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vendredi, 29 janvier 2010

L'idéologie responsable

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« Le Ministère a choisi délibérément d’évacuer du programme de SES proposé en classe de seconde la plupart des questions de société qui y étaient abordées jusqu’à présent : suppression des questionnements sur l’emploi et le chômage, sur l’investissement, sur les revenus et les inégalités ou encore sur les transformations de la famille au profit de questions sur l’épargne, la fixation des prix (y compris du prix d’équilibre) dans une perspective positiviste et monolithique de l’économie ». (Source).

Le chômage disparaît car il n'est qu'un épiphénomène économique lié à la responsabilisation de chacun (la cohésion du groupe contre les assistés). Une société modèle émerge de cette manipulation. Une fois n'est pas coutume, il faut admettre la cohérence de ce dispositif avec l'approche économique de ce gouvernement. Le chômage, les inégalités sont relégués habilement aux conséquences punitives du non-méritant, quotité négligeable, le système procède purement à son exclusion définitive.

Étudier superficiellement, selon ces nouveaux indicateurs, orientent les réponses aux éventuelles questions soulevées. L'État se défausse allégrement de ses casseroles et transforme le système en marché concurrentiel en retenant uniquement un postulat celui du «  plein emploi ».

La force de ce passage à la trappe génère une conception unique, celle du seul système référent « le nouveau capitalisme libéral mais un peu régulé quand même, au niveau des prix ».

Cet arrangement discret au cœur des programmes scolaires porte un nom : La propagande. Les systèmes démocratiques disposent de la publicité, à haute dose, pour développer les besoins compulsifs d'achat nécessaires au rythme effréné de cette économie de marché et de prétextes d'amélioration ou d'évolution pour propager leur idéologie.

On peut s'étonner d'une réforme quasi confidentielle, pas de communication tapageuse de la part du gouvernement, sans doute pour éviter les réactions semblables à celles du remaniement de la partie « histoire  des colonies » dont le revers cuisant a imposé, dorénavant, d'user de plus de discrétion.

Le bien-fondé de mesures non claironnées à mettre au profit d'un bénéfice commun, au moment où se jouent des élections importantes, devrait déclencher une certaine inquiétude.

« Un enseignement en économie pour tous » dit M. Chatel.

Raccourcir, ça allège les heures de cours, ça tombe bien, il y a de moins en moins de profs... Les économies de l'économie.

Et surtout, le chômage a été réduit à néant, pas seulement dans le cadre de la formation des esprits, les statistiques le prouvent. Les nombreuses radiations occultées permettront, une fois de plus, de saluer les retombées de l'action du gouvernement, 1 million de chômeurs en moins sur 2010 (la fin de droits, c'est une victoire de l'économie sur les finances publiques).

La relance de l'emploi à l'Elysée risque de ne pas être significative dans les chiffres, un clandestin ça compte ?

 

Agathe

Un lien particulièrement intéressant qui en dit long sur la gestion du chômage

http://www.liberation.fr/societe/0101615830-le-chomage-ba...

http://www.rue89.com/2010/01/26/le-chomage-disparait-du-p...

 

 

 

 

mercredi, 27 janvier 2010

Haïti : ontologie négative de l’état


 

 

Dans une approche classique et rationaliste de l’ontologie, cette discipline de la philosophie antique visant à « dire ce qui est pour ce que c’est » , les anciens avaient très tôt remarqué qu’il  peut être commode et instructif d’approcher négativement les choses, et de découvrir ce qu’elles sont par opposition avec ce que l’on sait avec certitude qu’elles ne sont pas, ou ne sont plus .
De même, si la vie  n’est pas saisissable au travers de la mort, du moins en considérant un cadavre et en essayant de dénombrer les qualités qui le distinguent de ce qu’il fut , quand il était vivant, sans doute peut-on approcher quelques uns des traits les plus éminents et distinctifs de ces qualités qui font la vie.
Si nous appliquons cette méthode à la situation actuelle du corps moribond de l’État Haïtien, nous pouvons commencer à nous figurer ce qui  faisait de cet État un corps « vivant » et « actif » . Pour cela il nous suffit de dénombrer et considérer les principaux aspects de l’État « moderne » sous l’angle du manque : de ce qui actuellement fait défaut à Haïti, de ce point de vue.

Naturellement on n’oubliera pas que, au plan de l’État, comme de beaucoup d’autres, les haïtiens étaient déjà considérés avant (ce dernier cataclysme) comme une des populations les plus dépourvues qui soit sur cette planète. Une carence qui était d’ailleurs supposée justifier l’omniprésence sur ce petit territoire des antennes onusiennes, ou supranationales, et autres organisations gouvernementales ou non, supposées suppléer un État considéré comme défaillant.
Pourtant avec l’ultime désastre qui a « tout anéanti », on découvre que ce ne sont pas les seules fonctions « régaliennes » fondamentales , ou ce qui en subsistait, qui ont été brutalement abolies : communications, sécurité, circulation des biens et des personnes,  approvisionnement, etc. Toutes ces choses que la « solidarité » planétaire est réputée désormais pourvoir, remplacer ou rebâtir dans l’urgence. Ce ne sont pas seulement d’abri, de soins ou de nourriture que les survivants ont ou vont avoir cruellement besoin. C’est des institutions de base, des instances étatiques les plus banales et si communes qu’on en oublie même qu’elles sont la forme courante que prend l’état dans les rapports sociaux ordinaires, ceux de la civis , de la vie quotidienne du sujet dans la cité.
Pour s’en convaincre il suffisait d’écouter ces avocats Haïtiens sur le point de céder à l’accablement constatant que non seulement bon nombre de leurs confrères avocats ou magistrats étaient morts, que les palais de justice avaient été détruits mais que les archives mêmes y ont disparu. Un anéantissement complet de toute la fonction « étatique » de justice et de droit qui a par exemple pour conséquence annexe mais immédiate d’interdire aussi bien l’identification des morts ( et parfois des vivants) que toute la chaîne de conséquences sociales et obligations familiales et morales de leurs décès, et jusqu’à l’accès pour les survivants aux ressources, biens  et avoirs de leurs parents défunts.
Même amoindries, affaiblies au point où elles pouvaient l’être en Haïti, l’abolition brutale des instances élémentaires et pratiques, concrétisant et pérennisant les fonctions sociales dévolues à l’État « de droit » permet de mesurer la nature et la valeur de ce « bien commun » sans lequel les communautés humaines d’aujourd’hui semblent vouées à la déréliction et au chaos absolu.
Dans un raccourci typiquement médiatique, le site qui nous héberge titrait ce jour :
« Haïti: Les secouristes français sauvent un homme vivant des décombres... Des files d'attentes devant les banques »

Au delà de la formulation presque absurde et comme toujours pléonasmique , tautologique, et racoleuse ( en si peu de mots pourtant), c’est bien l’expression  sur le mode complaisant et vulgaire mais pourtant « sincère » de la contingence des rapports sociaux tels que le spectacle nous les représente, dans une immanence troublante de la domination qui associe la survie pathétique des corps … à celle des banques.
Naturellement ça n’est pas à une réflexion sur ce type de production idéologique dominante que je convie le lecteur (et témoin -comme l’auteur de ces lignes- du désastre affreux et de la souffrance de ces millions de nos semblables).
Pour un marxiste ( comme moi) il y a un sujet (de réflexion) autrement plus important et réel sur lequel ces faits têtus , terribles et concrets jettent une lumière crue mais encore incertaine : celui de l’État. Cet État, forme du « nous » communautaire, que le communisme doit nous permettre de dépasser au terme des temps préhistoriques que nous vivons encore. Cet État qui pour Marx n’est qu’une contingence intermédiaire et provisoire, mais qui demeure bien une des formes concrètes sous lesquelles nous devons continuer de penser les rapports sociaux et leur (r)évolution.

 

Ami lecteur je vous invite donc à réfléchir à cette « forme État » (comme d’ailleurs à la « forme parti » qui est son prolongement dans l’ordre politique actuel) , sous les doubles auspices éminemment dialectiques :
- d’une part du cas concret de l’anéantissement de l’État que nous fournit le cataclysme haïtien,
- d’autre part du cas , non moins concret, de re-formulation de l’instance de bien-commun que nous découvrent des histoires comme celle des Sarayakus , thème central d’un intéressante émission de France cul ce jour :

· site radiofrance

· wikipédia

· sarayaku


Et, à partir de ces réflexions, de ces ruines et de cette négativité sur les décombres desquelles il s’agit de re-construire,
à partir inversement ( et dialectiquement) de la positivité de ces résistances possibles et opiniâtres de ceux qui « préfèrent ne pas »,
à partir de ces cas et de bien d’autres à votre discrétion,
commencer à tenter d’ébaucher la « vision positive de la vie que nous voulons vivre » .


Au boulot !

 

Urbain

 

 

lundi, 25 janvier 2010

Ce lundi soir, sur TF1, le 12éme épisode du téléfilm, "Le tricheur".

Avertissement préalable : dans cette fiction, toute ressemblance ou toute allusion à des faits réels ne serait que pure coïncidence.

Mes chers amis,

On savait que TF1 avait la fâcheuse propension à se moquer de nous autres, fidèles téléspectateurs, mais j'avoue que cette fois, notre chaîne préférée a poussé le bouchon un peu loin !

Nous infliger un 12ème épisode de ce feuilleton branlant, une série C dont le réalisme est si incertain et les caricatures si sommaires qu'ils me poussent, en temps que téléspectateur moyen, à vous inciter fortement à l'abstention.

Aussi dans un geste inouï de révolte, je m'en vais vous narrer les maigres péripéties de cet épisode, que je me suis secrètement procuré, afin que vous vous consacriez à une autre chaîne où d'excellents films seront diffusés.

Je résume en quelques phrases les épisodes précédents des 11 précédents téléfilms : Sarkoko est un catcheur de 3ème catégorie au physique gracile. Grâce à de nombreuses relations douteuses et poussé par une presse subjuguée, ce personnage envoûtant doué d'une faconde prodigieuse,  bénéficiant de victoires incertaines lors de matchs truqués par des arbitres corrompus, est parvenu au faîte de la gloire dans l'univers malsain du catch.

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La 1ère séquence se déroule dans un bouge appartenant à une terrible organisation  "Team of Fuckers number one" Sarkoko rencontre Lolo Ferrara, blondinette zozotante à l'apparence "bon chic bon genre" et peu farouche envers le mâle dominant, une de ses anciennes "connaissances", barmaid de son état ; il se dit même dans le milieu que Sarkoko aurait insisté pour lui trouver cet emploi au grand dam de Claire Chasselas, la veuve joyeuse de Patrice Piment d'Amour, rivale qui possédait pourtant des râtiches qui cavalaient après la barbaque ; bref ! La douce et tendre complicité qui les unissait depuis toujours avait fait jaser le sérail du catch mais ces deux là avaient surtout en commun une ambition dévorante.

Sarkoko avait eu une idée mirobolante pour réactiver une carrière sur le déclin : lancer un défi à 10 catcheurs à la fois. Pour cela il lui fallait un arbitre de confiance et Lolo lui avait fourni le nom de Jules-Philippe Pernod, dit le Pastiche picard, passionné par les pipes en grès de Tréglamousse Mousteru et par les cure-dents en bois d'asperge de Cuise la Motte. Ce personnage louche et trouble au passé inquiétant, jouissant d'une confiance illimitée de la part du public était pourtant acquis depuis longtemps à la cause de Sarkoko et à la "Team of Fuckers number one" que nous appellerons pour simplifier TF1.

Je ne vais pas vous raconter toute l'histoire dans le détail tant elle est convenue voire téléphonée. Cette absence d'imagination dans la construction du scénario me semble véritablement pathétique et montre chez nos auteurs un réel malaise existentiel !

Bien entendu, parmi les 10 adversaires opposés à Sarkoko, 5 sont des comparses admirateurs du "héros", les 3 autres ne sont pas des catcheurs professionnels mais sont choisis pour leur faiblesse et leur émotivité, autant dire qu'ils seront davantage terrassés par leur trac que par la souplesse de Sarkoko ! Les 2 derniers combattants un peu pugnaces, seront retenus par le slip, crochetés, frappés dans les côtes, mis à terre par de vicieux crocs-en-jambe, subissant à la sauvette de perverses torsions des parties génitales de la part du sournois "Pastiche picard" à la solde de Sarkoko : cet arbitre bidon se muera en complice à peine discret.

Fort évidemment, Sarkoko, à l'issue du téléfim, sera déclaré vainqueur et la presse aux ordre du "cartel de la honte" encensera notre héros pour la 12ème fois consécutive...

Et encore et toujours. Invariablement.

Je demande solennellement à Monsieur Paolini, PDG de TF1 que cette série soit arrêtée définitivement : elle a largement fait son temps. Nous autres, spectateurs acharnés et admirateurs échevelés, de Nikos Aliagas, Benjamin Castaldi, Jean-Luc Reichmann et autres mieux-disants culturels, réclamons, désirons, que dis-je, exigeons avant toutes choses, des fictions plus soignées et réalistes enfin adaptées à la ménagère de moins de 50 ans !

Ceci dit, maintenant que je vous ai raconté le canevas de cette historiette simpliste, est il bien utile de regarder TF1, ce sinistre lundi soir d'hiver ? N'êtes vous donc point lassés de voir, revoir, re-revoir toujours le même spectacle sans surprise ?

Le choix ne manque pourtant pas sur les autres chaînes, sans oublier la possibilité d'un petit surf régénérateur sur Internet, une lecture bienvenue ou l'écoute de musique !

Amis et lecteurs de Cui cui, merci d'avoir lu ce dérisoire petit billet et à après !

 

Cui cui l'oiseau tourmenté

jeudi, 21 janvier 2010

Un mal qui répand la terreur …

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Un mal qui répand la terreur, 
Mal que le Marché en sa fureur 
Inventa pour punir les crimes des tradeurs, 
La Grippe [puisqu'il faut l'appeler par son nom] 
Capable de pourvoir aux émois des télévisions, 
Faisait aux  libéraux la guerre. 
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés : 
On n'en voyait point d'occupés 
A chercher le soutien d'une mourante vie ; 
Nul bonus n'excitait leur envie ; 
Ni  riches ni banquiers n'épiaient 
La douce et l'innocente proie. 
Les financiers se fuyaient : 
Plus d'amour, partant plus de joie. 
Le bouffon tint conseil, et dit : Mes chers amis, 
Je crois que le Marché a permis 
Pour nos péchés cette infortune ; 
Que le plus coupable de nous 
Se sacrifie aux traits du divin courroux, 
Peut-être il obtiendra la guérison commune. 
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents 
On fait de pareils dévouements : 
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence 
L'état de notre conscience. 
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons 
J'ai détourné force millions. 
Comment les justifier ? Nulle honnête dépense : 
Même il m'est arrivé quelquefois de manger 
Des français le budget 
Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense 
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi : 
Car on doit souhaiter selon toute justice 
Que le plus coupable périsse. 
- Sire, dit la Roselyne, vous êtes trop bon Rat ; 
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ; 
Et bien, gruger moutons cotisants, sotte espèce, 
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur 
En les dupant beaucoup d'honneur. 
Et quant au budget l'on peut dire 
Qu'il était digne de tous vos maux, 
Etant de ces gens-là qui sur nos impôts 
Se font un chimérique empire. 
Ainsi dit la Ministre, et flatteurs d'applaudir. 
Aussitôt dit, aussitôt fait, 
C’est ainsi qu’au divin marché, 
Séance tenante allègrement furent sacrifiés, 
Et leur budget et leur santé et les français. 

 

 

 

Urbain

 

 

lundi, 18 janvier 2010

La mort ressuscite les morts-vivants

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La misère engendre la violence, l'insécurité.

 

Et non pas, le discours réactionnaire tendance en ce moment, l'argument national de la nécessité du kärcher avec son extension nauséabonde sur la mondialisation des assistés.

 

Les émeutes de la faim ont été relayées dans les médias comme un sujet d'actualité événementiel sans pour autant peser sur le niveau de vie des haïtiens. Les journaux télévisés dans leur course à l'audience ont recouvert comme n'importe quel fait divers la situation dramatique de cette population jusqu'à la faire sombrer à nouveau dans l'oubli.

 

Le dernier sommet contre la faim, organisé par la FAO*, en novembre 2009,  a vu si peu de ces grands leaders mondiaux qui aujourd'hui s'agitent, si peu de ces grands médias qui aujourd'hui s'émeuvent…

 

Un séisme, un tsunami mettent sous les feux des bons sentiments des populations soumises à l'horreur au quotidien. Fidèle à la magnitude du séisme, l'implication des pays riches se soumet au dernier degré de la catastrophe.

 

Miraculeusement, les bons sentiments déferlent, l'argent impossible à trouver jusque là arrive en trombe (on se souvient de l'appel des ONG pour faire cesser les dons, trop d'argent). Le rôle des ONG est donc de pallier à l'horreur ponctuelle et de laisser le pays dans l'état où il l'a trouvé en arrivant. (Un peu comme pour les toilettes).

 

Il faut être le premier sur les lieux pour la considération internationale, une course s'ensuit sur les meilleures déclarations d'actions.

 

Quel état tirera les ficelles de la gestion de cette aide ? Quelques marchés émergeront pour la reconstruction à compiler dans une dette qui représente tout de même quelques échanges ou services à titre de revanche.

 

Les haïtiens ont sans doute compris que les bombes arrivent plus vite à destination que l'aide ...

 

 

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Agathe

 

 

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ha%C3%AFti

 

 

 

*FAO (Food and Agriculture Organization) : organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, spécialisée dans l'aide au développement et chargée d'améliorer le niveau de vie, l'état nutritionnel et la productivité agricole. Intervient notamment en cas de famine, de crise alimentaire et agricole.

 
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