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samedi, 01 juin 2013

Y'a de l'eau dans le gaz syrien

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Un correspondant du quotidien vespéral français aurait été témoin de l’emploi d’armes chimiques par l’armée gouvernementale syrienne.

La description des symptômes endurés par les miliciens « rebelles » évoquent ceux produits par des gaz neurotoxiques.

Signes ophtalmologiques avec troubles visuels et une pupille ‘rétractée’, signes digestifs, vomissements et signes respiratoires décrits comme raclements et suffocation.

Le récit, espéré digeste grâce la petite touche littéraire avec le petit bruit de la canette non pas sur le comptoir d’étain mais un certain cliquetis à peine audible, produit des témoignages de ces combattants et d’un médecin.

Le photographe du journal le Monde (en lettres gothiques) aurait souffert de troubles visuels et respiratoires durant plusieurs jours. Première invraisemblance du récit : les gaz neurotoxiques utilisés comme armes de guerre sont certes inodores et incolores, mais les signes digestifs sont sur le même plan que les signes respiratoires. L’antidote doit être immédiatement administré pour lever le blocage des terminaisons nerveuses sans quoi la paralysie est rapidement mortelle.

Deuxième incongruité. L’iconographie censée illustrer le texte montre un homme qui tente avec une seringue de prodiguer des instillations oculaires. Les effets des gaz neurotoxiques à pénétration cutanée et respiratoire n’ont aucune chance d’être levés par des lavages oculaires. Ceux-ci ne peuvent soulager qu’en cas de gaz irritants des muqueuses.

Troisième aberration. Le médecin rebelle rapporte le cas d’un combattant qui lui a été confié avec un rythme cardiaque fou. Le blocage enzymatique qui conduit à l’accumulation du neurotransmetteur l’acétylcholine induit surtout une bradycardie, et l’hypotension majeure par absence du tonus vasculaire est l’urgence absolue. On restitue une tension artérielle inexistante avant de vouloir contrôler un rythme cardiaque, même aberrant, même anarchique. Pour être rigoureux une phase d’hypertension avec tachycardie peut être observée dans les premières minutes de l’intoxication. Le délai nécessaire pour transporter un patient jusqu’à un centre de secours à travers le dédale imposé par une zone de guerre en milieu urbain exclut cette hypothèse. Quatrième anomalie. La consultation de n’importe encyclopédie en ligne indique comme symptôme cardinal des effets neurotoxiques les convulsions. Le sujet mortellement atteint suffoque dans un contexte de crises cloniques spectaculaires. Ce type de manifestations est si impressionnant que leur absence dans le roman permet de qualifier le récit de faux témoignage.

L’auteur à la fin de son article prend une précaution rhétorique. Il émet la possibilité de l’usage de plusieurs variétés de gaz toxiques par l’armée gouvernementale, solution élégante pour brouiller les pistes de l’usage d’un gaz mortel prohibé qu’il suggère fortement tout au long de son histoire très arrangée.

Cependant, sensation de brûlure oculaire et toux irritatives se rencontrent lors de l’exposition à des gaz lacrymogènes. À chaque dispersion de foules ou de manifestations par les CRS en France ou aux USA où l’usage des gaz poivrés connaît un regain, il faudra mobiliser la Cour européenne des Droits de l’Homme.

La publication de cet épisode survient au moment où les pays incarcérés dans l’Union Européenne ont décidé de suspendre officiellement l’embargo sur la livraison des armes à la rébellion en Syrie.

Elle est contemporaine également de la préparation des pourparlers en faveur d’un Genève II où devraient siéger les « belligérants » et les pays qui les arment et sans lesquels cette confrontation du bloc occidental avec les intérêts de puissances dites émergentes sur les décombres de la souveraineté de la Syrie n’aurait pas lieu.

Le régime syrien est explicitement accusé de crimes de guerre ou contre l’humanité au moment où plus de 15 000 soldats des armées impériales occidentales et de leurs vassaux subissent un entraînement intense en Jordanie. Cette préparation anormale sur le plan numérique indiquerait l’imminence d’une attaque type coalition contre l’Irak.

Déjà, les effets d’une dissémination du conflit au Liban se font ressentir.

Les escarmouches autour plateau occupé du Golan entre Israel et des combattants du côté syrien signalent la possibilité d’un autre front. Un char d’assaut israélien y a été récemment détruit.

Ce que redoutent le plus les rares stratèges sionistes, c’est l’extension du chaos à la Jordanie. La version officielle de la neutralité israélienne est une légende de façade. Le soutien à la rébellion syrienne a pris de nombreuses formes, y compris sous celle d’une assistance logistique et médicale. Au-delà de leur crainte que des missiles russes S 300 soient opérationnels aux mains de la défense de la souveraineté syrienne, l’embrasement de la région aura un impact civil non négligeable sur une population israélienne prête à émigrer en cas de danger. En cas de conflit militaire généralisé, l’État-major sioniste n’oublie pas que les discours de Sayed Hassan Nasrallah ne sont pas des rodomontades. Le Hezbollah doit disposer d’un arsenal et d’un entraînement convaincants.

Badia Benjelloun

 

vendredi, 12 décembre 2008

Courbe de gosses

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Dans un souci de détecter chez les plus jeunes, le plus tôt possible, la possibilité de sortie du juste chemin, de révéler un tropisme pouvant  porter atteinte à notre société, de contrecarrer tout comportement potentiellement violent, le test suivant, en phase expérimentale, sera proposé à tous les enfants, à partir de 3 ans.

Nous considérons, c'est du bon sens, qu'un comportement potentiellement dangereux est une inclination à nuire à la bonne marche des choses, à la modernisation de notre société, à l'idéologie dominante. Il est ainsi nécessaire, les dernières recherches dans les neuro-sciences et la pédo-psychiatrie menées en toute indépendance par les laboratoires Allègre & Varinard en atteste, de distinguer et circonscrire tout comportement déviant dès le stade de formation symbolique de l'enfant.

Ainsi, cette batterie de questions, à compléter au fil de l'actualité sensible dispensée par nos médias, sera-t-elle soumise à chaque enfant, durant le mois de son troisième anniversaire. Les parents, après convocation par le commissariat de police (le Ministère de l'Intérieur ayant gracieusement accepté de participer à cette mission de purification positive) le plus proche, devront fournir à l'autorité compétente tous les documents relatifs à l'enfant et se présenter dans les plus brefs délais au poste.

Chacun comprendra bien la nécessité d'une telle démarche, visant à assurer le premier des droits du citoyen : la sécurité. Il est donc crucial de mener cette croisade contre les éléments porteurs de valeurs contraires à la ligne du gouvernement, contre toutes tentatives subversives, voire social-démocrates. Les valeurs de notre nation sont indéfectibles : travail, individualisme, marché, ordre social.

Pour les individus détectés, des stages payants (à la charge des parents) de régénération idéologique menés par les Jeunes Populaires seront imposés. Il va de soi que les droits civiques ne pourront être garantis pour l'élément perturbateur. Une micro-puce (U.M.P.) sous cutanée de type RFID sera implantée  dans la fesse potelée de l'enfant.

 

A vos stylos.

Ceux qui ne savent pas écrire pourront dicter leur réponse au Compagnon Républicain de Sécurité mis à disposition.     

 

Vive la République, vive la Droite !

 

                                               ……………………

 

Voici 3 poupées. Une poupée vaudou, une poupée-fleur et une Barbie starlette.

Avec laquelle veux-tu jouer ?

Laquelle te semble porter atteinte à la dignité d'un homme bon ?

 

Parmi ces 5 prénoms, lesquels sont les plus jolis ?

- Mamadou.

- Karl.

- Nicolas.

- Frédéric.

- Ségolène.

 

Quelle est ta couleur préférée ?

- Bleu profond et chaud.

- Rose moche.

- Rouge qui fait peur.

- Jaune pipi.

 

Si tu trouves un ours en peluche abandonné, que fais-tu ?

- Tu ne dis rien et l'emmènes chez toi.

- Tu le laisses, c'est sans doute un produit chinois.

- Tu préviens la police.

- Tu le revends.

 

Un policier qui arrête ton papa, à l'aube :

- Fait son travail.

- Est méchant.

- Te fait rire.

- A bien compris le sens de ta dénonciation.

 

Qui est pour toi le maître du monde ?

- Ton papa.

- Le président.

- Le père Noël.

- Henri Dès.

 

Ton grand frère de 12 ans est mis en prison car il a fait une grosse bêtise. Tu trouves ça :

- Normal. Il mangeait tous les pim's.

- Un peu embêtant mais il faut qu'il comprenne.

- Très bien, il y retrouvera son cousin Kevin.

- Méchant, la prison c'est pas pour les enfants.

 

Un monsieur noir, pour toi, c'est :

- Uncle Ben.

- Un monsieur qui va prendre le travail de ton papa.

- Ton papa.

- Sale.

- Une race différente.

 

Ton rêve dans la vie, c'est :

- Monter ton entreprise.

- Toucher le RSA.

- Lire, rêver, découvrir le monde, réfléchir, créer.

- Trouver un chéri, avoir une maison, épargner, voter, faire des enfants.

- Bombarder l'Iran.

 

Noël, pour toi, c'est :

- Une relance de la croissance par la consommation.

- La paix, l'amour, la générosité.

- Un repas amélioré aux restos du cœur.

- L'exacerbation de l'héritage chrétien de la France.

 

Voici une photo de Frédéric Lefebvre. Que vois-tu ?

- Le roi des papas.

- Ton papa.

- Celui qui fait preuve de bon sens en disant : "Je ne suis pas un spécialiste, donc je ne déterminerai pas à quel âge il faut le faire."

"Quand vous détectez chez un enfant très jeune, à la garderie, qu'il a un comportement violent, c'est le servir, c'est lui être utile à lui que de mettre en place une politique de prévention tout de suite".

- L'amour.

- Ken rasage.

 

Si ton papa devient chômeur, que penseras-tu ?

- Qu'il va rebondir car quand on veut, on peut.

- Que c'est la honte et que tes copines vont se moquer de toi.

- Que ton papa, il est faible, paresseux et qu'il ne crée pas de richesses.

- Que le chômage, ça ne devrait pas exister.

- Que ton papa est une merde.

 

Qu'aimes-tu manger ?

- Un hamburger.

- Du couscous.

- 5 fruits et 5 légumes par jour.

- Des pâtes aux truffes.

- Des pâtes sans truffes, ni beurre.

 

Les messieurs que tu vois parfois dormir dans la rue. Il faudrait faire quoi pour les aider, selon toi ?

- Chauffer les rues.

- Les déguiser en Père Noël.

- Les envoyer dans les pays chauds.

- Les rentrer avec les plantes sensibles au froid.

- Vaporiser de l'antigel.

 

Aider les riches pour aider les pauvres. Qu'en penses-tu ?

- Comme la crème sur le gâteau d'anniversaire, l'argent dégouline sur les pauvres.

- Ton papa dit que c'est bien. Il est riche.

- Ton papa dit que c'est bien. Il est pauvre.

- Ton papa dit que c'est nul. Il est pauvre.

- Philippe Marini est ton héros.

 

Caricaturer, contester, blasphémer, rire, c'est :

- Porter atteinte à la dignité du Président.

- Porter atteinte à la dignité du Président.

- Porter atteinte à la dignité du Président.

- Porter atteinte à la dignité du Président.

 

Tu voudrais voir plus souvent le Président à la télévision car :

- Il ne passe pas à la télévision pendant le "Jour du Seigneur".

- Pour que tes parents achètent un nouveau plasma.

- Il est beau.

- ll faut encore de la pédagogie, plus de pédagogie.

- Paul Newman est mort.

 

Connais-tu, parmi tes petits camarades, des gauchistes, voire des socialistes ?

- nom(s) :

 

Que penses-tu de ce questionnaire ?

- Tu voudrais le même à l'école.

- Tes parents devraient le remplir aussi.

- Il n'est pas assez précis, trop laxiste, trop d'ultra gauche.

- Le quoi ?

 

 

                            …………………………………………..

 

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mercredi, 19 novembre 2008

Sciences : les singes décideurs sont ils l’avenir du libéralisme économique ?

Juste après la tenue du G20, je désire vous entretenir d’une expérience sociologique et comportementale passée quasiment inaperçue, terminée il y a à peine quelques jours à l’Université du Wisconsin-Madison aux USA. Les résultats obtenus se sont montrés particulièrement prometteurs et ont ouvert la porte à des perspectives magistrales dans la gestion économique et politique de notre planète.

neutre2.jpgBut de l’expérience :

Étudier le comportement de trois primates de races différente en lieu et place d’être humains placés aux sommets de la hiérarchie et comparer leurs performances finales.

Description du protocole :
 
Le professeur Woodworth assisté d’une petite centaine de collaborateurs, a sélectionné trois singes pris au hasard, il les a placé dans les conditions quasiment identiques à celles des décisionnaires humains qu’il souhaitait tester dans trois domaines différents : la conduite d'un grand pays, le management d’une banque et la gestion d'un parti politique. Ces primates se prénommant Nicky's, un petit babouin mâle un peu agité et narcissique de 53 ans, Bouton's un sévère et avide ouistiti adulte de 58 ans toujours suivi de Kervy son inséparable compagnon jeune et impulsif, enfin  Holldy, un macaque malicieux et bon vivant mais un peu mou et myope de 54 ans fraîchement séparé de Princess, son ex compagne.

Chaque singe devait choisir sa réponse parmi quatre propositions soumises par un staff de brillantes persionnalités grâce à quatre manettes placées devant lui. Un ordinateur géant analysait aussitôt, en temps réel, le retentissement de ses arbitrages en macro économie ainsi que les répercussions sur la politique mondiale, le management bancaire et la gestion du Parti. Le computer comparait alors les résultats entre les mesures prises par les titulaires humains et celles choisies par nos singes sélectionnés.

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Je vous livre donc les résultats bruts de l'expérience que j'ai pu obtenir grâce à un ami dont je tairai le nom pour éviter d'entraver sa carrière prometteuse.

Résultats de l'expérimentation :

Pour faire vite, disons que Nicky's a fait mieux que le dirigeant actuel du pays testé (non communiqué pour ménager les susceptibilités), avec des performances supérieures dans le domaine social et l'emploi. Au niveau internationnal le G20 a bien eu lieu et a donné lieu à autant de résultats, c'est à dire à des déclarations d'intentions qui ne mèneront jamais à rien comme les G8, G13, G156, etc... Enfin la situation financière n'a que peu varié. On peut donc déclarer la primauté sensible du babouin sur l'homme dans ce cas particulier de gouvernance d'un pays moderne.

Pour le management de la banque le résultat a été très spectaculaire : Bouton's et Kervy n'ont perdu pendant la crise que trois cent millions d'euros à la place des cinq milliards gaspillés par l'équipe actuelle, toujours en charge rappelons le. Un détail amusant : quand Kervy appuyait en cachette sur les manettes , Bouton's faisait semblant de ne pas le voir. Le staff a du intervenir sévèrement... Pour ce cas, il est indéniable que le bilan de la gestion de l'organisme financier (que nous ne nommerons pas par pudeur) par les ouistitis a été largement supérieure à celle des deux hommes.

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Mais le cas d'Holldy fut probablement le plus pathétique. Quelles qu'aient pu être ses décisions, la déliquescence du Parti (dont nous tairons le nom par délicatesse) ne faisait que s'accroître. Le pauvre Holldy, bizarrement, s'était beaucoup attaché aux humains qu'il observait sur d'énormes écrans. Au début il prit très à coeur la mission dont il ne comprenait pas grand chose. Pourtant à la fin de l'expérience, il a terriblement ému les expérimentateurs lorsqu'ils ont vu des larmes jaillir de ses petits yeux myopes devant le spectacle d'un parti ravagé par les haines et les ressentiments... Ce fut le moment le plus poignant de cette expérience. Nombreux furent les expérimentateurs se résoudre à consulter un psychologue pour se remettre de ce sress intense...

Conclusion :

J'avais préparé une conclusion hyper argumentée et puis en me relisant, je me suis dit que dans cette modeste parabole tout était dit : l'Homme et la Femme providentiels n'existent pas, l'essentiel dans une société, ce ne sont pas les "Chefs et dirigeants" qui prennent les arbitrages sans aucun risque et avec de larges gratifications morales et financières mais ceux qui dans leurs entourages préparent véritablement les mesures. Que le pouvoir personnel est un leurre et que le peuple est bien con de croire que celui ou celle qu'il élira est une sorte de demi-dieu capable de tout résoudre et que ses uniques motivations sont le bien de la collectivité. L'époque de de la monarbig-6.jpg.jpegchie absolue me semble révolue. N'est il pas l'heure d'apprendre à raisonner différemment ? N'est il pas temps de rechercher une nouvelle méthode de gouvernance plutôt que s'en remettre aveuglément à un seul individu ?

Qu'une grande partie de citoyens âgés, de droite, par un réflexe tribal naturel face à l'inconnu, croit à ces sornettes et réclame un chef pour la sauver me parait (presque) naturel, quoique nous ne soyions plus au paléolitique... 

Mais, mes amis : le Parti socialiste asphyxié par le mythe et des combats de "chefs" en 2008 ?

Comment dire ?

Comme  Holldy, j'en pleurerais...

NB : La dernière photo a été empruntée en partie à "20 minutes.fr" que je remercie.

Cui cui scientifique déjanté et scénariste fêlé...

vendredi, 17 octobre 2008

MM. Sarkozy et Delanoë, le progressisme est du passé !

Se réclamer du progressisme suppose deux croyances idéologiques, l'une portant sur ce qu'on doit faire, l'autre sur ce qu'on peut espérer.

En général, les deux options se complètent. C'est lorsqu'on croit que le progrès est possible qu'on se lance dans l'action sous réserve que celle-ci fasse progresser les résultats. Un individu est perfectible, il peut progresser dans son savoir-faire. Il suffit de croire en soi, en sa persévérance et au travail portant ses fruits. Ce sont les ingrédients basiques de tous les étudiants, les artisans, les sportifs… liste non exhaustive. Mais lorsqu'on évoque le progressisme en termes politiques et idéologiques, c'est de la société dont il s'agit. Et l'on ne se prive pas de citer les quelques auteurs des Lumières à l'origine de l'idée de progrès et des textes ayant porté cette foi dans l'avenir. Ce sont un peu les fils d'Abraham, mais, au lieu de figurer dans l'Ancien Testament, ils appartiennent au Testament laïc des Lumières avec la foi dans la Raison qui éclaire la Volonté, conduisant les hommes vers un avenir radieux ou du moins meilleur que le présent.

 

La complexité de l'idéologie progressiste repose sur l'entrelacement de deux types de progrès basés sur deux types d'action. Le progrès matériel, technique et économique en premier. Puis le progrès social dépendant pour l'essentiel des mesures publiques, instruction, législation, autorité… liste non exhaustive. Au progressisme, s'oppose le conservatisme. A une époque, le conservatisme était dirigé à la fois contre le progrès technique et les évolutions sociales. C'était le temps des réactionnaires, des droites nationalistes, populistes, voire royalistes. De Barrès à Maurras. Mais, dans cette France surfant sur le positivisme et les succès de la science, le progrès technique est devenu incontesté, dans les limites des dégâts collatéraux occasionnés. Seule une minorité refuse le progrès matériel. Quant au progrès social, il a mis plus de temps à s'installer et être accepté par une majorité de concitoyens.

 

L'interférence entre les progrès techniques et la réalité socio-politique est un classique. Prenons la pilule contraceptive. Il a fallu une loi pour imposer le droit (est-ce un droit, plutôt un libre accès ?) à la contraception face aux partisans de l'ordre naturel et biologique institué par Dieu. Diffusion hertzienne ; les radios pirates ont été pourchassées alors que la France se réclame des droits de l'homme. La liberté d'expression avait ses limites. Mais le progrès social l'a emporté et, sous Mitterrand, les verrous hertziens ont sauté, pour le meilleur et pour le pire. Voilà quelques schémas progressistes, auxquels on pourra ajouter diverses mesures et lois votées, comme notamment l'abolition de la peine de mort. De 1960 à 1990, le progrès social est indéniable.

 

Le principe essentiel gouvernant le progressisme, c'est le temps linéaire, un temps qu'on retrouve du reste dans la Bible et qui est étranger aux conceptions grecques, celles-ci supposant des périodes de croissance puis de déclin, avec des cycles sociaux conçu à l'image du cycle des saisons. Le mouvement de la Modernité s'est effectué sur le modèle du temps linéaire, pendant quelques siècles, avec des progrès techniques permanent et des évolutions sociales incessantes, mais entachées par des périodes de régression. Cas trivial, le nazisme. Et puis le progrès a continué en vitesse de croisière depuis 1945. En y réfléchissant bien, on comprend que cette idée d'un progrès indéfini n'est pas raisonnable ou, du moins, qu'elle n'est pas infaillible et qu'à un moment donné un achèvement se dessine. Les signes sont là. Supposons que le progrès soit maintenant achevé. Il n'y aurait alors que des tendances régressives. C'est logique, une fois le sommet de la courbe du progrès social atteinte, elle ne peut que redescendre. Ce sommet serait donc atteint dans les nations les plus avancées. Le progrès matériel, il se poursuit, mais ne semble plus porter le progrès social ou du moins l'accompagner. Il y a eu une sorte de décrochage. Le progrès, il n'est plus que local, dans des zones limitées, pour des minorités. La régression, nous en avons un exemple avec Naples. Un désastre. Moins spectaculaires, mais tout aussi signifiants ces groupes de SDF de plus en plus nombreux dans nos rues. Ces restos du cœur remplis, ces classes d'élèves impossibles à maîtriser. Ces zones dans la banlieue vouées aux bandes. Autant de signes dévoilant la régression sociale que tentent de contenir les politiques publiques.

 

Ainsi se dessine un malentendu entre la classe politique, les élites et, d'un autre côté, les citoyens. Le décrochage entre progrès technique et progrès social engendre une attitude vaine de politiciens qui, suivant Sarkozy (Delanoë et Royal en sont aux promesses pour 2012), se lancent dans une frénésie réformiste alors qu'il n'y a plus de progrès en vue. La vérité c'est qu'il faut au mieux conjurer la régression sociale, seul objectif accessible et réalisable. Mais cette impatience, cette instabilité, conduit notre président à lancer des tonnes de réformes qui produisent autant de résultats qu'elles consomment de l'énergie et, donc, le résultat est nul et la France fait du surplace alors que la réforme tourne tel un moulinet dans le vide. Qui croit avoir la croissance au bout de l'hameçon. Avec en plus la France de demain, radieuse. Ce n'est pas avec quelques mesurettes sur les heures sup, le travail le dimanche, l'implantation des discounts, qu'on peut transformer la société et amener plus de prospérité. Qui d'ailleurs est là, la France étant un pays riche. Les lois sur le service minimum, sur la police, sur l'accueil des enfants par temps de grève, la Halde, la loi contre le prosélytisme de l'anoxie… liste ô combien non exhaustive, c'est juste une infinitésimale conjuration de la régression sociale.

 

En l'état actuel des choses, il n'y a plus de progrès social en vue. Seuls les menteurs affirment le contraire et les naïfs les croient. Il faut rester modeste. Paradoxe. Dès 1988, il était certain que le progrès social était achevé et les politiques se présentaient au suffrage pour proposer des solutions. En 1993, pareil, en 1995 pareil, en 1998 pareil, en 2002 pareil. Mais, en 2007, le démon du progressisme est revenu sur le devant de la scène, avec Sarkozy et maintenant Delanoë et Obama là-bas. Revenu comme une crise d'urticaire politique pour démanger le citoyen et orienter son bulletin. Le vote c'est un peu le grattage suite à une démangeaison. La politique qui suit, c'est la poursuite du grattage par le réformisme, mais le citoyen va finir par se gratter du gouvernement et réciproquement !

 

 

Nb : Invitation de publication au Village faite à l'auteur après la lecture de son billet. Nous le remercions vivement de nous avoir accordé  son "aimable autorisation".

mercredi, 01 octobre 2008

Un jour, je serai criminel

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« Prédire n’est pas expliquer. »

René Thom

« Il n’existe pas un témoignage de culture qui

n’en soit un, en même temps, de barbarie. »

Walter Benjamin

Voici la fameuse Loi n° 2008-174 du 25 février 2008 « relative à la rétention de sûreté et à la déclaration d'irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental » :

http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000018162705

« A titre exceptionnel, les personnes dont il est établi, à l'issue d'un réexamen de leur situation intervenant à la fin de l'exécution de leur peine, qu'elles présentent une particulière dangerosité caractérisée par une probabilité très élevée de récidive parce qu'elles souffrent d'un trouble grave de la personnalité, peuvent faire l'objet à l'issue de cette peine d'une rétention de sûreté selon les modalités prévues par le présent chapitre, à la condition qu'elles aient été condamnées à une peine de réclusion criminelle d'une durée égale ou supérieure à quinze ans pour les crimes, commis sur une victime mineure, d'assassinat ou de meurtre, de torture ou actes de barbarie, de viol, d'enlèvement ou de séquestration.

Il en est de même pour les crimes, commis sur une victime majeure, d'assassinat ou de meurtre aggravé, de torture ou actes de barbarie aggravés, de viol aggravé, d'enlèvement ou de séquestration aggravé […] »

Cette loi élaborée par la ministre de la justice Rachida Dati fait suite à un cas de récidive (et, par le biais de la propagation médiatique, de « l’émotion » induite dans « l’opinion ») venant d’un pédophile relâché, durant l’été 2007. Son objectif affiché est de prévenir la récidive  des grands délinquants sexuels par la mise en place du dispositif dit « rétention de sûreté ».

« La rétention de sûreté consiste dans le placement de la personne intéressée en centre socio-médico-judiciaire de sûreté dans lequel lui est proposée, de façon permanente, une prise en charge médicale, sociale et psychologique destinée à permettre la fin de cette mesure.

La situation des personnes mentionnées à l'article 706-53-13 est examinée, au moins un an avant la date prévue pour leur libération, par la commission pluridisciplinaire des mesures de sûreté prévue par l'article 763-10, afin d'évaluer leur dangerosité.

A cette fin, la commission demande le placement de la personne, pour une durée d'au moins six semaines, dans un service spécialisé chargé de l'observation des personnes détenues aux fins d'une évaluation pluridisciplinaire de dangerosité assortie d'une expertise médicale réalisée par deux experts.

La décision de rétention de sûreté est valable pour une durée d'un an.  
La rétention de sûreté peut être renouvelée, après avis favorable de la commission pluridisciplinaire des mesures de sûreté, selon les modalités prévues par l'article 706-53-15 et pour la même durée, dès lors que les conditions prévues par l'article 706-53-14 sont toujours remplies. »

On pourra, entre autres, retrouver 2 articles copieux sur la question chez ce cher Maître Eolas :

http://maitre-eolas.fr/2008/02/25/880-de-la-retention-de-surete-et-de-l-absence-de-retenue-de-l-executif

http://maitre-eolas.fr/2008/07/21/1035-affaire-rm-c-allemagne-la-loi-allemande-sur-la-retention-de-surete-devant-la-cour-europeenne-des-droits-de-l-homme

De plus, voici l’appel lancé par 62 associations exigeant l’abolition de cette loi sur la rétention de sécurité :

http://www.contrelaretentiondesurete.fr/

Le 4 juillet dernier, lors d’une table ronde organisée dans le cadre des « Entretiens francophones de la psychologie », Robert Badinter a tenté d’interpeller psychologues et psychiatres, qui ne semblent pas s’être collectivement positionnés face à cette loi du 25 février. L’article de Sciences Humaines relatant cette intervention :

http://www.scienceshumaines.com/robert-badinter-interpelle-les-psychologues_fr_22800.html

Depuis cette table ronde, la Fédération française des psychologues et de psychologie a émis le communiqué demandant « à tous les psychologues qui seraient susceptibles d’être impliqués dans les procédures d’application de la loi du 25 février 2008 de suivre simplement leur code de déontologie et en particulier son article 19 :

Le psychologue est averti du caractère relatif de ses évaluations et interprétations. Il ne tire pas de conclusions réductrices ou définitives sur les aptitudes ou la personnalité des individus, notamment lorsque ses conclusions peuvent avoir une influence directe sur leur existence.

Le psychologue ne peut donc en aucun cas participer à une procédure contraire aux principes de base de sa déontologie, à la conception de l’homme issue de ses connaissances et à sa conception de sa propre action. »

http://www.ffpp.net/modules/news/article.php?storyid=285

La question du déterminisme s’impose comme une obsession durable du pouvoir en place. On se souvient des élucubrations d’un certain candidat à l’élection présidentielle face à un « philosophe » de compétition :

« J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1200 ou 1300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense. »

(Pour aboutir, quelques lignes plus loin, à : « Cela dit, je pense qu'on se construit en transgressant, que l'on crée toujours en transgressant. […] Il faut qu'il y ait de l'autorité, des lois. L'intérêt de la règle, de la limite, de la norme, c'est justement qu'elles permettent la transgression. Sans règles, pas de transgression. Donc pas de liberté. Car la liberté, c'est de transgresser. »)

Revient également ce rapport de l’INSERM de septembre 2005, « Trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent », prônant un dépistage très précoce des troubles comportementaux chez l’enfant, signes précurseurs d’un basculement dans la délinquance :

http://ist.inserm.fr/basisrapports/trouble_conduites/trouble_conduites_synthese.pdf

Ce même travail ayant été précédé par le rapport Bénisti en 2004 dont le fabuleux graphique situé en page 7 est ici dévoilé :

http://i469.photobucket.com/albums/rr56/fotochopette/bnisti.jpg

Plus récemment, s’imposa cette idée de prévisibilité des délits, selon des modalités moins ouvertement « scientifiques », par le truchement du  fichier EDVIGE, renommé en un  EDVIRSP faussement abstrait, autorisant le fichage des «personnes dont l'activité individuelle ou collective indique qu'elles peuvent porter atteinte à la sécurité publique.» Les mineurs à partir de 13 ans relevant également de cette disposition.

Probabilité, potentialité, possibilité, génétique…

Il s’organise ainsi un pseudo-scientisme d’Etat dans lequel, comme le dit Badinter, les experts tiendront le rôle d’alibi. La justice, dépassant les faits et leur réparation, s’installe dans le cauchemar rassurant des « possibles », des courbes qui prolongent leur route dans l’inconnu enfin révélé, dans les intervalles de confiance. On n'examine pas un fait, on juge un Homme ; qui n’existe pas. L’Homme que l’on juge n’est plus l’Homme que l’on juge, c’est un autre Homme, celui qui commet un acte délictueux impossible à commettre. On assiste donc à l’apparition d’une peine sans délit motivée par une probabilité d’apparition du délit (aussi potentiellement grave soit-il). Deux états superposés se heurtent à l’entendement : l’individu est à la fois libre, pour s’être dans les faits acquitté de sa peine, et entravé car possiblement promis à réitérer son acte. Une sorte de mort/vivant. Cette « expérience de pensée » basique suffirait à pointer l’ineptie du dispositif, « l’immense défaite intellectuelle et morale », selon le mot de Badinter, et à le disqualifier mais c’est précisément l’acte d’élimination, sous les auspices  de la science sommée de trancher, d’une personne humaine qui est à l’oeuvre.

Il y a sans doute là l’avant-garde (impulsée par des faits tragiques et validée par la gestion démagogique de l’émotion) inscrite dans la loi, d’un traitement global de la question de la norme.

Nulle nécessité de recourir aux actes d'accusation bidonnés des procès staliniens, la simple « probabilité de», la confrontation à une certaine modélisation des réponses des individus à un stimulus, à une histoire, à un milieu ou à une certaine forme de culture suffirait à activer la violence, bien réelle et légitime, de l'Etat.

Avec les « possibles », tout est possible.

(On peut également pointer ce renversement renversant de l'argument sans doute le plus opératoire dans le combat des opposants à la peine de mort aux USA ; à savoir la possibilité d'exécuter un innocent.)

Il n’est pas inutile de rappeler ces deux articles de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789 :

Article 5 - La loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas.

Article 9 - Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable, s'il est jugé indispensable de l'arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s'assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi.

 

Alors, oui, je suis potentiellement un assassin.

Je suis potentiellement un délinquant.

Je peux potentiellement troubler l’ordre public.

Je peux potentiellement être un barbare.

 

N.B. : Depuis l'écriture de cette note, le centre de rétention de sûreté de Fresnes est sur le point d'ouvrir (et de refermer) ses portes :

ici

 

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