Avertir le modérateur

jeudi, 27 mars 2008

À Perpignan, c’est chaud, c’est sette, c’est chaussette…

 

3891cd2cd8610b2e8d1c01534944a13a.jpgLe dimanche 16 mars, j’étais dans un bureau de vote, à Perpignan, à attendre les résultats de l’une des candidates en lice pour les cantonales. J’entendais en fond sonore s’égrainer les noms d’Alduy (UMP) ou d’Amiel-Donat (PS) depuis le bureau voisin.

bceb1d119661ff2a0d653c54ef6e345f.jpg« Ma » candidate a soufflé le canton au gazier IOUÈMPI.

Les Municipales, quant à elles, ont basculé, dans un drôle de coup de théâtre…70295a4a9eb01d8bae1b2747d5d36ef3.jpg

Le dimanche 16 mars, j’étais bien loin d’imaginer la folle semaine qui allait s’ensuivre, après que fut mis en garde à vue Georges Garcia, dit « l’homme aux chaussettes sales ».
 

d7af75a00593abc043fe17c9bd630779.jpgManifestations, tous les soirs, à 18H00, devant la Mairie, puis la Préfecture (le Préfet ayant validé cette élection municipale – en représentant de l’État, que pouvait-il bien faire d’autre ?), conférence de presse, recherches nuit et jour sur la base des listes d’émargements, témoins du flagrant délit dans le bureau 4 (sur 66) à écouter, les membres de la liste dite d’opposition ont eu fort à faire pendant ces derniers jours. Le recours en invalidation de cette élection a été déposé vendredi 21 mars en fin de journée.959e71e7f7ff36f5a5e2f42e2c6518e7.jpg

Les médias locaux et nationaux n’ont eu de cesse de relayer les événements et/ou de venir sur place à la recherche de quelqu’un qui serait assez courageux pour dire ce qui n’avait pas encore été dit.

8f8d8fe60187a4301fd8ab5ad91bdd87.jpgLe plus étrange dans cette histoire, c’est le fait que personne n’ait remis en doute que la tricherie avait eu lieu en « faveur » d’Alduy. Comme une évidence. Même lui n’a pas remis en cause cette affirmation. Comme une évidence. Aujourd’hui, il a quitté la ville pour quelques jours, en vacances dit-on… Soit. Grand bien lui fasse.0e91b63323f9da1c9437a9b97f484621.jpg

Après avoir défrayé la chronique en 2005, au mois de mai précisément, avec les émeutes qui avaient secoué la cité, la ville de Perpignan a désormais pour symbole une chaussette. D’ordinaire, ça tient chaud une chaussette, ça peut même être jolie… Hélas, celle-ci dégage une odeur nauséabonde, une odeur qui laisse apparaître en transparence les dysfonctionnements de notre Démocratie, les manœuvres – plus ou moins réglementaires - de ceux que l’on appelle les élus afin de conserver cette chose qui tue tout : le POUVOIR (the POWER en angliche).

865e5c4bd63c39b7a2482fff0d8d9030.jpgJe ne fustige pas ici seulement les représentants de l’UMP, ce serait trop simple… Je crains que ces dysfonctionnements n’existent à bâbord comme à tribord. Tout le monde le sait et, pourtant, nous continuons toutes et tous… Oui, nous continuons notre route, malgré nos cris, nos paroles, nos écrits qui disent combien nous condamnons le mensonge, la magouille, les faux-semblants…

J’espère juste que le bruit que nous faisons, chacun dans son coin ou ensemble, fera suffisamment trembler les murs de la citadelle pour que les fissures s’élargissent et qu’un jour, la lumière puisse s’y frayer un chemin et ragaillardir la mine de la République, bien pâlote depuis de trop nombreuses années…

 

113a21f24bb1b00f491fd1bc5abe2df2.jpg

 

Laflote

 

Merci à Dydem pour son illustration originale. Clic sur Dydem pour découvrir son blog et Mr Mr. clic aussi sur Mr Chaussette.

 

mardi, 25 mars 2008

Mai 68 n’a pas eu lieu

              
II) La réalité est une (mauvaise) habitude
Au cours du précédent billet, nous avons souligné que Mai 68 finalement n’avait jamais eu lieu. Formule que l’on peut entendre au moins de deux façons distinctes : Mai 68 ne s’est jamais concrétisé et n’a pas eu d’héritage véritable, ou bien encore, Mai 68, n’a pas de lieu exclusif dans lequel s’incarner et se fixer une bonne fois pour toutes. Mai 68, l’esprit de Mai, est partout là où une société se met en mouvement pour secouer le joug de ces trop nombreux rapports de force qui, au fil du temps, se sont cristallisés en habitudes collectives de penser et d’agir et se sont ainsi retrouvés «naturalisés», comme appartenant au substrat même du monde dans lequel nous vivons (cf. Herbert Marcuse, L’homme unidimensionnel, Minuit, 1968).

Les rapports de force dissimulés, travestis de mille manières sous des descriptions anodines, des règles non questionnables (qu’il s’agisse de textes législatifs ou règlementaires, ou de conventions de simple « bon sens »), de l’organisation hiérarchique, sous ses dimensions aussi bien formelles qu’informelles, de la société, etc., font partie intégrante de ce monde et lui donnent son apparence stable et familière. A partir de ce que nous acceptons, à travers le processus de socialisation, souvent plus proche d’un dressage que d’une formation à l’exercice d’un authentique jugement critique, quoi qu’on en dise, comme étant le «donné» de nos existences individuelles et collectives, se greffent toute une série de pratiques et de fonctionnements sociaux qui en découlent pratiquement.

Au point que nous n’en voyons même pas la violence répressive qu’elle opère sur nos conduites et nos libertés collectives (il serait vain de chercher une liberté individuelle dans un monde foncièrement constitué de soi-même au milieu de tous les autres, qui sont autant d’autres soi-même dont il faut tenir compte). La violence extrême des conditions de travail indignes, des salaires indécents ne permettant pas de vivre en membre de plein droit de la Cité, l’humiliation des « origines » ethniques ou/et sociales qui se traduit par le «droit» à n’occuper dans cette société qu’un strapontin, éventuellement monté sur un ressort puissant qui peut se détendre à tout moment et vous éjecter, sont quelques « données » de ce paysage. Et la liste n’est pas exhaustive.

Retenons simplement un cas évoqué dans la presse récemment. Celui des suicides au travail et de la manière dont le discours public des agents concernés (le patronat tout d’abord) décrit ce phénomène de sorte à le vider de tout lien avec une quelconque responsabilité patronale à faire quelque chose dans les entreprises et sur les conditions de travail pour endiguer cette vague inquiétante. Ce discours de chipotage de la représentante du Medef, proche du déni tant il cultive le doute qui l’avantage – un suicide au travail n’est pas forcément un suicide lié au travail – fait partie de cette «réalité» là, dans laquelle un argument est moins tenu pour s’inscrire dans un débat orienté vers l’action, réparatrice en l’occurrence, à mettre en place, qu’à figer des positions organisationnelles (ici patronat contre syndicats ; problème social versus problèmes d’ordre privé) afin de ne rien engager qui puisse faire bouger les lignes.
Si cette stratégie de la fausse parole est caricaturalement visible dans cette situation, il ne faudrait pas croire qu’il est un cas isolé. Cette forme de parole est exemplaire d’un rapport au monde qui ne nous est que trop familier, au point de ne plus le voir pour ce qu’il est : l’exercice d’une violence pure, reposant sur un rapport de pouvoir asymétrique. Soit le pouvoir unilatéral d’imposer sa vision du monde à autrui et d’orienter le débat public autour d’une version des faits qui préserve des intérêts bien compris, pendant qu’il bloque l’accès de revendications légitimes d’autres acteurs également concernés par le problème sur la scène publique.

Si bien qu’à chaque description d’une situation donnée, objet d’une controverse possible ou actuelle il convient de s’intéresser au fait de savoir qui, parmi tous ceux qui sont affectés par une situation problématique donnée, à divers titres, a accès à la parole publique et qui ne l’a pas. Autrement dit, quels intérêts sont présentés, défendus et lesquels ne le sont pas. Le débat public sur les questions sociales, ou d’intérêt général, ne relève évidemment pas de questions dont les parties prenantes sont désintéressées quant à l’issue bien concrète qui en est attendu. En tant que celle-ci appelle des mesures, des réparations, la reconnaissance de (nouveaux) droits, des indemnisations, des changements dans les modes de production, voire dans la législation ou encore dans les rapports sociaux, il ne saurait en être autrement.

Une manière d’insuffler un peu d’esprit de Mai dans cette machinerie sociale est bien de reconnaître les intérêts divergents, de perspectives, de classes, et d’autres, bref de tout ce qui s’avèrera pertinent, pour peu que cette pré-condition mette entre parenthèses l’évidence de rapports sociaux inscrits dans une vision du monde qui a pour elle la force de l’existant, c'est à dire au fond, l’équilibre d’un rapport de forces qui n’est pas nécessairement juste et équilibré pour autant. Et ne l’est justement pas.
Cette approche du monde social qui lie systématiquement le bon sens, l’ordre des choses, l’objectivité accomplie à une photographie immobilisant des intérêts en conflit, de sorte que le conflit ne se voit pas, ou, comme dans le cas des propos du Medef, ne se voit que trop mais ne possède pas de perspectives ni de modalités structurées et reconnues à partir desquelles ouvrir publiquement les vannes du débat, est un bon moyen de défaire la réalité de ses mauvaises habitudes. En effet, elle fait apparaître que la manière dont la réalité se présente n’est pas un donné, mais un enjeu, et que sa configuration précise dépend de l’action de tous les protagonistes dans un rapport de forces inégalitaire mais qui n’est pas voué à demeurer figé.

Au contraire, une telle approche peut être un levier pour toute action et réflexion qui trouve sa source dans une expérience singulière et qui, par le travail de description et de conceptualisation dont tout un chacun a la compétence, trouve le moyen de se généraliser en un enjeu plus large, en s’appuyant donc sur un moyen d’expression public. Ce qui permet ainsi de transformer ce que d’aucuns voient et voudraient faire prendre pour un cas isolé, un problème privé, en une question qui intéresse tout ou partie de la société dans laquelle cette question vient à se poser et requiert un traitement.

En ne partant pas d’idées abstraites mais bien de situations d’injustice, d’anomalies constatées au regard d’une certaine expérience vécue de la société qui est en rapport avec les exigences et aspirations de la vie en démocratie (ainsi en va-t-il des modes de fonctionnement de la finance internationale passée maître dans l’art de la privatisation des profits et de la socialisation des pertes – cf. L’interview de Frédéric Lordon en annexe), sans pour autant que ces aspirations ne se limitent aux seuls habitants des pays qui se réclament de ce régime, mais en visant à défendre la mise en place d’un standard universel, il est possible ainsi de donner un nouveau départ aux idées de Mai.

Il est principalement de la responsabilité – i.e. du pouvoir (ignoré) – des citoyens de s’organiser à partir et à travers cette activité de partage d’expériences et de thématisation collective en vue de la mise en œuvre de moyens de lutte concertés et pourquoi pas inédits sur des sujets d’intérêt général construits par le travail collectif, dans une théorisation populaire d’un vécu authentique. Ceci pour faire pièce à la nécrose de la vie sociale par les pouvoirs établis qui se présente sous l’apparence de la réalité qui s’impose à tous et pour enfin (ré)inventer cette aventure collective qu’est la vie en société.

Au sinistre et autiste « travailler plus » peut être substitué la formule «faire société», à la fois comme mot d’ordre, comme rappel d’un principe démocratique fondamental, comme exigence de respect d’un droit humain, sans doute le plus important d’entre tous reposant sur le fait que tout citoyen dispose d’une parcelle de la souveraineté nationale, laquelle a moins le statut d’un élément de patrimoine que celui d’un outil permettant de détruire et de (re)construire cet idéal social et politique qu’est l’être ensemble démocratique, dont aucun modèle ne préexiste et aucun n’a le pouvoir de s’imposer comme le plus accompli.
La faiblesse du rôle et de la place reconnus aux citoyens dans l’aventure collective de la vie de la Cité n’est elle-même que le produit d’une «réalité» d’un autre âge. Ce que Mai avait (re)commencé à pointer et à miner, après bien d’autres tentatives plébéiennes (cf. Martin Breaugh, L’expérience plébéienne : une histoire discontinue de la liberté politique, Payot, 2007) et avant beaucoup d’autres que nous ignorons encore, se rouvre sous nos yeux et attend nos actes pour secouer la torpeur des structures qui ne visent qu’à se pérenniser, quel que soit le coût de leur fonctionnement pour la société qui les héberge.
De nombreuses pistes peuvent être trouvées dans l’expérience de chacun, dans les rapports au travail, de nombreux outils sont disponibles (cf. Yves Sintomer, Le pouvoir au peuple : jurys citoyens, tirage au sort et démocratie participative, La Découverte, 2007) pour constituer, notamment via internet, mais pas seulement, des forums d’initiatives citoyennes, bref des modes de réinvestissement du politique par la base, de repolitisation de questions qui ont glissé au fil du temps et des intérêts dominants dans le registre du discours technique et notamment managérial. Avec pour effet de transformer la vie de beaucoup en un enfer aseptisé où le suicide a pu sembler à certains le seul moyen de faire entendre une voix qu’aucune oreille n’était disposée à écouter autrement.

A cet égard, d’un point de vue institutionnel, le référendum d’initiative populaire pourrait être un outil propre à faciliter cette réappropriation du politique par les citoyens.

Le réel, vraiment, peut-être tyrannique lorsque la novlangue a, seule, pouvoir de le représenter (cf. Jean-Claude Michéa, L’empire du moindre mal : essai sur la civilisation libérale, Climats, 2007). Nous vivons dans une société bruyamment silencieuse, beaucoup de bruit pour étouffer les voix qui ne s’alignent pas sur le consensus en trompe l’œil que les promoteurs du tout économique défendent becs et ongles, en totale discordance avec la condition, les attentes, les souhaits, les besoins de la majorité de la population.

Saurons-nous modifier la donne ?

« Je vois le monde un peu comme on voit l’incroyable.
L’incroyable, c’est ça, c’est ce qu’on ne voit pas » (Léo Ferré)
 
Annexe
Off
             

vendredi, 21 mars 2008

Monsieur le Président, nous sommes derrière vous !

free music

Mesdames et Messieurs, Villageoises et Villageois, Touristes avec et sans papiers,

Afin d’égayer un peu un contexte économique particulièrement sombre et orageux, pour tenter de redonner un peu de couleur à votre moral que je sens défaillant,

mais surtout pour aider notre Pays, épauler notre  bon Président et contribuer au succès de son ambitieuse politique de réformes, j’ai l’honneur de proposer d’étoffer un gouvernement jugé par trop squelettique pour les nombreuses réformes à engager.

Voici quelques propositions de nouveaux postes de Secrétaires d’État ainsi que la suggestion d'hommes et de femmes méritants, propres à remplir dignement et efficacement cette fonction :

 

- Secrétaire d’État du grand Marseille : Monsieur Bernard Tapie

- Secrétaire d’État du grand Neuilly : Monsieur Jean Sarkozy

- Secrétaire d’État pour l’accession des Haut de Seine à l’indépendance : Madame Isabelle Balkany

- Secrétaire d’État de la couche d’ozone : Monsieur Nicolas Hulot

- Secrétaire d’État chargé des opérations bancaires au Japon : Monsieur Jacques Chirac

- Secrétaire d’État des jeux et des loteries en Afrique : Monsieur Charles Pasqua

- Secrétaire d’État de la moralité publique et de l’éducation civique : Monsieur Patrick Balkany

- Secrétaire d’État des réservations des billets d'avion : Monsieur Christian Estrosi

- Secrétaire d’État du bronzage intégral : Monsieur Jacques Séguéla

- Secrétaire d'État de la zizanie, du refroidissement climatique, et de la profusion des gaz à effet de serre : Monsieur Claude Allègre

- Secrétaire d'État  des phrases creuses et de l'enseignement de la langue anglaise : Monsieur Jean-Pierre Raffarin

- Secrétaire d’État de Saturne, de Jupiter, des fonds marins, des bois précieux, des alpages, des brebis galeuses, de la survie des fourmis, du mistral et de la tramontane, des volcans éteints, des lacs gelés, du bourrage de crâne et de la langue de bois, de la journée de 56 heures et du cumul des activités : Monsieur Jean-François Copé

- Secrétaire d’État des anciens Ministres abandonnés et déchus : Monsieur Gilles de Robien

- Secrétaire d’État des chaussettes trouées et des urnes funéraires : Monsieur Jean-Paul Alduy

- Secrétaire d’État de la brosse à reluire considérée comme un art : Monsieur Jean-Pierre Elkabbach

- Secrétaire d’État de la télévision  publique : Monsieur Martin Bouygues

- Secrétaire d’État des Secrétaires d’État : Monsieur Claude Guéant

- Secrétaire d’État des journalistes et de la Presse d’opinion, de la ruralité, de la choucroute traditionnelle de Colmar, de l’andouille fumée de Vire, et des fondues savoyardes de Challes les eaux et Bons-en-Chablais : Monsieur Jean-Pierrre Pernaut

 

Qu'en pensez vous ?

Cette liste non exhaustive n’est elle pas de nature à redresser la France ?

cui cui

lundi, 17 mars 2008

Le paysage politique après les municipales et cantonales

free music
                                              
55a9e854cc38b22768c1cf45bbbad61d.jpgAu lendemain des élections « locales », l’incertitude semble avoir en partie changé de camp. Une droite fragilisée, une gauche ragaillardie qui fait mieux que combler le retard pris sur la droite en 2001. Un Modem mis au pied du mur de ses contradictions internes. A ne pas vouloir choisir entre la droite et la gauche, il a donné une image de lui d’un détestable opportunisme le conduisant à des alliances au cas par cas. Un parti patchwork dont on voit mal quelle ligne cohérente pourra se dégager de cet amalgame de sensibilités différentes, sauf à ce que les clivages partisans disparaissent du paysage politique français au profit d’embrassades sans fin entre les tenants de diverses familles politiques allant ensemble aux élections, gouvernant ensemble par la suite. Un rêve pour certains, un cauchemar pour d’autres. Un peu à l’instar de la bizarrerie que pourrait recéler le mot d’ordre : «patrons, salariés tous unis pour un même combat».

Au-delà des jeux partisans, cette poussée de la gauche permettant un rééquilibrage entre deux majorités légitimes, l’une à l’échelle centrale, l’autre à l’échelle des collectivités territoriales, mais toutes deux nationales, est une vraie chance pour une réforme concrète de nos institutions. Une réforme qui ne soit pas issue de la volonté d’un seul et concoctée par un comité d’experts, mais une réforme qui soit la conséquence directe de la volonté du corps électoral. Une volonté dont on peut trouver l’expression peut-être contradictoire, mais néanmoins dont nul ne peut contester la souveraineté.

Cette chance n’est autre que la possibilité pour la majorité de gauche dans les territoires de faire entendre le pouvoir des institutions locales de mener une politique qui soit conforme aux engagements pris par ses candidats, sur la base d’une plateforme commune, et qui a reçu l’aval des citoyens. Une politique qui certes, n’a pas pour objet de mettre systématiquement en échec le pouvoir central, mais qui néanmoins, entend ne pas effacer ses propres priorités, choisies par les électeurs, derrière les réformes voulues par le pouvoir central et l’Assemblée Nationale, dépourvue d’autonomie par rapport à celui-ci. En somme, les collectivités territoriales sont en mesure de jouer le rôle auquel le Parlement a renoncé depuis bien longtemps.

Mais, spécificité des institutions locales, ce rôle ne peut être pleinement vécu que si une authentique démocratie locale est mise en place, qui associera plus étroitement les citoyens au processus de concertation et de décision sur les affaires les concernant. On le voit, cette contrainte structurelle indispensable au renouvellement du jeu politique local, inscrivant des décisions locales dans une logique plus large, ouverte sur les enjeux nationaux qui sont déclinés à l’échelle locale (logement, emploi, environnement, santé…) et sur les opinions, les suggestions, les évaluations des citoyens, est une opportunité de redynamiser la vie politique dans son ensemble et le rapport des citoyens à la politique.
e6bddd2f33c1d7e1d7a786593edc880f.jpg
Au sens où des citoyens écoutés, appelés à se prononcer sur les mesures envisagées en son nom par des élus locaux, dans un cadre de proximité, peuvent jouer le rôle de boîtes à idées, mais également de co-pilotes du développement local et de l’aménagement du territoire. Cette implication des citoyens dans la gestion de leurs affaires est une occasion de casser la pratique qui consiste à ne s’adresser qu’aux experts et à tenir en lisière ces foules inquiétantes et désordonnés que sont les « particuliers » censés n’avoir d’yeux précisément que pour leurs seuls intérêts privés. En même temps, c’est une façon de faire comprendre aux citoyens les contraintes des politiques, et aux politiques d’écouter l’expertise prosaïque des citoyens, dont la mobilisation compétente dans le cadre des enquêtes publiques, par exemple, a montré le degré de savoir et de savoir faire dont ses membres peuvent disposer sur des sujets précis.

C’est le défi qui se pose à la gauche de contribuer à faire naître une démocratie de concertation la plus ouverte possible aux intérêts variés qui peuvent se manifester sur des sujets d’intérêt général, y compris sur la forme que les mesures prises au niveau du pouvoir central doivent prendre pour s’adapter aux contraintes mais aussi aux exigences locales. Tant il est vrai qu’une loi a besoin d’être interprétée pour être appliquée. Et que cette interprétation n’est pas seulement technique, mais aussi bien politique. Il s’agit de faire des choix, de prendre en compte les contingences, les spécificités du terrain. Le tout ayant forcément des incidences locales mais également nationales.

7236cb6c53b396a7c5e3bbdce0b2e5da.jpgC’est une piste pour rapprocher la politique de ceux pour qui et au nom de qui elle est faite. Afin que les intéressés puissent être acteurs et non pas seulement observateurs passifs des choix de quelques-uns. A cet égard, l’inquiétant cavalier seul d’un Président de la république décidant de tout à la place de tout le monde, sans aucun contre-pouvoir et asphyxiant la vie politique nationale par sa seule dynamique a montré le risque réel que pouvait représenter le pouvoir central sur la vie politique nationale. Le résultat de ces élections a permis d’entamer une nouvelle page visant à corriger ces excès.

Souhaitons que les personnes investies d’une autorité publique par leurs concitoyens sauront être à la hauteur de cette nouvelle donne qui se profile pour le pays.

       Off                      

mardi, 11 mars 2008

Hortefeux lance les médias du coeur

Brice Hortefeux accompagne notre président dans son déplacement à Toulon afin d'assister avec lui à une cérémonie de taxidermie naturalisation. Dans la cohorte des journalistes qui suivent les déplacements de notre président, quelques voix ironiques s'élèvent et prouvent que tous les journalistes ne sont pas dupes de la stratégie électorale en arrière-plan de ce déplacement symbolique.

Et pourtant je suis profondément déçue, car la plupart de ces esprits critiques semblent sourds à la confidence glissée par Brice Hortefeux lors de l'émission « C'est à dire » de France 5 présentée par le mal-nommé Thierry Guerrier.

A la question de l'humanité dans l'application de la loi et face à un reportage qui avait été diffusé au « 20 heures » de France 2 sur un médecin camerounais, en situation de ne pas être régularisé en raison d'un manque de présence de six jours sur le territoire français, telle fut la réaction d'Hortefeux.

889bc882c483704db74fb1e66e89fbc9.gifBH : « C'est très sympathique ce que vous dites mais vous n'êtes pas allé jusqu'au bout de votre reportage. Par malchance pour vous, il se trouve que je l'ai vu ce reportage et donc la conclusion du reportage, c'est précisément que les services préfectoraux allaient lui accorder un titre de séjour »

TG : « Ce n'était pas sûr à la fin du reportage, vous nous dites ce soir que c'est sûr ? »

BH : « La réalité est très simple, il y a sûrement eu un problème administratif. Il arrive par fois que j'entende des choses abracadabrantes. J'ai entendu une fois un matin qu'il y avait une dame de 89 ans qu'on allait renvoyer en Turquie, je ne sais pas si vous vous en souvenez, j'ai entendu cela à 6h30 à la radio à 7h30, c'était réglé. »

Formidable Brice le Nice (en anglais dans le texte) qui nous avoue en deux phrases :

que cette loi n'est pas humaine ;

que ce que la préfecture fait péniblement en 10, 20, 30, 40 jours ou jamais, on peut le faire en 1 heure ;

qu'il ne sait pas lire.

Après les restos du coeur qui comblent l'incapacité du gouvernement à garantir le minimum aux plus démunis, voici les médias du coeur. Comme aurait dit Coluche, des journaux pour les durs de l'oreillette et les mal-compatissant du ventricule.

c86b5dcc5e793fc4d5926ab3153fb4e4.jpg

A quand le « concert des emplumés » ?

Les directeurs des rédactions des journaux télévisés et radiodiffusés deviennent responsables de la bonne humanité de l'application de cette loi du chiffre et du quota. A raison de plusieurs reportages par journaux, pas plus de deux minutes à la télé et un flash de 30 secondes à la radio, je ne doute pas qu'ils auront à coeur de remplir leur tâche avec acharnement. Ils ne cesseront de traquer les abracadabrances qu'une telle loi du chiffre engendre.

D'ailleurs, ils feraient bien, d'ores et déjà, de s'atteler à cette sisyphienne tâche et de commencer par un reportage sur la famille d'Ivan, ce jeune garçonnet tombé de son balcon un jour de rafle dans son appartement et qui avait à l'époque abondamment nourri leur information. Brice, l'humanité déjà vissée au baromètre « médiatrique », le 11 août dernier, avait accordé une autorisation de séjour provisoire de 6 mois aux parents d'Ivan.

Des nouvelles depuis un mois ?

Histoire que Monsieur Hortefeux écrive un happy end à leur reportage... Enfin cela sera quand même plus difficile pour le petit blessé que pour le gentil médecin...

 

Nef

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu