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mercredi, 22 juillet 2009

Sgt. Papy's Lonely Hearts Club Band

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Le 16 juillet 2008 *, la commission européenne votait un amendement initié par Charlie McGreevy, commissaire chargé du marché intérieur et des services, et validant deux initiatives dans le domaine du droit d'auteur. Ainsi, la première prévoit-elle de « porter de 50 à 95 ans la durée de protection des exécutions enregistrées et de l’enregistrement proprement dit. La proposition bénéficierait ainsi tant à l’artiste interprète ou exécutant qu’au producteur. Elle traduit également l’importance que l'Europe accorde à leur contribution créative ». La seconde disposition vise à abolir les monopoles nationaux des organismes de collecte des droits d'auteurs (telle la SACEM, en France) ; c'est donc la mise en concurrence de ces organismes nationaux. « Cette décision aura un effet positif sur la diversité culturelle », indique Neelie Kroes, commissaire à la Concurrence. Elle permettra « d'offrir aux auditeurs un choix plus vaste et aux auteurs des revenus potentiellement plus importants ».

On pourra trouver le « press release » ici .

Charlie explicite une des visions à l'origine de son texte :  « Compte tenu de l’espérance de vie dans l’UE, 75 ans pour les hommes et 81 ans pour les femmes, il n’est pas rare que ces personnes deviennent octogénaires, voire nonagénaires, alors qu’elles ne perçoivent plus aucun revenu de leurs enregistrements ». Voilà donc un amendement qui, sans conteste, saura adoucir les vieux jours de nos grands artistes européens (abandoooooonné-é-és ou non).

Pourtant, un paragraphe, moins immédiatement spectaculaire et médiatisé que le passage de 50 à 95 ans de la durée de protection, vaut son pesant de royalties et vient, si besoins étaient encore, balayer la poussive justification de Charlie :

« En outre, dans le cas des compositions musicales auxquelles ont contribué plusieurs auteurs, la Commission propose une méthode de calcul uniforme de la durée de protection. [...] La règle proposée prévoit que la durée de protection d’une composition musicale expire 70 ans après la mort du dernier auteur vivant, qu'il s'agisse de l'auteur des paroles ou du compositeur de la musique. »

De plus, Charlie, non content de s'attaquer à la paupérisation des créateurs en fin de cycle biologique, se fait fort de pourfendre l'oubli des petites mains, la spoliation des méticuleux artisans et autres indépendants...

Charlie :

«Je n’ai pas en tête des artistes de renom tels Cliff Richard ou Aznavour. Je pense aux milliers de musiciens de studios qui jouent sur les enregistrements des années 50 et 60, qui ne percevront plus aucune redevance liée à leur contribution, alors qu’il s’agit souvent là de leur seule retraite.»

Aucune histoire de lobbying, aucune volonté d'accentuer les phénomènes de rente et de monopole dans tout cela, n'est-ce pas, mais juste une défense acharnée des petits métiers (qui génèrent encore aujourd'hui des profits gigantesques, c'est connu)...

Propagande connue et usée, ici et là...

Caressée dans le sens du profit prorogé, l'industrie du disque glousse de plaisir.

Et c'est également la question du domaine public qui se pose ; ce lieu où les choses, extirpées de l'univers marchand (ou exploitées par d'autres, dans le jeu de la fameuse concurrence et de la diversité), circulent librement, sont assemblées, transformées, retrouvées, tordues, réinjectées dans le geste de création etc.

Dans « L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique », Walter Benjamin questionne le rôle, le statut de l'oeuvre d'art au moment même de l'essor des techniques de reproduction de masse (photographie, imprimerie, copie ; et aujourd'hui traitement numérique, échange de fichiers etc.). Il voit dans la reproductibilité technique de l'oeuvre la perte de son aura et étudie les changements subséquents dans la perception de l'oeuvre par le « public ». Toutefois, Benjamin ne regrette pas la disparition de l'aura et y décèle, au contraire, la véritable création dans le sens où elle s'émancipe de valeurs extérieures telle que la religion ou l'Etat (« l'aura de l'oeuvre à l'époque classique n'est pas autre chose que l'intrusion d'un pouvoir exogène décidé à pénétrer le champ de l'art pour mieux assujettir le monde. » Bruno Tackels). Avec l'oeuvre d'art reproduite et distribuée, c'est l'ensemble du « public » qui a accès à l'art, qui en modifie le sens, qui est transfiguré par l'oeuvre. Selon Benjamin, l'art ainsi débarrassé de l'aura permet  de se libérer de l’aliénation de masse devant les images. Et c'est à ce moment-là que, véritablement, « l'aura peut apparaître et devenir visible pour l'œil moderne » selon  Bruno Tackels.

Evidemment, ce processus fut également interrogé du point de vue du risque (et de la réalité) de voir l'oeuvre d'art devenir marchandise, qu'elle se fétichise dans son appropriation par la masse...

« La culture, qui d'après son propre sens non seulement obéissait aux hommes, mais toujours aussi protestait contre la condition sclérosée dans laquelle ils vivent — et par là les honorait — cette culture, par son assimilation totale aux hommes, se trouve intégrée à cette condition sclérosée; ainsi elle avilit les hommes encore une fois. Les productions de l'esprit dans le style de l'industrie culturelle ne sont plus aussi des marchandises, mais le sont intégralement. » Theodor Adorno.

http://www.le-terrier.net/adorno/industrie.htm

C'est pourquoi le domaine public et sa dimension politique peuvent venir court-circuiter ce phénomène de marchandisation.

Et ce domaine public s'exprime notamment sur Internet ; qui revient encore comme cible privilégiée du gentil espace marchand.

Que pourra-t-il advenir du travail de sites souvent vitaux tels que :

http://www.ubu.com/

http://www.archive.org/index.php

http://www.europafilmtreasures.fr/

Il faut y aller, y musarder, y rester... Et y exercer son regard critique. Encore...

Et laisser les productions de nos grands artistes sur les étals, entre l'oseille transgénique et les poulets aux hormones.

 

Le Britannique Henry Allingham peut enfin souffler (poussivement). Son enregistrement artisanal de « Peter, Peter, Pumpkin Eater » datant de 1918 et exécuté en yodlant sur un grand-bi pourra encore lui rapporter gros. Peinard jusqu'en 2013.

Henry Allingham est l'homme le plus âgé d'Europe.

 

 

 f

* Réedition d'une note publiée l'été dernier suite au décès d'Henry Allingham le 18 juillet 2009 (et en plus, il était génial ce billet).

vendredi, 08 mai 2009

Remixe ma tribune

 

 

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Monsieur le Président du Præsidium du Soviet suprême,


Depuis toujours nous soutenons le parti. Chaque fois que vous avez fait appel à nous, nous avons répondu présent. Pas par crainte. Moins encore par intérêt. Par devoir envers le Parti et la mère Patrie.

Le Parti - notre famille - c'est le refus d'un ordre purement marchand. C'est la protection du faible contre le fort. En particulier pour la culture populaire. En ne les abandonnant pas à la loi démoniaque du marché, le Parti a sauvé les artistes dans notre pays. C'était vrai, en particulier, des dispositions prises sous Леони́д Ильи́ч Бре́жнев. Ceux de nos voisins, aux mains de capitalistes renégats, n'ont pas fait ce choix-là et n'ont pas le grand cinéma ni la grande musique.

En imposant, à l'occasion du lumineux oukase "Создание Интернет-И", des règles au Département des transports et des télécommunications près le CC du PCUS (comme vous les aviez imposées naguère à la radio et à la télévision d'Etat) pour qu'ils promeuvent la création officielle, vous venez de tourner le dos de manière fracassante à toutes les tentatives subversives des ennemis du Parti, manipulés par l'extérieur.

Vous étiez la résistance à la déréglementation, à la loi de la jungle et du plus fort qui assassine la grande culture d'Etat. Vous êtes désormais, par l'effet de votre vision de l'Histoire, le chantre du combat débridé contre les arts antipatriotiques, à l'heure du numérique.

Vous le savez : la culture qui glorifie le régime et lutte contre les démocraties libérales est un droit de l'Homme nouveau. Mais, ce n'est pas parce que des camarades portent des chapkas graisseuses et déclament avec ferveur du Pouchkine que leur âpreté et leur trahison sont moindres. Pour être cool en apparence, l'artiste dégénéré n'en est pas moins sauvagement prédateur ! Pascal Négrov nous enseigne : "le Peuple doit combattre pour les intérêts du Parti comme pour sa ration de vodka".

En faisant échec à l'intrusion dans notre patrie de la culture libérale et de ses agents subversifs, vous nous avez adressé un message de rupture. Par la présente, nous en accusons réception.

Vous avez su apporter tout votre soutien à la culture multiséculaire et à l'art puissant de notre peuple, mais il nous semble aussi, et cela est crucial, que vous avez également su réinventer l'âme de l'Homme nouveau.

Quant à nous, nous restons plus que jamais fidèle au Parti, comme ça, quand vous sifflerez la Kalinka, vous pourrez nous voir danser en pleurant de chaudes larmes d'Etat.

Veuillez croire, Monsieur le Président du Præsidium du Soviet suprême, en l'expression de nos salutations patriotiques.

 

Pierre Arditov, Juliette Grécova, Maksim Leforeski, Bernard Muratev, Michel Piccolov (et salutations au camarade commissaire Négrov qui a su si bien exprimer, à notre place, la ferveur de notre coeur.)

 

___________

 

Toi aussi, ami lecteur, amuse-toi à remixer cette merveilleuse missive. La matière, aimablement offerte par un quintet méchamment de gauche, se trouve ici :


http://www.lemonde.fr/archives/article/2009/05/04/loi-sur-le-piratage-des-artistes-de-gauche-denoncent-la-strategie-du-ps_1188363_0.html

 

Il est également disponible sur le réseau pitoupi, garanti sans DRM ni coquilles.

 

Ce texte à l'argumentaire inepte regorge de possibilités stylistiques fécondes.

 

L'autorité Nrvopi désignera le meilleur remix et l'heureux lauréat se verra convier à un dîner traditionnel de gauche avec l'exquis quintet libre et non faussé.

 

f


 

 

vendredi, 13 février 2009

Ne riez pas: Bouygues grand mécène de la Culture!

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D'abord, j'ai cru au gag.

Mais non, on n'est pas le 1er avril et l'invitation est tout à fait officielle:

«

Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication,

vous prie de bien vouloir assister à la réception au cours de laquelle elle remettra la distinction de

Grand Mécène du ministère de la Culture

à

Bouygues

Hermès / Fondation d’entreprise Hermès

Fondation Macdonald Stewart

Société Générale

Les Fondations Velux

le mercredi 11 février 2009

à 19 heures précises

dans les salons du Ministère

3, rue de Valois, Paris 1er

Cette invitation valable pour une personne vous sera demandée à l’entrée.»

D'abord, le qualificatif de "Grand mécène" d'un ministère me laisse perplexe.

Surtout quand il qualifie des marchands de temps de cerveau disponible autoproclamés.

Et puis, j'ai l'air fine: juste avant de recevoir ce mail, je m'apprêtais à faire un post long et argumenté... contre ceux qui veulent la peau de ce ministère!

Mais à quoi bon, puisqu'il choisit manifestement de s'autodétruire par le ridicule, en rampant devant les marchands?

 

Valdo

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Sources : Avec l'aimable autorisation de Valdo

Le Post

Micro-Cassandre

 

 

 

Un excellent billet sur le même sujet  à lire également rue-affre

 

 

mercredi, 10 septembre 2008

Pour faire lire (et causer) mon canari

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J’ai observé que mon boycott total, officiel et assumé jusqu’au bout, des jeux olympiques d’été … n’a eu aucun effet ni le moindre écho médiatique.

Pourtant il m’a grandement satisfait dans la mesure où, à titre individuel, il m’a permis d’échapper à la gigantesque et ruineuse duperie qui a pu, pendant cette même période, distraire de leurs fonctions utiles et gravement affecter les capacités mentales d’une large proportion de la population de mon pays et du monde.

C’est quand même pas rien.

Maintenant que ce désastre (dans l’ordre de l’esprit et de l’humaine nature) est derrière nous, que d’autres, nombreux mais de moindre ampleur, s’annoncent , que j’entends affronter et surmonter de même et sans plus de dommages, a contrario de la foule des zélotes de la radiovision, déjà terrassés d’épilepsie spectaculaire et contraints désormais de mobiliser leurs derniers neurones valides aux fins incertaines de captation du message délivré par l’oracle d’informe-ation.

Maintenant donc, dans cette période que l’oracle vibratile a rempli d’un signal propagé dans toutes les directions et qui est décodé de manière univoque sous l’injonction comminatoire de la rentrée, déclenchant une déclinaison figée de comportements sociaux très anciennement programmés selon chaque corporation de sujets exposés à l’onde informe-hâtive.

Dans ce moment précis, je me dis que s’il y a bien une singularité propre à la période, je veux dire propre à la rendre digne d’intérêt, il faut l’entendre comme les physiciens : une discontinuité, un accident qui vient rompre la monotone réitération des évènements et affecter leur prévisibilité immémoriale.

De tels accidents ont-ils eu lieu, à la saison de leur surgissement cyclique ?

Sache, lecteur avide d’histoires grosses d’échappées gratifiantes pour ton imaginaire insatiable, mais redoutant par dessus tout de te voir fourgué de ces objets  qui ont la terrible propriété de tomber des mains ;


Sache lecteur curieux des nouveautés (que l’actualité de la production intellectuelle est réputée pourvoir à la seule fin de te divertir), mais en même temps soucieux de ne pas subir l’ennui des mondanités verbeuses de cuistres distingués par leurs pairs ;

667668790.jpgsache lecteur usager des transports communément disponibles aux foules de la migration bi-quotidienne, véhiculant dans un hypothétique confort, par les souterrains métropolitains au jour aboli, ou  les chaussées urbaines embarrassées d’obstacles mouvants, le flux pensif et maussade des agents de la société du spectacle marchand ;
oui toi cet usager des "transports", dans ce temps qu'ils durent, soustrait à ta durée de vie ;

Toi cet usager (usagé serait plus authentique) friand de palliatifs commodes et bon marché au sentiment pénible de la conscience de ton état, dans un format qui épouse celui de tes poches et facilite le feuilletage au sein de l’intimité contrainte et des espaces vitaux réduits ;

Sachez tous, consommateurs impénitents de ces mondes réduits à la forme millénaire du codex,  receuil des signes dont vous nourrissez et renouvelez votre intérêt à éprouver la vie … autour,
sachez que de telles aspérités à la surface lisse, informe et insignifiante de la production spectaculaire marchande … sont rares ;

Sachez qu’elles requièrent donc, pour leur détection, une véritable abnégation de la part de ceux dont vous attendez qu’ils vous en dénichent, avec la sureté de la baguette du sourcier.
Ces sourciers de l’eau à abreuver vos méninges asséchées, les libraires comme on les appelle communément, ont du mérite assurément et du savoir faire.
Car il faut bien de cette sorte de mérite à ne pas se laisser abuser .... par les résurgences fugaces qui font scintiller quelques cailloux, mais aussi vite taries que brutalement apparues, renvoyant la vulgaire caillasse de leur lit à sa stérilité première ;

Par les flots colorés abondamment déversés (au point que les tenants de la marchandise les facilitent de larges canalisations), mais dont l’eau tempétueuse s’avère impropre à la consommation, voire nocive à la matière cérébrale ;
Par les torrents pollués d’apports annexes et délétères, les petites mares qui sourdent mais déjà chargées de miasmes, jusqu’à l’humidité suspecte mais finalement révélatrice de douteux soulagements et, au delà de la chose brute, par tous les flacons étincelants, chamarrés et trompeurs que façonnent pour vous des illusionnistes patentés institués « critiques ».

Mesurez donc à quel degré d’apostolat véritable, de labeur scrupuleux et infatigable, de pénible discernement votre modeste libraire « de proximité » a du s’astreindre pour parvenir à diriger cet index assuré qui pointe si fermement des livres anonymes sur les tables encombrées, et désigne à la satisfaction de votre attente fébrile (comme au porte-carte du ministre de « la lettre volée ») les recueils de l’assouvissement promis, distingués de la vaine multitude à votre seule intention.

Alors ? me direz vous, l’œil vif de désir impatient et frustré, mais quand même un peu troublé de perplexité.
Alors qui ? alors quoi ?
Fort peu, ai-je l’aigre aveu à vous faire.

Et comme je n’ai pas la sotte vanité de prétendre ajouter ma voix au concert cacophonique des critiques patentés, je me contenterai donc de la très brève énumération de ce qui, pour autant que je sache, ne devrait pas vous « tomber des mains » :

William T. Vollmann, : Pourquoi êtes-vous pauvres ? traduit par Claro. (Actes Sud)
Ce n'est pas un roman , mais un chapitre du livre ouvert sur le monde post-moderne (celui que les journalistes et autres médiacrates ont renoncé à écrire), et Vollmann n'est pas la moitié d’un écrivain.
Je crois qu’on va en parler, si ça n’est déjà fait (je ne lis toujours pas la presse).

Iliya Trojanow : Le Collectionneur de mondes ( Buchet chastel)
Pour voyager et s’ouvrir l’esprit … aux autres.
Totalement « différent », initiatique, envoûtant, peut-être un livre culte.
Voir ce lien pour une présentation "décalée" par l ‘auteur.

Coté français, surnagent :

Christian Oster : Trois Hommes seuls (Minuit)
La perfection du style et l’ironie d’un Flaubert scrutant l’insignifiance de la vie de trois messieurs Bobovary en tentative de villégiature (avec une chaise).
Prose parfaite (pour esthètes)

et accessoirement :

Régis Jauffret :  Lacrimosa (Gallimard)
La moitié d’un bon livre.
Peut mieux faire (la prochaine fois ?), mais c’est déjà pas mal (c'est un écrivain, à ce qu'il me semble).

Au final... Tout ça est peu de chose à coté de "la Vie sur terre" de Baudouin de Bodinat

On en reparlera...

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Urbain

vendredi, 25 juillet 2008

Sgt. Papy's Lonely Hearts Club Band

 

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Le 16 juillet dernier, la commission européenne votait un amendement initié par Charlie McGreevy, commissaire chargé du marché intérieur et des services, et validant deux initiatives dans le domaine du droit d'auteur. Ainsi, la première prévoit-elle de « porter de 50 à 95 ans la durée de protection des exécutions enregistrées et de l’enregistrement proprement dit. La proposition bénéficierait ainsi tant à l’artiste interprète ou exécutant qu’au producteur. Elle traduit également l’importance que l'Europe accorde à leur contribution créative ». La seconde disposition vise à abolir les monopoles nationaux des organismes de collecte des droits d'auteurs (telle la SACEM, en France) ; c'est donc la mise en concurrence de ces organismes nationaux. « Cette décision aura un effet positif sur la diversité culturelle », indique Neelie Kroes, commissaire à la Concurrence. Elle permettra « d'offrir aux auditeurs un choix plus vaste et aux auteurs des revenus potentiellement plus importants ».

On pourra trouver le « press release » ici .

Charlie explicite une des visions à l'origine de son texte : « Compte tenu de l’espérance de vie dans l’UE, 75 ans pour les hommes et 81 ans pour les femmes, il n’est pas rare que ces personnes deviennent octogénaires, voire nonagénaires, alors qu’elles ne perçoivent plus aucun revenu de leurs enregistrements ». Voilà donc un amendement qui, sans conteste, saura adoucir les vieux jours de nos grands artistes européens (abandoooooonné-é-és ou non).

Pourtant, un paragraphe, moins immédiatement spectaculaire et médiatisé que le passage de 50 à 95 ans de la durée de protection, vaut son pesant de royalties et vient, si besoins étaient encore, balayer la poussive justification de Charlie :

« En outre, dans le cas des compositions musicales auxquelles ont contribué plusieurs auteurs, la Commission propose une méthode de calcul uniforme de la durée de protection. [...] La règle proposée prévoit que la durée de protection d’une composition musicale expire 70 ans après la mort du dernier auteur vivant, qu'il s'agisse de l'auteur des paroles ou du compositeur de la musique. »

De plus, Charlie, non content de s'attaquer à la paupérisation des créateurs en fin de cycle biologique, se fait fort de pourfendre l'oubli des petites mains, la spoliation des méticuleux artisans et autres indépendants...

Charlie :

«Je n’ai pas en tête des artistes de renom tels Cliff Richard ou Aznavour. Je pense aux milliers de musiciens de studios qui jouent sur les enregistrements des années 50 et 60, qui ne percevront plus aucune redevance liée à leur contribution, alors qu’il s’agit souvent là de leur seule retraite.»

Aucune histoire de lobbying, aucune volonté d'accentuer les phénomènes de rente et de monopole dans tout cela, n'est-ce pas, mais juste une défense acharnée des petits métiers (qui génèrent encore aujourd'hui des profits gigantesques, c'est connu)...

Propagande connue et usée, ici et là...

Caressée dans le sens du profit prorogé, l'industrie du disque glousse de plaisir.

Et c'est également la question du domaine public qui se pose ; ce lieu où les choses, extirpées de l'univers marchand (ou exploitées par d'autres, dans le jeu de la fameuse concurrence et de la diversité), circulent librement, sont assemblées, transformées, retrouvées, tordues, réinjectées dans le geste de création etc.

Dans « L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique », Walter Benjamin questionne le rôle, le statut de l'oeuvre d'art au moment même de l'essor des techniques de reproduction de masse (photographie, imprimerie, copie ; et aujourd'hui traitement numérique, échange de fichiers etc.). Il voit dans la reproductibilité technique de l'oeuvre la perte de son aura et étudie les changements subséquents dans la perception de l'oeuvre par le « public ». Toutefois, Benjamin ne regrette pas la disparition de l'aura et y décèle, au contraire, la véritable création dans le sens où elle s'émancipe de valeurs extérieures telle que la religion ou l'Etat (« l'aura de l'oeuvre à l'époque classique n'est pas autre chose que l'intrusion d'un pouvoir exogène décidé à pénétrer le champ de l'art pour mieux assujettir le monde. » Bruno Tackels). Avec l'oeuvre d'art reproduite et distribuée, c'est l'ensemble du « public » qui a accès à l'art, qui en modifie le sens, qui est transfiguré par l'oeuvre. Selon Benjamin, l'art ainsi débarrassé de l'aura permet  de se libérer de l’aliénation de masse devant les images. Et c'est à ce moment-là que, véritablement, « l'aura peut apparaître et devenir visible pour l'œil moderne » selon  Bruno Tackels.

Evidemment, ce processus fut également interrogé du point de vue du risque (et de la réalité) de voir l'oeuvre d'art devenir marchandise, qu'elle se fétichise dans son appropriation par la masse...

« La culture, qui d'après son propre sens non seulement obéissait aux hommes, mais toujours aussi protestait contre la condition sclérosée dans laquelle ils vivent — et par là les honorait — cette culture, par son assimilation totale aux hommes, se trouve intégrée à cette condition sclérosée; ainsi elle avilit les hommes encore une fois. Les productions de l'esprit dans le style de l'industrie culturelle ne sont plus aussi des marchandises, mais le sont intégralement. » Theodor Adorno.

http://www.le-terrier.net/adorno/industrie.htm

C'est pourquoi le domaine public et sa dimension politique peuvent venir court-circuiter ce phénomène de marchandisation.

Et ce domaine public s'exprime notamment sur Internet ; qui revient encore comme cible privilégiée du gentil espace marchand.

Que pourra-t-il advenir du travail de sites souvent vitaux tels que :

http://www.ubu.com/

http://www.archive.org/index.php

http://www.europafilmtreasures.fr/

Il faut y aller, y musarder, y rester... Et y exercer son regard critique. Encore...

Et laisser les productions de nos grands artistes sur les étals, entre l'oseille transgénique et les poulets aux hormones.

 

Le Britannique Henry Allingham peut enfin souffler (poussivement). Son enregistrement artisanal de « Peter, Peter, Pumpkin Eater » datant de 1918 et exécuté en yodlant sur un grand-bi pourra encore lui rapporter gros. Peinard jusqu'en 2013.

Henry Allingham est l'homme le plus âgé d'Europe.

 

 

 

 

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