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vendredi, 31 juillet 2009

Témoignage d’un pakistanais en vacances près de la frontière afghane.

Ceci n’est pas du journalisme. Juste une conversation à bâton rompu avec un pote pakistanais qui revient de chez lui. Un simple témoignage. Je ne vois pas pourquoi Ali me raconterait des histoires…

 

Peshawar.jpg

Ali, n’est pas Pachtoun, il habite pourtant à côté de Peshawar. Il se méfie terriblement car en ce moment : l’anarchie règne dans cette région. Chaque citoyen pakistanais qui vient d’Europe est menacé d’enlèvement.  La raison : des demandes de rançons à la famille de l’otage. (de 3000 € à 15.000 €) selon la fortune estimée. La police est complètement dépassées par l'anarchie qui règne dans la région et l'armée a d'autres chats à fouetter. Là bas, la crise économique est à son apogée. Les produits invendus du voisin chinois et à priori destinés aux occidentaux inondent le marché pakistanais, notamment le textile, mettant en faillite des milliers d’artisans. La criminalité suit une courbe parallèle à celle du chômage.

Pour Ali, la vie en France est un paradis, même s’il travaille dur sur les marchés. Sa famille est à l’abri mais il n’ignore pas qu’il est source de convoitise et de jalousie au sein de la collectivité amicale et familiale de son pays d’origine. Souvent, les kidnappeurs sont des voisins car les rançons demandées sont calculées au plus juste des possibilités financières des familles…

Une branche de sa famille  est de nationalité afghane car la frontière est extrêmement poreuse vu que les populations, notamment les Pachtouns sont de la même origine ethnique.

FD1.JPGEn ce moment en Afghanistan, selon de nombreux témoignages, les Américains procèdent à la politique de la terre brûlée, bombardant à tout crin les villages supposés héberger des « talibans ». La cote des troupes de l’Otan au sein des populations afghanes et pakistanaises a terriblement baissé depuis quelques mois suite à ce surcroît offensif.

Obama qui bénéficiait d’un réel préjugé favorable est désormais disqualifié aux yeux de la population de cette région. Trop de civils subissent les contre-coups des violents bombardements et des offensives terrestres. Porter une barbe devient suspect.  Les troupes américaines exercent "leurs droits" de poursuite jusqu'à l'intérieur du Pakistan. Pour Ali, l’embourbement est quasiment certain, d’autant que les autorités pakistanaises ne sont ni claires ni très déterminées.

Les armes n’ont jamais autant circulé. Qui les fournit ?  Avec quel argent ? La frontière pakistano-afghane est devenue un lieu trouble, où on ne sait plus qui est qui. Le Pakistan ne tient plus que par la puissance de son armée et le jeu trouble de dirigeants politiques équivoques.

J’ai évoqué le poids du pouvoir de la religion musulmane que les journalistes occidentaux décrivent comme très lourd. Ali est musulman pratiquant sunnite modéré. Sa perception des gens que l’on nomme « talibans » en occident est totalement différente de celle que diffuse notre Presse c'est à dire des fous d’Allah fanatisés. Pour lui, les talibans sont certes croyants mais font surtout partie de  centaines de clans guerriers dirigés par des chefs. La guerre est inscrite depuis toujours dans la mentalité afghane, c’est presque devenu un jeu, d'autant que des étrangers occupent leur pays.

Certains talibans ne sont que des bandits de grands chemins. Les journalistes occidentaux, presque tous "embedded" et ignorant la langue et les usages ont du mal à discerner les différences entre les combattants. Mettre tous les talibans dans le même sac religieux est à la fois commode pour les états majors et simplificateur pour justifier médiatiquement la guerre d'Afghanistan.

afgangirl.jpegEnfin notre ami, qui est un homme très fin d’une cinquantaine d’année, analyse la situation dans son pays d’une drôle de manière. Pour lui, cette région du monde, sa patrie, est à cause de sa position stratégique essentielle, l’enjeu de puissance sombres et troubles qui manipulent sans vergogne les  citoyens de ces pays si pauvres.

Selon lui, les sommes dépensées pour la guerre dans cette région sont considérables et son peuple est manœuvré comme une marionnette par des tyrans retors issus de pays très riches mais peu puissants mais aussi par de grandes nations qui se font la guerre par pauvres gens interposés ,  tous les commanditaires étant dotés d’une puissance financière abyssale.

L'Arabie Saoudite, l'Iran, les USA, L'Europe comme supplétif des Américains, la Russie, la Grande Bretagne et la Chine se disputant l'hégémonie d'une partie stratégique du sous-continent indien notamment en approvisionnement pétrolier...

Amis du Village, j'espère ne pas vous avoir trop ennuyé mais j'aime tellement écouter les autres et partager...

Loin de nous, la prétention de détenir la vérité sur des situations si complexes. Tout au plus, Ali a t-il ajouté un modeste élément supplémentaire à l'édifice afin d'essayer de comprendre un tant soit peu les tenants et aboutissants d'un conflit qui, fatalement, finira mal.

À après.

 

Cui cui l'oiseau interlope.

lundi, 20 juillet 2009

La chronique sarkoziste de Thibault Nichon, défenseur de l'ordre et de la discipline.

Je me présente : Thibault Nichon, aîné, comme nous appelle notre Président, 67 ans, retraité, ancien cadre commercial, marié à Lucette Nichon, 7 enfants et 17 petits enfants. J'aime mon pays, mon président, notre glorieuse armée, le travail bien fait, la discipline, l'ordre, la liberté d'expression quand elle est modérée et maîtrisée, le Figaro, RTL, Europe 1, TF1, France 2, la police, France 5, Patrick Poivre d'Arvor, Claire Chazal, Christine Ockrent, Élise Lucet, David Pujadas, Léon Zitrone, Jean Claude Bourret, Michel Drucker, la Marseillaise, la politesse, la cuisine française et les traditions séculaires.

Fond4.jpgJe vais vous expliquer en deux phrases les raisons de ma présence sur ce blog prestigieux. Il y deux mois, Lucette m'a offert pour mon anniversaire, un ordinateur et un abonnement Internet. Morbleu ! Si vous aviez  vu ma joie : à moi le contact direct avec les meilleurs journalistes chroniqueurs, ceux du Figaro bien évidemment, à moi les commentaires éclairés sur les blogs de RTL, "les auditeurs ont la paroles" et "Jean Michel Aphatie", à moi la lecture du site de l'UMP. Bref que du bonheur en perspective !

Et puis, 15 jours après, mon enthousiasme a fondu. J'ai traîné, surfé comme on dit et la Toile m'est apparue comme un repère de gauchistes, un nid de guêpes collectivistes, une fourmilière communiste. Tenez, par exemple, j'ai cru un instant que le Village des NRV, un nom qui fleure bon la France profonde, représentait un îlot de la défense des valeurs traditionnelles ! Foutaises ! On n'y trouve que des anarcho-révolutionnaires assoiffés de sang et dispensateurs de mauvais esprit !

Aussi ai-je écrit aux responsables du blog qui m'ont permis de m'exprimer librement. Je les en remercie chaleureusement.


Mes chers compatriotes,

Le regretté Coluche disait : le Président, il nous laisse des libertés, il est pas obligé, et s'il les reprenait, et bien personne pourrait rien dire : c'est tout ce que je pense de la liberté d'expression. Vous n'arrêtez pas d'embêter Nicolas Sarkozy quoiqu'il fasse mais vous oubliez qu'il a été élu démocratiquement pour 5 ans et que normalement il est comme Vercingétorix, un chef de tribu qui a la responsabilité de tout son peuple qui doit lui obéir aveuglément et lui doit respect et obéissance.

Si on lui met des bâtons dans les roues, il ne peut pas bien mener les affaires de la France et le pays s'affaiblit et comme dit si bien Monsieur Raffarin, "la route est droite mais la pente est rude". Aussi, je vous demande de vous arrêter comme disait si bien ce brave Monsieur Balladur !Fond3.jpg

Le suffrage universel a élu notre valeureux petit caporal, Nicolas Sarkozy à la tête de l'État, avec une confortable majorité, la loyauté et le fair play voudraient que chacun ici et ailleurs reconnaisse sa défaite et cesse de creuser des trous dans la coque du bateau "FRANCE". Vous obligez Monsieur le Président Sarkozy qui a déjà tant de mal à ramer à écoper  pour éviter de sombrer ! Cela ralentit nos réformes et retarde notre pays comme diraient nos grands journalistes Étienne Mougeotte, Arlette Chabot de France 2 et Christian Malard de France 5 !

Messieurs les gauchistes, soyez beaux joueurs ! Nous les aînés, les séniors, les retraités, avons élu Nicolas pour qu'il remette les Français au travail, ramène l'ordre et la discipline dans les banlieues, rétablisse les vraies valeurs de la France éternelle. La tâche est difficile mais nous y parviendrons grâce à l'aide de nos élites qui ont compris le problème et s'attachent à le résoudre !

De toute manière, pour vous, les carottes sont cuites : le PS est mort comme dit le grand philosophe, époux d'Arièle Dombasle, la pin up quinquagFond33.jpgénaire !

Bien sûr, certains ici, comme cet Urbain, marxiste du musée Grévin et cette vipére anarcho gauchiste de Cui cui qui exercent leurs néfastes activités dans ce lieu de stupre et de luxure s'emploient à ridiculiser notre combat mais nous feront face, le manche du drapeau bien raide entre nos mains viriles !

Voilà mon message, mes chers compatriotes, nous vaincrons car nous sommes électoralement les plus forts. Nous gagnerons en 2012, 2017 ! Qu'on se le dise !

Alors tous ensembles, avec Nicolas Sarkozy, notre guide,  bâtissons le grand chantier de la France de demain où tout sera possible !

PS : Avec Lucette, nous serons ce lundi 20 juillet 2009 à 6h du matin, très émus : le fait de me lire sur l'écran et de pouvoir être compris par des milliards de gens sur la planète comme si je passais à la Télévision Mondiale me met dans une fierté extraordinaire. Tous mes amis et les membres de ma famille seront au garde à vous devant leur ordinateur et leur Minitel à me lire. Je suis très attendri d'exhiber mon père, ce héros au sourire si doux et Lucette est particulièrement émoustillée de poser en buste...

Car ventrebleu ! Il n'y a pas que des poires chez les "Nichon" !


Thibault Nichon, Français et fier de l'être !

lundi, 13 juillet 2009

égare - avoue

 

BorneVelibParis.jpg

 

- Misère ! ça n'arrive qu'à moi ! j'ai perdu mon vélo ! Enfin... "perdu", c'est vite dit ! Je ne la jouerais pas non plus "théorie du complot", mais il y a comme une étrange coïncidence. D'abord, disons que "je ne retrouve plus mon vélo là où je l'attache habituellement". Dans un cas comme celui-là, on a bien sûr un léger doute... qui s'accentue à force de vérification ! L'ai-je attaché ailleurs ? Où ça ? Y a-t-il encore d'autres endroits ? Mais qui a bien pu vouloir me le piquer ? Je délire, ou bien ?!!! Euh... la coïncidence ? Eh bien, c'est, comme par hasard, au moment où, de mon côté, je trouve... des Vélibs !

Oui, il y a dans Paris, des Vélibs qui traînent : souvent, en mauvais état, et parfois, ils sont encore utilisables. Alors, quand on peut, pourquoi se priver ?! La première fois, c'était mardi, il y a dix jours. Il était environ onze heures du matin. Je partais faire mes courses. A pieds. Ben oui ! Avec la chaleur, je n'avais pas pris le temps de réparer le pneu crevé de mon vélo. Sur le chemin, j'avais remarqué un Vélib' jouxtant un poteau de signalisation, qui n'y était pas attaché ! Le câble anti-vol était bien dans le verrou, mais le Vélib' n'était attaché à aucun support fixe. J'en avais déduit qu'il y avait un truc louche. Et, comme je n'avais jamais eu l'occasion d'essayer cette nouveauté, j'en ai profité. J'ai donc défait la double béquille sur laquelle il reposait, et l'ai enfourché. En plus, nouveau coup de bol, la selle était réglée à la bonne hauteur !

Sur le coup, embarquer un vélo qui avait été probablement acquis de manière douteuse, n'avait produit en moi aucun sentiment de culpabilité. Bien au contraire ! J'avais repris ma route habituelle, puis arrivé au marché, j'ai attaché l'engin, et fait mes emplettes. Comme il était relativement tôt, j'avais décidé alors d'aller traîner dans le centre de Paris. A destination, j'ai attaché à nouveau le vélo. Premières impressions : pas particulièrement maniable, ni vraiment confortable, ni rapide, et surtout assez lourd ; l'ensemble me paraîssait cependant correct pour un usage ponctuel. Et puis, gratos - je veux dire entièrement gratos -, j'aurais été gonflé de me plaindre ! Bien que les pneus l'étaient assez mal :-]

Le plus amusant dans tout ça, c'était que si, par hasard, quelqu'un d'autre le "trouvait" et se l'était approprié, je m'en serais battu les flancs ! Vraiment. Même dans le cas où j'eus prévu un itinéraire précis, un rendez-vous à ne rater sous aucun prétexte. Disons que j'adaptais mon emploi du temps, en fonction de cette éventualité. Je m'étais même habitué à m'attendre à ne plus le retrouver !

Ce qui arriva. La chance ayant été de courte durée. En effet, quelques jours après, jeudi de la semaine dernière, en sortant d'une séance de cinéma, je n'ai plus retrouvé le Vélib' où je l'avais soigneusement attaché : quelque passant un peu fouineur, sans doute. Bien que, paraît-il, tous les Vélibs sont munis d'une puce GPS... J'avais donc dû finir ma journée sans ; mais comme je devais rester dans le coin pour un autre film, c'était sans importance.

Pourtant le lendemain, avec un proche, on avait prévu de voir "Megan Fox", euh... "Transformers 2". Du coup, j'avais dû y aller avec mon propre vélo, que j'avais réparé entretemps, n'est-ce pas ?! Manque de pot : la salle avait déprogrammé le film, sans prévenir. Un peu cavalièrement, soit dit en passant. Sans que cette annonce ne nous perturbe réellement, nous décidons de nous rendre dans un autre quartier, où nous sommes sûrs que le film passera encore. Comme il était le seul au courant du "gag", je lui explique ce qui m'était arrivé la veille ; que c'était fini pour le Vélib'... "à l'oeil". Pour lui, il n'y avait plus qu'à nous y rendre à pieds, ou en métro. Mais, il y avait un nouveau gag : j'avais, quinze minutes plus tôt, repéré une fois encore un autre Vélib "abandonné" ! Je le lui ai montré. Et après avoir manifesté son vif étonnement, il l'a joyeusement... "emprunté", et nous nous sommes rendus dans le quartier convenu. Depuis, j'attache l'engin... avec une chaîne anti-vol !

Et si je généralise ces cocasses situations, je me dis qu'il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Trademark. Si on regarde bien, depuis une année, les installations urbaines se sont nettement améliorées. Je me rappelle encore des histoires à pisser de rire des premiers utilisateurs. La limite des trentre minutes d'utilisation, et la galère de trouver une borne libre. Il y avait des quartiers où, sur un périmètre de cent mètres, toutes les bornes étaient occupées. Et, à l'inverse, surtout le matin, plus de vélos disponibles. Il y a pas mal de coins "bobos", comme ça. Mais, depuis, ça me paraît assez bien réparti, même si par endroits, le surnombre étonne. Mais, là, on peut comprendre : ils ont prévu les jours de grosse affluence.

Sanisette.JPG

 

Là où je veux en venir, c'est que si on trouvait des vélos en pleine nature, disons, en grande quantité (et pour ne pas dire en totalité), car on (l'industrie) sait faire (produire), et on (la municipalité) accepte de faire (équiper) - sous conditions - eh bien, je ne serais pas le seul dans la situation du cycliste "chanceux", mais alors, tout le monde, sans exception, pourrait avoir la possibilité de rouler tranquillement sans se soucier de se faire piquer un vélo, qui n'appartiendrait en fait à personne en particulier, mais seulement à son propriétaire... "commercial", l'exploitant (-teur ?) JC Decaux, qui a bâtit sa fortune avec le mobilier urbain : les abribus, les panneaux publicitaires, les chiottes ; et quelques jolies enveloppes...

Mais non, car on aura toujours des larbins, bien dressés, pour... "remettre de l'ordre". Ainsi, dernier rebondissement en date, donc, hier, comme "par hasard", je ne retrouve plus mon mien, de vélo ! Sans établir de relation de cause à effet, je suis quand même amené à considérer ceci comme un "avertissement". Il ne peut selon moi en être autrement. D'autant plus que là où j'attache régulièrement mon bicycle, il y en a de meilleure qualité. Le mien n'était pas en évidence, et était même difficile d'accès, ne serait-ce que pour le détacher normalement ! Donc, le type - qu'on peut imaginer accompagné - a sciemment choisi le mien, qui avait aussi la particularité d'être défectueux !

Il ne faudra donc pas tarder non plus à s'attendre à ce que certains "zélus" prennent des dispositions juridiques de sanction à l'encontre de tout "usager improvisé" de Vélib', qui demeure une propriété privée. On peut même envisager, sans trop d'imagination, la création de nouveaux emplois, tels que : contrôleurs, traceurs, voire "détacheurs" de Vélibs'. Qu'ils appelleront des "Vélibérateurs" ? Et, on entend déjà les futurs mots d'ordre et slogans du type : "Rendre un Vélib' est un devoir civique", "Utiliser un Vélib' sans ticket est passible d'une peine d'amende", "Soyez chics ! remettez le Vélib' que vous avez trouvé dans une borne", "Gagnez des points Vélib', en dénonçant un usager suspect !"

Hum ! ça va pas là... je pique ma crise pour un p'tit vélo de rien du tout... quel matérialiste, je fais ! Et, je me fais sans doute des idées. Il se pourrait tout aussi bien que ce fut, mettons, le lascar du premier Vélib' "trouvé", qui me rend la politesse ; ou encore, je ne sais pas, mon karma, tout simplement. Allez, allez ! c'est juste une coïncidence : il n'y avait sûrement pas lieu de glisser sur cette pente outrageusement paranoïaque... Si ?

 

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par Albin Didon

[remerciements particuliers à Lord, pour sa contribution involontaire :-]

mercredi, 03 juin 2009

Pirates, émigrants ou victimes ?

Il y a peu, je suis tombé sur un reportage concernant les pirates somaliens pourchassés par toutes les marines du monde. Ces flibustiers attaquent des navires civils, tankers, porte-containers ; et même des plaisanciers pour prendre en otage les équipages et demander une rançon. J’ai effectué des recherches et je suis tombé sur ce remarquable article (une traduction) expliquant les raisons supposées de cette nouvelle forme de piraterie désespérée.
AFP_081030somalie-pirates_8.jpeg
Et je me suis souvenu.

Il y a longtemps ; assez pour prendre du recul, pas suffisamment pour oublier.

En garnison à Djibouti comme 2ème classe, à 25 kms de la Somalie au camp Letellier, sans cesse en prison militaire pour indiscipline caractérisée, ma tâche consistait à vider les poubelles du régiment et à convoyer un camion benne jusqu’à la décharge située à l’extérieur de la ville. Nous pataugions jusqu’aux chevilles dans des résidus poisseux et décomposés dont vous imaginez l’odeur sous les températures et l’humidité de l’air les plus extrêmes. Un des climats les plus épouvantables du monde.

Mais, amis, le pire est à venir…

Lorsque nous arrivions à la décharge, les odeurs pestilentielles et une puanteur immonde vous prenaient à la gorge, des nuées de gosses dépenaillés, faméliques , les jambes maigres, les genoux proéminents grimpaient sur le camion en riant avec des régiments de mouches agglutinées sur la peau toujours en sueur, il fallait boire plus de cinq litres d'eau saumâtre par jour pour survivre...Les gamins commençaient à trier les déchets car leurs seuls ressources alimentaires provenaient de nos restes putréfiés.

Ils étaient joyeux… Toujours de bonne humeur, rieurs, plaisantins et chaleureux. Si bien que nous oubliions systématiquement le pathétique de la situation et de rigoler et de déconner avec ces enfants. L’un ,Idriss, un gamin de 12-13 ans avec qui j’avais sympathisé à force de le croiser, se mettait à genou dans les excréments, triant avec méticulosité pour trouver quelques reliefs comestibles. Les mouches se collaient toujours par amas sur les commissures de ses lèvres et de ses yeux ainsi que sur quelques estafilades purulentes. Des centaines de gens vivaient ici dans des conditions infernales au cœur de cette décharge dans des circonstances qu'on n'imagine pas dans nos contrée. Quoique...

Un jour, je ne vis pas Idriss, je lui avais amené quelques  boîtes de sardines que j’avais chapardées au mess des officiers. Je ne sus jamais s’il était parti chez lui en Somalie ou s’il était mort, emporté par la tuberculose qui faisait des ravages à cette époque.

Amis, je n’ai pas décrit cette situation pour excuser les exactions des pirates somaliens et omettre la douleur des familles des otages auquel je compatis, mais il est certain que devant la misère qu’on côtoie dans cette région du monde , et si par extraordinaire, vous vous trouviez devant ce choix barbare de crever de faim ou de vous livrer à des violences pour survivre, vous, votre famille et même votre communauté, ou de tenter votre chance dans un pays occidental, quitte à être traité comme un chien ou expulsé, je ne sais quelle voie vous choisiriez.

Moi je le sais.

 

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Villageois(es), peut être vous parlerais-je un jour des rencontres qu'on peut faire dans ce désert volcanique inhumain, où les pierres et le soleil semblent vibrer de concert, endroit mythique et effrayant proche d'un des berceaux de l'humanité (Lucy, une de nos ancêtres est issue d'une région située à quelques centaine de kilomètres), mais en attendant,  je vous place en lien l’UNICEF qui fait un travail formidable sur le terrain et qui mérite notre confiance. Notre générosité me paraît aller de soi dans un monde ou les valeurs du fric, du profit et de la cupidité, véhiculées par des politiques et des médias pitoyables et indignes  n’en finissent pas de nous ronger la moelle.

Salut à tous, oubliez moi, pensez à Idriss qui hante mes cauchemars et à tous les êtres humains qui, scandaleusement, crèvent encore de faim à notre époque sous les regards indifférents ou intéressés  de  spéculateurs, financiers, dirigeants d'entreprises multinationales, sportifs millionnaires, vedettes de cinéma, stars du show bizz ou oligarques sordides, pressés d'acquérir une image gratifiante et estimable à bon compte auprès des foules subjuguées par leur pseudo bonté. Surtout lorsque l'ultime but de leur sinistre et médiocre existence, consiste à rechercher les meilleurs paradis fiscaux pour éviter de partager et de s'y réfugier comme dans une  confortable coquille d'égoïsme.

Ah ! Comme l'avidité sans fin de ces individus dans la course au luxe et à la futilité, louée et vantée par des médias et des politiques dévoués et sans scrupules, devant un public demandeur et connement admiratif, nous semble si dérisoire !

Comment, ceux qui possèdent tant, pourraient ils croiser le regard de leurs semblables qui n'ont même plus la force de hurler leur misère, faute d'être nés dans une région dénuée de tout ?

Arf ! Je ne sais plus que dire...

Votez bien et à après !

La 2ème photo, particulièrement poignante, est de Kevin Carter et date de 1994.

Cui cui l’oiseau, anonyme et humble mouche du coche.

lundi, 23 mars 2009

Chronique d'une journée ordinaire sur un marché du 9-5 en 2009 (épisode 1)

Je surprends le geste d’un type, il vient de glisser un paquet de piles LR6 à 3 € dans sa poche…

- Monsieur, vous me devez 3 € - Le type : et pourquoi ? Pour le paquet de piles que vous avez dans la poche ?

Quoi ! Vous me traitez de voleur ? J’ai la main sur ma batte de base-ball cachée sous l'étal, l’individu comme tous les voleurs (c’est à ça qu’on les reconnaît), prend tout le monde à témoin et se montre agressif, il joue à la vierge effarouchée. L’agression est proche.

 Pour une pile à 3 €…

J’ai tout à perdre : en cas de bagarre, mon stand éparpillé aux quatre coins et ma marchandise évaporéee... Je serais exclu du marché. J’abdique. L'homme fait mine de renverser l'étal mais se ravise car il a compris qu'il n'avait lui même rien à gagner. 3 € en moins. De toute façon le mec est plus jeune et plus méchant que moi. Je suis las d'être impuissant...

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- Bonjour Monsieur, vous changez les piles de montres ? Oui, Monsieur

- C’est combien ? 1,50 € les piles de qualité normale et 2,30 les marques qui durent en général 2 ans minimum.

- Oh la la ! C’est cher ! Mettez moi une pile à 1 €.- Non c’est 1,50 €

.Le type ne dit rien et me tend une Rolex de contrefaçon grossière. C’était au moins la 43ème que je voyais aujourd’hui ! On trouve toutes les Rolex du monde dans les cités : des Rollex avec 2 L, des Rollexe, des Rolleyx et même des Solex ! Et je ne parle pas des Christian Dior, des Cartier et même des Quartiers . Rien que de la marque en toc !

En aparté je voulais d’ailleurs rendre hommage à notre comique Séguéla, le plus désopilant des clowns, car il a bien raison de soutenir Nicolas Sarkozy : depuis qu’il est président de la République, les habitants des cités dans les banlieues pauvres, bien avant l’âge de 50 ans, ont réussi leurs vies :

FIGUREZ VOUS QUE LA GRANDE MAJORITÉ PORTE DES ROLEX !

Je continue mon récit.

- C’est 1,50 € et pas un centime de moins, je vous préviens

mon client, un homme d’environ 70 ans, un Hâjjî au visage orné d'un  fin collier de barbe blanche, fait la grimace.

Ah la la ! Comme c’est cher ! Mais pour vous, glissai je malicieux, ce n'est rien 1,50 €, vous possédez une montre de luxe, non  ? Vous l’avez d’ailleurs payé combien votre Rolex ?

- 11 € à La Mecque.

- Mouais ! Vous avez fait une belle affaire ! L'homme est fier et relève le buste et jetant un œil satisfait autour de lui. L’auditoire est mi-goguenard pour les jeunes et mi-admiratif parmi les gens de sa génération.

J’adore cette ambiance bon enfant du 9-5 ou du 9-3, cette fausse naïveté , cette simplicité, cette ouverture sur les autres, le respect envers l'autre et en même temps cette rudesse et cette violence à fleur de peau.

Tendresse.

- Bon allez, je vous la fais à 1,40 € déclarai je l’air faussement dépité pour éviter que mon interlocuteur perde la face. Son regard devient triomphant, je le vois se rengorger : la négociation de prix est un sport régional, ici, et une victoire, même minime vous catalogue votre homme ! Ses petits enfants qui l’accompagnent le regardent avec admiration.

J’aime ces moments.

Amis Villageois(e), à après ; loin de l'élitisme, de la cupidité-reine, de la politique politicienne, et des formes  plus tribales que démocratiques, qui ne répondent plus, depuis bien longtemps, à nos interrogations et à notre quête d'un monde un peu plus fraternel et intelligent.

Si vous désirez approfondir la réalité de la banlieue, le Bondy blog sur 20 minutes est également  une excellente référence pour comprendre, voir et éviter les jugements hâtifs.

 

Cui cui l'oiseau, commerçant-clochard ambulant.

 
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