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jeudi, 21 janvier 2010

Un mal qui répand la terreur …

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Un mal qui répand la terreur, 
Mal que le Marché en sa fureur 
Inventa pour punir les crimes des tradeurs, 
La Grippe [puisqu'il faut l'appeler par son nom] 
Capable de pourvoir aux émois des télévisions, 
Faisait aux  libéraux la guerre. 
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés : 
On n'en voyait point d'occupés 
A chercher le soutien d'une mourante vie ; 
Nul bonus n'excitait leur envie ; 
Ni  riches ni banquiers n'épiaient 
La douce et l'innocente proie. 
Les financiers se fuyaient : 
Plus d'amour, partant plus de joie. 
Le bouffon tint conseil, et dit : Mes chers amis, 
Je crois que le Marché a permis 
Pour nos péchés cette infortune ; 
Que le plus coupable de nous 
Se sacrifie aux traits du divin courroux, 
Peut-être il obtiendra la guérison commune. 
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents 
On fait de pareils dévouements : 
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence 
L'état de notre conscience. 
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons 
J'ai détourné force millions. 
Comment les justifier ? Nulle honnête dépense : 
Même il m'est arrivé quelquefois de manger 
Des français le budget 
Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense 
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi : 
Car on doit souhaiter selon toute justice 
Que le plus coupable périsse. 
- Sire, dit la Roselyne, vous êtes trop bon Rat ; 
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ; 
Et bien, gruger moutons cotisants, sotte espèce, 
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur 
En les dupant beaucoup d'honneur. 
Et quant au budget l'on peut dire 
Qu'il était digne de tous vos maux, 
Etant de ces gens-là qui sur nos impôts 
Se font un chimérique empire. 
Ainsi dit la Ministre, et flatteurs d'applaudir. 
Aussitôt dit, aussitôt fait, 
C’est ainsi qu’au divin marché, 
Séance tenante allègrement furent sacrifiés, 
Et leur budget et leur santé et les français. 

 

 

 

Urbain

 

 

vendredi, 15 janvier 2010

Hiver 2010 : Devant le grand trou noir glacé des idées

 

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Il m’arrive parfois de sortir le nez de ma caverne livresque et, me penchant précautionneusement au fenestron donnant sur le monde extérieur, tenant d’une main mon lorgnon et de l’autre fermement agrippé à ma branlante balustrade forgée d’humanités, je me prends à observer l’agitation spectaculaire du dehors.  
Par ces froides journées de janvier, le frénétique mouvement brownien qui agite le spectacle mondain, semble destiné à produire l’énergie calorique susceptible d’atténuer les rigueurs « allègres » du temps. 
Comme si, en ces heures sombres de frimas et de disette conceptuelle, la société du spectacle devait d’autant plus déployer ses ressources pyrotechniques pour égayer le tableau morose offert au chaland.  
Les réserves, cependant,  pourraient venir à manquer car on y a déjà beaucoup puisé, et tous ses pétards sortent mouillés . Les brouillards de saison peinent à combler le déficit d’opacité salvatrice , estompée par l’évanouissement de plus en plus rapide des fumigènes, pourtant diffusés et renouvelés chaque jour par les « weathermen » de bouffon imperator . 
Déjà toute la nomenklaculture s’alarme de ce que ses rats les plus agiles ne se répandent plus qu’avec une sorte de langueur, et comme engourdis par le gel et le tapis de neige qui freine l’efficace de leur raclage de parquet plus encore que la circulation des marchandises de leur divin marché. 
Serait-ce l’ardeur qui leur fait défaut ?  Tellement tempérée qu’éteinte finalement par les rebuffades d’un sort contraire qui accumula les fiasco ruineux,  de la pandémie virtuelle au bide grotesque du grand débat citoyen (de promotion de la haine identitaire ) ?  
Furent-il si profondément affectés de la succession des annonces macabres, des décès prématurés des taxes carbone et des plus merveilleuses innovations de l’histrion majeur (d’aussi brillantes idées que la cooptation des élus européens par eux-mêmes, et sans plus de perte de temps à recourir à d’inutiles et dispendieuses élections) ?  
Un sort contraire peut-il être si obstinément funeste que des Johnnys partent jusqu’à L.A. pour ne pas même y trépasser … entre les mains du Dr House ( chacun voyant bien que le geste désespéré de Philippe Seguin ne pourra pallier ce retard à l’enfumage que de manière fugace et marginale ) ? 
Un sort si funestement injuste donc … qui, de Copenhague aux Auvergnats, partout semblerait voué au seul découragement de leurs magnifiques efforts de créateurs de possibles
Bouffon lui-même , pourtant jamais en mal d’une directive fumigène, n’a pas (jusqu’ici) obtenu le succès escompté dans son dernier « Debout les morts » ( quand aux vivants il importe qu’ils demeurent tous soigneusement vautrés) , l’initiative  saugrenue convoquant les restes de Camus au Panthéon. 
Cet échec de plus, fut-il momentané, présente cependant une gravité particulière s’il atteste que dans la France post-moderne et néo-pétainiste, où pourtant il ne se passe plus rien depuis plus de 40 ans, les commémorations , même les plus capilotractées, ne suffisent plus à mobiliser les foules de dupes frigorifiés. 
Dès l’épisode Guy Moquet chez Fouquet’s, la pensée au guano avait pris la mesure de la médiocre solubilité des figures de l’histoire dans le brouet de sa « politique de civilisation » au karcher . On comprend donc aisément qu’elle ait jugé « malin » de rebondir sur la commémoration du « philosophe pour classes terminales », réputé consensuel et politiquement assez anodin pour n’être pas susceptible d’appropriation par la pressante et permanente menace islamo-ultra-gauchiste .  
Il n’est pas douteux que le grand cortège commémoratif, Gallimard en tête, défilera solennellement et battra le rappel des poncifs et des banalités de circonstance, mais il est beaucoup moins assuré que ce cortège échappera à l’attraction du grand trou noir qui désormais aspire toutes les productions culturelles promues par le marché qui les engendre, puis les engloutit , à vitesse exponentielle, dans le néant du rapport marchand. 

Car là voilà la « cause première » et efficiente de tous les déboires des prêtres et des zélotes convertis à la rupture :  
un grand trou noir des idées … qui s’est développé au centre de la galaxie libérale décomplexée,  au fil de l’accumulation prodigieuse des niaiseries serviles, qu’y a agrégé depuis quelques lustres la convergence consensuelle de la bien-pensance vautrée, 
et qui désormais attire à lui, inexorablement, toute la pensée molle, que produisent si volontiers et dans une si vaine profusion, les norias de manufacteurs de guano multimédiatique. 

Un dernier regard oblique me découvre , aux marges du gouffre aux sornettes, la prolifération des entreprises millénaristes de la médiacratie, avec les efforts désespérés des racleurs de parquet  pour échapper à l’emprise mortelle du « grand attracteur ».  
Je les vois lancer leurs chimériques « possibles », tels d’inutiles grappins dans  le sable inconsistant de leurs illusoires prétentions, tandis que déjà ils sont entraînés dans le néant inéluctable à quoi les destine leur bouffonnerie servile. 
J’aperçois même d’éminentes figures vermoulues de l’anti-totalitarisme, proférer depuis
leur tribune « libre » du « Monde » des sentences d’apocalypse : 
« Il faut savoir aussi commencer par définir les voies qui conduiraient à la Voie. » 
Et des profondeurs abyssales de la pensée guano, d’où sans doute leur est parvenue cette « lumière » glauque, leur arrive en même temps, telle une antienne sépulcrale, la prière pathétique des malheureux, au bord de l’insatiable trou noir gorgé de sottise galactique, et qui déjà les aspire avec voracité.  
Cette prière se résume à un mot, comme une ultime imprécation , à prononcer d’un voix impérieuse, en agitant les mains devant soi , bras tendus , vers le petit chef secoué de tics : Métamorphose … 
Métamorphose … tel est donc le dernier espoir des arpenteurs du guanodrome, et d’abord de la première d’entre eux, la courtisane, jadis sémillante,  venue des lointains transalpins avec ses millions et son botox.  
Métamorphose … proférait-elle silencieusement ( et sans accent) en étreignant le bouffon agité des épaules, avec la ferveur des princesses de fables épousant des crapauds ou des gnomes dont elles attendent que le premier baiser en fasse des  princes charmants. 

Hélas, avant que de refermer prestement mon fenestron par où déjà se glissaient des vencoulis glacés, j’ai pu clairement apercevoir que les nains des jardins de l’Élysée n’avaient pas muté en apollons du belvédère .

 

Urbain

mercredi, 16 décembre 2009

Un processus sans cause ni fin

Il y a peu, à l’échelle des temps, c’était le 23 octobre 1996, le pape admettait « officiellement » que la théorie de l'évolution des espèces « de Darwin et Lamarck » ( omettant que le darwinisme c’est tout autre chose que le Lamarckisme) était  «plus qu'une hypothèse»... 
Une déclaration dont certains adeptes ( du dogme papal)  purent conclure que cette même « théorie » était donc « moins qu’une réalité » , tandis que d’autres, adeptes du relativisme de toute connaissance ( notamment scientifique ), n’y virent qu’un argument pour renforcer leur thèse que : c’est «un type de connaissance qui en vaut un autre », autrement dit qu’ils placent dans leur système de compréhension de la vie et de son devenir, au même niveau que le « créationnisme » , « le dessein intelligent » et les différents récits mythiques des origines. 
Pour tous ces « sceptiques » ( et c’est en ceci qu’ils sont réputés se distinguer des intégristes) il ne s’agit plus de contester « frontalement » la théorie Darwinienne, mais de poser que c’est est une « hypothèse » à considérer, mais … pas plus qu’une autre, ou juste un peu plus , mais à condition de la vider de son contenu explicatif et de ses conclusions à proprement parler essentielles. 
Tout aussi nombreux sont ceux-là qui ont considéré cette théorie de l’évolution, de la vie, de ses origines et de son devenir, comme justification essentialiste d’une certaine idée de la « nature humaine » et, reprenant étrangement  les termes de la lettre adressé par Marx à Engels le 18 juin 1862 :

«Il est curieux de voir comment Darwin retrouve chez les bêtes et les végétaux sa société anglaise avec la division du travail, la concurrence, l’ouverture de nouveaux marchés, les “inventions” et la “lutte pour la vie” de Malthus. C’est la bellum omnium contra omnes de Hobbes »,

en conclurent ( à l’inverse de Marx , naturellement) qu’au fond, en s’appuyant sur le darwinisme, on pouvait « scientifiquement » établir que le capitalisme et les modalités des rapports sociaux qu’il induisait, étaient « dans la nature  de l’homme », pour lequel ils édifièrent ipso facto une « religion laïque » ,  non pas contradictoire mais complémentaire des précédentes , et cantonnée dans l’ordre séculaire de « l’économie » : le libéralisme . 

Aucun de ces « malgré eux », ralliés au darwinisme au prix de son absolue dénaturation et du rejet de tout ce qu’il implique, n’imagine pourtant qu’une novation endogène puisse affecter le devenir humain. Un destin de l’humanité et du monde dans lequel il s’accompli, qu’ils ne conçoivent que programmé une fois pour toute et à des fins connues d’avance, du reste déjà contenues dans ses causes premières . Il ne s’agit même pas, pour ces zélotes du deus ex machina et de son incarnation dans le divin marché, de se poser la question de savoir si « Dieu joue aux dés ». Il ne s’agit d’ailleurs pas de savoir ou de connaître, encore moins de comprendre, quoique ce soit. Du reste ils ont de ce point de vue le soutien des lumières du relativisme généralisé : puisque de toute façon tout vaut tout et réciproquement, à quoi bon ? 

Avec 150 ans de recul, force est de constater que la méthode heuristique de Darwin s’est révélée d’une fécondité sans pareille et d’une longévité sans équivalent dans l’histoire de la science « moderne ». Pire, pour les dogmatiques : voilà un système de causalité qui explique la vie et son devenir sans la moindre cause première ni aucune finalité , et qui n’a reçu à ce jour aucun contredit. 

La dialectique matérialiste elle-même n’a pas su et n’a pas voulu casser ces briques évolutionnistes, car cette « finalité sans fin » que Kant limitait à son Esthétique, cette « généricité muette » qui, selon Lukacs extrapolant la pensée de Marx, est le propre de « l’être social » humain , ce devenir de toute chose porte le même mécanisme de transformation et de détermination, fait de hasard et de nécessité , où l’histoire fait les hommes en même temps qu’ils la font.  

Ici et maintenant, c’est à dire en Narkozie fin 2009, on peut se laisser aller à déplorer que « nous sommes faits » plutôt qu’en train de faire ( cette histoire).  
Pourtant l’un ne va pas sans l’autre.  

Avec Darwin, le monde comme « création continuée » tel que le posait Descartes, et la méthode qui doit permettre à « moi qui connaît » de saisir « ce qui est à connaître », ont reçu une formalisme pratique et objectif , celui de la connaissance et du savoir opposés au mythe téléologique et à la déclinaison de ses dogmes.  
Avec la théorie de l’évolution s’exprime une nouvelle méthode que mettront a profit, avec la fécondité que l’on sait, de Marx à Planck en passant par Freud, Durkheim, Jacob et tant d’autres, tous ceux qui , après Hegel, mais en récusant toute cause première et toute finalité ultime, démontrèrent que « le rationnel est réel et le réel est rationnel » . 

Alors, pour se convaincre, si besoin est, que l’histoire a un sens à défaut d’avoir une fin, et que nous n’aurons pas à attendre une comète cataclysmique pour que « ça change », une occasion nous est donnée de « faire le point » sur la science « par excellence », celle de la vie, c’est à dire du devenir.

 

Urbain

mercredi, 25 novembre 2009

Perverse cité

La perverse cité : 
Le vice privé  
à l’heure de la reproduction  
des turpitudes publiques.

 

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Michel de Nostredame n’était pas très serein quant aux perspectives de l’an 1559. Il prévoyait quelques troubles et bouleversements, graves et sans précédent : 

« Et sera telle mutation qu'ait esté depuis le temps des Halarics, Honorics & Vandales, onques ne furent tels evenemens, & tels que plusieurs ne voudroyent jamais estre nez. »  

annonçait-il par exemple (en 1558) , dans son style volontiers chantourné.  

Bien qu’assurément fort troublée, l’année 1559 fut pourtant bien moins pourvue en merveilles dignes de frapper de stupeur les contemporains du temps, que celles que nous allions connaître 450 ans plus tard, sous l’impérieuse initiative du prince bouffonnant et de ses zélés courtisans. Frappant plus encore que s’ils avaient affecté la course des astres dans les cieux, des prodiges inouïs vinrent renverser cul par dessus tête tout l’agencement des valeurs et des préceptes qui ordonnait jusqu’ici la bien pensance du royaume, la quiétude des chaumières à la lueur des écrans de radiovision qui brutalement se couvrirent des stupéfiantes images du spectacle inverti. 

2009 eut-il été le chiffre de la bête qu’on eut pas assisté à plus d’ « evenemens & accidens inouys & inaccoustumez » : Là le ministre larmoyait son soutien aux suborneurs d’enfants, en confessant publiquement ses pratiques touristiques lubriques pour mieux récolter l’approbation générale de ses pairs, ici le prince appropriait les plus juteuses sinécures à sa descendance médiocre en piétinant tous les redevables méritants et le droit coutumier. Tous, partout, invoquaient les plus viles raisons comme des aspirations justement sanctifiées. Pour accompagner ce renversement de toutes les valeurs on assistât au relâchement généralisé des pulsions jusque là contenues au nom du bien public et des mœurs partagées, on ne vit plus que génuflexions , échines courbées devant la face du veau d’or, dans les torrents de stupre et de corruption répandue en offrande et témoignage de la nouvelle piété, vouée au déchaînement effréné des passions égoïstes.  
Comme pour convaincre le peuple de célébrer la grande crise conjurée, les nantis et les puissants donnèrent le départ et l’exemple de la bacchanale sous la nouvelle maxime du temps : jouir sans plus d’entraves et conchier les archaïques vergognes. 

Le trouble et la confusion sont tels en cette nouvelle ère que les sages et les prêtres du culte dédaignent leurs anciens domaines d’autorité pour consacrer leurs oracles savants et sentences profondes aux plus étranges controverses, que la veille encore ils rejetaient au rang des futiles et vulgaires vanités.

Tels débattent doctement des nouveaux principes de haute morale , d’honneur et d’identité nationale qui nous commandent plutôt de laver la honte insigne d’un coup de main impie de footballeur que se soucier de l’accablement des pauvres et des faibles au prix de la prospérité inique des riches et des puissants, tandis que tels autres mobilisent l’opinion sur les dommages subis des effets du carnaval radiovisé qu’ils fustigent comme accapareur de la charité des dupes au détriment de leur escarcelle personnelle, que d’autres encore ferraillent sur les caveaux à pourvoir au Panthéon comme de l’affaire la plus cruciale et comminatoire requérant la puissance publique , et que d’autres un peu plus loin accaparent les gazettes multimédiatiques du reniement proclamé de leur sœur voire leur mère en politique, aux motifs de piquage d’assiette respectifs.  
Toutes disputes de cabaret naguère jugées vaines et ridicules, prospérant désormais dans le relâchement général, l’évanouissement d’instances dont les édiles se dissolvent en coma catatonique ou divagation égarée, au son aigrelet des mandolines italiennes désaccordées, alternant les râles ultimes éructés par des rockers séniles mais fortunés.

Mais alors ce « temps où nous sommes » est-il bien celui que décrivait l’auteur de « La Vie sur terre » et l’aveuglement avec :

« Mais pour nous qui sommes dans l'époque annoncée, il y a bien d'autres récréations et ces phénomènes célestes nous laissent complètement indifférents; nous ne perdons pas notre temps à conjecturer sur les « evenemens & accidens inouys & inaccoustumez » que porteraient à notre attention ces signes précurseurs, ces avertissements d'une révélation imminente de vérités encore cachées dont par ces présages nous serions bientôt les curieux spectateurs »

Dany Robert Dufour , déjà chroniqueur des origines de ce temps venu du « divin marché » , a quant à lui prévu et annoncé cette « perverse cité », qui est la notre désormais et compris qu’elle n’augure en rien d’un prochain armageddon décliné en grotesque , mais qu’elle n’est que le fruit monstrueux des noces d’Adam Smith et du Marquis de Sade, accomplissement instrumental des impénétrables desseins du divin marché qui désormais imprime à toute chose la marque de la marchandise et la seule nécessité de circuler.

Pour Dany Robert Dufour ce temps est celui du pervers puritain, de l’accomplissement enfin en actes du modèle névrotique pascalien : l’union de l’amor dei et de l’amor sui rendue enfin possible par le libéralisme du capitalo-parlementarisme de (divin) marché, qui n’a plus guère que ce recours pour occulter que ce « tout est permis » coïncide pour le plus grand nombre avec le « mais rien n’est possible ».

Alors ? 
Saluerons-nous comme Pascal :

«  la grandeur de l’homme d’avoir tiré de la concupiscence un si bel ordre » ?

 

Urbain

 


vendredi, 30 octobre 2009

"Les intellectuels contre la gauche"


La grande  névrose dépressive des intellectuels français.

 

 

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Michael Christofferson est un jeune homme qui n’a pas vécu la période qu’il décrit et analyse dans son livre. C’est en pur historien qu’il s’est intéressé aux intellectuels français d’après guerre, des années 50 à la fin des années 70, avec le recul et l’objectivité conséquente que lui procure sa double étrangeté à l’objet de son étude : l’age et la culture nationale : il est américain, il n’a pas 40 ans. Il a choisi comme sujet de thèse un objet assez étrange et paradoxal pour un jeune historien américain. Il confesse y être venu par le biais de son intérêt initial pour la « période 68 » en France , mais la moindre des surprises que nous réserve ce jeune homme discret, souriant et sans prétention, c’est que travaillant seul dans sa chambrette, pendant plusieurs années, à la lueur tremblante de sa chandelle, sur la thèse qu’il préparait sous la houlette de Robert Paxton, et qui va devenir le « grand livre » de l’histoire des idées en France sur la seconde moitié du XXème siècle, il va réussir le même « coup de maître » que Paxton jadis sur « la France de Vichy » : révéler au Français (la suite de) leur propre histoire, soigneusement occultée jusqu’ici.

Pour parvenir à ce résultat il a fallu que le jeune historien travaille sérieusement et de manière très scrupuleuse. Ce qu’il fit, mais évidemment ça ne suffit pas à produire un tel effet de novation et d’accroissement des connaissances - au point qu’on peut parler de « révélation » - qu’à peine publié il a déjà a donné lieu à une importante recension. Une authentique révélation qui prend pour cible les fausses , et singulièrement une , que le futur lecteur du livre saura apprécier comme il se doit. En réalité, le livre de Christofferson repose sur deux intuitions remarquables :

D’une part le rôle majeur de deux évènements dans l’histoire de la France d’après guerre : « mai 68 » et tout son pathos rapporté aux circonstances politiques et idéologiques de « l’union de la gauche » initiée 6 ans plus tard par le PS et le PC français, en tant que phases déterminantes (initiatrices) de ce que Lacan appelait la "grande névrose contemporaine" : la dépression.

Naturellement Michael Christofferson ne fait aucune référence à cette conception psychanalytique, que Lacan pouvait rapporter au corps social tout entier quand il affirmait qu’elle enferme son sujet dans l'impuissance et l'utopie, et au delà naturellement dans le déni et le refoulement. Comment pourtant ne pas voir qu’à l’évidence l’histoire que Michael Christofferson nous découvre , avec une impitoyable rigueur historiographique, s’organise bien autour d’une telle figure pathologique, avec la phase de montée progressive de la pulsion désirante (les années 60) , son apogée (68), puis aussitôt la frustration de l’inassouvissement (fin 68) , entraînant le déclenchement du processus névrotique dépressif avec toutes les modalités symboliques du refoulé qui dès lors seront convoquées (les années 70 ).

D’autre part la compréhension de la généalogie du concept/fantasme central de cette scène symbolique : le totalitarisme « à la française » et son envers , figure essentielle du refoulement : l’anti-totalitarisme, fédérateur de toutes les stratégies individuelles compensatoires des névrosés affectés.

Cette histoire là, bien différente de celle que nous serine depuis 30 ans la doxa relativiste et « morale » vulgarisée par nos « intellectuels» de cour, désormais hégémoniques en tant que parvenus aux postes de commande de l’appareil idéologique, cette histoire VRAIE, permet de comprendre enfin « comment on en est arrivé là » …

Car, dans une très large mesure, c’est « leur histoire », celle des renégats de tous poils , ex-communistes, ex-maoïstes, ex « compagnons de route » du parti, de la GP, etc. , toujours libertaires mais désormais libéraux et démocrates , dont la seule détermination consistante au fil du temps (avec l’opportunisme le plus narcissique) fut le rejet compulsif du marxisme auquel jadis , « dans l’enfance de l’age », ils avaient puérilement adhéré …

Nous parlons ici, évidemment des survivants, encore en charge de juteuses et gratifiantes sinécures, mais bien d’autres, très notoires ou un peu oubliés, ont disparu mais n’en ont pas moins participé activement à ce spectaculaire effondrement, tandis que d’autres encore y contribuèrent par leur effacement et/ou leur impotence théorique.

Ceux dont il ne sera guère question , et naturellement Michael Christofferson sait bien qu’il y en eut (et pas des moindres) et qu’il y en a encore, ce sont ceux qui ne purent renverser ce rapport de force névrotique et combattre un mouvement aussi massif et compulsif que cette grande névrose dépressive des intellectuels français d’influence . Ceux-là, des « résistants » et leur généalogie, peut-être, enfin, vont ils pouvoir reprendre le dessus ? Il est bien temps de commencer la cure.

Donc … il était une fois, dans un beau pays qu’on appelait « France » et qui sortait d’une longue et terrible guerre contre la tyrannie …

 


Urbain

 

 

 

 
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