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mardi, 05 juin 2012

Vos films de l'été

De bons produits américains,
déjà dans vos salles,
en V.F. et V.O. sous titrée ...

Un docufiction franco-américain, produit par la CIA
avec les fonds de soutien de Bruxelles et des pseudonymes.

melenchon,lepen,Henin,législatives,PS,2012

(clique sur l'image pour profiter des détails)

Et un "block-buster" plus glamour,
légèrement connoté gay :

fillon,juppé,copé,UMP,législatives,2012

(clique pour pleinement profiter de la vue d'artiste)

mardi, 13 avril 2010

Converser - dans la facilité ? [2/2]

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- Ce sont des approches, ou des éclairages – précieux parfois. Mais, c’est vrai : pas à chaque fois. Prenons quelques films. Pour les spectateurs qui découvrent pour la première fois L’Arche russe, de Sokourov – d’entendre juste après Douchet en parler, ça peut leur donner envie de le revoir une deuxième fois ! Pareil pour Saraband, si on ne connaît pas le film, ni la filmographie de Bergman. Pour ceux qui connaissent déjà, il est possible qu’ils n’apprennent rien ; mais ce n’est pas si sûr non plus ! Pour Hou Hsiao-hsien, avec Three times, c’est un peu différent. Il se peut que même après avoir entendu Douchet en parler, le spectateur n’ait pas envie de le revoir. Mais je dirais que ça viendrait alors plus du film – bien que ce soit un grand film !

- Mais, pour toi, qu’est-ce qu’il apporte en faisant ça – ce ciné-club ? Qu’est-ce qu’il apporte au fond, Douchet, lui qui a vu tant et tant de films, et écrit sur le cinéma ? Parce que moi, ce qu’il fait, ne me satisfait pas : il traite les films par-dessus la jambe, et me laisse toujours sur ma faim.

- Vous savez, c’est une discussion que j’ai souvent : « C’était mieux avant, à Jussieu », « Il se répète », « Il devient gaga »… Tout d’abord, je vais vous dire quelque chose que je dis parfois à quelqu’un de mon entourage, très cultivé, quand je le trouve un peu trop sûr dans ses affirmations. Ma phrase, c’est de lui dire – je le tutoie, mais, vous, je vous vouvoie : « Méfie-toi… de toi ! » Donc pour vous, ça donne : « Méfiez-vous… de vous ! »

- C’est intéressant ce que tu me dis là…

- Merci. Je précise : de votre façon d’aborder les films, le cinéma… et la critique. Ensuite, sur l’apport de Douchet, je dirais que c’est avant tout – et surtout – son amour du cinéma ! C’est aussi simple que cela. Vous savez, et j’y pense juste au moment où on en parle – à l’instant – le titre de l’un de ses livres, c’est : L’Art d’aimer. Et, finalement, il n’a jamais quitté ce programme ! A chaque fois, à chaque film, il ne cherche pas à délivrer sa « compréhension du film », mais, à communiquer, et diffuser cet amour ; sans jamais l’imposer aux autres. Ou, si vous préférez, sans asséner des vérités toutes faites ! Et sans jamais être irrespectueux à l’égard du spectateur ; sauf quand il l’a vraiment cherché ! Ce qui arrive, de temps à autres, hélas…

- Je te remercie de me donner cet élément – qui m’avait échappé…

- Eh, oui ! Il est pourtant essentiel ! Vous parliez de Metz tout à l’heure, et de la théorie. Douchet, il ne cherche pas là, dans le cadre de cet exercice, à « analyser » le film, à le disséquer devant tout le monde, parce que ce serait tuer le film ! Ce serait alors La Poule aux œufs d’or : à force de le disséquer, de voir comment c’est fait à l’intérieur, on tue « la chair » ou « le plaisir » du film ! Mais, j’irais plus loin encore. Regardez, cela fait près de cinquante ans – soixante même ! – qu’il délivre ce même amour. Donc, à de nouvelles générations, et à d’autres cultures ; sans être « dépassé » par son époque. Voyez, moi, j’ai reçu une partie de cet amour ! Il est toujours en phase avec les nouvelles générations. Vous savez, des critiques en phase avec plusieurs générations, je ne suis pas sûr qu’il y en ait beaucoup ; et qui ne soient pas obligés d’être dogmatiques !

- Mais, toi, tu es un inconditionnel !

- Ah, non ! Je suis ce qu’il fait, mais je sais aussi quelles sont ses limites. Vous savez, il nous est arrivé d’échanger des mots au sujet du ciné-club. Ainsi, je lui ai déjà fait part de quelques reproches, dans le privé – qu’il reçoit bien ou mal, d’ailleurs. Bref, je ne suis pas « inconditionnel », comme vous dites !

- Alors, pourquoi, toi, tu pourrais émettre des critiques ; et pas moi ?

- Mais, parce que – je suis désolé – nous ne sommes pas pareils !

- Ah ?

- Eh oui ! Comment dire ? D’abord, et ce n’est pas pour frimer, on peut dire que j’ai vu un grand nombre de films : si je disais dix mille, je mentirais, mais je n’en serais pas loin ! Mais, ce n’est pas seulement la quantité, c’est aussi la littérature qui va avec. Et la littérature de cinéma, je la connais plutôt bien, je crois. Comment dire, encore ? Disons, que j’ai le cinéma dans le sang, que j’en suis imprégné !

- C’est sûr, tu viens beaucoup plus que moi, à la Cinémathèque !

- Oui. Et, c’est déjà une grande différence. Je dirais ensuite, que je suis très « familier » avec le cinéma, et aussi la critique. Et si j’exagère – et je vais exagérer –, je dirais que je suis de la « famille » !

- Douchet, c’est un père…

- Euh, moi, je l’écris « P-A-I-R »…

- Ah, tiens ? pourquoi pas…

- Et, ce n’est pas pour me raconter. Et puis, j’ai admiré suffisamment de cinéastes – Straub, notamment – ou de critiques, pour savoir à quel moment m’en détacher ! « Tuer les pères », je l’ai souvent fait – et, je sais faire ! Bref, le cinéma, vient comme une troisième ou quatrième langue – j’en parle deux ou trois déjà – que j’ai, on va dire « adoptée », ou « apprivoisée ». Ce qui n’est pas votre cas. Vous, vous êtes extérieur – un visiteur. Mais, ce n’est pas pour vous disqualifier, c’est comme ça. Par exemple, tout ce que je dis là, pour quelqu’un de totalement étranger à la cinéphilie – ou au cinéma – ça passera facilement pour du fayotage. Mais, je pourrais encore vous répondre autrement. Je sais que vous goûtez un peu la philosophie, et que vous suivez Badiou. Bon. Je vais vous soumettre une hypothèse à laquelle je ne demande aucune réponse immédiate. Bien. Parfois, on peut lire sur des présentations de programme, une expression pour définir Douchet, et qui date de l’époque de la Nouvelle vague. Le petit jeu, ce sera moins de vous demander si elle est valable – pour moi, elle l’est assez – mais ce qu’elle implique, si elle est pleinement vraie. Et par avance, vous m’excuserez de vous quitter sur cette formule, mais je dois y aller. Donc, ses copains des Cahiers disaient de lui : « c’est le Socrate du cinéma ». Sur ce, au revoir.

 

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par Albin Didon

vendredi, 09 avril 2010

Converser - dans la facilité ? [1/2]

 

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La voix hésitante, mon interlocuteur – C. F., un habitué de la Cinémathèque – engage la discussion : « Sur le ciné-club, le lundi, il y a de la part de Douchet, une tendance à revenir trop souvent sur le sujet, à être superficiel, et finalement, à ne plus parler de cinéma… » Je réponds :

- C’est l’oralité – et ce n’est pas tout à fait vrai non plus.

- Ce qui je lui reproche, c’est de rester trop longuement sur le sujet, d’être trop superficiel. Pour des spectateurs qui viennent de voir le film – et qui viennent peu souvent –, de l’entendre répéter ce qu’ils viennent tout juste de voir, c’est gênant : il y a une redondance… inutile. C’est dommage. Il me déçoit.

- Vous savez, de grands textes sur le cinéma, il y en a un paquet – dont certains dont il est l’auteur ! Il a écrit quelques ouvrages – que beaucoup n’ont pas lu ! Mais, c’est vrai qu’il pourrait être « meilleur ». Pourtant, déjà ce qu’il fait là, peu de gens sont capables de le faire ! Et puis, il y a plusieurs types de spectateurs ; c’est un échange avec l’ensemble de l’auditoire : des connaisseurs, et des non-spécialistes. Ceux qui découvrent le film, ceux qui le voient pour la troisième ou cinquième fois, ceux qui n’ont pas l’habitude du ciné-club, ou encore ceux qui n’ont pas été très attentifs. Vous ne pouvez pas lui reprocher de s’adresser à tout le monde : du plus calé aux moins habitués. C’est un problème d’interlocuteurs.

- Oui, c’est un problème d’interlocuteurs. Mais, parfois, il y a de bons interlocuteurs, à qui il…

- Mais, aussi, de très mauvais ! Sans compter ceux qui font, je le dirais comme ça : du « sabotage » – qui savent qu’ils ne vont rien dire, mais qui sont là uniquement pour prendre le micro, pour se donner l’impression d’exister !

- Non, il n’y en a pas…

- Je vous assure que si ! Et donc, il tient aussi compte de ce type d’interlocuteurs.

- Il est superficiel, et il a tendance à trop s’écouter parler. Il est mondain…

- L’autre fois, sur le « Hou Hsiao-hsien » – Three times

– je vous ai entendu dire, je crois, qu’il aurait pu remercier l’intervenant vietnamien ou quoi, qui avait apporté des précisions culturelles sur Taïwan et le film…

- Oui. Cet intervenant chinois, ou autre…

- Disons, asiatique…

- …il a mieux parlé du film, que lui ne l’a fait, et il ne l’a pas remercié !

- Au moins là, vous ne pouvez pas lui reprocher de faire des politesses !

- Pourtant, j’ai eu l’occasion de l’entendre dans des émissions à la radio – et c’était plutôt bien : c’était écrit, et beaucoup plus préparé ! A chaque séance, il pourrait venir au moins avec une introduction…

- C’est ce que je vous dis, on est dans l’oralité ! C’est un exercice extrêmement difficile : parler d’un film, à un auditoire hétérogène, et d’une façon totalement improvisée. Très peu sont capables de le faire. Prenez tous les critiques sur le marché, et vous verrez que très peu tiennent la distance ; pour ne pas dire « la route ». Même des gens que j’aime bien, évitent l’exercice, ou ne s’en sortent pas toujours très bien. Quelqu’un comme Tesson – que j’apprécie beaucoup –, il est bon à l’écrit, mais il n’excelle pas à l’oral. Et il n’excelle pas toujours à l’écrit, mais, c’est encore autre chose. Vous-même, avec tous vos reproches – qui ne sont pas totalement infondées –, je ne suis pas sûr que vous le puissiez…

- Moi ? Euh, non ! Ce n’est pas ma spécialité… la mienne, ce sont les sciences sociales.

- C’est bien ce que je disais. Mais, allons plus loin. Vous connaissez Trafic ?

- Non…

- La revue Trafic ?

- Euh, j’en ai entendu parler, mais je ne l’ai jamais vraiment lue…

- Bon. C’est intéressant. Je vous entends formuler ces reproches, alors que vous ne lisez pas cette revue…

- C’est de la théorie, je crois…

- Oui, mais peu importe.

- On pourrait un jour reprendre les articles un à un, et les confronter – ce serait quelque chose à faire…

- Dans cette revue-là, il y a au bas mot une bonne cinquantaine de contributeurs réguliers. Et je crois qu’aucun d’entre eux n’est capable de se sortir aussi avantageusement de cet exercice.

- A l’époque, il y avait Christian Metz, qui développait ses théories sur le cinéma. Dans les années 70, on pouvait théoriser sur les films. Là, dans ce ciné-club, on ne peut pas.

- Ce n’est pas l’endroit. Douchet n’est pas un théoricien. Du moins, stricto sensu, il ne l’est pas – ce qui ne veut pas dire qu’il ne théorise pas les films ou le cinéma. Il fait de la critique ; et s’en tient à ce rôle.

- Oui, mais il finit par manquer d’audace et d’invention.

- Mais, vous savez, il n’a plus grand-chose à prouver. Il a écrit de grands livres sur le cinéma, et il est reconnu partout dans le monde, donc il n’a plus besoin de cet « audace », dont vous parlez. L’ « audace », c’est pour la jeunesse – ceux qui arrivent ! Moi, par exemple !

- Vous savez, j’ai été un temps, aussi, critique pictural. Et, lorsque je décrivais un tableau, je me permettais très peu de reprendre le sujet, de n’aborder que les thèmes. Je lui reproche de ne pas aller plus profond dans le film, de ne pas délivrer aux spectateurs sa compréhension du film.

 

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Fin de la 1ère partie

 

Albin Didon

samedi, 02 janvier 2010

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Mes dix (ou presque) films préférés de la décennie 2000-09, en trois « catégories » :

 

A/ France

 

01. Eric Rohmer : Les Amours d’Astrée et Céladon (2007)

02. Jean-Marie Straub-Danièle Huillet : Itinéraire de Jean Bricard (2009)

[+ Le Streghe / Femmes entre elles (2009)]

03. Claude Chabrol : Bellamy (2009)

05. Jean-Luc Godard : Notre musique (2004)

04. Jacques Rivette : Ne touchez pas la hache (2007)

06. Jean-Daniel Pollet : Ceux d’en face (2001)

07. Claire Denis : L’Intrus (2005)

08. Pierre Léon : L’Idiot (2009)

09. Serge Bozon : La France (2007)

10. Alain Guiraudie : Du soleil pour les gueux (2001)

11. Bruno Dumont : Hadewijch (2009)

 

« Joker » : Jacques Rozier : Fifi martingale (2001)

 

 

 

B/ US

 

01. Brian dePalma : The Black dahlia / Le Dahlia noir (2006)

02. David Cronenberg : Spider (2002)

03. Francis Coppola : Youth without youth / L’Homme sans âge (2007)

04. Abel Ferrara : ’R X-mas (2001)

05. Clint Eastwood : Gran torino (2009)

06. Michael Mann : Collateral (2003)

07. Nick Bloomkamp : District 9 (2009)

08. Quentin Tarantino : Inglourious basterds (2009)

09. Jonathan Demme : The Mandchurian candidate / Un crime dans la tête (2004)

10. Gregg Araki : Mysterious skin (2004)

11. Wall-e, d’Andrew Stanton (2008)

 

« Joker » : Bob & Peter Farrelly…

 

 

 

C/ Cinéma du « monde entier »…

 

01. Takeshi Kitano : Takeshis’ (2006)

02. Manoel de Oliveira : Singularités d’une jeune fille blonde (2009)

03. Ingmar Bergman : Saraband (2004)

04. Hong Sang-soo : Turning gate (2001)

05. Hou Hsiao-hsien : Three times (2005)

06. Tsui Hark : Seven swords (2005)

07. Bong Joon-ho : Memories of murder (2003)

08. Albert Serra : Le Chant des oiseaux (2009)

09. Edward Yang : Yi-Yi (2000)

10. Aki Kaurismäki : L’Homme sans passé (2002)

 

« Joker » : Kiyoshi Kurosawa

 

 

 

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par Albin Didon

vendredi, 03 juillet 2009

Le secret de la médiocrité et les origines de la Nullité.

Causerie estivale en quatre parties

Première partie :
la médiocrité comme symptôme du matérialisme démocratique
(et réciproquement).
Cas d’étude : le Cinéma.


Postulat initial ( ce qu’il s’agira ici de démontrer) : la médiocrité a un secret et sous ce secret se cachent les origines de la nullité.


Par Médiocrité nous entendrons la qualité moyenne d’une population, définissant les individus qui la peuplent en tant qu’ « ordinaires », désignation aujourd’hui moins connotée péjorativement que le terme classique « vulgaire.» Mais il faudra distinguer cette notion de médiocrité d’autres notions connexes, notamment celle du « goût vulgaire », entendue comme opinion commune et dépourvue des références revendiquées par le « bon goût » réputé éclairé, formé et construit. Il s’agira en effet, ici, de saisir le concept dans sa dimension historique, et singulièrement le devenir qui à produit sa modalité « actuelle.»


Dans cette perspective un des premiers constats qui ont alimenté ma réflexion est que la modalité « post-moderne » ( de la médiocrité), a symboliquement dépouillé cet emploi ( de la médiocrité comme qualité de ce qui est moyen et ordinaire) de toute connotation péjorative en supprimant toute dignité aux critères de « hiérarchisation et de valeur », par application d’un primat devenu hégémonique : Le démocratisme. Le démocratisme posant lui-même comme principe un relativisme ontologique absolu de la valeur ( « tout vaut tout » ), symétriquement à son autre principe fondamental : l’égalité postulée des individus ( posés comme égaux mais non équivalents), notamment au plan de leurs « opinions » respectives. Or en démocratie « avancée » l’opinion a fini par acquérir le statut social le plus éminent au point d’être plus que tout « la mesure de toute chose.»


J’épargnerai au lecteur les ratiocinations habituelles qui de Hume à Kant et tant d’autres jusqu’à Nietzsche « et au-delà », délibérèrent au fil de considérations sur l’esthétique (le beau, le bien, le jugement de goût, etc.) du rapport subjectif entre les œuvres de l’art et leur « spectateur.» Le point de vue « ontologique » qui sera exprimé relève d’une tout autre généalogie : Celle que Lukacs a décrite à, la fin de sa vie dans ses « prolégomènes à l’ontologie de l’être social. » Le rapport à l’art et à ses œuvres ou réputées telles sera donc un « rapport social », collectif, évalué dans un devenir historique ; Et l’objet de cette causerie estivale sera de percer « le secret de la médiocrité » en vue de découvrir « les origines de la nullité » actuelle ( au sens de « en actes » ) telle qu’observée de manière assez unanime et consensuelle dans un spectre élargi des manifestations de la vie sociale. Le cinéma comme une de ses manifestations, « populaires », spectaculaires et « culturelles » sera notre principal cas d’étude et la plupart des observations factuelles s’y réfèreront.


Sur le chemin conduisant à la découverte des origines de la nullité, une chose importante à considérer et « première » est la manière dont, sous le rapport que je viens de préciser, la médiocrité éclaire ce que Badiou appelle le "matérialisme démocratique.» Rappelons que ce concept proposé et assez bien construit par Badiou, nous renvoie parmi d'autres réflexions ontologiques ( assez bonne analyse "critique" ici ) à une réflexion sur la qualité et la possibilité d'émergence des "vérités" : sous la forme « d'événement » les idées/vérités platonico-badiousiennes "apparaîtraient" comme "exceptions" dans l'histoire, et dans quatre domaines : L’art, l'amour, la science et la politique.


Naturellement nous restreindrons ici notre examen au domaine de l'art, et l’« exception » qui nous intéressera sera l’apparition « dans l’art » de ces idées/vérités ( sous-jacentes et exprimées dans les « œuvres. » ) C’est donc de ce point de départ « ontologico-social » que je vais aborder la question qui nous intéresse, celle du "secret de la médiocrité", dont le dévoilement ai-je postulé devrait nous permettre d'éclairer la généalogie des « origines de la nullité. »

Si nous prenons pour hypothèse que ce « matérialisme démocratique » est bien incarné et hégémonique au monde de la démocratie marchande et représentative ( et ce fait semble assez assuré pour que je ne le discute pas davantage), sous la forme politique, économique et institutionnelle du «capitalo-parlementarisme», on doit en retrouver l’écho et même le fondement sociologique dans une population qui donc « en moyenne » se conforme à ce mode d’être assumant ( c’est la thèse de Badiou) qu’ « il n'y a que des corps et des langages », et se fonde donc sur la consommation, le relativisme des opinions et le filtre politique de la représentation nationale, avec un impératif « catégorique » : «Vis sans idée.»


Si donc nous partons de cette analyse qui semble assez consistante au vu des observations générales et individuelles que chacun peut faire quotidiennement, alors cette « population moyenne », celle qui fait les « majorités parlementaires » (naguère « silencieuses »), mais surtout et plus prosaïquement constitue la majorité de la population qui doit logiquement se retrouver dans la population des « spectateurs », autrement dit ce qu’on appelle communément le « grand public. » Cette majorité des citoyens spectateurs est donc bien le reflet le plus fidèle que nous puissions imaginer de la « médiocrité » en tant que telle ( la qualité moyenne d’une population, définissant les individus qui la peuplent en tant qu’ « ordinaires »). Or, et c’est là que l’ontologie badiousienne nous offre une clef d’élucidation du « secret de la médiocrité », on peut, sans choquer grand monde parmi cette même « médiocrité », affirmer qu’elle se reconnaîtra facilement dans les axiomes définissant le « matérialisme démocratique », singulièrement ceux qui sont significatifs en rapport avec notre objet ( l’art, le spectacle, le cinéma) : La consommation comme « mode d’existence », le relativisme ( et l’égalité) des « opinions » .


Il est cependant une chose qui distingue d’emblée le champ socio-politique , de celui de « l’économie individuelle » qu’implique le cinéma ( comme art, et l’art en général) en tant que processus social ( besoins propres à satisfaire , produits satisfaisant ces besoins « individuels » , producteurs et production de ces produits, consommateurs et consommation de ces produits).


Cette chose, clairement visible et assumée dans le processus politique (alors qu’elle est confuse et masquée dans le processus « culturel individuel »), c’est la « forme » d’apparition (du matérialisme démocratique), et en corollaire les conditions concrètes de « possibilité » ( possibilité de la re-présentation démocratique) qui s’en déduisent.
Dans le processus politique, la « forme » d’apparition est évidente, c’est le système électoral et re-présentatif, et en corollaire sa forme concrète de « possibilité »: les partis politiques comme « filtres » agissant sur le divers issu du « relativisme des opinions. » On peut même dire, sans grand risque d’être contredit que tout cela est « institué » et résulte d’un long processus socio-économique que chacun s’accorde à reconnaître comme « historique. »


Or, rien de tel n’existe au monde de la marchandise spectaculaire qu’est (entre autres) le cinéma, du moins dans une perspective « matérialiste démocratique. » Sur le modèle « des corps et des langages » il y a bien « des spectateurs et des films », et on peut considérer que le modèle du « besoin » et de sa « consommation » trouvent bien en face d’eux, en « contrepartie », un équivalent au « relativisme des opinions » qui est « la diversité des genres » (de films, des œuvres, des spectacles) ; Mais déjà on voit immédiatement que cette « diversité » n’est pas une chose « construite et instituée » sur le modèle des « partis », et surtout on voit que le filtre qui va permettre l’identification des « individus » à « leur re-présentation » (dans les « œuvres » consommées) l’est encore moins.


Si donc, nous revenons à nos deux caractères distinctifs (du matérialisme démocratique) la consommation comme « mode d’existence »,
le relativisme (et l’égalité) des « opinions », nous commençons à percevoir un « hiatus » qui désigne une contradiction à l’œuvre : Comment dans une perspective matérialiste démocratique, la re-présentation, par nature « médiatisée » (dans le cadre du processus politique : Les partis, les élections ) va-t-elle pouvoir s’opérer sans « filtrage » de la diversité des opinions ( ou des « goûts ») , comme des re-présentations elles-mêmes : Les films, les œuvres, les spectacles, alors qu’il n’existe pas de « médiateurs » constitués, a fortiori « institués » ?

Ma première hypothèse est que cette contradiction interne du matérialisme démocratique est une des premières clefs d’élucidation du « secret de la médiocrité. ». Car la forme que prend le dépassement de cette contradiction met en évidence une « médiocrité sans médiation », telle qu’elle opère dans certains processus, singulièrement, comme nous sommes en train de le découvrir : ceux de « l’économie individuelle » à l’œuvre dans les processus d’échange et de circulation de « marchandise » culturelle et plus encore « spectaculaire. »

Cette forme de régulation/sélection opérée par la « médiocrité sans médiation », cette forme « non instituée », propre au domaine des arts et du spectacle ( cinématographique) , c’est d’abord et avant tout : le marché, le marché du « divertissement ». Ce marché prend dans ce contexte une forme concrète de modalité « spontanée» , opérant en parfaite adéquation avec les exigences de la diversité , du relativisme généralisé et de « l’égalité » des « goûts/opinions » . Ce marché prend la fonction de médiation nécessaire à la mise en rapport et relation du « besoin » ( de consommation) de chaque individu , et de la re-présentation ( le film , l’œuvre à consommer ) qui lui « convient » (répondant au besoin correspondant).
Il est essentiel ( pour comprendre cette clef du secret de la médiocrité) de bien saisir ici que ce « besoin » et sa « satisfaction » sont , dans la logique du matérialisme démocratique, absolument constitutifs de l’individu et de son « mode d’être » et d’intervention dans ce processus , mais que cette forme concrète , précisément par ce qu’elle est concrète doit bien être « incarnée » elle même par quelques instances et quelques agents qui vont assumer les fonction de médiation/sélection : autrement dit de « filtrage ». Ce filtrage introduit un choix et une hiérarchisation, qui doivent cependant être opérés « démocratiquement » sur le principe de l’égalité des opinions (et de leur relativisme) , et ordonner selon une échelle et des jugements « de valeur » le « divers » des œuvres ( implicitement toutes « égales » ).


Or il se trouve que ce « marché » n’est pas plus capable que n’importe quel autre ( mécanisme de marché) de fixer une valeur  « authentique » ou même une typologie hiérarchisée de valeurs à cette « marchandise spectaculaire » ; et il n’en est pas capable par nature même du matérialisme démocratique (dont le relativisme généralisé exclut toute « valeur » hiérarchisable ).

Le processus tout entier repose donc sur d’autres déterminismes ( que ceux qui sont réputés le déterminer « démocratiquement ») et comme tout processus il est inscrit dans une histoire, dans l’histoire.


Le premier de ces déterminismes qui donc a une histoire (qui se confond avec celle du « spectacle ») , c’est celui du rapport dialectique ( contradictoire) qui détermine le « besoin » . Ce rapport ( déterminant la nature et la valeur relative des besoins ), mesurable à l’aune de la proportion de population entre le « grand public » ( la majorité ) et «les autres » (les minorités ) , a pris historiquement des formes et des mesures variables, mais jusqu’à une période récente il avait une caractéristique paradoxale, absolument contraire aux « axiomes » du matérialisme démocratique : la valeur de la re-présentation ( c’est à dire la norme de la représentation, explicitée par les jugement de goût ) était fixée, in fine, en proportion inverse de la représentativité (donc du principe démocratique ). Le « goût » de quelques uns, fort peu nombreux (prêtres, mécènes, princes, nobles ou bourgeois fortunés, experts, érudits , etc. et … les « artistes » eux-mêmes), arbitrait la hiérarchie de « valeur » générale et s’imposait, malgré qu’ils puissent éventuellement en avoir, au plus grand nombre.
Le principe de « relativisme » des opinions pouvait encore ( déjà) être invoqué ( assez problématique quand même) , mais celui « d’égalité » ( des opinions, des jugements, des œuvres aussi naturellement) était en revanche clairement et absolument nié , a fortiori le postulat d’équivalence des « goûts ».

Si on remonte aux origines ( historiques) de la re-présentation spectaculaire , dans notre histoire « occidentale » : la Tragédie grecque, on peut dire qu’en dépit du fait qu’il s’agissait, dès l’origine donc, d’un spectacle « populaire » , explicitement destiné au « grand public », elle constituait sans doute, selon les modalités démocratiques de l’époque, l’exemple d’une « médiation instituée ». Une médiation instituée, « officielle » en quelque sorte, relevant du gouvernement (de la cité) et aucunement relative à la diversité des opinions des citoyens spectateurs. Les œuvres, leur conception, leur choix n’étaient pas du tout déterminés par le « succès » hypothétique, et leurs auteurs étaient, comme ce sera le cas fort longtemps après encore, considérés comme de simples « artisans » capables et compétents. Aller au théâtre était semble-t-il une « obligation civique », et assurément pas reconnu comme un « besoin » à satisfaire au nom d’impératifs subjectifs individuels. Mais il est certain qu’à cette époque la « forme » de la démocratie n’était pas du tout celle que lui a donné aujourd’hui le matérialisme démocratique, dont aucun des deux axiomes ( la consommation comme « mode d’existence », le relativisme ( et l’égalité) des « opinions ») n’étaient de mise, loin s’en faut.


Au origines donc du « spectacle » tel que nous le comprenons encore aujourd’hui, il y a « de facto » la volonté, de satisfaire un besoin « commun », sous une forme normée et partagée, avec une finalité sociale et politique. Le spectacle est alors, initialement et fondamentalement la « re-présentation d’un rapport social », explicitement et formellement organisée, partagée et instituée comme tel. En quoi le lecteur averti observera que le spectacle ainsi désigné ne se distingue absolument pas de la définition ontologique de la « marchandise » par Marx.


Depuis « La naissance de la tragédie » jusqu’à la cérémonie des « césars » ou des « molières » (pauvre Molière.. !) nous avons un une histoire assez longue, mais bien connue, qui a vu plusieurs « révolutions » socio-économiques et politiques témoigner de puissants déterminismes affectant les modalités d’existence des corps sociaux et les sociétés qu’ils bâtirent successivement .


Cette histoire est évidemment, en même temps, celle de la re-présentation, collective et individuelle, de ces mondes, par et pour leurs populations, avec toutes les fonctions et valeurs que cette re-présentation a pu se voir attribuer.

Au fil de cette histoire, désormais à « l’époque de la reproductibilité technique des œuvres », nous partons donc d’un état et d’une situation où la Médiocrité en tant que telle ne joue aucun rôle ou du moins n’impose aucune détermination. Dès lors comment s’est développée, a évolué cette Médiocrité, au point de devenir aujourd’hui hégémonique aux temps « post-modernes » du matérialisme démocratique, et d’en être le symptôme même ?


Comment s’est progressivement constitué le rapport dialectique qu’elle a établi avec la production des œuvres : le « secret » de la médiocrité, clef des « origines de la nullité » ?


Ce sera l’objet de ma prochaine petite causerie estivale.

 

Urbain

 

 
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