mercredi, 31 mars 2010
soup – opera(i) [4/6]

- Euh, non. Mais, il y a « les porteurs du virus » – VIH.
- Il n’y a plus d’opération médicale…
- Pfff, depuis longtemps dépassé !!! Il y a : les « interventions chirurgicales » !
- Pas plus de déformations physiques à la naissance…
- …mais des « malformations ».
- Il y a une fortune du préfixe « mal » dans la LQR.
- Oui. Ça a commencé avec ça, et puis, ils l’ont mis à toutes les sauces : la « malnutrition », la « mal-bouffe », la « mal-traitance » ! les « malversations » – euh, ça, c’est dans la pratique ! – le « mal-logement », le « mal-être »…
- Il y avait « bien-être ». Il y avait « malaise social ». Mais il manquait celui-là !
- Dans les préfixes, il y a « alter »… comme dans « alter-mondialisme », qui renvoie à vaguement à « alter ego ».
- Yeah ! Fini : plus de communistes ! Vive les « altermondialistes » et leurs copains « anticapitalistes » – « primaires », forcément ! Et pourquoi « anti » ? Parce que les islamo-gauchistes sont trop cons pour avoir un programme de vie en commun. Même pas foutus d’être « pro » – ha ! « pros » – c’que tu veux, hein !
- Très fort, les préfixes ! « alter », « anti », mais aussi « ultra » ! comme dans « ultra-gauche ». C’est-à-dire : plus extrême que l’extrême gauche ! C’est le nec… plus ultra ! A droite, ils ont seulement droit à « ultra-libéralisme ».
- Wouoh, les nuls ! Et avant ça, il y avait les « super- », « hyper-marchés »…
- Ils ont fait « méga » !
- « méga » ? « méga-marché » ?
- Non : « megastore » ! Eh, oui ! toujours penser aux anglicismes !
- Méga-octets… « nano », aussi !
- « Nano-mètre », « nano-technologie », « nano-robots ». Euh, il y a des « nano-peds » aussi, dans Hulk…
- « Nano-président » !
- Ha ! très fort, dans les sphères du pouvoir ! Il n’y a plus d’ « argent sale », mais de l’ « évasion fiscale ».
- C’est le pognon, qui se fait la malle !!!
- Et il a son petit cousin : le « paradis fiscal », pour les méga-riches qui ne sont pas très partageurs.
- Et hop ! On a des crapules, qui ont trouvé leur place au paradis… fiscal !
- D’ailleurs, il n’y a plus de « corruption »…
- Non : il y a des… « affaires » !
- Est-ce que le trafic d’influences, ça existe encore ?
- Non, il y a les lobbies…
- Et de l’espionnage industriel ? Des « fuites d’informations » ?
- Non : des « délits d’initiés »…
- Oh, des « délits » ? C’est pas si grave alors…
- Ah, cette application des « agents de la force publique » à traquer la petite délinquance dans les rues mal famées, et la facilité qu’ils ont à fermer les yeux sur la délinquance à col blanc !
- Il n’y a plus de misère, ni de pauvreté…
- Non : des personnes de « milieux modestes » ou « défavorisés ». Des « exclus » et de l’ « exclusion ».
- Oui, mais pas d’inclus, ni d’inclusion ?!!
- Non, mais de l’ « insertion » !
- Tu m’étonnes ! Ils se font tous… bien insérer !!!
- Il n’y a plus de riches, mais… des grosses fortunes !
- Bah, il y en a à qui la fortune sourit !
- Surtout ceux qui ont les dents longues !
- Avant on disait encore « sans abri » : ils ont dû trouver que c’était idiot, puisqu’on peut toujours trouver à s’abriter.
- Dire que ça a remplacé « sans logis » ; alors qu’on en croise… qui logent dans des cartons !
- Maintenant, on dit « S.D.F. » pour « sans domicile fixe »…
- Bah, au moins, il n’y a plus de clochards !
- Ce qui me scie, c’est que ces personnes qui sont marginalisées, écartées de la société, ils emploient pour eux cette terminologie ; se les approprient ! Pour se présenter, ils disent : « Je suis S.D.F. ». Ils se définissent en premier lieu par un sigle, et surtout par un état de privation : le fait de ne pas avoir de logement.
- Le sigle les anéantit dans leur être.
- EDF… GDF… SDF ! On dirait une entreprise publique !
- La plus grande de France : tous les ans, elle recrute !!!
- L’acronyme, c’est comme le type qui dit qu’il est « RMIste », ou « RSAste », comme si c’était son activité principale ! Au lieu de dire qu’il bénéficie d’une allocation.
- Tu as vu, il n’y a plus de « vieux »…
- Des retraités ?
- Mais non ! on dit : « les personnes du troisième (ou quatrième) âge » ! Remarque, on les « place en maisons de repos »… mais, on ne les fout plus à l’hospice ! Mais, comme certains dépassent les cent ans, maintenant, qu’est-ce qu’on dit ?
- « Merci Mamie Nova. » ?
- Mais non ! On dit – ta-dam ! – « seniors » !
- Nooon ?!!
- Sí ! se-ñor !

par Albin Didon
06:00 Publié dans Culture, société, humour | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note
mercredi, 24 mars 2010
soup – opera(i) [3/6]

- Et, face à ça, il y a…
- Face à la « majorité » ?
- Oui.
- La « gauche plurielle » ?
- Mais non !
- …« la majorité silencieuse » ?
- Tu le fais exprès ?!
- Euh, non. Je ne sais pas…
- Les « minorités visibles » !
- Ah, oui : pas discrètes, ces « minorités » !
- Eh, non ! Contrairement, à la « majorité silencieuse » – qui, elle, en plus, est nombreuse !
- Toujours à se faire remarquer, ces minorités : rien que par leur présence physique ! Brrr, ils sont Noirs…
- Non : de couleur !
- Ils portent des voiles…
- Arrrgh ! Des tchadors ! des burqas !!!
- Mais, ce sont des vêtements !
- Ah, non ! Ce sont des signes ostentatoires d’appartenance religieuse !
- Aïe ! C’est vrai que dit comme ça, c’est flippant : « ostentatoires », « appartenance »… C’est de la provocation !
- Ils ne veulent pas s’intégrer !
- Ah, oui : l’ « intégration », on l’oubliait, celle-là ! Ça ne marche que dans un seul sens, hein ! Pourtant, on parle de « diversité », non ?
- Si ! ils disent même : « issus de la diversité »…
- « Bonjour, salut ! T’es quoi, toi ? » - Oh, moi, je suis Allemand. Et toi, t’es né où ? « Oh, moi, je suis issu de la diversité ! ». Bref, ils ne veulent pas dire : « Oh, vous êtes Algérien », ou « Malien » ; ni « d’origine africaine » : ils te font perdre ta nationalité, ton origine… tu es « de la diversité », autant qu’un Chinois ou un... Auvergnat ! Et, ça prétend parler d’ « intégration »…
- En France, on n’a plus de problèmes de racisme…
- Aaaah !!!
- Mais, il y a juste un peu de discrimination…
- Oooooh !
- Oui, mais, ça s’est arrangé : maintenant, elle est « po-si-ti-ve » !
- Aux Etats-Unis, ils ont gommé les problèmes liés à l’esclavagisme, par la « question noire »… Euh, c’est quoi cette « discrimination positive » ?
- De… l’immigration choisie !
- Mais, c’est dégueulasse !!!
- Mais, non ! Tu es quand même d’accord – et tout le monde te le dira – qu’une « loi pour l’immigration choisiee », c’est quand même plus sympa qu’une « loi aggravant le droit des immigrés en France, et la fin du droit d’asile » – même si ça devait recouvrir la même chose… Et puis, au gouvernement, il y a tout plein de personnalités « issues de la diversité », et qui ont été distinguées pour leurs mérites, et qui n’en font pas tout un plat…
- C’est quoi leurs mérites ?
- « Etre femme » ! C’est que ce n’est pas donné à tout le monde… Et puis surtout, le fervent soutien qu’elles ont « manifesté » durant la campagne présidentielle…
- Pour « femme », avant on disait « l’autre sexe », ou le « sexe faible »…
- Si on va dans les problèmes de société…
- …les faits divers…
- On ne dit pas « viols », mais des « abus sexuels »…
- Le type, il ne viole pas : il abuse, c’est tout !
- Encore plus fort, avec les « viols collectifs » ! Ce sont des « tournantes » !
- C’est plus sympa : on met une pièce, et ça tourne !
- Et on ne parle pas de « femmes battues », mais de « violences conjugales »…
- Les histoires de couples, c’est gratiné, aussi ! on ne parle pas de « divorce », mais de « séparation »…
- Et pour les « célibataires » ?
- Il n’y a pas de « célibataires », mais des « personnes seules ». Un homme seul, on dira qu’il est solitaire, mais pour une femme célibataire, on dira qu’elle est « indépendante » ! Et, des fois, on dit « solo »…
- Très peu usité.
- Et puis, on ne dit pas « mère seule » ou « père seul », mais « famille mono-parentale »…
- On va arriver au couteau de Lichtenberg !
- Oui : le couteau sans lame, auquel il manque le manche !
- Dans le domaine médical, il y en a des balèzes, aussi. Regarde, avant on disait que les Français étaient des gros consommateurs de « médicaments ». Maintenant, on dit des « psychotropes »…
- « Médicaments », ça renvoie à la maladie…
- Il n’a plus d’ « impuissance », mais « des troubles de l’érection »…
- Plus personne n’a le Sida aujourd’hui…
- Ah ? Ça y est ?! Enfin ?!
par Albin Didon
06:00 Publié dans Culture, société, humour | Lien permanent | Commentaires (77) | Envoyer cette note
mercredi, 17 mars 2010
soup – opera(i) [2/6]

Attends, sur les anglicismes, on a maintenant des « peoples », mais plus de vedettes.
- Et on se demandait où était passé le « peuple » !
- C’est encore plus fort avec les sigles. Ils disent : « vie – aille – pie » ! Very Important Person. Ça ne rigole pas. Ils avaient fait ça avec les « DJ’s », et les « M-C » – masters of ceremony.
- Ils ont fait « jet set », pour ne pas dire la classe aisée, l’aristocratie financière.
- Tiens, dans le domaine professionnel, c’est très fort ! Regarde, il n’y a plus de « marché du travail », mais ?
- Des « ressources humaines »…
- Oui, là, ça fait bien, parce que tu n’es plus considéré comme une marchandise remplaçable : tu es une ressource ! Comme une ressource naturelle ! Comme une matière première ! On exploite pareil – sinon mieux qu’avant – mais c’est mieux dit !
- Et il n’y a plus de « luttes de classes »…
- Eh non : « Jacques », il l’a bien dit : « En France, il-y-a-une-frac-ture-so-cia-le » !
- Il y a ça ; mais aussi, parce qu’il n’y a plus de « classes », mais des « couches » sociales…
- Et, surtout, pas de lutte possible : puisqu’il y a des « partenaires sociaux »…
- Eh hop ! Liquidés, les syndicats gauchistes ! Quoique, dans les faits, la question était réglée depuis un moment…
- Dans les métiers, tu n’as plus d’infirmières, ni d’infirmiers ; mais le personnel médical ; ou le personnel hospitalier c’est-à-dire qu’ils sont polis, et accueillants…
- Là, ça fait comme avec les « gens d’armes », qui sont devenus les « gendarmes »… Mais, au départ, c’est flippant, les « gens d’armes », puisque c’est des types, qui sont armés ! Là, les « gendarmes », c’est attaché, ça fait moins peur.
- Ah, ils ont fait fort, avec la police – mais là, ça ne vient pas de « peaux » et « lisses », hein ! Il n’y a plus de policiers, mais des « gardiens de la paix ».
- Ou des « agents de la force publique ».
- Ah, là, toi, l’individu lambda, tu ne peux plus rien faire ; puisqu’ils « gardent » la paix. Mais, laquelle ?
- Je crois que Coluche – encore lui – disait : « Au lieu de la garder, ils feraient mieux de nous la foutre ! »
- Les « CRS », ce sont les « forces de l’ordre »… mais, pareil : quel ordre ?!
- Celui du bourgeois, du commerçant. Du contribuable…
- Ouais… et du coup, il n’y a plus de « répression », puisqu’ils « maintiennent l’ordre »… Mais, lequel ?
- Celui du préfet.
- Dans le métro, il n’y a plus d’ « agents de sécurité » !
- Ah ?
- Non. Les vigiles, ils ont…
- D’abord, on ne dit pas « vigile », mais « agent de sécurité »…
- Euh, justement… ils ont sur le dos de leur blouson l’inscription : « sûreté ». Donc, ils n’assurent pas ta « sécurité », mais ils veillent à ce que ton trajet soit… « sûr » ! Il doit y avoir autant de vols et d’agressions qu’avant – ici, il ne faut jamais dire plus –, mais, comme c’est marqué sur le blouson… t’es rassuré !
- Tu as remarqué ? Il y a de moins en moins de vidéo-surveillance…
- Ah, enfin !!!
- Euh, non ! Ils sont en train de mettre en place des, euh, « dispositifs »… de vidéo-protection !
- Ah, j’me disais aussi… On ne nous surveille plus, alors – puisqu’on nous « protège », euh, par vidéo ! Oui, ils te regardent ; ou ils regardent ce qu’il se passe. Et dès qu’ils voient qu’il y a (eu) une agression, ils pourront dire : « Ça a été enregistré sur la vidéo : vous êtes protégés ! » Et, donc : inutile d’intervenir au moment de l’agression. C’est ça la protection à distance !!! Et les gens, ils avalent ces conneries…
- Bah, oui ! Plus une connerie est grosse, plus elle passe !
- Sinon, toujours dans le métro. Au moment des manifs…
- Pfff, tu dis « manifs », pour « manifestations ». Mais, « manifester » quoi ? sa joie ? sa présence ?
- Tiens, c’est vrai, je me fais avoir moi aussi ! Quand il y a une contestation populaire, massive, dans la rue, il y a les annonces dans les hauts-parleurs du métro : « Suite à un mouvement social… ». C’est très fort, là aussi. Il y a clairement des grèves à l’extérieur – enfin dans les usines et les bureaux –, donc, un arrêt durable d’activité ; et ils disent « mou-ve-ment-so-cial » !
- Eh, oui : le mouvement continue…
- Tiens, attends, je reviens sur les handicaps : il y a aussi les « personnes à mobilité réduite »…
- Celle-là, elle est forte ! Parce que « mobilité », on ne sait pas ce que c’est : la marche ? ou par véhicule ? Et « réduite », c’est par rapport à quoi, à qui ? Et si t’es petit, enfin, de « petite taille », par rapport à un grand ?
- Par rapport à la norme.
- Oui, mais, c’est quoi la norme ?
- Le plus grand nombre… comme toujours. La majorité.
- Ah, la fameuse « majorité silencieuse » ! Euh, personnellement, je ne l’ai jamais rencontrée ! Pfff, quel foutage de gueule ! Comme si une « majorité » était un ensemble cohérent, un seul corps… « Bruyant » ou non.
- Mais, non, c’est pas ça… La majorité, elle est silencieuse, parce qu’elle baigne dans la « pensée unique » !
- Ah, la la la ! Mettre de la « pensée », là où il n’y en a surtout pas : dans le bien-pensant ! Et « unique », comme on pourrait dire de quelqu’un qu’il est « unique en son genre », singulier…
- Eh oui ! C’est comme ça qu’on produit le « consensus mou » de la « pensée unique » qui baigne dans le « politiquement correct » !

par Albin Didon
06:00 Publié dans Culture, société, humour | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : sémantique, politique, novlangue









