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lundi, 04 mai 2009

Métro-viseurs

 

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L'autre jour, au métro Porte de Bagnolet, chargé comme un baudet, je voulais passer incognito le tourniquet. Sur les cinq machines, quatre étaient disponibles, et personne en vue s'apprêtant à les utiliser. Il me restait donc à me précipiter sur le seul qui était occupé. Le type devant moi, la cinquantaine, d'origine antillaise, avant de glisser son ticket dans la machine, était étrangement aux aguets. Très suspicieux et craintif, il regarde par intermittence ce qui peut se passer derrière lui. Ses inquiétudes se confirment, puisque poussant la porte, il se retourne, et me voit enjamber le tourniquet. Il vocifère tout de go :


- Ah, non !!! Achetez un ticket de métro !!! Y'en a marre à la fin !!! Merde !!! Je suis un abruti, ou quoi ?!!! Achetez un billet !!!

Il attire ainsi l'attention des guichetiers et des quelques passants. Visiblement pas très coopératif, je sors illico mon Pass Navigo, et le lui montre avec un large sourire : "Mais, j'ai mon ticket ! y'a pas de quoi s'énerver..." Je pose la carte sur le lecteur violet, et on entend la merveilleuse sonnerie qui valide mon titre de transport. Le visage déconfit, il lâche la porte (au passage, merci...), et se rend vers le quai. Prenant la même direction, je m'approche à trois mètres derrière lui, et lui demande :

- Pourriez-vous, s'il vous plaît, recommencer à crier comme tout à l'heure ?

Il me regarde, et n'ayant apparemment pas apprécié l'ironie, recommence :


- Achetez un billet !!! Moi, j'achète un ticket !!! Et, vous passez derrière moi ! Je suis un abruti ?!!! Moi, j'achète, et vous passez...

Comme il ne paraissait pas vraiment disposé à engager une conversation sereine, j'ai préféré, par politesse, laisser courir... Inutile d'envenimer la situation. Regrettant sincèrement de l'avoir secoué sans avoir pu lui donner une explication, je vais essayer de me rattraper ici.
Tout le monde a, ou plutôt, s'est trouvé dans la situation de devoir resquiller dans le métro. Certains font fi de l'interdit, et d'autres se resaississent, soit en acceptant les contraintes de l'achat : attente aux guichets (surtout en début et fin de mois), dépense, a posteriori souvent inutile. Ceux qui passent sans titre de transport s'exposant néanmoins à recevoir une amende (autour de 50 euros). D'autant plus que, généralement, la première fois, on se fait toujours avoir : les erreurs de débutant, comme on dit. Mais si lorsqu'on a resquillé deux ou trois fois sans se faire attraper, on est tenté de généraliser : "qui vole un oeuf, vole un boeuf", dit l'adage. Certes, mais c'est toujours une dépense en moins ! Glisser un ticket de métro assure juste à l'usager la tranquillité lors d'un contrôle. Donc, si on ne tombe jamais sur les contrôleurs, c'est effectivement idiot. Et, par conséquent, comme dans les affaires, on ne peut rien vous reprocher, tant que vous ne vous faîtes pas attraper ! On vous accorde volontiers que c'est cynique, mais bosser ("plusse") - et, je ne l'apprends à pesonne - c'est fatigant !

Après avoir évoqué le cas du contribuable ordinaire, voyons ceux que les "vertueux" appelle les "assistés". Il y a, entendons-nous le déplorer, des glandeurs. Et au grand désespoir des chantres du travail, on leur accorde - ô scandale ! - des droits ; notamment, celui de circuler "librement" et "gratuitement" dans le métro. Qu'arrive-t-il lorsqu'un "parasite" passe le tourniquet sans utiliser son Pass Navigo, si gracieusement accordé. Cela devient-il un délit ? Sur le principe, non ; puisque ça reviendrait à "gruger la gratuité". Toutefois, il faut savoir que celui qui contourne le tourniquet, même en ayant sur soi un titre de transport (dans son portefeuille ou son sac), peut recevoir une amende au motif d'"incitation à la fraude" ! Alors que détourner des millions en toute légalité...


Mais, revenons à nos moutons. En fait, pourquoi l'usager (quel que soit son statut) devrait ouvertement à présent - sauf à être "abruti", selon le terme employé par notre brave homme - se permettre de ne plus enregistrer son passage (au moins, avec le pass, voire avec un ticket ) ?
L'information elle-même est passée presque inaperçue, noyée par le flot des actualités mondiales. Le 31 janvier 2009, le site Rue 89 nous apprend qu'un riche industriel, qui arrose généreusement certains réprésentants de l'Etat, a passé des accords commerciaux avec la RATP. Il a obtenu un "partenariat" pour la diffusion de ses journaux "gratuits" (Direct matin, Direct Soir) dans l'enceinte du métro, au détriment de ses concurrents (Métro et 20 minutes). De plus, il a négocié commercialement, avec cette entreprise publique, les fichiers des Pass Navigo. Donc, pas si "gratuits" que ça, la "gratuité des transports" (pour les assistés), ni non plus les journaux "gratuits" - puisque c'est le service d'entretien de la RATP qui doit se coltiner - se ramasser - le ramassage (d'ordures, donc) de cette presse qui chante quotidiennement les bienfaits du capitalisme en louangeant ses laquais, et qui finit par traîner sur les sièges et parterrre. Du gratuit qui rapporte, en somme...

Le privé et le public marchant de plus en plus naturellement main dans la main, on notera également que la RATP, de son côté, s'était bien gardée de mettre en évidence que pour conserver son anonymat, l'usager devait quant à lui débourser, au moment où il décline benoîtement ses coordonnées, la somme de cinq euros. Bien que le fichage généralisé commence à entrer insidieusement dans les moeurs, si modique fut cette somme, elle n'en aurait pas moins été choquante, car c'est l'équivalent du pointage à l'usine... Il y a fort à parier, dans cet ordre d'idées, que l'on verra proliférer les écrans de télévision dans les stations de métro, comme à Europe ou... Arts et Métiers ! Et pourquoi pas, de temps à autres, quelques spots publicitaires - toujours mieux ciblés - pour agrémenter les attentes ? Alors, franchement : qui incite qui à la fraude, hein ?!

 


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par Albin Didon



www.rue89.com/2009/01/31/bollore-censure-le-monde-le-busi...linfo

mercredi, 29 avril 2009

Des souris et des rats

 

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Le 21 avril dernier, suite à la visite au dépôt et à la souricière du palais de justice de Paris effectuée le 26 février 2009, les Secrétaires de la Conférence ont remis au Conseil de l'Ordre un rapport faisant état de « l'insalubrité du dépôt et la violation de l'article 803-3 alin.1er du CPP qui prévoit qu'à l'issue de la garde à vue la personne qui comparaît devant le tribunal doit être retenue dans des locaux spécialement aménagés (article 803-3 alinéa 1er du Code de Procédure Pénale). »

On pourra trouver sur le blog de la conférence de stage ce fameux rapport :

http://laconference.typepad.fr/conf2/2009/04/rapport-des-secr%C3%A9taires-suite-%C3%A0-la-visite-du-d%C3%A9pot-et-de-la-sourici%C3%A8re.html

Le 24 avril, Christian Charrière-Bournazel, Bâtonnier de l’Ordre des avocats de Paris, dans l'éditorial du « bulletin du barreau de l’ordre des avocats de Paris », réagissant à la divulgation de ce rapport, écrit :

« Il nous appartient, à nous, avocats, de plaider la nullité des procédures et de mettre les juridictions en face de leur responsabilité : nul ne devrait juger ni condamner une personne humaine qui a passé jusqu’à vingt-trois heures (au lieu du délai légal maximum de vingt heures) dans une cellule de trois mètres carrés, avec deux autres personnes, sur un banc en bois, qui n’a disposé ni d’eau courante, ni de lavabo, ni de W.C. isolé, qui a été soumise à des fouilles à répétition, le tout dans un local dont la saleté et la puanteur sont repoussantes. Le rapport du contrôleur général des lieux de privation de liberté, Monsieur Jean-Marie Delarue, a souligné avec courage cette situation misérable. La nullité de la procédure devrait être prononcée. »

L'intégralité du dit éditorial :

http://www.avocatparis.org/Actualite/Communiques/Communique.aspx?p=20090424144317

La souricière est une zone d'attente des détenus en vue d'être entendu par un juge, elle est composée de 60 cellules pour les hommes et 16 pour les femmes. Le dépôt concerne les individus déférés après une garde à vue.

Ce rapport pourtant n'énonce pas de nouveaux faits (les dépôts de Créteil, Bobigny sont également pointés), comme le rappelle l'UJA :

http://www.uja.asso.fr/Sous-les-marbres-et-les-boiseries-Le-Depot_a46.html

« Les gens s’entassent dans un sous-sol sur deux niveaux, sans aération. Ils se promènent dans une cour minuscule grillagée de tous côtés. Au second niveau, on marche sur la grille, au-dessus de ceux du premier niveau. Les fonctionnaires en sont eux-mêmes très gênés. Il faut fermer cet endroit, c’est urgent. »

Alvaro Gil-Robles, Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe.

Voilà bien un endroit mystérieux, sans images, où une centaine de personnes transite par jour.

De plus, le contrôleur général des lieux de privation de liberté fait connaître son « rapport d'activité 2008 : bref état des lieux, les registres de garde à vue, l'intimité »  qui semble présenter, une fois de plus, un tableau déplorable des conditions de détention dans ce beau pays moderne.

Il était dernièrement l'invité du matin de France-Inter :

http://www.dailymotion.com/video/x92tyo_france-inter-jeanmarie-delarue_news

Mais que se passe-t-il, aujourd'hui, face à cette atroce « parodie » ? Le stand-up formidablement décontracté et parodique de la ministre de la justice...

Il semble qu'ici, maintenant, l'individu qui a à faire, d'une façon ou d'une autre, avec la justice,  et a fortiori avec des « lieux de privation de liberté », se voit priver de bien plus que de sa simple liberté : il tombe dans la non-vie, invisible, sans intérêt, sans corps propre. S'il est là, c'est qu'il doit bien le mériter. Il disparaît et, peu importe, il reste les marbres et les boiseries.

Et les grands principes.


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lundi, 27 avril 2009

Les dessous des élections européennes ou comment prendre les Français pour les dindons de la farce.

 

 

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Ce scrutin pour le renouvellement des députés européens du 7 juin 2009 ne soulève pas l'enthousiasme des foules : c'est bien le moins qu'on puisse dire !

Peut être serait il judicieux de comprendre pourquoi ? Je vais me livrer à une énumération non exhaustive de ces raisons, qui vaut ce qu'elle vaut mais je tiens à préciser à tous nos lecteurs que je ne possède ni l'objectivité exemplaire de Monsieur Quatremer, militant fanatisé journaliste spécialiste de l'Europe, sur Libération, chantre de l'Europe élitiste et oligarque néolibérale bushiste actuelle, ni les compétences extraordinaires de Madame Rachida Dati, 2ème tête de liste de l'UMP et experte de renommée mondiale.

- 1 ère raison

55% des électeurs français, c'est à dire ceux qui ont voté contre le projet de Constitution du traité européen ont encore mal au cul : la sodomie qu'a subie la volonté populaire lors du viol légal entrepris par le Parlement a laissé de profondes cicatrices chez chaque électeur de droite comme de gauche. Et si nous n'avons pas eu droit à une cellule de soutien psychologique, je dois vous avouer que le choc que j'ai observé à travers toutes mes discussions, lectures de blogs et presse a montré un traumatisme considérable dans l'opinion : chacun a compris que la pseudo démocratie qu'on nous vante sur tous les médias dans notre pays n'était qu'une grosse farce dont nous étions les dindons !

D'autant que les deux principaux partis que nous appellerons l'UMPS, unis dans les distributions de bonnes places particulièrement juteuses à Bruxelles pour leurs cadres inemployés, se partagent la même représentation élitiste d'une structure européenne cadenassée sur les dogmes du libéralisme économique et basée sur une conception essentiellement marchande d'une médiocrité alarmante. Ces partis ne sont que les croupions des intérêts des lobbies et autre clique oligarchique politico économique, qui, sous le prétexte de l'union européenne ne cherchent en vérité qu'à sauvegarder leurs avantages fructueux et  leurs intérêts idéologiques et stratégiques pour une vision soit-disant destinée à développer l'Europe à long terme, futur que les peuples si stupides sont évidemment incapable d'entrevoir.

Alors à quoi bon voter pour des gens qui se moquent éperdument de l'intérêt du peuple ?

- 2 ème raison

L'UMP possède un fond de commerce électoral, qu'il lui faut absolument préserver, indéfectiblement attaché à son Chef béni : les petits vieux. Nombreux, craintif, sensible à l'insécurité, terrorisé par le brassage ethnique, persuadé d'avoir été des travailleurs exemplaires, figé par une représentation enjolivée de ce qu'ils étaient dans leur jeunesse, cet électorat (65 % des + de 60 ans votent pour la droite parlementaire) représente  une partie de plus en plus importante et mobilisée du soutien à l'UMP.

C'est pour cette raison que le parti majoritaire a besoin d'une abstention massive des jeunes et des actifs grâce à une campagne molle pour que leur électorat âgé soit sur-représenté. Il apparait indéniable qu'une participation autour de 50 % amènera indiscutablement le triomphe de l'UMP et ses alliés au lendemain des élections...

- 3 ème raison

Les socialistes ne représentent plus dans l'échiquier politique, surtout au niveau européen, une force fiable de propositions réelles d'opposition au sytème actuel puisque la différence de progamme et de comportement vis à vis de l'Europe entre l'UMP et le PS est infime aux yeux de tous les observateurs. Alors pour un électeur PS qui a voté non au référendum, pourquoi voter pour un député qui ne le représentera pas ?

- 4ème raison

Les Français ont compris qu'un vote pour l'Europe ne changera rien au déroulement actuel de leur vie économique et sociale même si 75 % des lois et règlements sont issus de Bruxelles.

 

 

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- 5 ème raison

Les petits partis, NPA, Parti de gauche de Mélenchon allié au PC, écologistes sont les inconnus de ce scrutin et pour beaucoup l'espoir de détricoter l'hypothèse UMPS qui étouffe notre pays depuis trop longtemps. Ils pourraient dépasser le score du PS à eux trois et mettre les caciques du PS dans une situation inextricable. Mais là encore, tout dépend de leurs capacités à mobiliser...

- 6 ème raison

Le FN représente un danger pour l'UMP, Marine Le Pen se radicalise et les chiffres montrent que ce parti commence à entamer une remontée assez spectaculaire : d'où les discours ultra sécuritaires du chef de l'état... Mais ce n'est pas cette peur qui fera battre le rappel des électeurs !

- 7ème et dernière raison

En général il fait beau et chaud en juin, les jours sont longs, les parfums des fleurs explosent, la langueur des courtes nuits fait battre les coeurs et les fruits couvrent la table. Les longues randonnées pédestres ou cyclistes, les pique niques en famille ou à deux, la douce torpeur d'une sieste sur l'herbe...Tout pour nous éloigner d'Internet et de la politique, ami(e)s villageois(es), n'est ce pas une raison suffisante ?

A après.

Cui cui, l'anar gothique ou l'anar chronique...


mercredi, 22 avril 2009

Michèle Alliot-Marie pleine de grâces, priez pour nous autres, pauvres manifestants !

Ô Michèle, vous, dont les inflexions évoquent de plus en plus la voix éraillée de la sorcière de Blanche Neige, vous, dont le physique me rappelle la beauté d’un Gargamel relooké par un catcheur, vous dont la réussite tient essentiellement à une hérédité heureuse, vous, dont une des formes d’intelligence consiste en une souplesse et une soumission exemplaire envers vos chefs, vous, dont les principaux titres de gloire furent de toujours servir la soupe aux puissants et de mater les faibles, vous qui croyez que le manche à balai que vous avez dans le cul vous donne une allure martiale alors qu’il vous procure l’apparence grotesque du fruit des amours illégitimes entre une autruche et un officier prussien du 19 ème siècle ; Ô Michèle, pleine de grâce, j’ai une humble requête à vous soumettre, moi, petit citoyen médiocre dont l'avenir semble désormais très obscurci par la crise économique.

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Car si je n’ai ni position sociale conséquente ni beaucoup d’argent, je fourmille d’idées et je souhaiterais vous en proposer quelques unes que je juge particulièrement audacieuses et pertinentes pour la postérité historique de votre action politique.

J’ai lu que vous alliez édicter un décret, interdisant à ceux qui manifesteront, cagoules, bonngarg.JPGets, foulards, lunettes et tout artifice qui empêcherait toute identification (fausse barbe, postiches etc)… Voilà donc une formidable avancée pour la démocratie d’opinion ! Outre que nos amies musulmanes coiffées de leur voile ne pourront déjà plus manifester, les chauves avec perruques, les sikhs, les Juifs avec kippas, les myopes, les aveugles, les bédouins, les gens qui ont la grippe, les presbytes, les astigmates, les religieuses, les cardinaux, le pape, le père Noël devront également attendre de participer à toute procession. Vous me direz à juste titre " ça fait toujours ça de moins ! ", et vous aurez raison !

Car il nous faut absolument protéger nos pauvres amis CRS qui eux ne portent pour se protéger que des croquenots renforcés, des jambières, des coquilles, des gilets pare-balles, des casques, des visières, des boucliers, des matraques, des tasers, des grenades lacrymogènes et je dois en oublier !

Aussi en appelé-je à votre bon sens pour protéger toujours davantage notre valeureuse police. Imaginez vous les ceintures, les lacets, voire les chemises, tee shirts, chaussettes ou caleçons susceptibles d'étrangler nos pauvres force de l’ordre ? Et les chaussures ? Avez vouneige.jpgs pensé aux terribles projectiles que représenteraient les souliers ?!

Aussi Madame Michèle Alliot Marie, si pleine de grâces, si ostensiblement confite d’intelligence et envahie par un magnifique esprit démocratique qui fait honneur aux valeurs de la République, je propose que désormais, les manifestants désireux de protester dans la rue se présentent nus et sans pancartes car celles ci pourraient présenter des risques majeurs pour nos braves petits poulbots défenseurs de l’ordre !

Trêve de plaisanteries.

Madame la Ministre des chiens dangereux, vous dont la souplesse de la nuque avec vos supérieurs fait le régal de la presse, vous dont la raideur  physique ferait hurler de rire un pantin aux articulations rouillées, vous dont l'intransigeance avec le petit peuple confine au mépris ; s'il vous reste un semblant de jugeotte et de dignité républicaine, envoyez votre décret aux oubliettes avant que l'impossibilité de l'appliquer, l'absurdité de la mesure et surtout l'entrée furtive dans le corridor du totalitarisme rampant ne ph0jcmdf.gifvous discrédite et  ridiculise pour longtemps.

Il n'est jamais trop tard pour enfin montrer un peu de clairvoyance...

Amis lecteurs, priez pour celles qui ne savent pas ce qu'elles font !

À après !

 

Cui Cui, l'oiseau qui file un mauvais coton...

 

 

vendredi, 17 avril 2009

Nous voulons tout voir et tout savoir

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« Je veux tout voir et tout savoir. »

Nicolas Sarkozy

« Elle a les yeux revolver. »

Marc Lavoine


« L'agression du bus RATP », « les croix gammées sur le Mémorial de Drancy », « les manifestations lors du G20 », quelques « évènements » récents et  hétérogènes mais ayant au moins le point commun, lors de leur exploitation médiatique, d'avoir été traversés par une des marottes actuelles : « la vidéo-surveillance » ou « vidéo-protection ». Voilà bien encore un marché/concept qui, passé à la moulinette du bon sens commun, corroboré par quelques affaires à la médiatisation bien sentie, s'inscrit dans une démarche efficiente de pacification et d'élucidation. Une caméra, c'est certain, ça confond ou ça dissuade, il ne peut en être autrement. Dans un centre-ville, au réseau de caméras optimal (selon les dires de l'expert/auditeur/vendeur/installateur), le délinquant potentiel se trouve agressé jusqu'aux tréfonds de sa conscience : soit il passe à l'acte et sera appréhendé, soit il refoule. S'ensuit un état de torpeur morale qui ne peut que revitaliser le « sentiment de sécurité » de nos concitoyens qui n'ont évidemment rien à se reprocher. Ainsi, n'est-il pas rare de croiser, dans les rues de nos villes sécurisées, quelques individus en état de catalepsie, tétanisés par l'intrusion de cette insurmontable tension dans leur appareillage pulsionnel. Il se trouve même quelques honnêtes citoyens pour faire les poches de ces sauvageons statufiés.

Pourtant, nous pouvons voir se mettre en place une double réponse de la part des plus réactifs délinquants, extirpés enfin du piège moral infernal. Soit, ils s'en foutent : le réseau de caméras n'existe pas, ils connaissent éventuellement les études faisant état de taux d'élucidation très mitigés. Au fond, ce qui importe, c'est que l'honnête citoyen ne voit que les caméras de surveillance et que le délinquant potentiel ne voit que l'honnête citoyen. L'autre réponse est tout simplement une migration du terrain d'action du voyou. Il y a coproduction : s'il s'agit de sécuriser le centre-ville et son prestige, le voyou accepte d'aller exercer ses activités à la périphérie de l'espace sanctuarisé, sur les bords.   La vidéo-surveillance agit comme vidéo-plastie, remodelant les espaces.

Dans ces deux cas d'adaptation du sujet violent, l'honnête citoyen pourra voir, avec le temps, son sentiment de sécurité quelque peu ébranlé. Résultat : il peut se faire agresser « malgré tout » ou « ailleurs » (d'autant que ailleurs, c'est souvent chez lui).

Mais, à l'instar du voyou capable d'intérioriser la coercition et susceptible de la surpasser, le dispositif de rétablissement du sentiment de sécurité est dynamique. Comme il se disait que l'échec du communisme était dû à un défaut de communisme, comme il se dit que l'échec du libéralisme résulte de l'exercice entravé du libéralisme ; la vidéo-surveillance (et toute l'économie de la peur) ne pourra trouver son efficience maximisée que dans son extension infinie. L'honnête citoyen et l'honnête fournisseur de dispositifs de surveillance se retrouvent en une harmonie miraculeuse ; le marché extensif du sentiment de sécurité du premier se trouve exactement corrélé à l'humaniste marge bénéficiaire croissante du second.

L'autorité institutionnelle, l'Etat, la collectivité locale agissent concrètement pour le bien de l'honnête administré et éventuellement électeur. Une caméra, c'est matériel, incorruptible, c'est froid, immédiat, et ça voit tout. Il ne faudrait tout de même pas, cependant, qu'une de ces instances en viennent à tirer la couverture à elle ; il serait bien hasardeux pour une d'entre elles d'en venir à applaudir le volontarisme sécuritaire et les résultats d'une entité de sensibilité politique différente de la sienne. Aucune véritable torpeur, d'élus statufiés à ce niveau ; juste une pointe de mauvaise conscience (de « gauche ») chez certains.

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Alors, le voyou, dans sa course centrifuge, sautillant d'angle mort en angle mort, ou évitant plus sûrement de déréaliser le dispositif par un regard-caméra mécréant en centre-ville, s'en trouve tout esbaudi ; c'est le seul mouvement d'expansion du secteur de la vidéo-surveillance (onéreuse, avec caméras factices et déficit de personnels scrutant les moniteurs)  qui est le moteur de son efficience possible, répondant à l'honnête contribuable qui s'efforce de persévérer dans son sentiment de sécurité. Notre délinquant, sans cesser d'opérer, disparaît finalement des écrans. Les yeux électroniques sont crevés.

Mais alors, dans quelles conditions un tel dispositif pourrait avoir une quelconque incidence sur ce qui se trouve devant la caméra et, a fortiori, derrière, du côté du regardant ? S'il est question de remettre un peu de réalité et, partant, de sens au verbe « voir », il serait bien temps de (re)stimuler le regard commun et de montrer ce qui n'est pas vu. Entraver la privatisation du regard.

Proposition 1 : retourner les caméras vers ceux-là même qui les pointent. Regardons ce qu'il se passe dans ces instances de décisions, et comment ce simple regard peut brouiller le champ. Voyons les conseils d'administration, les bureaux des élus, les commissariats de police, regardons longuement la genèse d'un plan social, d'un journal, le déroulement d'une garde à vue, le recrutement d'un cadre, les négociations en coulisses, propulsons-nous à l'intérieur du bureau des chefs d'Etat, des voitures de leurs ministres, des avions des décideurs, sans discontinuité... Se ré-approprier toute cette part occultée (et s'il devait y avoir occultation, absence, stratégie d'évitement, tout cela serait vu) de l'action publique, de la décision et, dans le même temps, court-circuiter la peepolisation  (sic) de la société.

Proposition 2 : réorienter les caméras vers les espaces clos, devenus abstraits, où s'exercent la pression sociale, la pression d'Etat, la pression économique. Ces espaces où les « acteurs » ne peuvent, hélas, se dérober. Réinvestir durablement les prisons, les couloirs, les centres de rétention, les usines, les centres d'hébergement... ; se coltiner ce temps long, lancinant, le silence. Retrouver le sens de la durée et du réel, bien loin des coups de théâtre multiples, des acmés médiatiques interchangeables, de l'actualité brûlante. Où l'évènement surgirait de l'arbitraire, de la différence, des chocs...

Les moyens : le réseau de diffusion et de visionnage existe, Internet. Les instruments de captation également, bon marché, les webcams, le matériel léger de prise de vue.

Voilà un programme qui saura retenir l'attention de nos décideurs, friands de moindres coûts, de transparence et de démocratie.

On ne pourra que recommander le « Que sais-je ? » sur la question : « vidéosurveillance et vidéosurveillance », de notre grand criminologue Alain Bauer...

 

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