmans et les autres, ont condamné cette intrusion dans leurs affaires internes).

Mais le travail de recherche, vaste et exhaustif, de Wallach Scott dresse un portrait vivifiant des débats.
Outre le racisme dominant et l'interprétation rigide de la laïcité, il y a une troisième raison à cette obsession pour le foulard: une conception étriquée de l'individualisme.
Wallach Scott démontre que les jeunes musulmanes françaises, qui étaient les premières concernées par la loi, étaient "
étonnamment absentes des débats".
La commission Stasi n'a entendu que quelques jeunes filles, en huis clos, ce qui fait que leurs voix et leurs opinions n'ont jamais fait partie du débat public.
Tout en reconnaissant que certaines d'entre elles portaient peut-être le foulard pour d'autres raisons que la pression familiale de leurs frères ou de leurs pères, les observateurs ne voulaient y voir que le symbole de "
l'aliénation de la femme".
Malgré les déclarations des jeunes filles et de ceux qui s'opposaient à cette loi, disant que le foulard était l'"
expression d'une conviction individuelle", l’État et les partisans de la loi déclaraient que cela ne pouvait pas "être le cas en toute logique" puisque le foulard sous-tendait obligatoirement "l'abandon de l'individualité et une démonstration d'allégeance fondamentale aux normes et aux obligations collectives".
Afin d'être véritablement françaises, donc, les jeunes musulmanes ont dû renoncer au port du foulard, puisque dans cette optique-là, il était le signe qu'elles n'étaient pas loyales envers la France et qu'elles n'étaient pas des individus à part entière capables de penser par elles mêmes.

La dernière raison, et peut-être la plus dérangeante, de cet acharnement contre le foulard, c'est sa connotation sexuelle.
Ses détracteurs opposaient souvent la tradition musulmane, qui préconise le port du foulard pour limiter la "sexualité dangereuse" des femmes, et la culture française qui "célèbre le sexe et la sexualité comme des notions dénuées de risque social et politique".


En réalité, à la fois la charia et la laïcité stricte ont engendré des systèmes qui privaient essentiellement les femmes de disposer librement de leur corps.
En effet, dans la tradition de l'islam, les femmes sont incitées à être discrètes et à se tenir loin du "tabaruj" (mot arabe, venant du verbe "baraja" qui signifie "afficher", parader et dont le nom pourrait se traduire par "affectation", "ostentation"). (…)
De la même façon, la loi française, s'appuyant sur la laïcité stricte, parlait d'étalage de signes religieux "
ostentatoires". En bref, la lutte entre ces deux modes de pensée se livrait sur le corps des femmes.


L'argument sexuel contre le foulard était courant en France en 2003, même si, à cette époque, le terme de "foulard" avait disparu du discours public pour être remplacé par "voile", qui recouvre tout le visage sauf les yeux. C'était faux, mais pas entièrement innocent, bien entendu, parce qu'il donnait la possibilité aux détracteurs de parler en termes de stéréotypes plus généraux de femmes musulmanes comme au Yemen, où le port du voile est prédominant, contrairement à ce qui se passe dans la banlieue parisienne.
Plus récemment, dans une interview à un journal anglais, Bernard-Henri Lévy est allé jusqu'à dire: "
le voile est une invitation au viol".


Insinuer qu'une femme invite au viol par la façon dont elle s'habille, c'est pervers, mais Lévy est prêt à toutes les outrances pour préserver l'idée d'une identité homogène de la femme européenne. Dans cette optique, une Européenne n'est pas couverte de voiles, ce qui implique à la fois qu'elle se livre aux regards masculins et qu'elle est libérée.


Il est intéressant également de constater que Lévy exige pour lui-même ce qu'il n'est pas prêt à concéder à d'autres.


En 2004, il a demandé à Andrée Putman, décoratrice-architecte de rénover sa résidence secondaire à Tanger. Cette résidence se trouve à côté du célèbre café Hafa, qui comptait autrefois parmi ses habitués des écrivains comme Paul Bowles Tennessee Williams ou Jean Genet et qui offre une vue incomparable sur la Méditerranée.
Désormais, les clients du café ont la vue sur la baie en partie obstruée par le mur en parpaings érigé autour de la terrasse de Lévy lors de la rénovation de sa maison où sa femme, l'actrice et chanteuse Arielle Dombasle aime se faire bronzer.
Lévy, aurait déclaré qu'il voulait ainsi la protéger du regard des hommes installés au café Hafa. Dévoiler son corps ne marche, apparemment, que dans un sens.

Il y a en France actuellement une vaste hypocrisie qui consiste à invoquer la liberté d'expression quand des dessinateurs de Ch*rl*e H ou de Fr*nce S*ir offensent les sensibilités des musulmans mais à rester obstinément silencieux quand on refuse le droit à une femme de religion musulmane de disposer librement de son corps.
Cela relève de la même hypocrisie quand le champion de foot Zidane est simplement qualifié de "citoyen français" alors que Zacarias Moussaoui est présenté comme "citoyen français d'origine marocaine".
Cela relève de la même hypocrisie quand se constituent des comités de soutien aux professeurs de Flers qui refusent d'enseigner à des jeunes filles qui portent le foulard alors que parallèlement le fait que 40% des jeunes Français (dont beaucoup sont d'origine nord africaine) des quartiers pauvres ne trouvent pas de travail semble complètement occulté.
Cela relève de la même hypocrisie quand on célèbre l'engagement des soldats nord-africains dans la seconde guerre mondiale contre les nazis mais qu'on ne leur verse pas, jusqu'à l'an dernier, la même retraite qu'à leurs homologues français.
Cela relève de la même hypocrisie quand l'humoriste Dieudonné est condamné pour ses remarques ignoblement racistes sur les juifs, alors qu'on absout l'ancien rédacteur en chef du Point, Claude Imbert, quand il déclare: "
Moi, je suis un peu islamophobe. Cela ne me gêne pas de le dire".


Enfin, cela relève de la même hypocrisie quand on mobilise une énergie intellectuelle démesurée et des ressources publiques énormes pour une poignée d'élèves qui portent un foulard alors qu'on ne fait pratiquement rien pour garantir à ces jeunes filles (dont la plupart sont confinées dans des écoles défavorisées, appelées ZEPs - zones d'éducation prioritaires), les mêmes chances en matière d'éducation et d'emploi que leurs compatriotes de "souche européenne".
Et en fin de compte, les polémiques successives en France ont servi à détourner l'attention sur les vrais problèmes et ont apporté de l'eau au moulin aux fondamentalistes de l'islam, qui recrutent les jeunes en leur disant que la France ne veut pas d'eux. Le foulard en France n'est rien de plus qu'une feuille de vigne: quel que soit le temps qu'on passe à la regarder, on finira par avoir à affronter la crudité du racisme et de la discrimination. Le racisme nu et cru.
Pour paraphraser un autre philosophe français, je ne suis pas d'accord avec le port du foulard, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que les femmes aient le droit de le porter.

 

Par emcee

 

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http://blog.emceebeulogue.fr/

vendredi, 07 mai 2010

Responsabilités des élites, démocratie et spéculation.

Salut les vilains petits canards !

L'autre jour, j'entendais un représentant des libéraux déclarer que les Grecs, responsables de la déroute financière à cause de leur mauvaise gestion, de leur train de vie supposé et des mensonges éhontés livrés aux instances internationnales méritaient largement les mesures sacrificielles que l'Europe leur faisait subir.

Certes.

Ce même intervenant d'ajouter que le peuple était responsable par la délégation démocratique et les mandats électoraux qu'il avait accordés à ses hommes politiques pour gérer le pays.

Et là, amis du Village, mon sang de canari n'a fait qu'un tour ! Des dents acérées ont poussé en quelques secondes dans mon bec délicat!

Ainsi le vote des citoyens impliquerait-il une délégation du pouvoir économique à ceux qu'on met au pouvoir démocratiquement ? Cela parait logique.

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MAIS.

Lorsqu'on doit choisir entre un Strauss-Kahn et un Sarkozy ? Entre un social libéral et un libéral social ? Entre la blanche neige et la neige blanche ? Entre la peste et le choléra ? Existe t-il vraiment une alternative ? D'autant que les législations des pays sont faites pour éliminer les petits partis ! Sans oublier que pour parvenir au pouvoir, des fonds très importants sont nécessaires pour planifier une campagne électorale digne de ce nom et que seuls 2 ou 3 partis dans chaque pays démocratique peuvent légitimement prétendre à la victoire !

Et comme, ces "grands" partis sont financés par des lobbies ou des entreprises privées, ils évitent consciencieusement de remettre en cause le système.

Donc, votre choix se résume simplement à voter pour du blanc-bleu ciel ou du rose pâle ! Et à l'arrivée, vous tombez sur les mêmes politiques fades pratiquant les mêmes mesures, votant pour les mêmes lois. Juste,  changent le visage et l'allure des représentants et la plastique des épouses ; avouez que c'est bien peu !

Et quand ces gens font d'énormes bévues, c'est le peuple qui paye. Comme ces politiciens grecs inaptes et jouisseurs.

Dites, les amis, ce dualisme incolore ne vous rappelle pas un peu la situation 2010-05-05T121755Z_01_APAE6440Y5Y00_RTROPTP_2_OFRWR-GRECE-MANIFESTATIONS-MORTS-URGENT-20100505.JPGde notre beau Pays ?

À propos avez vous jamais entendu les autorités politiques européennes ou grecques, exiger une enquête et le passage en Justice des dirigeants politiques et banquiers responsables de cette faillite en Grèce ?

Les classe moyennes et modestes héllèniques se révèleraient donc les seules coupables de ce krach sous prétexte qu'elles auraient donné leurs suffrages à des incapables et des corrompus ? Mais le peuple grec avait-il d'autres possibilités de choix ?

Foutaises !

Il n'existe pratiquement plus d'alternative idéologique dans nos sociétés occidentales aseptisées. Dans le cas grec, les 2 partis successivement au pouvoir étaient aussi médiocres ou corrompus l'un que l'autre.

Vous, citoyens ordinaires, avez vous l"impression en mettant votre bulletin dans l'urne de vous engager à payer les pots cassés de ceux que vous allez élire ? Savez vous à l'avance s'ils seront honnêtes et compétents, s'ils respecteront leurs paroles ou s'ils ne vous conduiront pas vers une aventure hasardeuse ?

Et si à mi-mandat, si vous vous apercevez que vous avez été trompés par vos représentants, quels sont vos recours pour les pousser dehors ? Aucun, bien entendu : vous avez signé un contrat à durée déterminée de 5 ans minimum !

L'addition sera de toutes manières pour vous et dans ce cas on comprend mieux la colère justifiée du peuple grec impuissant !

Alors, on risque à coup sûr, tôt ou tard, l'émergence fatale de partis populistes, démagogiques et autoritaires d'extrême droite vers lesquels se rabattront les électeurs dégoutés et écœurés comme on en rencontre de plus en plus.

L'Europe se prépare des lendemains malsains...

Dans le monde actuel, plus vous grimpez les échelons, moins vous êtes responsables de vos fautes. Ce fait est désormais patent et hélas indiscutable : seuls les petits, salariés, fonctionnaires, cadres, artisans ou commerçants, professions libérales payent pour leurs erreurs. Au fur et à mesure de sa montée dans la hiérarchie sociale, non seulement la rémunération croît, mais les périls diminuent d'autant que les parachutes dorés ou les voies royales de garage atténuent la chute éventuelle et vous garantissent une rente confortable. L'oligarchie de connivences en cours actuellement dans tous les pays occidentaux est une assurance tous risques pour tous ceux qui ont la chance de bien naître ou d'y rentrer par relation. Sauf égarements gravissimes votre avenir est assuré envers et contre tous.

Le libéralisme économique et la spéculation financière, idéologies du risque pour les dirigeants économiques  ? Mon œil ! Un slogan médiatique de plus, oui !

Dès lors, les erreurs de nos élites politiques ou économiques seront toujours pardonnées mais leurs séquelles seront systématiquement mutualisées.

Le Peuple, fût il grec ou français, qu'il vote ou non,  sera toujours le dindon de la farce.

C'est la morale de cette sinistre tragédie grecque qui se déroule sous nos yeux.

Toutefois pour en terminer et relativiser, n'oublions jamais que presque un milliard d'individus sur notre planète souffrent de malnutrition, la crise monétaire accentue la volatilité des marchés et commence à attirer les capitaux des spéculateurs vers les marchés plus traditionnels des matières premières comme le riz, la farine et autres productions vivrières dont les pays les plus pauvres sont si dépendants...

La spéculation devient un véritable fléau, un nuage de sauterelles virtuelles, un fleuve boueux qu'il convient, pour les États, de maîtriser impérativement avant d'y finir engloutis. Mais je crains qu'avec un mollusque languide (pour parler poliment) de l'acabit de ce pauvre François Fillon, nous soyions bien mal barrés.

 

Amis du Village, bon courage et à bientôt et allez donc consulter ce superbe billet sur les pseudos modèles de la mondialisation et cet autre brillant exposé sur un tout autre sujet dramatique : la Palestine.

 

Il est 21h, j'ai rédigé mon billet depuis déjà quelques heures et je viens de parcourir le blog de l'excellent SuperNo. Lui aussi parle de la Grèce. Si nos propos sont différents, ils n'en vont pas moins dans le même sens. À lire absolument.

 

 

Cui cui fit l'oiseau, phénix déplumé de basse-cour.

vendredi, 07 août 2009

Le secret de la Médiocrité et les origines de la Nullité

 

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Causerie estivale en quatre parties

Le secret de la Médiocrité et les origines de la Nullité 

Troisième partie :

De la médiocrité  comme expression d’un rapport social générique 
au spectaculaire intégré.

Résumé des épisodes précédents. 
Après l’avoir caractérisée comme détermination principale de la médiocrité (en tant que nature et manifestation de l’opinion « moyenne »), les deux premières parties de cette causerie ont porté sur les modalités d’usage de l’opinion dans ses deux principaux domaines d’application sociale : la politique et l’esthétique ( circonscrite ici à la représentation spectaculaire) , en mettant en évidence la symétrie inversée qui a marqué l’évolution des modalités de l’opinion dans ces deux domaines. Le mode de démocratie « directe » ( sans médiation) étant progressivement passé du domaine politique au domaine esthétique de la représentation spectaculaire, tandis qu’inversement le mode de la « médiation représentative » désertait le terrain  esthétique et spectaculaire pour s’imposer sur le théâtre politique. Cette inversion modale ( de l’opinion) a été stigmatisée dans la désignation contemporaine de « démocratie d’opinion », modalité de la démocratie elle-même marquée par le dernier rejeton en date de idéologie (libérale) dominante : le « démocratisme ». 
Au prix d’un petit détour ontologique nous avons également pointé les contradictions inhérentes à cette idéologie dominante, reposant sur le primat (ontologiquement inconsistant) de la « liberté » sur l’égalité, notamment la vaine prétention (démocratiste) consistant à « émanciper le spectateur ».  

Ce troisième épisode va être l’occasion d’éclaircir la relation entre ces notions dérivées (  des vicissitudes de l’opinion), essentielles à la compréhension du secret de la médiocrité : distinction ( du divers esthétique) ,  primat libéral de la « liberté » sur l’égalité , nécessité induite de la médiation ( de la distinction), et représentation ( de l’opinion, de son sujet et de son objet). 

Petit détour historique en forme de repoussoir idéologique. 
La vulgate répandue « à l’ouest » tenait jadis les pays de l’au delà du « rideau de fer » pour soumis à la tyrannie de la « médiocrité ». Une manière de reconnaître le communisme (assimilé au stalinisme) comme une forme de démocratie « directe » puisque l’application totale et absolue de jugements et décisions issus de l’opinion majoritaire n’est rien d’autre que la promotion de ce type de « dictature ». De fait les « pays de l’est » , ceux du « socialisme réel », ne furent pas plus ceux de ce genre de tyrannie que ceux de la « dictature du prolétariat ». On y vit bien plutôt prospérer cette forme d’oligarchie bien connue qu’est la « bureaucratie », sans doute « médiocre » à bien des égards mais assurément pas au sens qui nous intéresse de « manifestation de l’opinion moyenne ». Il n’est pas indifférent cependant de s’intéresser à ce que fut le sort réservé à la représentation spectaculaire, dans un contexte de rapports sociaux où l’opinion individuelle ne disposait plus du moindre espace de « liberté », et où la distinction opérée parmi le « divers esthétique » relevait d’un formalisme totalement figé, réputé servilement appliqué par des artistes et intellectuels « organiques », fonctionnaires d’état. Or quiconque est un peu averti des choses de l’art sait que du plus profond de la période stalinienne à l’effondrement ( 60 ans plus tard) de la gérontocratie des apparatchiks et du « mur » qui les « protégeait », pendant toute cette longue période contrainte par une oligarchie bureaucratique omniprésente et omnipotente , la création artistique persista, aussi vivace dans cet « au delà » du rideau de fer qu’en deçà de ce dernier. 
Pour se limiter à notre point de vue du moment, donc restreint au cinéma il suffira de passer en revue les cinéastes et les œuvres qui ( pour ne parler que des russes) de Eisenstein à Tarkovski, en passant par Vertov, Paradjanov, etc. attestèrent ( en même temps que leur grande disparité) de cette créativité vivace des artistes ayant émergé à la notoriété au sein de la « grisaille soviétique », et cela en dépit du dogme idéologique omnipotent, de la contrainte formelle du « réalisme socialiste » et de la très pesante idéologie dominante du « communisme de caserne ». 
D’où on ne conclura pas que le stalinisme fut, jusque dans sa phase « gérontocratique », le géniteur fécond, pourvoyeur constant d’une pépinière de talents, mais plus prosaïquement qu’à cette époque éminemment dialectique ( la « guerre froide ») la diversité artistique la plus improbable trouvait à se manifester dans les contextes les plus hostiles .  
Quand je dis manifester il est important de bien voir que sous ce terme il s’agit bien de désigner tout un processus « d’apparition » (au sens phénoménologique) qui va de l’émergence des artistes (en tant qu'auteurs et agents effectifs du processus), à la diffusion généralisée et « visible » de leurs œuvres , en passant par la production de ces œuvres . Un processus qui ne trouva à accomplir sa finalité ultime (la réception des œuvres par un public déjà « mondialisé ») que par ce que les médiations nécessaires permirent leur distinction ( leur filtrage et leur sélection parmi les « divers esthétique » des œuvres concurrentes, faites ou à faire), c’est à dire, à proprement parler leur médiatisation.  
On observera également au passage que le type de « marché mondialisé » où s’échangeait cette production n’avait guère de rapport avec ce qu’on met sous ces termes aujourd’hui. 
On observera enfin, sur la foi de ce même constat historique, qu’en dépit de ( et sans doute largement à cause de) déterminations réciproques et contraires, les idéologies dominantes ( à l’Est comme à l’Ouest) laissaient une large place à l’expression d’une représentation symbolique des rapports sociaux qui ne relevait aucunement du culte du « fétiche de la marchandise », et encore moins de la « tyrannie de la médiocrité » ( le moins qu’on puisse dire est que les œuvres de Tarkovski ou Paradjanov, pour ne parler que de ceux-là, ne répondaient guère à une « demande du grand public », à l’Est comme à l’Ouest)  .  
Ce bref détour historique illustre dialectiquement (et contradictoirement) les thèmes ( d’élucidation de la médiocrité ) , posés en préambule de cet épisode, en associant la distinction ( du divers esthétique), le primat libéral de la « liberté » sur l’égalité, et les rapports déterminants entre les formes de médiation , la représentation et l’opinion « qu’on s’en fait ». 
On peut déjà en conclure en effet ( du fait des contraintes de brièveté de ce genre d’exercice je développerai ce point , au besoin, dans les commentaires) qu’une seule contrainte se présente comme véritablement décisive : celle de la distinction, c’est à dire l’étape du processus qui permet de sélectionner parmi les artistes et les œuvres constituant le « divers esthétique » offert aux opinions individuelles, celles qui seront effectivement produites et considérées (par ces opinions).  
On observera aussi le caractère de nécessité de la médiation en regard de à la distinction, au sens que j’ai initialement posé pour ce terme : pour que l’opinion s’exerce ( et d’abord individuellement) elle ne peut le faire que séquentiellement sur des œuvres préalablement distinguées et portées à son attention. 
Or la nécessité de la médiation se déduit de l’impossibilité de produire individuellement une hiérarchie ( un ordre sur lequel appuyer cette sélection ) autonome et individuelle, et individuellement produite, s’appliquant « spontanément » et im-médiatement sur l’ensemble du donné esthétique *. Cette impossibilité se déduit elle même de celle produite ( dans le contexte socio-historique du démocratisme libéral ) par le « primat de la liberté » ( sur l’égalité) : sur quoi ( et comment) fonder cette hiérarchie si « l’être social » est d’abord déterminé comme « libre » et secondairement « égal » ; c’est à dire l’aporie pratique de la distinction. 

On peut en conclure enfin ( et c’est le point essentiel) que cette médiation, et elle seule, détermine les conditions « a priori » de manifestation de la « médiocrité », et aussi bien ses effets , notamment en rapport avec la qualité des œuvres distinguées . Une conclusion qui peut spontanément s’exprimer en termes purement marxistes : la médiocrité n’est pas une qualité , elle est simplement et factuellement l’expression ( l’idée, la mesure et la conséquence) d’un rapport social, et même la mesure la plus im-médiate du rapport social le plus général : celui du nombre. De ce fait elle n’est pas dissociable de ce rapport social, de son contexte et du processus sous-jacent.  
Si donc nous rapportons (ce que je me suis efforcé de faire jusqu’ici) cette expression au rapport social qu’elle exprime et au contexte de la représentation de l’opinion, singulièrement dans le domaine des arts (exemplifiés dans la représentation spectaculaire), et après avoir dégagé les traits spécifiques de ce type de représentation et ses modalités au fil de leur généalogie historique (en parallèle avec la généalogie concomitante de la représentation politique) au sein de la « société du spectacle », alors nous parvenons à ce point d’élucidation du « secret » que la « clef » de l’énigme est totalement extérieure et indépendante de la médiocrité en tant que telle, et qu’elle réside dans la modalité actuelle de la médiation opérant la distinction

Pour parvenir au terme de notre enquête et résoudre l’énigme il ne reste plus qu’à identifier les traits caractéristiques qui font de cette modalité actuelle ( dont le projet est le « spectateur émancipé » au sein de la « démocratie d’opinion ») une modalité nouvelle dans la mesure ou elle produit des effets nouveaux, tels la « nullité » généralisée (en voie de généralisation) de la représentation spectaculaire et politique. 

Après avoir décrit, au fil des épisodes précédents, les évolutions de la distinction opérées par la « société du spectacle » au cours de sa gestation jusqu’au présent stade du post-modernisme démocratiste, nous verrons dans le prochain (et dernier ?) épisode comment ce stade du « spectaculaire intégré » , modalité actuelle de la médiation, voudrait que « Désormais, le spectacle soit présent partout » et corollairement (ou du moins « tendanciellement » comme on dit aujourd’hui) « l’art, nulle part ». 

Urbain Glandier

* Pour faire « court » j’ai volontairement éludé ici quelques questions pourtant passablement problématiques, en regard de la distinction « sans médiation », telles que : 
- sous le rapport de l’égalité : la possibilité concrète de la distinction supposant comme préalable que chacun , individuellement, ait atteint le même niveau d’information de son jugement, permettant de poser chaque opinion ( produite par un tel jugement individuel) comme équivalente à n’importe quelle autre de ce point de vue. 
- sous le rapport de la liberté : le problème de l’autonomie des jugements et opinions induites, notamment à l’égard de leur contexte social et culturel.

vendredi, 03 juillet 2009

Le secret de la médiocrité et les origines de la Nullité.

Causerie estivale en quatre parties

Première partie :
la médiocrité comme symptôme du matérialisme démocratique
(et réciproquement).
Cas d’étude : le Cinéma.


Postulat initial ( ce qu’il s’agira ici de démontrer) : la médiocrité a un secret et sous ce secret se cachent les origines de la nullité.


Par Médiocrité nous entendrons la qualité moyenne d’une population, définissant les individus qui la peuplent en tant qu’ « ordinaires », désignation aujourd’hui moins connotée péjorativement que le terme classique « vulgaire.» Mais il faudra distinguer cette notion de médiocrité d’autres notions connexes, notamment celle du « goût vulgaire », entendue comme opinion commune et dépourvue des références revendiquées par le « bon goût » réputé éclairé, formé et construit. Il s’agira en effet, ici, de saisir le concept dans sa dimension historique, et singulièrement le devenir qui à produit sa modalité « actuelle.»


Dans cette perspective un des premiers constats qui ont alimenté ma réflexion est que la modalité « post-moderne » ( de la médiocrité), a symboliquement dépouillé cet emploi ( de la médiocrité comme qualité de ce qui est moyen et ordinaire) de toute connotation péjorative en supprimant toute dignité aux critères de « hiérarchisation et de valeur », par application d’un primat devenu hégémonique : Le démocratisme. Le démocratisme posant lui-même comme principe un relativisme ontologique absolu de la valeur ( « tout vaut tout » ), symétriquement à son autre principe fondamental : l’égalité postulée des individus ( posés comme égaux mais non équivalents), notamment au plan de leurs « opinions » respectives. Or en démocratie « avancée » l’opinion a fini par acquérir le statut social le plus éminent au point d’être plus que tout « la mesure de toute chose.»


J’épargnerai au lecteur les ratiocinations habituelles qui de Hume à Kant et tant d’autres jusqu’à Nietzsche « et au-delà », délibérèrent au fil de considérations sur l’esthétique (le beau, le bien, le jugement de goût, etc.) du rapport subjectif entre les œuvres de l’art et leur « spectateur.» Le point de vue « ontologique » qui sera exprimé relève d’une tout autre généalogie : Celle que Lukacs a décrite à, la fin de sa vie dans ses « prolégomènes à l’ontologie de l’être social. » Le rapport à l’art et à ses œuvres ou réputées telles sera donc un « rapport social », collectif, évalué dans un devenir historique ; Et l’objet de cette causerie estivale sera de percer « le secret de la médiocrité » en vue de découvrir « les origines de la nullité » actuelle ( au sens de « en actes » ) telle qu’observée de manière assez unanime et consensuelle dans un spectre élargi des manifestations de la vie sociale. Le cinéma comme une de ses manifestations, « populaires », spectaculaires et « culturelles » sera notre principal cas d’étude et la plupart des observations factuelles s’y réfèreront.


Sur le chemin conduisant à la découverte des origines de la nullité, une chose importante à considérer et « première » est la manière dont, sous le rapport que je viens de préciser, la médiocrité éclaire ce que Badiou appelle le "matérialisme démocratique.» Rappelons que ce concept proposé et assez bien construit par Badiou, nous renvoie parmi d'autres réflexions ontologiques ( assez bonne analyse "critique" ici ) à une réflexion sur la qualité et la possibilité d'émergence des "vérités" : sous la forme « d'événement » les idées/vérités platonico-badiousiennes "apparaîtraient" comme "exceptions" dans l'histoire, et dans quatre domaines : L’art, l'amour, la science et la politique.


Naturellement nous restreindrons ici notre examen au domaine de l'art, et l’« exception » qui nous intéressera sera l’apparition « dans l’art » de ces idées/vérités ( sous-jacentes et exprimées dans les « œuvres. » ) C’est donc de ce point de départ « ontologico-social » que je vais aborder la question qui nous intéresse, celle du "secret de la médiocrité", dont le dévoilement ai-je postulé devrait nous permettre d'éclairer la généalogie des « origines de la nullité. »

Si nous prenons pour hypothèse que ce « matérialisme démocratique » est bien incarné et hégémonique au monde de la démocratie marchande et représentative ( et ce fait semble assez assuré pour que je ne le discute pas davantage), sous la forme politique, économique et institutionnelle du «capitalo-parlementarisme», on doit en retrouver l’écho et même le fondement sociologique dans une population qui donc « en moyenne » se conforme à ce mode d’être assumant ( c’est la thèse de Badiou) qu’ « il n'y a que des corps et des langages », et se fonde donc sur la consommation, le relativisme des opinions et le filtre politique de la représentation nationale, avec un impératif « catégorique » : «Vis sans idée.»


Si donc nous partons de cette analyse qui semble assez consistante au vu des observations générales et individuelles que chacun peut faire quotidiennement, alors cette « population moyenne », celle qui fait les « majorités parlementaires » (naguère « silencieuses »), mais surtout et plus prosaïquement constitue la majorité de la population qui doit logiquement se retrouver dans la population des « spectateurs », autrement dit ce qu’on appelle communément le « grand public. » Cette majorité des citoyens spectateurs est donc bien le reflet le plus fidèle que nous puissions imaginer de la « médiocrité » en tant que telle ( la qualité moyenne d’une population, définissant les individus qui la peuplent en tant qu’ « ordinaires »). Or, et c’est là que l’ontologie badiousienne nous offre une clef d’élucidation du « secret de la médiocrité », on peut, sans choquer grand monde parmi cette même « médiocrité », affirmer qu’elle se reconnaîtra facilement dans les axiomes définissant le « matérialisme démocratique », singulièrement ceux qui sont significatifs en rapport avec notre objet ( l’art, le spectacle, le cinéma) : La consommation comme « mode d’existence », le relativisme ( et l’égalité) des « opinions » .


Il est cependant une chose qui distingue d’emblée le champ socio-politique , de celui de « l’économie individuelle » qu’implique le cinéma ( comme art, et l’art en général) en tant que processus social ( besoins propres à satisfaire , produits satisfaisant ces besoins « individuels » , producteurs et production de ces produits, consommateurs et consommation de ces produits).


Cette chose, clairement visible et assumée dans le processus politique (alors qu’elle est confuse et masquée dans le processus « culturel individuel »), c’est la « forme » d’apparition (du matérialisme démocratique), et en corollaire les conditions concrètes de « possibilité » ( possibilité de la re-présentation démocratique) qui s’en déduisent.
Dans le processus politique, la « forme » d’apparition est évidente, c’est le système électoral et re-présentatif, et en corollaire sa forme concrète de « possibilité »: les partis politiques comme « filtres » agissant sur le divers issu du « relativisme des opinions. » On peut même dire, sans grand risque d’être contredit que tout cela est « institué » et résulte d’un long processus socio-économique que chacun s’accorde à reconnaître comme « historique. »


Or, rien de tel n’existe au monde de la marchandise spectaculaire qu’est (entre autres) le cinéma, du moins dans une perspective « matérialiste démocratique. » Sur le modèle « des corps et des langages » il y a bien « des spectateurs et des films », et on peut considérer que le modèle du « besoin » et de sa « consommation » trouvent bien en face d’eux, en « contrepartie », un équivalent au « relativisme des opinions » qui est « la diversité des genres » (de films, des œuvres, des spectacles) ; Mais déjà on voit immédiatement que cette « diversité » n’est pas une chose « construite et instituée » sur le modèle des « partis », et surtout on voit que le filtre qui va permettre l’identification des « individus » à « leur re-présentation » (dans les « œuvres » consommées) l’est encore moins.


Si donc, nous revenons à nos deux caractères distinctifs (du matérialisme démocratique) la consommation comme « mode d’existence »,
le relativisme (et l’égalité) des « opinions », nous commençons à percevoir un « hiatus » qui désigne une contradiction à l’œuvre : Comment dans une perspective matérialiste démocratique, la re-présentation, par nature « médiatisée » (dans le cadre du processus politique : Les partis, les élections ) va-t-elle pouvoir s’opérer sans « filtrage » de la diversité des opinions ( ou des « goûts ») , comme des re-présentations elles-mêmes : Les films, les œuvres, les spectacles, alors qu’il n’existe pas de « médiateurs » constitués, a fortiori « institués » ?

Ma première hypothèse est que cette contradiction interne du matérialisme démocratique est une des premières clefs d’élucidation du « secret de la médiocrité. ». Car la forme que prend le dépassement de cette contradiction met en évidence une « médiocrité sans médiation », telle qu’elle opère dans certains processus, singulièrement, comme nous sommes en train de le découvrir : ceux de « l’économie individuelle » à l’œuvre dans les processus d’échange et de circulation de « marchandise » culturelle et plus encore « spectaculaire. »

Cette forme de régulation/sélection opérée par la « médiocrité sans médiation », cette forme « non instituée », propre au domaine des arts et du spectacle ( cinématographique) , c’est d’abord et avant tout : le marché, le marché du « divertissement ». Ce marché prend dans ce contexte une forme concrète de modalité « spontanée» , opérant en parfaite adéquation avec les exigences de la diversité , du relativisme généralisé et de « l’égalité » des « goûts/opinions » . Ce marché prend la fonction de médiation nécessaire à la mise en rapport et relation du « besoin » ( de consommation) de chaque individu , et de la re-présentation ( le film , l’œuvre à consommer ) qui lui « convient » (répondant au besoin correspondant).
Il est essentiel ( pour comprendre cette clef du secret de la médiocrité) de bien saisir ici que ce « besoin » et sa « satisfaction » sont , dans la logique du matérialisme démocratique, absolument constitutifs de l’individu et de son « mode d’être » et d’intervention dans ce processus , mais que cette forme concrète , précisément par ce qu’elle est concrète doit bien être « incarnée » elle même par quelques instances et quelques agents qui vont assumer les fonction de médiation/sélection : autrement dit de « filtrage ». Ce filtrage introduit un choix et une hiérarchisation, qui doivent cependant être opérés « démocratiquement » sur le principe de l’égalité des opinions (et de leur relativisme) , et ordonner selon une échelle et des jugements « de valeur » le « divers » des œuvres ( implicitement toutes « égales » ).


Or il se trouve que ce « marché » n’est pas plus capable que n’importe quel autre ( mécanisme de marché) de fixer une valeur  « authentique » ou même une typologie hiérarchisée de valeurs à cette « marchandise spectaculaire » ; et il n’en est pas capable par nature même du matérialisme démocratique (dont le relativisme généralisé exclut toute « valeur » hiérarchisable ).

Le processus tout entier repose donc sur d’autres déterminismes ( que ceux qui sont réputés le déterminer « démocratiquement ») et comme tout processus il est inscrit dans une histoire, dans l’histoire.


Le premier de ces déterminismes qui donc a une histoire (qui se confond avec celle du « spectacle ») , c’est celui du rapport dialectique ( contradictoire) qui détermine le « besoin » . Ce rapport ( déterminant la nature et la valeur relative des besoins ), mesurable à l’aune de la proportion de population entre le « grand public » ( la majorité ) et «les autres » (les minorités ) , a pris historiquement des formes et des mesures variables, mais jusqu’à une période récente il avait une caractéristique paradoxale, absolument contraire aux « axiomes » du matérialisme démocratique : la valeur de la re-présentation ( c’est à dire la norme de la représentation, explicitée par les jugement de goût ) était fixée, in fine, en proportion inverse de la représentativité (donc du principe démocratique ). Le « goût » de quelques uns, fort peu nombreux (prêtres, mécènes, princes, nobles ou bourgeois fortunés, experts, érudits , etc. et … les « artistes » eux-mêmes), arbitrait la hiérarchie de « valeur » générale et s’imposait, malgré qu’ils puissent éventuellement en avoir, au plus grand nombre.
Le principe de « relativisme » des opinions pouvait encore ( déjà) être invoqué ( assez problématique quand même) , mais celui « d’égalité » ( des opinions, des jugements, des œuvres aussi naturellement) était en revanche clairement et absolument nié , a fortiori le postulat d’équivalence des « goûts ».

Si on remonte aux origines ( historiques) de la re-présentation spectaculaire , dans notre histoire « occidentale » : la Tragédie grecque, on peut dire qu’en dépit du fait qu’il s’agissait, dès l’origine donc, d’un spectacle « populaire » , explicitement destiné au « grand public », elle constituait sans doute, selon les modalités démocratiques de l’époque, l’exemple d’une « médiation instituée ». Une médiation instituée, « officielle » en quelque sorte, relevant du gouvernement (de la cité) et aucunement relative à la diversité des opinions des citoyens spectateurs. Les œuvres, leur conception, leur choix n’étaient pas du tout déterminés par le « succès » hypothétique, et leurs auteurs étaient, comme ce sera le cas fort longtemps après encore, considérés comme de simples « artisans » capables et compétents. Aller au théâtre était semble-t-il une « obligation civique », et assurément pas reconnu comme un « besoin » à satisfaire au nom d’impératifs subjectifs individuels. Mais il est certain qu’à cette époque la « forme » de la démocratie n’était pas du tout celle que lui a donné aujourd’hui le matérialisme démocratique, dont aucun des deux axiomes ( la consommation comme « mode d’existence », le relativisme ( et l’égalité) des « opinions ») n’étaient de mise, loin s’en faut.


Au origines donc du « spectacle » tel que nous le comprenons encore aujourd’hui, il y a « de facto » la volonté, de satisfaire un besoin « commun », sous une forme normée et partagée, avec une finalité sociale et politique. Le spectacle est alors, initialement et fondamentalement la « re-présentation d’un rapport social », explicitement et formellement organisée, partagée et instituée comme tel. En quoi le lecteur averti observera que le spectacle ainsi désigné ne se distingue absolument pas de la définition ontologique de la « marchandise » par Marx.


Depuis « La naissance de la tragédie » jusqu’à la cérémonie des « césars » ou des « molières » (pauvre Molière.. !) nous avons un une histoire assez longue, mais bien connue, qui a vu plusieurs « révolutions » socio-économiques et politiques témoigner de puissants déterminismes affectant les modalités d’existence des corps sociaux et les sociétés qu’ils bâtirent successivement .


Cette histoire est évidemment, en même temps, celle de la re-présentation, collective et individuelle, de ces mondes, par et pour leurs populations, avec toutes les fonctions et valeurs que cette re-présentation a pu se voir attribuer.

Au fil de cette histoire, désormais à « l’époque de la reproductibilité technique des œuvres », nous partons donc d’un état et d’une situation où la Médiocrité en tant que telle ne joue aucun rôle ou du moins n’impose aucune détermination. Dès lors comment s’est développée, a évolué cette Médiocrité, au point de devenir aujourd’hui hégémonique aux temps « post-modernes » du matérialisme démocratique, et d’en être le symptôme même ?


Comment s’est progressivement constitué le rapport dialectique qu’elle a établi avec la production des œuvres : le « secret » de la médiocrité, clef des « origines de la nullité » ?


Ce sera l’objet de ma prochaine petite causerie estivale.

 

Urbain

 

vendredi, 17 avril 2009

Nous voulons tout voir et tout savoir

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« Je veux tout voir et tout savoir. »

Nicolas Sarkozy

« Elle a les yeux revolver. »

Marc Lavoine


« L'agression du bus RATP », « les croix gammées sur le Mémorial de Drancy », « les manifestations lors du G20 », quelques « évènements » récents et  hétérogènes mais ayant au moins le point commun, lors de leur exploitation médiatique, d'avoir été traversés par une des marottes actuelles : « la vidéo-surveillance » ou « vidéo-protection ». Voilà bien encore un marché/concept qui, passé à la moulinette du bon sens commun, corroboré par quelques affaires à la médiatisation bien sentie, s'inscrit dans une démarche efficiente de pacification et d'élucidation. Une caméra, c'est certain, ça confond ou ça dissuade, il ne peut en être autrement. Dans un centre-ville, au réseau de caméras optimal (selon les dires de l'expert/auditeur/vendeur/installateur), le délinquant potentiel se trouve agressé jusqu'aux tréfonds de sa conscience : soit il passe à l'acte et sera appréhendé, soit il refoule. S'ensuit un état de torpeur morale qui ne peut que revitaliser le « sentiment de sécurité » de nos concitoyens qui n'ont évidemment rien à se reprocher. Ainsi, n'est-il pas rare de croiser, dans les rues de nos villes sécurisées, quelques individus en état de catalepsie, tétanisés par l'intrusion de cette insurmontable tension dans leur appareillage pulsionnel. Il se trouve même quelques honnêtes citoyens pour faire les poches de ces sauvageons statufiés.

Pourtant, nous pouvons voir se mettre en place une double réponse de la part des plus réactifs délinquants, extirpés enfin du piège moral infernal. Soit, ils s'en foutent : le réseau de caméras n'existe pas, ils connaissent éventuellement les études faisant état de taux d'élucidation très mitigés. Au fond, ce qui importe, c'est que l'honnête citoyen ne voit que les caméras de surveillance et que le délinquant potentiel ne voit que l'honnête citoyen. L'autre réponse est tout simplement une migration du terrain d'action du voyou. Il y a coproduction : s'il s'agit de sécuriser le centre-ville et son prestige, le voyou accepte d'aller exercer ses activités à la périphérie de l'espace sanctuarisé, sur les bords.   La vidéo-surveillance agit comme vidéo-plastie, remodelant les espaces.

Dans ces deux cas d'adaptation du sujet violent, l'honnête citoyen pourra voir, avec le temps, son sentiment de sécurité quelque peu ébranlé. Résultat : il peut se faire agresser « malgré tout » ou « ailleurs » (d'autant que ailleurs, c'est souvent chez lui).

Mais, à l'instar du voyou capable d'intérioriser la coercition et susceptible de la surpasser, le dispositif de rétablissement du sentiment de sécurité est dynamique. Comme il se disait que l'échec du communisme était dû à un défaut de communisme, comme il se dit que l'échec du libéralisme résulte de l'exercice entravé du libéralisme ; la vidéo-surveillance (et toute l'économie de la peur) ne pourra trouver son efficience maximisée que dans son extension infinie. L'honnête citoyen et l'honnête fournisseur de dispositifs de surveillance se retrouvent en une harmonie miraculeuse ; le marché extensif du sentiment de sécurité du premier se trouve exactement corrélé à l'humaniste marge bénéficiaire croissante du second.

L'autorité institutionnelle, l'Etat, la collectivité locale agissent concrètement pour le bien de l'honnête administré et éventuellement électeur. Une caméra, c'est matériel, incorruptible, c'est froid, immédiat, et ça voit tout. Il ne faudrait tout de même pas, cependant, qu'une de ces instances en viennent à tirer la couverture à elle ; il serait bien hasardeux pour une d'entre elles d'en venir à applaudir le volontarisme sécuritaire et les résultats d'une entité de sensibilité politique différente de la sienne. Aucune véritable torpeur, d'élus statufiés à ce niveau ; juste une pointe de mauvaise conscience (de « gauche ») chez certains.

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Alors, le voyou, dans sa course centrifuge, sautillant d'angle mort en angle mort, ou évitant plus sûrement de déréaliser le dispositif par un regard-caméra mécréant en centre-ville, s'en trouve tout esbaudi ; c'est le seul mouvement d'expansion du secteur de la vidéo-surveillance (onéreuse, avec caméras factices et déficit de personnels scrutant les moniteurs)  qui est le moteur de son efficience possible, répondant à l'honnête contribuable qui s'efforce de persévérer dans son sentiment de sécurité. Notre délinquant, sans cesser d'opérer, disparaît finalement des écrans. Les yeux électroniques sont crevés.

Mais alors, dans quelles conditions un tel dispositif pourrait avoir une quelconque incidence sur ce qui se trouve devant la caméra et, a fortiori, derrière, du côté du regardant ? S'il est question de remettre un peu de réalité et, partant, de sens au verbe « voir », il serait bien temps de (re)stimuler le regard commun et de montrer ce qui n'est pas vu. Entraver la privatisation du regard.

Proposition 1 : retourner les caméras vers ceux-là même qui les pointent. Regardons ce qu'il se passe dans ces instances de décisions, et comment ce simple regard peut brouiller le champ. Voyons les conseils d'administration, les bureaux des élus, les commissariats de police, regardons longuement la genèse d'un plan social, d'un journal, le déroulement d'une garde à vue, le recrutement d'un cadre, les négociations en coulisses, propulsons-nous à l'intérieur du bureau des chefs d'Etat, des voitures de leurs ministres, des avions des décideurs, sans discontinuité... Se ré-approprier toute cette part occultée (et s'il devait y avoir occultation, absence, stratégie d'évitement, tout cela serait vu) de l'action publique, de la décision et, dans le même temps, court-circuiter la peepolisation  (sic) de la société.

Proposition 2 : réorienter les caméras vers les espaces clos, devenus abstraits, où s'exercent la pression sociale, la pression d'Etat, la pression économique. Ces espaces où les « acteurs » ne peuvent, hélas, se dérober. Réinvestir durablement les prisons, les couloirs, les centres de rétention, les usines, les centres d'hébergement... ; se coltiner ce temps long, lancinant, le silence. Retrouver le sens de la durée et du réel, bien loin des coups de théâtre multiples, des acmés médiatiques interchangeables, de l'actualité brûlante. Où l'évènement surgirait de l'arbitraire, de la différence, des chocs...

Les moyens : le réseau de diffusion et de visionnage existe, Internet. Les instruments de captation également, bon marché, les webcams, le matériel léger de prise de vue.

Voilà un programme qui saura retenir l'attention de nos décideurs, friands de moindres coûts, de transparence et de démocratie.

On ne pourra que recommander le « Que sais-je ? » sur la question : « vidéosurveillance et vidéosurveillance », de notre grand criminologue Alain Bauer...

 

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