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lundi, 02 février 2009

FAIM D'HISTOIRE


La France disait-il n’avait pas peur du changement, mais elle l’attendait. Il est venu, mais pas vraiment comme elle, du moins celle qui a voté pour l’ex maire de Neuilly, l’espérait naïvement.

803951112.jpgLe président actuel voulait transformer notre pays, un des derniers à s’adapter à la mondialisation néolibérale. Encore le faisait-il en râlant et renâclant, comme à son habitude et ceci malgré le nombre toujours plus grand des nouveaux convertis. Il avait le désir d’en faire une petite Amérique, objet de son amour et de sa fascination. Il brûlait d’installer sur le trône des valeurs, l’individualisme, l’ambition personnelle, la course au profit décomplexé. Il trépignait de pouvoir enfin solder l’héritage révolutionnaire qu’avant lui des historiens comme François Furet,  porté par l’enthousiasme des transfuges, avaient déjà contesté.

Bref, il rêvait de donner le coup de grâce à un modèle né sur les ruines de la guerre et la honte de la collaboration, des germes multi-séculaires de son histoire et de sa culture, mais depuis 25 ans attaqué de toutes parts. Grignoté de l’extérieur avec la globalisation économique portée par le consensus de Washington, sapé de l’intérieur par ses propres blocages et l’effort des néolibéraux du cru.

Mais les winners les plus farouches, les plus opportunistes, les moins scrupuleux ne peuvent rien face à leurs aveuglements et devant le stop impérieux imposé par l’Histoire. Il y eut bien quelque esprit simple et satisfait pour imaginer qu’elle s’était définitivement arrêtée. Mais chacun, Fukuyama y compris sent bien qu’elle est repartie, après une pause cahotante d’une vingtaine d’années.

Voilà donc que le système adoré, que nous appellerons néolibéral par commodité, connaît les derniers soubresauts au moment même où en France on voudrait finir de l’imposer. Souvenez- vous des paroles de notre chef suprême pendant sa campagne. Il déplorait le faible endettement des français, souhaitait que tous soient propriétaires, sur le modèle américain. Celui des subprimes voyez ?...

Oui mais, le château de cartes s’est effondré, à la seule surprise de ceux qui l’avaient  édifié au mépris de toutes les règles prudentielles. Mais que voulez vous ? Comment résister quand on est acteur dans une structure où la cupidité et la concurrence s’allient pour former une spirale infernale, d’où le risque,  par la grâce des produits structurés, semble s’être évanoui ? (voir le dernier livre de Frédéric Lordon : Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières.-Paris : Raisons d’agir, 2008.-220p.)

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Il serait nécessaire de bien souligner à quel point la libéralisation de la finance, dont les subprimes et les produits dérivés sont les derniers avatars, a pesé sur l’organisation du travail et partant, sur l’évolution des sociétés occidentales, mais aussi de celles des pays émergents. Il suffira de dire que la financiarisation en privilégiant le capital au détriment du travail, a fini par lui enlever son sens mais aussi son pouvoir de rémunération et d’épanouissement dans de bien nombreux cas : recherche du profit maximum à court terme, course à la productivité, management omniprésent, précarisation, tassement des salaires. Pourtant, pendant ce temps là, il fallait bien préserver la croissance et sa composante bien souvent essentielle, la consommation.

D’où la recherche du moindre coût qui a deux effets pervers : les délocalisations et la tension sur les salaires, sur les conditions de travail. Les premières enrichissent certes les pays les plus pauvres mais en les dispensant de créer un marché intérieur viable, en fermant les yeux sur l’exploitation des  « ressources humaines », en sacrifiant le tissu économique (l’agriculture de subsistance notamment) aux exportations. Les secondes ont fait pression sur les revenus et la stabilité de l’emploi qu’il a fallu compenser pour maintenir le fameux pouvoir d’achat par le recours au crédit et la production à bas prix. La boucle est bouclée, la machine peut s’emballer…Vous aurez noté qu’aujourd’hui plus personne du côté des élites économiques et des politiques, exceptées celles se réclamant de la gauche assumée, ne parle de salaire mais de pouvoir d’achat.  Le glissement sémantique est éloquent…

Tout a une limite heureusement et le capitalisme financiarisé a atteint les siennes, au grand dam de l’Ump et de son cornac autoritaire. Dans la précipitation digne de galopins sachant qu’il font un coup pendable, ils ont enchainé les réformes libérales : paquet fiscal (merci pour le budget , le déficit et la dette), démantèlement des 35h et promotion des heures supplémentaires avec dégrèvement fiscal bien évidemment (toujours pour soigner les déficits) qui s’avèrent totalement pro-cycliques en tirant le chômage vers le haut avant même que la crise fasse sentir ses effets propres, destruction à la hache des services publics (Education nationale, système de santé, SNCF, Poste etc) qui eux, au contraire constituent de puissant barrages contra-cyclique pour soutenir l’économie et protéger les plus fragiles. Un rapport de l’OCDE est d’ailleurs venu à point nommé pour montrer que la France et les pays à très forte redistribution (scandinaves pour la plupart) étaient aussi ceux qui alliaient le mieux croissance et réduction des inégalités :

-synthèse du rapport OCDE sur la croissance et les inégalités 2008 : http://www.oecd.org/dataoecd/48/9/41530189.pdf

-Note concernant la situation française : http://www.oecd.org/dataoecd/45/24/41525323.pdf

-Graphique sur le rapport entre redistribution et taux de pauvreté : http://graphs.gapminder.org/communityproxy/ChartDataServlet?key=plL7_TnAeMdBLyRVf1rehGg#$majorMode=chart$is;shi=t;ly=2003;lb=f;il=t;fs=11;al=30;stl=t;st=t;nsl=t;se=t$wst;tts=C$ts;sp=6;ti=2004$zpv;v=0$inc_x;mmid=XCOORDS;iid=plL7_TnAeMdBAvXX8r5__Vw;by=ind$inc_y;mmid=YCOORDS;iid=plL7_TnAeMdAktDNHMaxdJQ;by=ind$inc_s;uniValue=20;iid=plL7_TnAeMdCTpDLPYo-_VA;by=universal$inc_c;uniValue=255;gid=CATID1;iid=plL7_TnAeMdC8GEnotAixIg;by=grp$map_x;scale=lin;dataMin=1.814;dataMax=36$map_y;scale=lin;dataMin=2.77;dataMax=22$cd;bd=0$inds=

Pour un pays archaïque et sclérosé, la France ne fait pas si mal, proche des pays nordiques, laissant à des années-lumière les USA. Bien plus, notre pays apparaît un des mieux armés pour résister à la crise, si tant est que les malades qui nous gouvernent ne persistent pas dans leur erreur funeste et idéologique.

http://pubs.lemonde.fr/RealMedia/ads/adstream_sx.ads/FRANCE-LEMONDE/articles_france/exclu@x30?http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/01/30/dans-la-crise-le-modele-francais-naguere-decrie-retrouve-des-couleurs_1148547_3224.html

Tout le problème est là. Comment va réagir notre roi d’opérette-président ? Comment va évoluer la contestation sociale ?

L’ancien maire de Neuilly apparaît de plus en plus comme un personnage autoritaire et liberticide, ce que ses opposants les plus lucides avaient bien décelé depuis le départ.  Par ailleurs et malgré sa plasticité et son pragmatisme apparents, c’est un véritable idéologue à la fois néolibéral et néoconservateur. Il faut certes tempérer ce constat par une ambition et un narcissisme maladifs qui poussent à l’opportunisme, mais aussi par un reliquat de colbertisme, rare trace d’héritage culturel français chez un individu qui en outre n’affiche qu’un bonapartisme de carton-pâte. Cela n’abuse que le courtisan Duhamel…

La population elle, voit bien désormais que des nuages d’orages encombrent l’horizon mais il semble qu’une faible partie soit consciente que la crise actuelle est systémique et que par conséquent les revendications conjoncturelles sont sans finalité possible. Pourtant, il se pourrait bien que la compréhension d’une remise en cause inéluctable des structures soit l’aiguillage qui déterminera le chemin que va prendre la France dans les années qui viennent.

Si les gens s’en rendent compte rapidement alors l’espoir est possible, l’aspiration à un système plus équilibré et alternatif, autorisé, l’émergence d’une offre politique qui y amène des réponses, envisageable. En revanche, si la résignation prévaut, si les détenteurs du pouvoir vont comme c’est très probable au bout de leur délire, alors le pessimisme est de rigueur et la démocratie en danger. Le système ne peut maintenant survivre que par perfusion d’autoritarisme et de reconstitution complète de la hiérarchisation sociale, aux dépens des classes moyennes.

Bien entendu, son évolution dépendra énormément des réactions à la crise dans le monde entier, aux Etats-Unis et en Chine notamment. Elle reposera aussi sur les interactions, les négociations, les tensions qui s’en suivront…

De l’amas de ces conjectures bien fragiles, il ressort cependant une certitude : les citoyens ont le pouvoir de construire la société qu’ils désirent, de renverser celle qui leur semble imposée.

L’Histoire est en marche.

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Nicks

vendredi, 09 janvier 2009

Parabole sur la mondialisation des opinions publiques.

Figurez vous qu’hier après l’annonce presque conjointe des sites de Libération et de 20minutes de fermer les commentaires de leurs sites suite à l’afflux d’insultes et de commentaires abjects attaquant soit la communauté musulmane soit la diaspora juive, j’ai pensé à un fait dont j’avais été le témoin quelques jours plus tôt…

7_103_dsc00351_1_H090446_L.jpegInvité à boire le thé par un copain de marché de nationalité française,et d'origine marocaine, j’étais arrivé au débotté et comme dans beaucoup de familles rebeus (arabe en verlan), la télévision était branchée (par satellite) sur une chaîne d’information continue arabe. (Al Jezira ou Al Arabiya). Le volume du son était au minimum mais perceptible. Mon copain, très croyant était loin d’être un de ces fanatiques musulmans  que j’ai assez rarement, il faut bien le dire, l’habitude de croiser.

Pendant la conversation je regardai du coin de l’œil les images : et bien sûr, on y voyait des scènes effrayantes et bouleversantes, des enfants à moitié morts portés par des pères hagards qui ne savaient où aller, des femmes qui criaient, gémissaient, pleuraient, des gens qui prenaient à partie les cameramen, une perspective envahie par la fumée,  un spectacle abominable jonché des ruines,  des commentaires lancinants , bref, j’avais du mal à garder mon attention ;  concentré sur la  conversation concernant notre vie quotidienne… Et pendant la quarantaine de minutes  les images des violences israéliennes tournèrent en boucle. Ces images n'étaient pas des trucages mais bien la réalité...
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Un peu plus tard, je rencontrai un autre pote de nationalité française, juif celui ci, car comme chacun sait les marchés populaires sont probablement un des milieux où les différentes ethnies du monde entier se côtoient et j’ajoute, le plus pacifiquement du monde. Par curiosité, j’eus l’idée de le questionner sur ses sources d’information et de ce qu’on y voyait.  Je savais par mes discussions antérieures et indiscrètes qu’il était particulièrement favorable à une partition de la Palestine grâce à un accord de paix et qu’il collait, malgré une certaine méfiance à la position politique française,  opinion d’ailleurs partagée par un nombre beaucoup plus important de familles de confession juive de milieu modeste qu’on pourrait imaginer.

Lui, m’avoua t-il se branchait grâce à la parabole sur les télévision israéliennes et américaines. On y voyait surtout des reportages sur la guerre technique, le ciblage chirurgical, l’étalage des chars et autre artillerie. Peu de morts me dit il, mais des dégâts provoqués par les tirs de roquettes dans les colonies cisjordaniennes, des enfants hébreux blessés aussi et des discours de Tipzi Livni et des leaders politiques isréliens. Beaucoup de fantassins super équipés, jeunes, avec de drôles de tissus sur les casques lourds. Et toujours les affirmations des leaders politiques de poursuivre un combat juste pour se défendre contre le Hamas  déclaré terroriste (précisent les commentateurs). Ces images n'étaient pas des trucages mais bien la réalité...

Deux reportages différents, deux images inconciliables, deux traitements opposés et pourtant deux vérités indiscutables !

Pourquoi narrer ce témoignage sans grand intérêt  ?

180px-Cnn-logo.JPGParce que je crains que ce conflit touche notre communauté républicaine constitué de nos concitoyens et amis d'origines arabes et juives, j’ai peur qu’une guerre durable qui concerne, certes, chaque diaspora, ne déborde dans notre pays dont on peut dire ce qu’on veut mais sûrement pas qu’il n’est pas, socialement en profondeur, et malgré la politique menée par le gouvernement actuel, un havre de tolérance. L'exacerbation des passions par des images insoutenables martelées, la haine répétée de l'adversaire, peuvent finir par faire naître le doute parmi les plus moralement structurés. C'est pourquoi il est urgent que nos élites politiques, administratives  et économiques, à l'intérieur desquelles  on compte un nombre si dérisoire de gens issus de la diversité, comme on dit dans la haute, comprennent enfin qu'il faut agir vite et laisser une place légitime si on souhaite que certaines idées  qui peuvent être exaltantes pour certains soient contenues par une perspective toute aussi enthousiasmante mais à l'intérieur de la République !

Ces mêmes pseudo élites qui sortent sans vergogne, la morgue en bandoulières, que leur vision de la démocratie et l'accession aux postes clefs exige qu’on ne soit jugé que sur la compétence personnelle ! Quels pîtres !

Fifrelin ! Mensonges ! Hypocrisie !

Dans la haute sphère française qui refuse de s'ouvrir, une des plus figées du monde occidental, on ne réussit essentiellement que par entregent, piston, cooptation, relation, copinage, filiation, liens familiaux, arrangements, associations d'anciens élèves des grandes Écoles etc…Plus  rarement par mérite !

En réalité, avant les politiques, notre pays est tenu par une caste de hauts fonctionnaires qui verrouillent le système : qu'on cesse donc de nous faire prendre des vessies pour des lanternes ! Et cette coterie politico économico administrative,  pour des raisons qui nous dépassent  refuse dans sa grande majorité d'accepter l'intégration !

Enfin pour terminer par une parabole (jeu de mot subtil), disons que la mondialisation de l’information par la diffusion satellitaire avantage  peut être la standardisation de la consommation gastronomique, le monde des affaires, l'art cinématographique, voire la mode, toutes vertus supposées occidentales, mais qu’elle a tendance, dans chaque pays à favoriser le repliement communautaire qui peut menacer durablement l’équilibre des nations.

Désormais, en ce qui concerne les conflits des Proche et Moyen Orient, en France et dans tous les pays à forte immigration plus rien ne sera jamais comme avant les lancements de satellites de télécommunication, hormis au Turkmenistan.

Amis de Cui cui, bonne année et dites vous bien que dans ce que j'écris, il y a à boire et à manger : ne prenez que ce qui vous tente  et jetez le reste !

Cui cui, témoin à décharge de la France d'en bas qui travaillera dans le froid jusqu’à 70 ans…

samedi, 27 décembre 2008

... LA SUITE INTERMINABLE

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Il aura fallu presque rien pour que tout s'enclenche. Des travaux d'entretien sur la rue Enrico Macias, un retard dû à un défaut de trésorerie (crise oblige), des embouteillages à répétition puis un commerçant excédé, un poissonnier, qui déverse ses huîtres, ses calamars, ses truites invendus sur le trottoir, des glissages, des bagarres, la police qui déraille...

La situation économico-sociale était le ferment idéal d'une telle dérive.

Malgré les messages rassurants de la ministre de l'économie, prédisant un rebond immédiat, malgré les appels à la responsabilité individuelle du porte-parole du gouvernement, fustigeant Internet et les nourrissons, malgré les enquêtes ultra rapides, les coupables déjà désignés, le désordre s'étendit en quelques heures.

Un déluge de violence s'abattit sur les villes et jusque dans nos campagnes.

(Ellipse)

Quelques carcasses de voitures et de poubelles finissent de brûler. Les trottoirs sont défoncés, jonchés de détritus. Les abribus penchent au milieu des bris de verre. Quelques armatures tordues forment des sculptures étranges au milieu des rues. Les magasins éventrés succèdent aux rideaux de fers baissés et taggués. Des édifices publics offrent à la vue, leurs façades dévastées aux fenêtres béantes.

Un paysage d’après guerre.

« La désolation » titrait un journal de référence depuis sa permanence de Moscou.

L'enchaînement de mouvements de grèves s’était transformé en révolte sanglante partout en Europe.

Les affrontements avaient duré longtemps.

Dès le début des événements, les grosses fortunes s’étaient expatriés avec biens et meubles précieux sous des latitudes plus accueillantes. L’Etat avait veillé à organiser la mise à l’abri de chacun d’eux.

Le gouvernement avait pris la fuite. L'Airforsouane présidentiel avait décollé très tôt le matin. La presse, depuis l'étranger, relevait cette phrase promise à la postérité : « Carla, prépare le vanity ! »

Le ministère de l'intérieur avait beau tenir, avec la plus grande clarté, une ligne de fermeté, n'hésitant pas à instaurer le couvre-feu, raflant les milieux de l'ultra gauche du pays de Bresse, la place Beauvau ne tarda pas à se vider. Un journaliste, réfugié à Palma de Majorque, soutint avoir aperçu la ministre (un reportage exclusif étant déjà prévu) venir se terrer dans la villa tunisienne d'un célèbre acteur français.

Depuis, les gens sont barricadés. Ils ont appris à se rationner. Les denrées de base commencent à manquer.

La télévision n'émet plus depuis longtemps, la presse ne sort plus, mais tout le monde s'en moque.

Personne, nulle part.

Le temps s’est arrêté.

A la Bastille, devant la colonne de Juillet, une estrade.

L'opposition s'organise. La révolte peut enfin se structurer et déboucher sur un renouveau politique. Des immeubles fument au loin mais quelque chose peut commencer ici, maintenant. L'estrade est pleine de bonne volonté, les visages sont graves et remplis de l'importance du moment. Le peuple s'est soulevé, le gouvernement a été renversé, c'est un tournant dans l'Histoire récente du pays.

La place est déserte.

La première secrétaire du parti socialiste parle dans le vide.

 

Une clameur, la foule arrive.

Micro et haut-parleurs ont été coupés.

Les autos-élus abandonnent la scène.

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Agathe

lundi, 22 décembre 2008

C'est ma crise, c'est ma très grande crise

Lorsqu'un peuple sera capable de bien choisir son leader,

il sera mûr pour comprendre qu'il n'en a plus besoin.

The big Somewhere

Robert TH. Humbley

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Avant la guerre, je veux dire la guerre contre le Roi de Prusse, le discours culpabilisant du pouvoir, c'était plutôt : "Tu es pauvre et faible parce que tu n'as pas assez adoré Dieu, parce que tu as péché. Dieu, dans son immense sagesse, a fait s'abattre sur toi et tes enfants guerres, famines, viols, pillages et épidémies. Mais rassure-toi, si tu te repens, ton Dieu ne t'oubliera pas quand tu le rejoindras dans son Royaume."

Et les pauvres continuaient de trimer sang et eau pour leurs prélats, leurs souverains ou leurs seigneurs.

Mais au moins, de temps en temps, ils se prenaient une vraie bouffée de colère et, comme ils n'avaient pas grand chose à perdre, ils foutaient allègrement tout en l'air avec une rage joyeuse et appliquée.

Aujourd'hui, les prêtres du Divin Marché ont un agenda beaucoup trop chargé pour avoir le temps de s'adresser directement à ceux qui n'ont rien. Ils prêchent par voix de presse, de radio et de télévision à des fidèles qui ont, au moins, les moyen d'acheter un journal, une radio ou une télévision – même parfois à écran plat (écrans plats qui, entre-nous soit dit, ont au moins le mérite de faire enfin coïncider le fond et la forme).

Et que nous disent-ils ?

"C'est ta crise, c'est ta très grande crise, Elle était inévitable, inéluctable et c'est toi, petit presque pauvre qui l'a provoquée en adorant le veau d'or du crédit à tout va, à tout prix, à tous taux, à tous risques ! Mais rassure-toi, fidèle disciple de la Con-Sommation (consomme et tu existeras) cette crise par toi survenue sera bénéfique. Comme la Sainte Apocalypse financière et économique va tout balayer pour qu'enfin, les justes d'entre les justes, ceux qui avaient su garder "du cash" (frère Minc-sic) rebâtissent sur les ruines de l'ancienne Sodome-city la Ghomorrapolis de demain, plus jeune, plus propre, plus hypertechnologisifiée, hyperflufinancierdifiée. En attendant, si tu veux garder ton job, tiens toi à carreau, passeque des comme toi, y en a 10 000 qui attendent devant ma porte tous les matins et, si tu ne veux pas perdre le peu que je t'ai laissé, confie-moi ton argent, confie-moi ton avenir professionnel, confie-moi l'avenir de tes enfants et de la planète et, surtout, LAISSE MOI RÉFORMER EN PAIX POUR LE BIEN DE CEUX QUI VALENT VRAIMENT QUELQUE CHOSE ! NOM D'UN PETIT BONHOMME (que je suis). C'est la CRISE, tu comprends, alors j'ai d'autres chats à nourrir plus importants que toi."

DSC_01770029manif.JPGOui, la crise a toujours bon dos. Et toujours le même, celui des moins armés, ployés sous le poids de l'injustice érigée en régulateur de l'unique organisation viable des sociètés humaines : The Divine Market. A croire que le capitaliste se fabrique régulièrement une bonne petite crise comme un bourgeois gros bouffeur se met à la diète une fois par an pour bien se nettoyer les conduits corporels avant de recommencer à baffrer comme quatre cents de ses employés. On fout tout en l'air et après, on reconstruit comme on l'entend. Notre vie, c'est leur cité de HLM en barres. On ne s'en occupe pas et, quand ça commence à craindre un peu trop, on rase, on se spécule la parcelle au passage et on rebâtit. En général du Bouygues ou du Vinci avec emplacement réservé pour Edouard L. grand mailleur du réseau social par le maxi-commerce de méga-proximité par voie d'automobiles à pétrole.

Le monde va mal, le système financier va mal, l'éducation va mal, la recherche va mal, la démocratie va mal, vous avez énervé cui-cui et, moi-même, je ne me sens pas très bien alors même que le système de santé, c'est de moins en moins ça.

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Alors, on fait quoi ? On attend en regardant le sablier de nos vies et de nos utopies glisser doucement vers le fond grain après grain? On regarde la télé pour s'assurer qu'il y en a toujours de plus malheureux que nous ? On s'essaye encore à acheter quelques trucs pour vérifier qu'on est bien vivants ?

Ou bien on fait comme les lycéens viennent de le faire, des mouvements "spontanés", sans leader identifié avec qui le pouvoir pourrait discuter pour endormir le mouvement ?

DSC_01020013manif.JPGImaginons un instant que tous ceux qui en ont ras le bol descendent une bonne fois dans la rue, sans motif particulier si ce n'est celui, chacun à son niveau, chacun pour ses raisons (emploi, gamin abattu par la police, sans-papier défenestré, baisse du pouvoir des chats, vulgarité du chef de l'état, suppressions de postes dans les lycées, procès d'intentions de nuire à l'Etat fait aux "ultra-gauchistes" planteurs de tomates du Limousin, privatisation de la poste, mal-logement, désir de paix, envie de rencontrer enfin du monde, SDF morts de froid, oeil pour oeil, doigt pour doigt dans le fondement du droit moral d'un journaliste… liste non-exhaustive à compléter dans les coms ) avec pour seule cohérence de ce "vastemouvementderevendication" que toutes ces révoltes ont lieu dans les coeurs au même moment, c'est a dire, à mon avis, à peu près quotidiennement et plusieurs fois par jour.

Pourquoi faudrait-il qu'il y ait un corporatisme de la révolte ? Pourquoi ne pourrait-on pas se révolter en même temps pour des raisons différentes ?

L'important n'est-il pas d'appliquer ce droit et ce devoir inaliénable du peuple : le devoir d'insurrection inscrit dans la Constitution du 24 Juin 1793, dite "constitution de l'an I":

"Article 33. - La résistance à l'oppression est la conséquence des autres Droits de l'homme.

Article 34. - Il y a oppression contre le corps social lorsqu'un seul de ses membres est opprimé. Il y a oppression contre chaque membre lorsque le corps social est opprimé.

Article 35. - Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs."

DSC_00230001manif.JPGArrêtons de croire que, parce que les flics de l'Etat y péta-paradent en roulant de la sirène et des mécaniques, la rue est à l'Etat qui voudrait bien nous la "prêter" pour aller faire nos courses et tous nos petits besoins de la vie quotidienne. LA RUE N'EST PAS A EUX, LA RUE EST À NOUS, IL EST TEMPS DE LA RENDRE A CEUX QUI Y SOUFFRENT, Y TRAVAILLENT, Y ESPÈRENT, Y DORMENT et Y CREVENT. Et, soit dit en passant, le Président de la République n'est jamais que notre employé, pas notre Président Directeur (de consciences) Général.

Le scandale politico-financier est aujourd'hui général, répondons-y par une grève tout aussi générale, bruyante, joyeuse, spontanée et incontrôlable.

Quelques exemples

-Chaque achat est un vote – faisons la grève des achats stupides, inutiles, polluants.

-Chaque vote est une compromission – faisons la grève des votes

-Les trains de la SNCF sont chers, jamais à l'heure, les tarifs sont aux limites de la légalité, les avions polluent en masse, les camps pour touristes au milieu de la misère sont une atteinte à la raison et une insulte à l'intelligence – faisons la grève des séjours/vacances débiles.

-La police outrepasse ses droits sur les citoyens et est inefficace en matière de prévention de la délinquance – faisons la grève de la présentation de papiers ou, mieux, portons plainte contre la police chaque fois qu'on est importuné par elle.

Liste non exhaustive non-plus. Toutes les idées sont les bienvenues en com.

 

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BOB

(Photos Yannick FORTIN)


vendredi, 19 décembre 2008

La fourmilière ou le paradis radieux qu’on nous promet, comme dit l’autre !

Avertissement aux personnes sensibles : ce billet est vulgaire, agressif voire pré révolutionnaire...

Figurez vous, mes chers copains Villageois, que j’ai entendu le discours d'un type, l’autre jour à la radio… Ce pantin nous faisait la morale en empruntant un discours surréaliste : " il nous fallait changer car nous étions figés dans notre immobilisme et nos conservatismes, " déclarait il en sous-entendant que nous étions un peuple de paresseux et de légumes !

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" Changez, changez, changez ! ", pérorait il du haut de sa tribune chauffée en direction des élèves de Polytechnique béats et conformistes à mourir (notre élite docile et bien pensante de demain ; quelle misère...) ! " Travaillez, travaillez, travaillez ! ", répondait en écho la même ridicule marionnette…

Le citoyen de 3ème zone, minable à l’esprit obtus que je suis, il serait malséant d'en disconvenir, a pris la mouche et s’est dit : "  Bon Dieu, mais ce petit paltoquet tiqueur, car il s'agissait bien de Nicolas Sarkozy, qui gouverne ce pays depuis un an et demi, qu’a t-il donc fait pour nous, pour moi depuis tout ce temps pour se permettre de nous parler ainsi ?

Depuis qu’il est au pouvoir, j’ai de plus en plus de mal à m’en sortir en travaillant dur à un âge ou la fatigue commence à meurtrir le corps… On paye de plus en plus chers les médicaments, les mutuelles viennent d’augmenter de 10 %, les factures d’EDF et GDF nous étranglent, les loyers et les prix de l'alimentaire flambent, je possède une voiture de 13 ans que je n’ai plus les moyens de changer, le gouvernement et les parlementaires veulent en plus  nous faire payer toujours davantage de taxes pour des tas de motifs futiles et pourtant je travaille de plus en plus (y compris le dimanche) pour un pouvoir d'achat de plus en plus restreint !

Et ce triste sire qui vient nous donner des leçons ?

Ce type qui se gave effrontément aux frais de la princesse avec son budget élyséen en augmentation logarithmique, cet homme qui possède à son service et à sa dévotion des centaines de collaborateurs zélés. Ce gugusse, né avec une cuiller d'argent dans la bouche, qu’on voit sans cesse à la télévision nous insulter en nous traitant de feignants, d'assistés, de profiteurs du système, d’intolérants, de sangsues !

fourmi rouge.jpgASSEZ ! CELA SUFFIT !

Citoyen Sarkozy, je sens que la population en a marre de tes remarques ! Il serait temps  d’en rabattre un peu car l’année 2009 risque de mal se terminer pour toi…

C’est le conseil d’un pauvre citoyen qui n’en peut plus de ton arrogance, de tes leçons à deux balles et de ta morgue, toi qui, du sommet de ta pyramide, te complait dans la soie et le luxe et le matérialisme ostentatoire…

Bouger pour dire qu’on bouge, mec, ce n’est pas faire des réformes, c’est pratiquer une sorte de danse de Saint Guy stérile, incantatoire et vaine !

Commence déjà par appliquer tes préceptes à toi-même ! Vis moins ostensiblement, rassemble le peuple au lieu de le diviser, applique de vraies réformes pour soulager les pauvres et les classes moyennes qui souffrent, sois un peu plus modeste et tâche de mériter une considération que tu as complètement perdue dans la population et surtout baisse les budgets qui concernent ton train de vie, montre toi peu dans les médias, ne roule pas trop des mécaniques, travaille moins tes discours et combats davantage l’injustice terrible qui commence à régner dans ce pays…

TOUJOURS PLUS de taxes, de cotisations, de réglements administratifs, de lois coercitives, de répression, d'interdits, de collusions entre les intérêts publics et privés et TOUJOURS MOINS de libertés, de responsabilités personnelles et de pouvoir d'achat : CAR S'IL S'AGIT LÀ DE LA SOCIÉTÉ DE RÉFORMES ET TOUT L'AVENIR QUE TU PROPOSES AUX FRANÇAIS, MON PETIT GARS, IL SERAIT JUDICIEUX POUR TOI DE PRÉPARER TES VALISES, EN TOUTE HÂTE, ET D'ENVISAGER À ENTAMER TA FUTURE CARRIÈRE D'AVOCAT NEW YORKAIS À 3.000.000 $ PAR AN...

Parce que... Avec ton bilan calamiteux pour le petit peuple, citoyen président, on ne saurait trop te conseiller d'adopter un profil bas...

Ah ! Ça ira !

Pour cette fois.

À bon entendeur…

Aujoud'hui : premier anniversaire du "Village des NRV". Une pensée pour Serval, José et Guy Birenbaum... Merci à tous ceux qui y ont contribué par leurs lectures, commentaires, billets. Pas de chiffres. Simplement : on essaiera de ne pas vous décevoir et de garder une certaine originalité et une liberté de ton sans pareille ! Merci à tous et particulièrement à la rédaction du site " 20 minutes" qui nous soutient avec tant d'abnégation et de générosité...

Cui cui, l’oiseau exaspéré, affreux, sale, méchant et mal élevé.

* Merci à JJM pour la photo.

 
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