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vendredi, 09 avril 2010

Converser - dans la facilité ? [1/2]

 

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La voix hésitante, mon interlocuteur – C. F., un habitué de la Cinémathèque – engage la discussion : « Sur le ciné-club, le lundi, il y a de la part de Douchet, une tendance à revenir trop souvent sur le sujet, à être superficiel, et finalement, à ne plus parler de cinéma… » Je réponds :

- C’est l’oralité – et ce n’est pas tout à fait vrai non plus.

- Ce qui je lui reproche, c’est de rester trop longuement sur le sujet, d’être trop superficiel. Pour des spectateurs qui viennent de voir le film – et qui viennent peu souvent –, de l’entendre répéter ce qu’ils viennent tout juste de voir, c’est gênant : il y a une redondance… inutile. C’est dommage. Il me déçoit.

- Vous savez, de grands textes sur le cinéma, il y en a un paquet – dont certains dont il est l’auteur ! Il a écrit quelques ouvrages – que beaucoup n’ont pas lu ! Mais, c’est vrai qu’il pourrait être « meilleur ». Pourtant, déjà ce qu’il fait là, peu de gens sont capables de le faire ! Et puis, il y a plusieurs types de spectateurs ; c’est un échange avec l’ensemble de l’auditoire : des connaisseurs, et des non-spécialistes. Ceux qui découvrent le film, ceux qui le voient pour la troisième ou cinquième fois, ceux qui n’ont pas l’habitude du ciné-club, ou encore ceux qui n’ont pas été très attentifs. Vous ne pouvez pas lui reprocher de s’adresser à tout le monde : du plus calé aux moins habitués. C’est un problème d’interlocuteurs.

- Oui, c’est un problème d’interlocuteurs. Mais, parfois, il y a de bons interlocuteurs, à qui il…

- Mais, aussi, de très mauvais ! Sans compter ceux qui font, je le dirais comme ça : du « sabotage » – qui savent qu’ils ne vont rien dire, mais qui sont là uniquement pour prendre le micro, pour se donner l’impression d’exister !

- Non, il n’y en a pas…

- Je vous assure que si ! Et donc, il tient aussi compte de ce type d’interlocuteurs.

- Il est superficiel, et il a tendance à trop s’écouter parler. Il est mondain…

- L’autre fois, sur le « Hou Hsiao-hsien » – Three times

– je vous ai entendu dire, je crois, qu’il aurait pu remercier l’intervenant vietnamien ou quoi, qui avait apporté des précisions culturelles sur Taïwan et le film…

- Oui. Cet intervenant chinois, ou autre…

- Disons, asiatique…

- …il a mieux parlé du film, que lui ne l’a fait, et il ne l’a pas remercié !

- Au moins là, vous ne pouvez pas lui reprocher de faire des politesses !

- Pourtant, j’ai eu l’occasion de l’entendre dans des émissions à la radio – et c’était plutôt bien : c’était écrit, et beaucoup plus préparé ! A chaque séance, il pourrait venir au moins avec une introduction…

- C’est ce que je vous dis, on est dans l’oralité ! C’est un exercice extrêmement difficile : parler d’un film, à un auditoire hétérogène, et d’une façon totalement improvisée. Très peu sont capables de le faire. Prenez tous les critiques sur le marché, et vous verrez que très peu tiennent la distance ; pour ne pas dire « la route ». Même des gens que j’aime bien, évitent l’exercice, ou ne s’en sortent pas toujours très bien. Quelqu’un comme Tesson – que j’apprécie beaucoup –, il est bon à l’écrit, mais il n’excelle pas à l’oral. Et il n’excelle pas toujours à l’écrit, mais, c’est encore autre chose. Vous-même, avec tous vos reproches – qui ne sont pas totalement infondées –, je ne suis pas sûr que vous le puissiez…

- Moi ? Euh, non ! Ce n’est pas ma spécialité… la mienne, ce sont les sciences sociales.

- C’est bien ce que je disais. Mais, allons plus loin. Vous connaissez Trafic ?

- Non…

- La revue Trafic ?

- Euh, j’en ai entendu parler, mais je ne l’ai jamais vraiment lue…

- Bon. C’est intéressant. Je vous entends formuler ces reproches, alors que vous ne lisez pas cette revue…

- C’est de la théorie, je crois…

- Oui, mais peu importe.

- On pourrait un jour reprendre les articles un à un, et les confronter – ce serait quelque chose à faire…

- Dans cette revue-là, il y a au bas mot une bonne cinquantaine de contributeurs réguliers. Et je crois qu’aucun d’entre eux n’est capable de se sortir aussi avantageusement de cet exercice.

- A l’époque, il y avait Christian Metz, qui développait ses théories sur le cinéma. Dans les années 70, on pouvait théoriser sur les films. Là, dans ce ciné-club, on ne peut pas.

- Ce n’est pas l’endroit. Douchet n’est pas un théoricien. Du moins, stricto sensu, il ne l’est pas – ce qui ne veut pas dire qu’il ne théorise pas les films ou le cinéma. Il fait de la critique ; et s’en tient à ce rôle.

- Oui, mais il finit par manquer d’audace et d’invention.

- Mais, vous savez, il n’a plus grand-chose à prouver. Il a écrit de grands livres sur le cinéma, et il est reconnu partout dans le monde, donc il n’a plus besoin de cet « audace », dont vous parlez. L’ « audace », c’est pour la jeunesse – ceux qui arrivent ! Moi, par exemple !

- Vous savez, j’ai été un temps, aussi, critique pictural. Et, lorsque je décrivais un tableau, je me permettais très peu de reprendre le sujet, de n’aborder que les thèmes. Je lui reproche de ne pas aller plus profond dans le film, de ne pas délivrer aux spectateurs sa compréhension du film.

 

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Fin de la 1ère partie

 

Albin Didon

lundi, 20 octobre 2008

Ceci est mon corps

 

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« Vivre son propre corps veut dire également découvrir sa propre faiblesse, la tragique et impitoyable servitude de ses manques, de son usure et de sa précarité. En outre, cela signifie prendre conscience de ses fantasmes qui ne sont rien d’autre que le reflet des mythes créés par la société… le corps (sa gestualité) est une écriture à part entière, un système de signes qui représentent, qui traduisent la recherche infinie de l’Autre. » Gina Pane

 

 

"Et voilà, je l'ai mon sommet, mon roc, mon cap, que dis-je, ma péninsule. Ma série de péninsules.

W. l'a dit : « what a fucking idea! If you jUMP, i jUMP. »

Dès mon élection, mes amis journalistes le disaient déjà : « Sarkozy devrait mettre en place ses propres contre-pouvoirs. » Et voilà. Et pour preuve, j'ai voulu et je fais les « Etats généraux de la presse ». Même Joffrin a dit : "C’est une idée juste." Fidèle quatrième pouvoir ; le mien...

Je contrôle toute la chaîne de production, une véritable industrialisation du sens.

Je défais et je refais, je m'aligne et je refonde, j'agis et je critique l'action. Je suis un système complet et stable ; les autres croient qu'il n'y a rien d'autre... Le zéro et l'infini.

On commence à peine à se rendre compte à quel point Chirac a été un ralentisseur de la modernisation, un révolutionnaire inerte dans un seul pays. Moi, je suis dynamique. Au temps linéaire et mou de la vieille France, j'oppose un temps pliable à l'envi, selon mon envie. Bon, ce sont de vieux trucs mais il suffit de dire que cela est moderne pour que ça le devienne. Mon truc, c'est la psychologie.

Regardez mon plan de sauvetage du système financier français... Ca, c'est de la refondation.

http://www.marianne2.fr/L-Etat-cree-une-societe-ecran-pour-preter-320-milliards-aux-banques-sans-avoir-l-air-de-s-endetter_a92282.html

http://www.lesechos.fr/info/france/300301763.htm?xtor=RSS-2010

Quelque chose de nouveau mais qui est la même chose parce que ce qui est est tout de même vachement bien. Les « socialistes » pensent la même chose mais ils sont moins modernes. Ils disaient faire quelque chose de différent tout en faisant la même chose ; moi, je fais la même chose tout en affirmant que ça ne sera plus comme avant. Les « socialistes » ont vidé l'église Saint-Bernard à coups de matraque ; moi, je sauve Petrella. Mais, dans les deux cas, nous sommes les responsables de la situation.

Là, le capitalisme financier a merdé (pas ma politique, pas mes réformes, rien à voir, hein), ça c'est vu. Un incident. Tout le monde sait que c'est mon monde, notre monde, qui a créé cette « crise ». Toute cette histoire n'a jamais ému grand monde, c'est l'Histoire.

C'est le cours des choses ; les hedge funds, c'est aussi de la richesse et la richesse engendre la richesse et elle coule sur les plus pauvres.

http://www.paroles.net/chanson/13238.1

Les choses qui se voient, c'est pour moi car je suis une chose qui se voit. Alors je vais refonder. Tous mes amis crient au miracle, c'est une révolution qui se déroule sous nos yeux, une révolution pragmatique, réformatrice. C'est la privatisation de la révolution par ceux-là même qu'elle est censée défaire. Ha, mon grand soir... J'entends quelques puissants éditorialistes feuler sur ma cuisse. S'est-on jamais offusqué de voir un chien baver au tintement d'une clochette ?

"J'ai eu un chien, une fois, un labrador. Un animal très beau, très intelligent mais intenable. Un mâle dominant, m'avait prévenu le vétérinaire. Voyez-vous, j'ai dû m'en séparer. Il ne faut jamais laisser deux mâles dominants dans un même endroit et aujourd'hui, le mâle dominant, c'est moi..."

http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/10/09/nicolas-sarkozy-dominique-de-villepin-fatale-attraction_1104995_823448.html

Vous le savez autant que moi, toute cette agitation est la simple continuation de l'exercice de la domination. Mais je suis votre ami, je pense comme vous puisque c'est moi qui le dit : le système est excessif, inégalitaire, immoral (mouarf) et il faut le refonder. Ce qui était beau hier sera beau demain. Botox, liposuccion, péniplastie...

La peopolisation, ça n'est pas qu'une histoire de vie privée/vie publique. C'est surtout de la norme, un apprentissage du regard. C'est une incarnation des pouvoirs. Regardez mon corps, dites mon nom, l'Histoire continuera.

Face aux corps qui s'immolent par le feu, qui se suicident en prison, qui souffrent, j'expose mon corps (photoshopé) agissant, symbole à abattre, à chérir, à rêver. Forme de la dépolitisation. Régime (Protée inique) de choc afin de liquider ce qui reste de politique ici.

Plus les corps souffrent, plus le corps politique se décharne, plus le mien exulte, plus mon nom clignote sur les vitrines. Et Mon opposition ne voit que ça ; mon petit spectacle. Serge Daney disait, à peu près, qu'enfant, il n'aimait pas les cartoons car la souffrance y était absente (putain, la référence...). Mes enfants, ne soyez surtout pas si lucides, ne regardez pas ce qu'il se passe dans la salle. C'est une projection publique.

La critique du capitalisme devient la critique de la finance devient la critique de quelques voyous devient la nécessité de moraliser devient la victoire du capitalisme devient la victoire de mes homologues devient la victoire de mon corps en action.

Mes chers compatriotes, continuez à me regarder, continuez à me nommer. Ne me lâchez jamais. Attachez-moi, s'il le faut.

Et pour le chômage, la paupérisation, la violence, demandez Fillon ; il n'a pas de face."

f

 

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