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mercredi, 17 septembre 2008

Avant que l'accord ne m'use...

 

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C’est la rentrée, disent-ils. C’est la rentrée alors que beaucoup ne sont même pas partis ou sont déjà, depuis longtemps, rentrés ; à la fois ici et là-bas.

Rentrer dans le rang, rentrer au bercail, la tête dans les épaules, rentrer le ventre, dans le chou, le lard…

Mais c’est la rentrée ; politique, sociale (chaude, forcément chaude, puis tiède puis « de manière satisfaisante »), télévisuelle, parlementaire, scolaire, littéraire etc.

Septembre, chaque année, c’est ça, tendu, nouveau, prometteur, aigu, vivifiant, harassant, douloureux… Ca s’agite frénétiquement, face à l'inconnu.

Et puis, finalement, quoi ?

Qui désire vraiment se coltiner le spectacle pour tous, resucée de l’exercice précédent, à peine ravalé par quelques dégoulinantes moulures décoratives en polyuréthane ?

Revoir Xavier Bertrand…

Revoir Drucker…

Revoir le débat public, comme on dit…

Revoir le pouvoir d’achat, les réformes, les impatiences, la pédagogie, les « socialistes », les buzz et les buses, les analystes-conjoncturistes-observateurs.

Revoir toutes ces choses dont on connaît déjà, à quelques détails de scénographie près, la forme, la temporalité, les procédures de dévoilement. Revoir ce qui n'a cessé d'être vu.

Subir les « c’est pire que prévu » et les « rebonds inespérés ». Les chiffres qui ne mentent pas puis l’omni-ceci et l’omni-cela et se voir badigeonnés de la novlangue encapsulée aux effets reliftants.

Se coltiner le nouveau (et intéressant) jeu « démocratique », l’exercice de la liberté, les choses qui passent, font « événement », rebondir (boiiiinnnng !) dessus, plus ou moins mollement, croire penser, penser croire…

Et aussi conduire sa carcasse, préserver sa peau, passer entre les gouttes.

Repartir pour un tour, avec le désir que le tour soit plus rapide, ou finisse mieux. Avec quelques sensations, dues à la force centrifuge. Le bon stress et le mauvais stress.

Imaginer sortir de la morne circularité des choses et, in fine, escompter seulement ne rien perdre en cours de route.

A peine la média-temporalité estivale à base de chassés-croisés, de cordées qui finissent mal, de lois votées en toute quiétude, d’asthénie à peine réparée, de numéros spéciaux, de mercato, de Marc Lévy, évacuée que la scansion du "retour" est déjà là. Et son expansion dans le temps : le doux ronron de l’intolérable, celui que l’on croit éteint quand le soleil est censé tenir son rôle fédérateur, l’humiliation comme unique météorologie, la corruption au sens (grand) large et la corruption du sens...

Le bourdon du retour. Un drone.

Cet écoulement-là est mortel.

 

"- Question : Qu'y a-t-il de commun entre Ludwig Wittgenstein et Robert Musil, deux auteurs qui n'ont cessé de nourrir votre pensée ?
- Jacques Bouveresse : L'un des éléments, parmi beaucoup d'autres, qui m'ont fasciné est la capacité d'autonomie et l'énergie morale impressionnantes qu'ils ont été capables l'un et l'autre de déployer pour résister à la pression de leur époque et aux sollicitations de l'air du temps. Ils se sont consacrés de façon à peu près exclusive, dans des circonstances parfois dramatiques, à ce qu'ils considéraient comme une obligation absolue, comme la tâche de leur vie. Robert Musil a voué près de trente ans à l'écriture d'un seul et unique roman, L'Homme sans qualités, qu'il n'a d'ailleurs pas pu achever, sans jamais rien céder sur ses exigences, même dans les dernières années où il a connu l'exil en Suisse et la pauvreté. Ce qui me frappe est ce sens aigu des obligations exceptionnelles que l'on a envers soi-même et envers le monde dans lequel on vit, alors que les intellectuels d'aujourd'hui me semblent avoir plutôt tendance à revendiquer surtout des droits exceptionnels. Brian McGuinness, l'un des biographes de Wittgenstein, a parlé à son propos d'un « devoir de génie », mais il y avait aussi, chez lui, le sentiment d'être sous le contrôle d'une autorité morale inflexible qui ne pouvait accepter de lui autre chose que le meilleur."

 

Assis sur la berge, je regarde le fleuve. Le reflet d’un peuplier sur la surface se présente à mes yeux. Cette image se diffracte en une multitude de taches plus sombres et mouvantes, au gré du vent et des vaguelettes générées. Chaque tache, à la manière du « Cri » de Munch, semble surgir régulièrement, s’étirer au fil de l’onde, se tordre, puis s’effacer tandis que la suivante entame le même cycle. Je projette alors de scruter précisément le point d’apparition d’une sous-forme, d’en observer la géographie et le rythme. Bloquant mon œil en un point fixe, je tente de suivre la forme et la pulsation du morceau de peuplier réfléchi. Et là, une difficulté apparait ; à chaque fois que je m’évertue à bloquer mon œil sur le lieu de surgissement de l’objet, l’œil ne peut résister à la dérive et suit alors automatiquement la déambulation et la déformation de la tache. Il m'est impossible de ne pas être attiré par le mouvement. Mon œil se reprend, revient à l’origine, se fixe puis se trouve à nouveau happé par l’onde.

Je décide de forcer mon observation, de ne pas flancher et, assez rapidement, je ne vois plus rien. Une douce rêverie, comme une hypnose légère, s’empare alors de l’observateur amateur. Il me faut un repère, une forme fixe sur laquelle concentrer mon attention ; je me lève afin d’aviser une pierre, sous l’eau, un rocher. Alors, du fait de l’angle nouveau, c’est le reflet lui-même qui se soustrait. La surface de l’eau devient un simple réseau de ridules et de transparence.

Revenu à ma position initiale, et formant avec mon pouce et mon index une sorte de viseur de précision, le processus ne peut alors plus m’échapper. Dans la position du sniper assis, scrutant un périmètre restreint de la surface de l’eau par le petit trou formé par mes doigts, j'observe enfin la naissance d’un élément du reflet. Gonflant rapidement, s’étalant, il quitte mon œilleton. Un autre, à sa suite, semble surgir de nulle part, un peu à côté. Puis un autre, imperceptiblement décalé dans le temps, perceptiblement ailleurs dans l’espace. Tout ce que la physique la plus rudimentaire sait déjà.

Je me déshabille et vais me baigner, plongeant dans le peuplier torturé.

Le rapport entre ces éléments, la cohérence ?

Un devoir de rentrée.

Sinon...

 

f

 

(Peut-être s'agit-il, en vérité, d'un cyprès...)

 

mardi, 08 janvier 2008

Univers sale

 
 
Lanterne rouge. C’est ce qui il y a longtemps signalait les bordels. Certains en ont la nostalgie, à tel point qu’il l’ont adopté à l’entrée des studios d’enregistrement. Mélangeant l’authentique et le frelaté. Tenant la musique pour un produit de consommation. Estimant que la rose éclose vaut autant que le chiendent. Ils créent des modes pour mieux vendre leur galettes et faire leur beurre. En ce moment deux tendances principales : les groupes de rollers (j’ai du mal à appeler ça des rockers) qui ne dénoncent le quotidien que pour mieux s’y conformer et les rappeurs en baggy qui alternent un disque et une ligne de vêtements (j’ai acheté un baggy, il me va très bien…faut dire que j’ai pris une taille 32) et qui n’ont de cesse de dénoncer les problèmes de la banlieue depuis qu’il l’ont quitté dans leur Merko (kitée elle aussi.)

Clowns mercantiles et sans idées ressassant sans cesse, les mêmes arguments sans apporter autre chose qu’un constat. Soi-disant rebelles à l’arrogance calculée, faux loulous au look plus étudié que la fusée Ariane et dont les paroles définitives sont (heureusement) masquées par des riffs rageurs et sur-saturés de la six cordes qui leur sert d’élément masturbatoire. Crétins confits dans leur suffisance croyant qu’il suffit d’arborer une tonne de pacotille dorée sur un survet en bougeant comme des mongoliens, vous me donnez la nausée.4355fc791e63c1e51cfb7fe5f0ae8d7d.jpg

Mais toi, dans ton fauteuil de cuir au fond de ton bureau climatisé. Oui toi, qui décide non pas ce qui est beau, mais ce que tu vendras le plus. Toi qui confonds le lard avec l’art, qui conjugue musique avec fric, qui te gave à chaque fois que tu vends. Toi, incapable de faire éclore autre chose que des chanteurs kleenex que tu sors de la star’ac et dont la moins méritoire poupée gonflable ronfle comme un réacteur d’avion chaque fois qu’elle pousse une note, qui vire des chanteurs parce qu’ils n’atteignent pas leurs objectifs de vente comme un vendeur de meubles chez Conforama, tu me fais vraiment gerber.

Et tu as le culot de venir pleurer que tes disques sont piratés, que ces salauds d’internautes tuent la création, comme si depuis l’invention de la K7 en 1970 personne n’avait pensé à faire de copie ? Mais réfléchit un peu. C’est toi qui as tué ta poule aux œufs d’or à coups de best of, de compils de la compil, de « stars » qui n’auront fait que 45 tours avant de disparaître, de lancer des vedettes comme des marques de lessives à coup de pubs et de rotations lourdes sur les FM, et surtout de créer un son uniforme et sans âme.

Va plutôt vendre des beignets sur la plage et laisse la musique aux artistes.
 
 
Serval
 
 

 
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