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mercredi, 14 mai 2008

Bernard... (sotie)

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Je vais tout casser !

Bernard, détends-toi…

Mais on ne peut pas laisser faire, il y a urgence ! Le droit d’ingérence, c’est moi. J’y vais !

Bernard, l’ingérence, ce n’est pas toi. Ca vient de loin. En 1625 déjà, Hugo Grotius…

Ho, Rama ! Pour le monde entier, libre et démocratique, l’ingérence, c’est moi. Tu comprendras plus tard. Ton Gros suisse, là, il a dit au monde ce que le droit et le devoir d’ingérence sont ? Il a été ému à la télévision, faisant ainsi prendre conscience aux hommes de l’obligation d’agir et de changer les chose par delà les résistances, hein ? Pas que je sache.

Bon, je…

Qui tu es, toi ? Qui ils sont tous ces gens avachis dans leur fauteuil à attendre le bonheur des autres, l'émancipation des opprimés ?

Non, mais, t’as raison, Bernard. Moi, aux gens avachis, je leur parle. Je leur dis : ça n’est pas acceptable, paillasson, sang. C’est fort. C’est aussi ça, l’action.

Oui, oui, quand on dit « urgence », on est dans l’action. Quand on dit « paillasson », on est dans l’action. Ouais, ouais, c’est performatif.

Performatif, ouais, cool. Et puis, une potiche ne peut pas dire paillasson donc je ne suis pas une potiche. On a des positions très fortes. Tu te souviens, au Parisien ? Ecoute : « Il est normal que la France parle à tout le monde. Elle a même le devoir de parler d'abord aux pays qui ne respectent pas les droits de l'homme afin qu'ils changent. D'autre part, une politique étrangère ne peut pas se fonder uniquement sur les valeurs. La France est une puissance, elle n'a pas à s'excuser de signer des contrats. C'est la secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères qui vous le dit. Mais la secrétaire des Droits de l'homme est obligée de vous dire que cela doit se faire dans la décence. » Sans déconner...

Mouarf, pas mal. Devoir d’ingérence et devoir de parler ; on tient les deux bouts de la chaîne. Et le coup du commerce, des affaires qui mène automatiquement un pays vers la démocratie, c’est fort. C’est la real économ… politique.

Merci, Bernard. Hum… Ca s’est vu, en Tunisie ?

Quoi ?

Que je conversais avec un type forcément d’accord avec moi tandis que Nic était forcément d’accord avec l’autre…

Tout le monde était d’accord.

Non, pas les 2 autres, entre eux…

Mais, c’est ça, parler. Et puis, j’ai rattrapé le coup. Pas de Tunisie dans le dernier rapport de Human Right Watch. Admire le cador. Tu sors un rapport, tu vois, un rapport non contestable, un truc sérieux avec des chiffres. Et puis, tu dis, je n’ai rien vu dans la rapport. Le prochain qui m’emmerde avec la Corée du nord, je lui fais le coup.

Bernard, non, pas la Corée du nord.

Ouais, non, pardon, je m’emporte. Je m’y perds avec toutes ces dictatures ; y’a des bonnes, des moins bonnes, des acceptables, des vraies/fausses, des qui font des efforts… C’est pas facile, la diplomatie, le sens de la mesure.

Alors que moi, je m’emporte, je parle avec le cœur ; c’est un contrepoint nécessaire… Mais c’est difficile. Il paraît que Rachida, Christine et Dédée, elles se sont marrées comme des baleines en Chine. Et moi… Trop forte tête, trop dangereuse, sûrement…

C’est ça... Bon, faut qu’je bouge. La Birmanie m’attend.

Encore ?!

Oui, l’ONU a rejeté ma demande. La clause dite de la "responsabilité de protection". C’est une catastrophe dans la catastrophe, comme j’ai dit. Alors j’y vais.

Non, mais tu sais Bernard…

Tu crois que ça m’amuse, moi, d’écrire avec mon homologue britannique, que nous partageons l’espoir que, que la Junte va faire confiance à, que nous comptons sur elle pour, que les conditions matérielles sont problématiques pour le referendum de, et gnagna. C’est contre mes principes ; que dis-je, mon concept et…

Tu te crois sur France-Inter ou quoi ? Je te dis que…

Je suis prêt. J’y vais seul. Tu sais, il y a 10000, 100000, un million de morts peut-être. Les touristes sur place racontent des choses affreuses. Il y a «une sorte de mur à l’abri duquel tout peut se passer», et moi, je suis dans l’extrême urgence. Et même si ça n’intéresse personne, même si personne ne s’émeut, même si personne n’envoie de don via SMS, je...

Mais, Bernard !

Là où une révolte populaire ne peut rien faire (imagine ! Des bonzes qui trouvent que l’essence devient chère…), un cyclone fait des merveilles. C’est le miracle du réchauffement climatique. Notre pollution libère les peuples opprimés. Bon, il y a un risque de famine en Asie, les récoltes détruites mais bon, le riz, c'est mon dada. Claude, tu sais, il marche à fond avec moi sur ces points. On a acheté des 4X4 bien massifs depuis. On nous appelle les « Uncle Benz »... Mouarf. Vivement que Claude me rejoigne dans l’ouverture… Tu vois, des murs résistent et des murs tombent.

Pffff…

Je prends l’avion dans une heure. Mon baluchon est prêt. Rangers, chemisette kaki, bonnet de bain. Je vais sauter de l’avion à basse altitude et remonter la rivière Irawaddy à la nage. Avec la nuit tombée et mon GPS, ça devrait passer…

Bernard, la Birmanie dit qu’elle accepte l’aide « d’où qu’elle vienne »… L’ambassadeur de Birmanie à l’ONU l’a déclaré.

Ben, et moi, alors ?

Quel rapport ?

Quoi, quel rapport ?

Bah, oui, le rapport.

Ho ho ho, tu ne vas pas, toi non plus, m’emmerder avec ce satané rapport ! Total lui-même dit « Les questions soulevées par Bernard rejoignent donc le souci de Total de conduire ses projets d'une manière attentive au développement des pays où il est présent. ». Basta. Ca a été utilisé à mon insu et puis, les 25000 euros, je les ai bouffé depuis longtemps.

12500 Euros, Bernard.

Même moins. Une paille. Christine, elle ramène, elle...

Je parlais du rapport entre toi, et la Junte qui accepte, très péniblement et en confisquant, l’aide humanit…

Tu connais le mot de René Char... « Etre du bond. N'être pas du festin, son épilogue. ». L’urgence, Rama, l’urgence…

Ouais, l’urgence…. Je kiffe. 

Bon, j’ai un pot à Solférino, faut pas que je traîne. 

T’es exclu, Bernard, tu sais..

L’ingérence, Rama, l’ingérence… 
 

http://www.wfp.org/french/

http://www.operationspaix.net/-Devoir-et-droit-d-ingerence-

http://droitshumains.org/Forum/ingerence_ka/kosovo01.htm

http://www.fidh.org/spip.php?article357

http://www.monde-diplomatique.fr/2005/09/BRAUMAN/12578

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/05/08/tragedies-birmanes-par-bernard-kouchner-et-david-miliband_1042487_3232.html

  

mercredi, 07 mai 2008

Esprit de mai 2007, es tu là ? (v 2.6)

Je vais commencer mon réquisitoire contre cette idée que je trouve farfelue, par une boutade à peine osée…

Y a t-il un " esprit "  mai 2007  ? Je rétorque avec la plus grande candeur, certes, il y a eu un mois de mai en 2007 mais de là à lui associer un " esprit " ?! 

C’est tout de même accorder beaucoup d’importance à un événement politique, sans doute important, mais dont la portée ne sera probablement pas historiquement essentielle, loin s’en faut !

Selon moi, le terme " esprit ", suppose un projet de longue haleine, destiné à changer le destin d’un pays, il signifie la catalyse de toutes les énergies pour des réformes destinées à améliorer le sort de toute sa population ou du moins d’une très large majorité, il implique les réformes des inégalités économiques, sociétales et sociales qui bloquent la nation ! Et tout ceci dans un sens d'amélioration, cela va de soi !

1616563917.JPGOr ce soit-disant " esprit ", le bien mal nommé, ne s’est traduit que par un bréviaire de contre réformes que la droite appelle " réformes "... Un petit aparté pour un grand coup de gueule : quand, bordel de merde, emploiera t-on un vocabulaire idoine ? "Réformes" pour des lois ou règlements qui vont vers l'amélioration de la condition des citoyens d'un pays et un autre terme adapté pour les mesures qui entraînent une certaine régression du bien être des humains au sein d'une collectivité.

Dîtes moi ? Appellerait on "réformes"  des mesures qui nous feraient retourner à la vie du Moyen Âge ? Tout ceci est complètement absurde, surfait, grossier et ridicule ! Userait on du terme "garderie" pour qualifier la condition des individus purgeant une lourde peine en prison ou de "forces de paix" l'armée chargée envahir un pays ennemi et d'exterminer tous ses sujets ?

Allons donc !

S'il vous plait, appelons un chat, un chat ! Chaque mot a un sens et il serait tout de même de bon ton, de le respecter, ne serait ce que pour conserver les valeurs intellectuelles et émotionnelles  qu'il transporte...

 Après cette digression salutaire, revenons en à nos moutons...

Or, disais je, peut on évoquer "un esprit" lorsqu'il est question d'appliquer un catalogue fourre-tout universel de "contre réformes" inspirées des théologies dogmatiques et idéologiques, d'économie libérale des pays anglo-saxons, qui sont en train de démontrer dans le monde entier leurs dramatiques limites et incuries ! Je ne vois toujours pas où se niche " l’esprit ", mes bons amis ? Le Chef de l’État s’est contenté, sans l’once d’une pépite d’originalité due à l’exception française, de monter dans le train du libéralisme financier mondialisé pendant qu'opposants comme partisans crient, au diable pour les uns, au génie pour les autres ! 

Je m’adresse à chacun d’entre vous : où voyez vous un milligramme " d’esprit " là dedans ? Si vous en observez une trace, je rentre demain au cloître !

Passons.

Le problème de la majorité des gens de gauche, à mon humble avis, est de se focaliser sur un type, qui détient probablement beaucoup moins de pouvoir qu’on imagine, un médiocre suiviste économique et sociétal, secondé par des affairistes et des carriéristes sans aucun génie. Un homme qui rêvait d’avoir la plus longue parce qu’il avait une des plus courtes et qui a réussi à faire croire au plus grand nombre qu'il détenait le record de longueur !

579486712.jpgC’est pourquoi, ce rappel sur, le pseudo " esprit " d’un individu dont le seul projet fut d’atteindre le sommet de l'État pour ce qu'il lui apportera de gloire et d'honneurs, est à mes yeux une arnaque de première, car pour ses contradicteurs c’est lui accorder le bénéfice d'un dessein, d'un projet et d'un destin dont il n’a, lui et ses commensaux, ni la carrure pour y parvenir, ni l'inspiration nécessaire, ni même la vision intellectuelle.

Surestimer le président de la République est une faute, s’y référer sans cesse est une erreur majeure, gratifier son action " d’esprit " est une absurdité.

Qu’on fasse référence à l’esprit de mai 1958 est naturel, qu’on rappelle l’esprit de mai 1968 est cohérent, qu’on suggère l’esprit de mai 1981 est discutable, cet esprit n’ayant soufflé que peu de temps, mais que notre ami Off, dont j’admire la redoutable dialectique, défende cette idée avec acharnement montre à l’envi combien M. Nicolas Sarkozy a pu contaminer l’esprit des plus rebelles et des plus valeureux…

Enfin, je terminerai par une note d’humour, sans doute vaseuse. S’il persiste tout de même un "esprit," malgré ce brillant réquisitoire, concernant ce mois de mai 2007, il s'agit assurémment d’un mauvais esprit voire d’un esprit de selle ( dans le sens qu‘entendrait un gastro entérologue)...

Sur ce, je vous quitte sur la pointe des pattes, la bouche en cul de poule, la crête en berne et la honte chevillée au corps... Amis de cui cui, bonne nuit !

Cui cui , l'oiseau qu'il vaut mieux garder dans une cage recouverte d'un drap...

lundi, 05 mai 2008

Esprit de Mai es-tu là ?

 

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Prologue

Le point de départ de ce billet commun a été offert par un débat avec cui cui.
Débat précédé par une discussion collective sur le choix d’un nouveau titre pour le bandeau du site. De bandeau en banderilles, nous avons ainsi échangé, amicalement je vous rassure, quelques coups de cornes contre quelques coups d’épée.

Aujourd’hui nous avons décidé d’étaler nos divergences sur la place publique du village.

Eu égard à la longueur des contributions, nous procèderons en deux temps. Un premier point de vue en faveur de la notion d’ « esprit de mai 2007 » et une perspective contraire dans une seconde livraison.

Mais venons-en au fait.

De mai 68 à mai 2007 : deux orientations fondamentalement opposées

La formule « L’esprit de mai » s’entend spontanément comme une référence à un événement devenu concept : Mai 68. Lequel ne se déplace pas sans son cortège de mobilisations ouvrières et estudiantines, ses revendications salariales et sociétales, ses aspirations à plus de libertés individuelles et collectives, c'est-à-dire aussi à  plus de moyens d’agir sur un destin envisagé et voulu en commun, qui fasse une place équitable à tous et à chacun, sans distinction d’origine ou de condition. Renouant ainsi avec l’idéal des Lumières. Mais c’est un esprit qui circule avec ses mythes aussi, ses figures emblématiques, ses clartés et ses zones d’ombre, ses ratés et ses réifications. Bref tout le tralala que lui ont apporté ses nombreuses relectures et célébrations ex post, de plus en plus consensuelles, de moins en moins proches du phénomène et de son héritage éventuel.

A ce « Mai » là, la proposition était d’opposer humoristiquement, ironiquement, mais néanmoins sérieusement  un autre mois de mai, « mai 2007 ». Il s’agissait de s’interroger, symétriquement, sur « l’esprit » qui pouvait s’en dégager, tant directement, par une volonté politique délibérée, qu’indirectement, par les effets observables de ce mouvement là dans le corps social, d’un point de vue théorique et pratique. « Mai 68 », « mai 2007 » se faisaient face et se regardaient en chiens de faïence. Car ils présentent de grandes différences qui les rendent un peu hostiles l’un envers l’autre. Mai 2007 est un « mouvement » dit « de réformes » entièrement impulsé et conduit par le Pouvoir.

Les échelons de concertation intermédiaires et la société civile ont été instamment priés de regarder ailleurs pendant que passait sur leur corps le train des réformes, dont on ne sait pas du tout pour le « bien » de qui au juste elles sont prises. On subodore qu’elles visent à obtenir des équilibres comptables quel qu’en puisse être le prix à payer par les couches  modestes et moyennes de la population qui, seules, les assument de facto. Bien malgré elles.

Une logique droitière : le tout économique comme horizon social ultime

Par ailleurs, comme Pétain en Quarante qui attribuait la défaite à un hypothétique « esprit de jouissance » qui aurait prévalu jusque là dans la société française, l’esprit de Mai 2007 s’appuie sur une critique radicale de l’individualisme et de l’hédonisme à tous crins de Mai 68. C’est une critique de l’irrationalité du mouvement et de son côté soi-disant libertaire. Mai 2007 se construit en anti Mai 68.  En contraste avec les valeurs de partage, de solidarité, de paix, l’esprit de Mai 2007 renoue avec une tradition philosophique ancienne de la lutte pour la survie. Plaquant les contraintes de la vie animale sur les sociétés humaines, Mai 2007 décrit la société française comme un bastion assiégé par les troupes des olympiades perpétuelles de la globalisation.

Du coup, les citoyens sont tous des petits soldats de la guerre économique qui fait rage de quelque côté que l’on se tourne. Tous les autres axes de pensée et d’action sont accessoires par rapport à l’urgence du moment sans fin de la lutte impitoyable qui justifie tout le reste, tous les sacrifices imposés aux citoyens.

Dans ces conditions, en effet, comme l’aurait dit le président, « gouverner est un exercice très facile ». L’ennemi premier étant intérieur, il conduit à engager le fer contre l’ensemble des sources du déficit public. Les petits soldats sont appelés à défendre leur citadelle commune contre l’envahisseur extérieur et, en même temps, à se défendre les uns contre les autres en chassant les gaspilleurs, les traîtres à la cause (chômeurs, seniors, jeunes sans diplômes, malades, étrangers, etc.).

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Au-delà des catégories de personnes dûment référencées, l’ennemi auquel s’attaque l’esprit de « Mai 2007 » est la pensée. Christine Lagarde l’a énoncé sans détour : « Il n’est plus temps de penser, il faut agir maintenant ». Mais agir sans penser, c’est courir sans direction. Du coup, la haine de la pensée est tournée contre la pensée qui réfléchit l’agir, la pensée critique.

L’esprit de Mai 2007, c’est cette forme de culture de l’action qui tend à en expurger ce qui fait retour sur elle-même  pour l’amender. Débarrassant l’agir productiviste, capitaliste de cette source de « ralentissement » nuisible, la logique de cette démarche (« le temps c’est de l’argent »)  suppose la constitution d’un ensemble homogène réuni autour d’un consensus : « ensemble tout est possible ». Le possible dont il s’agit,  se réduit à peu de choses : « travailler plus », « gagner plus », «consommer plus ». Le tout œuvrant à la confortation du système en place, sans aucune velléité d’expérimentation d’une autre voie, ce que clamait l’esprit de Mai (68).

A cet égard, on voit se dessiner une inspiration assez précise à laquelle on peut attribuer la formule de « l’esprit de mai 2007 », même si celui-ci habille de neuf les vieux penchants bourgeois contre la pensée réflexive, contre ce qui peut éventuellement remettre en cause ses acquis. L’idéologie de la guerre économique mondiale et de la mobilisation collective qu’elle impose focalise l’action et les ressources  disponibles  sur un seul objectif jugé prioritaire car vital. Ce qui sert d’autant mieux ses intérêts, au sens où la classe qui se cache derrière ces mots d’ordre censés être universels est précisément celle qui s’est fait sa pelote. C’est la seule dont le matelas est suffisamment épais pour la protéger des soubresauts du marché et également la seule qui  puisse tirer bénéfice des plus-values engrangées pendant les années de vaches grasses du système.

Non pas qu’il y ait une homogénéité et une solidarité entre les membres de la classe des possédants, si ce n’est un accord tacite sur l’adage « malheur aux vaincus », applicable y compris à ses propres troupes. Fidèle en cela à l’esprit de la lutte pour la survie. Quand l’un d’eux tombe sous le feu de l’ennemi, les autres continuent leur chemin ou, au mieux, se disputent sa dépouille si elle en vaut la peine.  Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme avec profit dans ce monde où, heureux hasard des marchés, ce qui est perdu par les uns est gagné par les autres.

A condition de pouvoir miser. Gros.

A l’instar d’un Kerviel, qui pourrait être à « Mai 2007 » ce que Danny le Rouge est à « Mai 68 ». Donner au trader de la Société Générale ce rôle d’icône n’est pas aussi inapproprié que cela peut le sembler de prime abord si l’on songe que l’emblème doit être le reflet des courants dominants d’une période. Une figure qui souligne une culture dans laquelle les activités humaines sont jugées à l’aune de la richesse matérielle qu’elles produisent et surtout qu’elles rapportent aux happy few.

Ce qui est mis sous la formule « Mai … » est plus un moment culturel de l’histoire commune que le produit de l’action voulue de quiconque. L’esprit de Mai excède la somme des volontés individuelles, des intérêts des acteurs impliqués.  Son décryptage s’adresse à des observateurs, nous tous, témoins et patients de ce moment, cherchant à tâtons à trouver un sens collectif, comme une petite lueur permettant de nous orienter dans cette (longue) nuit du capital, qui s’est abattue sur le monde.

A mon sens, c’est là tout l’intérêt de reconnaître un « esprit de Mai 2007 ». Il permet de penser la chose qui nous oppresse sous ses angles les plus variés. « Ce désespoir est notre espoir ». Le passer sous silence serait une erreur.

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Off

samedi, 03 mai 2008

Le temps des (queues de) cerises

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Le samedi premier mai 1886, à Chicago, un mouvement revendicatif est organisé par les syndicats américains. Une grève suivie par 300000 à 400000 salariés paralyse des milliers d’usines à travers le pays.

Le mouvement se poursuit. Le 3 mai, on dénombre 3 morts parmi les grévistes durant une manifestation violemment réprimée. Le lendemain, lors d’une marche de protestation, une bombe explose. Sept policiers sont alors tués, de nombreux manifestants sont blessés. Huit ouvriers anarchistes sont arrêtés : 4 seront pendus, un se suicidera en prison, les 3 derniers seront graciés au terme de six années de prison.

La revendication ayant motivé ce mouvement était la généralisation de la journée travaillée de 8 heures.

Le principe des 3 tiers ; un tiers consacré au travail, un tiers au sommeil, un tiers aux loisirs. 

On retrouve aujourd’hui une autre évocation du principe des 3 tiers.

N. Sarkozy : « Je voudrais une société où (...) sur 100 de bénéfice, il y ait un tiers qui aille aux actionnaires - c'est quand même eux qui prennent les risques -, un tiers qui aille aux investissements pour que l'entreprise reste compétitive, et puis un tiers qui aille aux salariés qui ont participé à la création de cette richesse. »

On voit bien le glissement opéré.

"Ça ne se passe pas comme ça", a répliqué la présidente du Medef, Laurence Parisot.

La preuve.

Ce premier mai 2008, les traditionnels défilés (comme on dit) se sont multipliés en France, en Europe, dans le monde.

A Zurich, 10000 personnes ont manifesté.

« Comme chaque année, quelques échauffourées ont eu lieu à Zurich en marge de la manifestation officielle, qui s'est déroulée, elle, dans le calme. La police a fait usage de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogènes contre des autonomistes de gauche. La police a procédé à quelque 280 interpellations. On déplore une dizaine de blessés mais aucun parmi les forces de l'ordre. »

En Turquie :

« De premiers incidents ont éclaté jeudi matin à Istanbul, où la police a dispersé avec des gaz lacrymogènes et des canons à eau des manifestants rassemblés devant le siège d'un important syndicat, alors que la Turquie se préparait à un 1er mai sous tension. 
Plusieurs manifestants ont été blessés et "un nombre indéterminé arrêtés" lors de ces incidents que la confédération syndicale de gauche DISK a qualifiés "d'assaut de la police. »

Hambourg :

«Une manifestation anticapitaliste organisée pour célébrer le 1er Mai a dégénéré en actes de violence et de vandalisme dans la nuit de mercredi à jeudi à Hambourg, dans le nord de l'Allemagne, a annoncé la police. »

Macao :

« A Macao, ville chinoise, des heurts ont opposé ce matin du 1er mai des manifestants défilant dans le cadre de la Fête du travail à la police anti-émeutes qui a fait usage à plusieurs reprises de pistolets de starter. »

Et aussi :

« Des dizaines de milliers de manifestants ont défilé dans plusieurs capitales asiatiques, en Russie, au Sénégal et en République démocratique du Congo (RDC) à l’appel des syndicats. La hausse des denrées alimentaires et des salaires plus justes était au cœur des revendications. »

La question des salaires, du pouvoir d’achat, du prix des denrées, semble s’être substituée à celle du temps. Ce n’est pas nouveau. Le temps n’est rien sans les conditions matérielles de son bon déroulement. C’est à l’intérieur de la question du travail que s’expriment les revendications : les salaires, les conditions de travail ; comme s’il n’y avait plus d’extériorité à l’activité salariée. Ou plus précisément, c’est le travail qui détermine aussi ce qui lui est extérieur, mais non plus comme récit collectif, plutôt comme nécessaire condition au bon exercice des activités individuelles et consuméristes. Après le travail, le travail continue. Consommer (même mal, même insuffisamment), c’est du travail. La « valeur » travail ne connaît pas la crise.

Il est également un phénomène assez nouveau dans les défilés du premier mai, en France ; du moins dans sa visibilité revendiquée. Les sans-papiers ont « tenu la vedette », selon la pénible formule d’un journal de « gauche. » Il s’agit de la nécessaire revitalisation des revendications dans leur confrontation avec le réel et ses oubliés. On voit encore que c’est le travail qui détermine le reste, la légitimité à rester ou non sur le territoire, à vivre ici ou non.

"Mais l'exhibition n'est pas pour autant la résolution."

Le premier mai n’est qu’une date, un moment qui revient. La fête du travail (et/ou des travailleurs) en un jour chômé (de moins en moins) ; cet oxymore doit en agacer plus d’un.

Jeremy Rifkin, dans son livre « la fin du travail » (préfacé par Rocard, c’est dire…), interrogeait la question de la disparition inéluctable du travail. Disparition induite par les progrès de productivité, les innovations technologiques. Comment une société peut-elle faire face à cette « révolution » ? Temps de crise ou temps du loisir ?

Ce temps-là est bien loin.

Et la question de la place du travail dans la vie d’un Homme plus vivace que jamais. 

« Une vendeuse de muguet a été braquée par deux personnes à moto, jeudi après-midi à Marseille, et a dû leur remettre sa recette de plusieurs centaines d'euros, a-t-on appris de source policière. »

 

 

 

 

 


Wonder Mai 68
envoyé par yetiblog
f 
 
 

jeudi, 01 mai 2008

Mai 2008, le printemps des réacs.

free music

Je ne sais pas si vous regardez l’actualité autour de vous, mais en ce moment, on assiste en Europe à une nuée de victoires de mouvements politiques d’une droite qu’on pourrait qualifier de dure, située à la lisière de l’extrême droite dont un vieux vestige, comme Le Pen n’est plus que le fossile momifié exposé dans le musée de cire du ridicule et de la ringardise…

La droite modérée traditionnelle a donc phagocyté cette fraction extrémiste, et tels les flamants roses qui changent de nuances selon leur alimentation, au fur et à mesure qu’elle ingérait cette tendance, elle en a assimilé, et le comportement provocant et mordant, et les idées sous jacentes sans racisme mais tout en suggestions et connotations subtiles… D’où la mutation des idéaux de droite modérée qui se sont transformés malgré le désaccord de certains gaullistes de gauche et de centristes sociaux par exemple, en une droite décomplexée, sauvage et anti sociale. Cette agrégation expliquant la profusion des troupes de cette énorme coalition réactionnaire et ses victoires électorales à travers toute l’Europe.

En Italie, à la mairie de Rome, demain, probablement à la mairie de Londres, en Belgique, avec le mouvement flamand (encore eux !) de plus en plus intolérant et agressif, sans parler bien entendu, de la Pologne, des mouvements des Pays Bas et je dois en oublier, la droite se radicalise, exhibe ses muscles, assoit une belle consécration et montre un appétit féroce et insatiable devant une gauche sans charisme, molle et gélatineuse, toujours sur la défensive.

Pourquoi donc " l’Internationale libérale de droite ", si j’ose m’exprimer ainsi, emprunte t-elle une voie si triomphale depuis quelques années ?

D’abord si on se souvient de l’Histoire, autrefois " l’Internationale communiste " était soutenue par un pays militairement et économiquement puissant, l’URSS en l’occurrence, désormais " l’Internationale libérale " est promue, financée, consolidée par tous les moyens, fort considérables (cinéma, télévision, médias, presse , propagande) dont disposent les pays anglo-saxons, essentiellement.

760746709.jpgEnsuite, j’en parlais auparavant, la population européenne vieillit sérieusement et avec ce phénomène, on assiste naturellement à un raidissement, une méfiance envers les étrangers, un repliement sur soi, une aigreur envers ceux qui sortent de la norme, une tentation de tout réguler et policer, bref, tous les travers que beaucoup de gens qui avancent en âge, mais pas tous, éprouvent invariablement (théorie de Todd que j’approuve). Il n’est pas question, là, de les condamner et de généraliser, bien sûr, mais bien d’observer avec lucidité que plus on prend de l’âge plus on devient conservateur et droitier, c’est aussi évident que de perdre ses cheveux au fur et à mesure des années. Le nier est un non sens, il suffit d’éplucher les résultats électoraux depuis la nuit des temps pour s’en convaincre !

Puis, la conversion idéologique, des cadres moyen supérieurs et de " l’élite " qui possède le pouvoir dans les médias, les entreprises, l’expression publique et les partis politiques, au conformisme des idées dominantes libérales grâce à une diffusion importée des USA par les voies médiatiques (voir plus haut) et la fascination du modèle culturel américain par nos classes dirigeantes.

Enfin, la mort quasiment cérébrale de l’opposition de gauche, elle même convertie aux références citées au paragraphe précédent. Des partis dirigés ou plutôt cadenassés par des individus sans charisme, guidés par des ambitions d’apparatchiks, sans vision bien établies de leurs objectifs collectifs, mettant leur ambition personnelle comme but ultime d’un combat politique. Des dirigeants du PS propriétaires à vie de leur parti qui procèdent par cooptation, des politiques perpétuels dont on a l’impression que les plus jeunes, les Moscovici, les Cambadélis, les Valls ont 60 ans de carrière ! Quelle pitié…

1132112432.PNGOui, vraiment, si le grand cirque habituel continue son spectacle, la droite autoritaire a encore de jolis mois de mai en perspective. La gauche et la droite sociale ? Moins, hélas…

Que faire pour y remédier ? là est toute la question !

Peut être n'ai je écrit que des conneries ? Cela se peut et ce ne serait ni la première, ni la dernière fois mais en tout cas, le débat est ouvert.

Joyeux mois de mai, les amis !

 

Cui cui, mort et enterré avant le prochain Grand Soir de 2048…

* Photo originale LGDP dont je ne suis pas qu'un peu fier, réalisée avec trucage  à partir de source R.Ranoco Reuters

 
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