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lundi, 20 octobre 2008

Ceci est mon corps

 

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« Vivre son propre corps veut dire également découvrir sa propre faiblesse, la tragique et impitoyable servitude de ses manques, de son usure et de sa précarité. En outre, cela signifie prendre conscience de ses fantasmes qui ne sont rien d’autre que le reflet des mythes créés par la société… le corps (sa gestualité) est une écriture à part entière, un système de signes qui représentent, qui traduisent la recherche infinie de l’Autre. » Gina Pane

 

 

"Et voilà, je l'ai mon sommet, mon roc, mon cap, que dis-je, ma péninsule. Ma série de péninsules.

W. l'a dit : « what a fucking idea! If you jUMP, i jUMP. »

Dès mon élection, mes amis journalistes le disaient déjà : « Sarkozy devrait mettre en place ses propres contre-pouvoirs. » Et voilà. Et pour preuve, j'ai voulu et je fais les « Etats généraux de la presse ». Même Joffrin a dit : "C’est une idée juste." Fidèle quatrième pouvoir ; le mien...

Je contrôle toute la chaîne de production, une véritable industrialisation du sens.

Je défais et je refais, je m'aligne et je refonde, j'agis et je critique l'action. Je suis un système complet et stable ; les autres croient qu'il n'y a rien d'autre... Le zéro et l'infini.

On commence à peine à se rendre compte à quel point Chirac a été un ralentisseur de la modernisation, un révolutionnaire inerte dans un seul pays. Moi, je suis dynamique. Au temps linéaire et mou de la vieille France, j'oppose un temps pliable à l'envi, selon mon envie. Bon, ce sont de vieux trucs mais il suffit de dire que cela est moderne pour que ça le devienne. Mon truc, c'est la psychologie.

Regardez mon plan de sauvetage du système financier français... Ca, c'est de la refondation.

http://www.marianne2.fr/L-Etat-cree-une-societe-ecran-pour-preter-320-milliards-aux-banques-sans-avoir-l-air-de-s-endetter_a92282.html

http://www.lesechos.fr/info/france/300301763.htm?xtor=RSS-2010

Quelque chose de nouveau mais qui est la même chose parce que ce qui est est tout de même vachement bien. Les « socialistes » pensent la même chose mais ils sont moins modernes. Ils disaient faire quelque chose de différent tout en faisant la même chose ; moi, je fais la même chose tout en affirmant que ça ne sera plus comme avant. Les « socialistes » ont vidé l'église Saint-Bernard à coups de matraque ; moi, je sauve Petrella. Mais, dans les deux cas, nous sommes les responsables de la situation.

Là, le capitalisme financier a merdé (pas ma politique, pas mes réformes, rien à voir, hein), ça c'est vu. Un incident. Tout le monde sait que c'est mon monde, notre monde, qui a créé cette « crise ». Toute cette histoire n'a jamais ému grand monde, c'est l'Histoire.

C'est le cours des choses ; les hedge funds, c'est aussi de la richesse et la richesse engendre la richesse et elle coule sur les plus pauvres.

http://www.paroles.net/chanson/13238.1

Les choses qui se voient, c'est pour moi car je suis une chose qui se voit. Alors je vais refonder. Tous mes amis crient au miracle, c'est une révolution qui se déroule sous nos yeux, une révolution pragmatique, réformatrice. C'est la privatisation de la révolution par ceux-là même qu'elle est censée défaire. Ha, mon grand soir... J'entends quelques puissants éditorialistes feuler sur ma cuisse. S'est-on jamais offusqué de voir un chien baver au tintement d'une clochette ?

"J'ai eu un chien, une fois, un labrador. Un animal très beau, très intelligent mais intenable. Un mâle dominant, m'avait prévenu le vétérinaire. Voyez-vous, j'ai dû m'en séparer. Il ne faut jamais laisser deux mâles dominants dans un même endroit et aujourd'hui, le mâle dominant, c'est moi..."

http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/10/09/nicolas-sarkozy-dominique-de-villepin-fatale-attraction_1104995_823448.html

Vous le savez autant que moi, toute cette agitation est la simple continuation de l'exercice de la domination. Mais je suis votre ami, je pense comme vous puisque c'est moi qui le dit : le système est excessif, inégalitaire, immoral (mouarf) et il faut le refonder. Ce qui était beau hier sera beau demain. Botox, liposuccion, péniplastie...

La peopolisation, ça n'est pas qu'une histoire de vie privée/vie publique. C'est surtout de la norme, un apprentissage du regard. C'est une incarnation des pouvoirs. Regardez mon corps, dites mon nom, l'Histoire continuera.

Face aux corps qui s'immolent par le feu, qui se suicident en prison, qui souffrent, j'expose mon corps (photoshopé) agissant, symbole à abattre, à chérir, à rêver. Forme de la dépolitisation. Régime (Protée inique) de choc afin de liquider ce qui reste de politique ici.

Plus les corps souffrent, plus le corps politique se décharne, plus le mien exulte, plus mon nom clignote sur les vitrines. Et Mon opposition ne voit que ça ; mon petit spectacle. Serge Daney disait, à peu près, qu'enfant, il n'aimait pas les cartoons car la souffrance y était absente (putain, la référence...). Mes enfants, ne soyez surtout pas si lucides, ne regardez pas ce qu'il se passe dans la salle. C'est une projection publique.

La critique du capitalisme devient la critique de la finance devient la critique de quelques voyous devient la nécessité de moraliser devient la victoire du capitalisme devient la victoire de mes homologues devient la victoire de mon corps en action.

Mes chers compatriotes, continuez à me regarder, continuez à me nommer. Ne me lâchez jamais. Attachez-moi, s'il le faut.

Et pour le chômage, la paupérisation, la violence, demandez Fillon ; il n'a pas de face."

f

 

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mercredi, 24 septembre 2008

Argent trop chair

 

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Etrange deal, non ?

 

Cela se passe aux Etats-Unis, un pays  où les habitants* subissent de plus en plus les pressions « moralisatrices, religieuses ou sociales. » (*bientôt rattrapés par nombre de pays occidentaux.)

 

Cette jeune femme monnaye sa virginité mais le profit est moral. Après tout, c’est pour financer des études …

 

Préserver sa virginité. Etre digne de porter l’anneau de reconnaissance.

 

Du coup, des établissements médicaux se sont spécialisés dans le commerce de la reconstruction de cette membrane.

 

Va-t-on assister à un véritable marché de la femme « pure » ?

 

Vraies vierges « hors de prix » cotées en bourse, fausses vierges « opérées » à prix discount, et pourquoi pas un label AOC ?

 

La valorisation de la virginité, à des fins commerciales... cette rareté sera-t-elle exploitée à fond ?

 

Vierge le plus tard possible … Renouons avec le sacre « chapeauté » des demoiselles honorées, jadis.

 

Devenir un hymen-star afin que la défloraison se paye au prix fort (déflorer un quidam n'a pas le même prix qu'une fille qui fait monter le désir et les enchères, lentement.)

 

Pourquoi ne pas organiser des « défloraison-tour » (voyage « classieux » avec défloraison sur l'Everest ou ailleurs, au choix), "défloraison - le jeu" pour pimenter la télé-réalité « Hymen story »,  etc.

 

Que nous dit la démarche de cette jeune femme ?

 

Elle a associé la vente de son bien le plus précieux selon les « nouveaux » critères sociétaux au rêve américain le plus daté, « la réussite. »

 

Cet hymen, les femmes se sont battues pour en disposer librement. La valeur accordée à cette « pseudo pureté » par le lobbying qui s’exerce sur la jeunesse américaine dégrade le corps féminin, pire l’identité de la femme. Cette focalisation était jusqu’ici l’apanage de sociétés sous-développées par la forte imprégnation de principes religieux.

 

Un tour de passe-passe se joue là.

 

Un asservissement du genre féminin,  façon XXIème siècle.

 

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Agathe

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mercredi, 17 septembre 2008

Avant que l'accord ne m'use...

 

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C’est la rentrée, disent-ils. C’est la rentrée alors que beaucoup ne sont même pas partis ou sont déjà, depuis longtemps, rentrés ; à la fois ici et là-bas.

Rentrer dans le rang, rentrer au bercail, la tête dans les épaules, rentrer le ventre, dans le chou, le lard…

Mais c’est la rentrée ; politique, sociale (chaude, forcément chaude, puis tiède puis « de manière satisfaisante »), télévisuelle, parlementaire, scolaire, littéraire etc.

Septembre, chaque année, c’est ça, tendu, nouveau, prometteur, aigu, vivifiant, harassant, douloureux… Ca s’agite frénétiquement, face à l'inconnu.

Et puis, finalement, quoi ?

Qui désire vraiment se coltiner le spectacle pour tous, resucée de l’exercice précédent, à peine ravalé par quelques dégoulinantes moulures décoratives en polyuréthane ?

Revoir Xavier Bertrand…

Revoir Drucker…

Revoir le débat public, comme on dit…

Revoir le pouvoir d’achat, les réformes, les impatiences, la pédagogie, les « socialistes », les buzz et les buses, les analystes-conjoncturistes-observateurs.

Revoir toutes ces choses dont on connaît déjà, à quelques détails de scénographie près, la forme, la temporalité, les procédures de dévoilement. Revoir ce qui n'a cessé d'être vu.

Subir les « c’est pire que prévu » et les « rebonds inespérés ». Les chiffres qui ne mentent pas puis l’omni-ceci et l’omni-cela et se voir badigeonnés de la novlangue encapsulée aux effets reliftants.

Se coltiner le nouveau (et intéressant) jeu « démocratique », l’exercice de la liberté, les choses qui passent, font « événement », rebondir (boiiiinnnng !) dessus, plus ou moins mollement, croire penser, penser croire…

Et aussi conduire sa carcasse, préserver sa peau, passer entre les gouttes.

Repartir pour un tour, avec le désir que le tour soit plus rapide, ou finisse mieux. Avec quelques sensations, dues à la force centrifuge. Le bon stress et le mauvais stress.

Imaginer sortir de la morne circularité des choses et, in fine, escompter seulement ne rien perdre en cours de route.

A peine la média-temporalité estivale à base de chassés-croisés, de cordées qui finissent mal, de lois votées en toute quiétude, d’asthénie à peine réparée, de numéros spéciaux, de mercato, de Marc Lévy, évacuée que la scansion du "retour" est déjà là. Et son expansion dans le temps : le doux ronron de l’intolérable, celui que l’on croit éteint quand le soleil est censé tenir son rôle fédérateur, l’humiliation comme unique météorologie, la corruption au sens (grand) large et la corruption du sens...

Le bourdon du retour. Un drone.

Cet écoulement-là est mortel.

 

"- Question : Qu'y a-t-il de commun entre Ludwig Wittgenstein et Robert Musil, deux auteurs qui n'ont cessé de nourrir votre pensée ?
- Jacques Bouveresse : L'un des éléments, parmi beaucoup d'autres, qui m'ont fasciné est la capacité d'autonomie et l'énergie morale impressionnantes qu'ils ont été capables l'un et l'autre de déployer pour résister à la pression de leur époque et aux sollicitations de l'air du temps. Ils se sont consacrés de façon à peu près exclusive, dans des circonstances parfois dramatiques, à ce qu'ils considéraient comme une obligation absolue, comme la tâche de leur vie. Robert Musil a voué près de trente ans à l'écriture d'un seul et unique roman, L'Homme sans qualités, qu'il n'a d'ailleurs pas pu achever, sans jamais rien céder sur ses exigences, même dans les dernières années où il a connu l'exil en Suisse et la pauvreté. Ce qui me frappe est ce sens aigu des obligations exceptionnelles que l'on a envers soi-même et envers le monde dans lequel on vit, alors que les intellectuels d'aujourd'hui me semblent avoir plutôt tendance à revendiquer surtout des droits exceptionnels. Brian McGuinness, l'un des biographes de Wittgenstein, a parlé à son propos d'un « devoir de génie », mais il y avait aussi, chez lui, le sentiment d'être sous le contrôle d'une autorité morale inflexible qui ne pouvait accepter de lui autre chose que le meilleur."

 

Assis sur la berge, je regarde le fleuve. Le reflet d’un peuplier sur la surface se présente à mes yeux. Cette image se diffracte en une multitude de taches plus sombres et mouvantes, au gré du vent et des vaguelettes générées. Chaque tache, à la manière du « Cri » de Munch, semble surgir régulièrement, s’étirer au fil de l’onde, se tordre, puis s’effacer tandis que la suivante entame le même cycle. Je projette alors de scruter précisément le point d’apparition d’une sous-forme, d’en observer la géographie et le rythme. Bloquant mon œil en un point fixe, je tente de suivre la forme et la pulsation du morceau de peuplier réfléchi. Et là, une difficulté apparait ; à chaque fois que je m’évertue à bloquer mon œil sur le lieu de surgissement de l’objet, l’œil ne peut résister à la dérive et suit alors automatiquement la déambulation et la déformation de la tache. Il m'est impossible de ne pas être attiré par le mouvement. Mon œil se reprend, revient à l’origine, se fixe puis se trouve à nouveau happé par l’onde.

Je décide de forcer mon observation, de ne pas flancher et, assez rapidement, je ne vois plus rien. Une douce rêverie, comme une hypnose légère, s’empare alors de l’observateur amateur. Il me faut un repère, une forme fixe sur laquelle concentrer mon attention ; je me lève afin d’aviser une pierre, sous l’eau, un rocher. Alors, du fait de l’angle nouveau, c’est le reflet lui-même qui se soustrait. La surface de l’eau devient un simple réseau de ridules et de transparence.

Revenu à ma position initiale, et formant avec mon pouce et mon index une sorte de viseur de précision, le processus ne peut alors plus m’échapper. Dans la position du sniper assis, scrutant un périmètre restreint de la surface de l’eau par le petit trou formé par mes doigts, j'observe enfin la naissance d’un élément du reflet. Gonflant rapidement, s’étalant, il quitte mon œilleton. Un autre, à sa suite, semble surgir de nulle part, un peu à côté. Puis un autre, imperceptiblement décalé dans le temps, perceptiblement ailleurs dans l’espace. Tout ce que la physique la plus rudimentaire sait déjà.

Je me déshabille et vais me baigner, plongeant dans le peuplier torturé.

Le rapport entre ces éléments, la cohérence ?

Un devoir de rentrée.

Sinon...

 

f

 

(Peut-être s'agit-il, en vérité, d'un cyprès...)

 

vendredi, 12 septembre 2008

Bienvenue à Tagada

 

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« Les Experts » ; Miami, Las Vegas, Manhattan…

Et puis Chicago, Philadelphie, Des Moines, El Paso, Waco ?

Le programme de télévision le plus regardé au monde, paraît-il.

Les Experts Monde.

Voici donc trois séries américaines, assez similaires entre elles, qui se proposent de nous narrer le travail de la police scientifique dépêchée sur des crimes au modus operandi assez alambiqué. Nos sympathiques équipes, hyper compétentes, suréquipées, sont alors montrées dans leur recours aux technologies les plus pointues, où l’à-peu-près, l’arbitraire, les biais sont exclus.

Les écrans, les microscopes, les appareillages les plus divers, les capteurs, centrifugeuses, détecteurs, oscillateurs, spectromètres, mallettes intégrées, tout y est montré, répandu. La technique se laisse filmer, s’étale longuement, elle se laisse démythifier. Mais elle ne tombe pas pour autant dans la trivialité ; elle a la froideur de la vérité.

Tout récemment, une affaire relançant encore le débat sur l’influence de ce type de programmes sur les comportements était exploitée.

Avec, inévitablement, l’avis éclairé et nuancé de l’expert psychologue, criminologue, chercheur, «profiler» de service.

Mais la question ne se limite pas à un « qu’est-ce que cette série, parmi d’autres, peut nous inciter à commettre ? » ; existe aussi, prégnante, l’idée d’un « qu’est-ce qu’elles nous intiment de ne pas faire ? ». « Les Experts », par le spectacle-même de l’infaillibilité de la technique en œuvre, délivre, par la preuve, le message de la Loi souveraine, infalsifiable, sous peine d’avoir à subir en retour, inévitablement, la Loi elle-même.

Dans cette série, la Loi n’est jamais discutée, ce n’est pas son objet ; la Loi est la Loi. Les appareillages clignotants de nos héros se posent comme garants de cette limite. Ils sont la Loi.

Et tout, dans le filmage de ces machines, leur ergonomie, la clarté de leur interface, la simplicité de leur principe (souvent explicité par nos héros), nous dit que la Loi ne pourra être enfreinte. Pas enfreinte car justice sera rendue, plus jamais enfreinte si vous avez bien compris la divertissante injonction. Ces séries produisent de la norme, mais de manière revitalisée par les technosciences apprivoisées et efficientes (et fantasmées).

La machine ne ment pas, il n’y a aucune falsification ; il n’y a pas de spectacle. Alors que nous sommes dans une petite manifestation spectaculaire de plus.

Il n’est pas rare, dans « Les Experts », de voir les intrigues tomber dans l’incohérence, les facilités, la surenchère, comme s’il fallait que, le canevas technique posé, le déroulement du scénario se force à adhérer, qu’il se torde pour tenir. Il est parfois amusant de voir, face à la (pseudo) rigueur des procédures rationnelles d’apparition de la vérité, un relâchement flagrant dans la construction scénaristique. Mais l’essentiel est de montrer que de ce fatras, nul ne pourra s’extirper, que nos héros démêlent l’indémaillable.

Une séquence nous montre un cambrioleur dérober un agenda. Ce cambrioleur, à son insu, est filmé. Notre équipe de techno-limiers analyse le film, « défloute » le visage, compare ce visage à une base de données et le cambrioleur est identifié. (Le type avait pourtant opéré sans gants, laissant sans doute quantité d’empreintes mais peu importe…) Voilà donc que s’avance vers nous une technologie de reconnaissance et de comparaison des faciès des plus magiques. De plus, comme souvent, l’interface logicielle est d’une lisibilité parfaite, compréhensible par tous, « intuitive » comme on dit, avec de gros caractères qui disent ce qu’il fallait démont(r)er.

Que nous dit cet écran coloré, sans équivoque ?

Qu’il n’y a aucune possibilité d’échapper à la vérité (et donc à la Loi). On aura beau faire, contourner, préméditer, la vérité surgira. Pas moyen d’échapper à l’œil global et objectif de la machine. Tout acte délictueux porte, a priori, la résolution de son hypothétique mystère et, par extension, sa réparation.

Rien d’étonnant à ce que ce machin soit une production Jerry Bruckheimer…

Qu’est-ce qui pourrait, finalement, prendre à défaut le système ?

Il existe (au moins) quatre facteurs : la corruption, les limites de la technologie, le défaut de données de référence à comparer avec les échantillons prélevés, l’absence de traces laissées sur les lieux.

La corruption, évidemment, ça n’existe pas. Et, si elle existe (simple hypothèse, n’est-ce pas), la science appliquée saura également la révéler.

La technologie est mystérieuse, fantasmatique, partout.

Les données de référence relèvent des bases de données, de la collecte et de l’indexation de prélèvements et d’informations factuelles. C'est ce qui est, quantifiable, comparable et en demande de tendre vers l’exhaustivité afin que l’indice retrouve son semblable fiché.

La pureté du délit, sans trace, quant à elle, peut être contrecarrée par la connaissance exhaustive du potentiel de chaque individu à agir dans un sens prohibé. « La possibilité de… » requiert évidemment une connaissance suffisante des orientations réelles et subséquemment potentielles de l’individu. C'est ce qui pourrait être, ce qui a des chances de tendre vers la limite, ce qui se montre « susceptible de porter atteinte à l'ordre public. »

L’ordre public sera garanti parce que la « science » prouve tous les jours, sans faillir (puisque c’est la science), que c’est comme ça. Rien de politique dans tout ça, disent-ils. « Les faits montrent que… » et « du point de vue scientifique… » et aussi « en toute objectivité… »

Il en va de la sécurité de nos concitoyens. Elle ne se discute pas et ce qui ne se discute pas relève des faits (et inversement). Le reste n’est que préjugés et illusions…

Air connu.

On ne s'étonnera pas d'entendre un Balkany narrer, à la radio, l'expérimentation sur son propre corps du Taser dont il veut équiper sa police municipale. Balkany, en consciencieux opérateur (possiblement fantasmé, lui aussi), a expérimenté ; pas de douleur, juste une paralysie. C'est sans danger. Balkany est toujours vivant. Balkany propose un énoncé scientifique : le Taser, c'est trop d'la balle.

Finissons avec un extrait du préambule de « Sciences et pouvoirs », de Isabelle Stengers :

« Et si cette répartition entre sciences et décision politique était une vaste et redoutable fumisterie ? Et si l’on pouvait dire, au contraire, que la fiabilité et l’intérêts des savoirs qu’une société est susceptible de produire traduisent la qualité de son fonctionnement démocratique ? En ce cas, tous les arguments qui invoquent la science seraient des arguments de pouvoir, nuisibles tout aussi bien aux sciences qu’aux exigences d’une démocratie qui ne se réduirait pas à une version sophistiquée du vieil art de conduire un troupeau. »


Il faut écouter les experts, nous disent-ils…

Et aussi les regarder. Ceux de Miami, Las Vegas, Manhattan et leurs clones européens et tous les autres de la petite lucarne électronique.

Grissom et Caine et Delko et Taylor sont autant à combattre que Edvige et Cristina et Eloi et Hadopi...

Pourtant, la simple question du goût devrait suffire. Parce que « Les Experts », comme produit, c’est vraiment merdique.

f

 

 

 
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