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lundi, 30 novembre 2009

magnificent – tri(o)

Bennett, Joan (Scarlet Street)_01.jpg

[2/2]

 

- Pour le troisième extrait, que je vais appeler « extrait A », j’ai choisi deux scènes, qu’on va projeter en enchaînant l’un derrière l’autre. C’est la fin de M, le maudit : la scène de procès par la pègre du personnage de Peter Lorre : « Ich kann nicht ! Ich kann nicht ! » Et l’autre film, qui est une fin, et c’est la toute fin de votre film Le Boucher… Oui, je sais, on va voir la toute fin du film, mais… euh, ce n’est pas grave, parce qu’il faut voir cet extrait ; et qui est pour moi une fin langienne, tout à fait proche de la scène du procès dans M, le maudit. Bon, on voit ces scènes, et on en parle après…

CC : Je disais tout à l’heure qu’un défaut majeur des films de Lang, c’était la sécheresse. La scène du procès à la fin de M, sur le plan du cinéma, c’est très bien ; mais là, je crois que j’ai fait mieux que Lang, humainement parlant…

 

***projection de l’extrait A. Fin de M et fin du Boucher. Durée : env. 12 mn (4 + 8 mn)]***

 

- Là, avec le bouton d’ascenseur, vous avez trouvé l’équivalent avec le chapeau des Bourreaux meurent aussi

CC : Oui. Mais, je crois que j’ai fait… mieux ! Le film était en couleurs, et le bouton était rouge…

- Ah, oui, comme pour un cœur ! Et dans votre scène, il y aussi l’hôpital, et en haut de cet escalier, dans cet espace tout blanc – et l’oblique de la rampe – le médecin qui annonce le décès de Paul…

CC : Euh, vous savez, dans les hôpitaux, les murs sont souvent blancs ; et c’est assez difficile de faire autrement !

- Et puis, cette fin, sur la route, avec le défilement du paysage, on ne peut pas ne pas penser à la fin du Testament du docteur Mabuse… Elles sont identiques. Qu’en dites-vous ?

CC : Là, je dois avouer que je m’en suis inspiré ! Mais, l’effet dans le film de Lang n’est pas le même que dans le mien. Je voulais donner le sentiment d’un temps qui s’écoule, alors qu’au même moment, le personnage de Yanne se vidait de son sang dans la voiture…

- On reconnaît un grand cinéaste par le fait qu’il exprime ses idées uniquement par les moyens du cinéma. Là, avec Lang, avec les quelques extraits qu’on vient de voir, à chaque séquence, les idées sont exprimées par les moyens du cinéma. Mais, vous aussi, il vous est arrivé d’être grand pour cette raison-là. Je pense à la scène dans le garage dans Que la bête meure, où le père joué par Michel Duchaussoy va voir Jean Yanne, qui est garagiste. Ils sont près de la voiture, et à un moment, on voit en profondeur de champ, le fils du garagiste, qui joue, je crois. Et là, ça appelle tout de suite chez le spectateur la mort du fils de Duchaussoy. Et là, par cette apparition, on se dit qu’il n’y a plus de doute pour le père, qui sait maintenant que Jean Yanne est coupable de la mort de son fils…

CC : J’avais fait encore plus fort, puisque les deux garçons étaient frères dans la vie !

- On connaît aussi votre attachement au cinéma de Renoir. Alors, je voudrais vous demander : comment on concilie Fritz Lang et Jean Renoir ?

CC : Alors, je vais retourner la question à celui qui m’interroge, et qui est programmateur à la Cinémathèque ! Vous me demandez comment on concilie Lang et Renoir ? Mais, ne savez-vous pas qu’il y a un cas unique dans l’histoire du cinéma d’un cinéaste qui a adapté ou essayé de faire par deux fois le remake d’un autre grand cinéaste à la même époque ?

- …si.

CC : Les deux films, ce sont La Rue rouge

- Scarlett street

CC : …qui est un remake de La Chienne – et là, j’ai le regret de dire, que c’est Renoir qui gagne, à peu de choses près – disons que ça peut encore se discuter. Et le deuxième remake, c’est Désirs humains

- Human desire

CC : …qui est celui de La Bête humaine. Bon, là, c’est Renoir qui l’emporte largement. Enfin, pour moi. Et puis, il y a eu un moment où Renoir est exilé à Hollywood, et qui fait une sorte de film langien, et qui n’est pas très réussi : La Femme sur la plage. Lang, c’est la précision, l’extrême précision. Par exemple, je l’avais un peu connu vers la fin ; et, il notait tout ce qu’il faisait dans la journée. Quand on lui demandait pourquoi il faisait ça, il disait que très tôt dans sa vie, il avait été accusé d’un meurtre…

- …celui de sa femme…

CC : Bon, je crois qu’il ne l’a pas tué… Et quand il avait été interrogé par la police, on lui demandait : « Qu’est-ce que vous faisiez à cette heure-ci, et à cette heure-là ? etc. » Alors, depuis, sur un carnet, il écrivait pour tous les quarts d’heure : « 17h, toc ! J’ai fait ci. 17H 15, toc ! J’ai fait ça »…

- Oui, mais on peut aussi écrire des choses fausses !

CC : C’est vrai. Alors que Renoir, c’était un charnel. Donc, on a eu là le cas unique de deux cinéastes qui s’admiraient mutuellement, et qui s’influençaient. C’est normal, ils étaient les exacts opposés. L’un avait ce que l’autre n’avait pas. Mais quand l’un essayait de refaire ce que l’autre a fait, il se cassait le nez. Lang a eu de l’influence sur beaucoup de monde, pourtant ce n’est pas la même que celle qu’on dit d’Hitchcock – qu’il a sur la plupart des réalisateurs. Quand on dit qu’Hitchcock a eu de l’influence sur les réalisateurs, c’est toujours catastrophique ! Parce que ces réalisateurs, ils ne se laissent porter par – ce que j’appelle les « séductions ». Ce que j’ai retenu de Fritz Lang, c’est qu’on pouvait se passer ces « séductions », pour ne rester que dans l’essentiel, et être efficace.

 

***Extrait 4 : Juste avant la nuit, de Claude Chabrol. Dans la séquence, Michel Bouquet est dans une chambre, d’hôtel probablement, et une femme inerte est étendue sur le lit, complètement dénudée. On devine qu’il vient de l’assassiner. Il finit de se rhabiller, puis sort. Il descend une rue en pente, comme Michel Simon dans La Chienne, de Renoir. Il passe devant un bar, et décide d’y pénétrer. Il commande un whisky, mais il commence à se sentir mal. Il se dirige aux toilettes, et va directement vers le chiotte, pour vomir. Le malaise passé, il retourne au comptoir. Il vient d’apercevoir quelqu’un, alors il chausse des lunettes noires. L’instant d’après, il va saluer la personne (François Périer). Echange de politesses, puis l’ami raccompagne Michel Bouquet en voiture. La circulation n’est pas fluide, et le chauffeur est irrité : « Mais, qu’est-ce qu’ils ont dans la tête ?!! » Du tac au tac, Michel Bouquet répond : « De la soupe. » Fin de l’extrait. Durée : env. 6 mn]***

 

- Là, au moment où le personnage de Bouquet chausse les lunettes noires, on comprend que l’autre type est le mari de la femme sur le lit. Mais, quand vous faites une scène comme celle-là, vous ne craignez pas que le spectateur ne comprennent pas tout de suite ?

CC : Non ; cela s’appelle faire confiance aux spectateurs. Et puis, pour ceux qui n’auraient pas suivi, il y a toujours dans les séquences d’après, la possibilité de rendre la chose encore plus explicite. Mais, c’est vrai qu’il faut se méfier, car c’est ce qui m’est arrivé dernièrement avec un film – Rien ne va plus – avec une histoire de substitution de valises, où il n’y avait pas justement de substitution de valises ! Beaucoup de gens sont venus me voir pour me dire qu’ils n’avaient pas compris ce que Serrault avait fait dans le film, alors qu’il n’avait rien fait !

- On dit souvent que vos films traitent de la bourgeoisie…

CC : Ce qui est vrai…

- Oui, mais c’est pas très subtil…

CC : Non, pas très…

- Mais, ce qui l’est un peu plus, ce serait de dire par rapport à Fritz Lang, que vous filmez non pas la pulsion – de meurtre ou du désir – mais sa rétention. Chez Lang, la pulsion conduit au meurtre et à la mort, alors que, chez vous, la rétention est peut-être autant, sinon plus, dérangeante, voire plus terrifiante. Pouvez-vous nous parlez de cette rétention de la bourgeoisie ?

CC : Vous savez, cette rétention de la bourgeoisie dont vous parlez, je l’ai souvent observée dans mon enfance. J’ai grandi dans un milieu bourgeois, alors vous savez, cette rétention, je sais ce que c’est. Je ne suis pas un explorateur, je ne fais pas des films d’exploration : je ne filme pas de milieu que je ne connais pas. Alors que la rétention de la bourgeoisie, je l’ai vécue de l’intérieur…

 

[un des organisateurs annonce qu’il reste cinq minutes aux deux intervenants]

 

- Comme il faut bientôt libérer la salle, et qu’il y a ici beaucoup de lycéens, je voudrais que vous nous disiez deux mots sur La Cérémonie, qui vient d’entrer dans le programme du baccalauréat cette année.

CC : J’avais repris la nouvelle de Ruth Rendell, L’Analphabète. Je l’ai un peu modifiée, certaines choses n’allaient pas pour moi, notamment sur les personnages. Je les trouvais trop rustres, trop grossiers. Alors, je les ai changés. Ruth Rendell qui a vu le film, m’envoie un jour une lettre, où elle m’écrit qu’elle a beaucoup aimé le film, et surtout qu’elle a trouvé que j’avais bien fait de changer les personnages, qu’ils correspondaient beaucoup mieux à ce qu’elle avait en tête, mais n’avait pas réussi à trouver ! Et bien ça, ça m’a fait très plaisir ! (rires)


 

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par Albin Didon

vendredi, 27 novembre 2009

Bye bye Dubaï ou requiem pour une défunte bulle !

Aïe !

Les p’tits loups, ça se passe mal pour Dub !

Figurez vous que le temple chic du capitalisme bling bling avec hôtels pour ultras riches, circuit automobile de F1 superflu, tours géantes ostentatoires, îles artificielles en forme de palmiers, bref, le siège kitsch du nirvana du fric à gogo pour gogos plein d’oseille est en très mauvaise posture…

burj_dubai.jpgJe cite le Figaro : " Mercredi, l'une des holdings les plus importantes de l'émirat, Dubaï World, propriétaire via ses filiales immobilières, du gigantesque complexe hôtelier construit sur une île artificielle en forme de palmier, a demandé à ses créanciers un sursis pour renégocier l'intégralité de ses dettes, soit 59 milliards de dollars ! ". Dont 5 milliards à des banques européennes, telles HSBC, UBS, la Deutsche Bank, la BNP et le Crédit agricole dont on ne célèbrera jamais assez l'extraordinaire clairvoyance.

Rien que ça, mes agneaux ! Les Dubaiotes n'ont pas fait dans le détail !

Quelle pagaille à Dub !

Et comme l’émirat est un des états le moins solvable de la planète vu qu’il ne possède pratiquement pas de pétrole dans ses sous-sols et qu’il ne compte que sur son grand frère d’Abou Dabi, la faillite semble proche, menaçant évidemment les créanciers de ce fol état pas très mature !

Pour les bourses mondiales, Dub est devenu un épouvantail car si l'économie défaille, autant appeler les samours pour qu'ils tranchent une fois pour toutes la tête de tous les spéculateurs fous du globe ! Et Dieu sait s'ils sont nombreux !

Une bulle spéculative de plus me direz vous ? Certes.

la-palm_1200863109.jpgParce chers villageois(es), parmi les dirigeants économiques financiers mondiaux qui jouent aux apprentis sorciers et qui ne changeront jamais de comportement, devant la naïveté et l’incompétence technique puérile des politiques mondiaux du niveau des Brown, Obama, Sarkozy, Merkel ou Strauss Kahn qui n’ont jamais très bien évalué ou même voulu comprendre la puissance des réseaux financiers et leur folle course vers la catastrophe, devant la multiplication d'une économie basée sur du vent chacun sait bien qu'à force de pétiller dans des bulles de gaz spéculatifs, la machine économique risque d'engendrer un gigantesque pet foireux qui dégonflera salutairement une machine devenue démente mais laissera probablement sur le carreau des tas de victimes.

Attendez vous dès les prochains jours à une nouvelle crise boursière qui atténuera un peu plus l'activité économique et accélèrera la croissance trop importante du chômage en France (+52.200 au mois d'octobre).

Aussi, camarades révolutionnaires et amis de gauche et de droite, avides d'une économie plus juste et plus solidaire, puis-je me permettre de vous prodiguer avec humour un conseil : plus besoin de combattre par la violence un système économique vacillant, soyez patients, le système finira bien par se détruire tout seul et tomber comme un fruit mûr bien plus vite que vous ne le pensez !

dubai.jpgTôt ou tard, il y aura LA bulle de trop et tout pétera !

Devant l'indigence de nos gouvernants, incapables de se faire respecter par les élites financières qui les ont tellement aidées, il faudra bien qu'un jour,  nous fassions entendre nos voix. Qu'ils le veuillent ou non.

Cela dit, un doute m'assaille, mon raisonnement comporterait il une faille ?

C'est la fin de mes rimes en "ail".

Amis de cui cui, devant votre gentillesse et votre fidélité mon cœur tressaille ; je pars au travail et je vous dis : bye bye et distrayez vous bien !

 

cui cui rimailleur miteux des bazars.

 

mercredi, 25 novembre 2009

Perverse cité

La perverse cité : 
Le vice privé  
à l’heure de la reproduction  
des turpitudes publiques.

 

citeperverse-pm.JPG

 

Michel de Nostredame n’était pas très serein quant aux perspectives de l’an 1559. Il prévoyait quelques troubles et bouleversements, graves et sans précédent : 

« Et sera telle mutation qu'ait esté depuis le temps des Halarics, Honorics & Vandales, onques ne furent tels evenemens, & tels que plusieurs ne voudroyent jamais estre nez. »  

annonçait-il par exemple (en 1558) , dans son style volontiers chantourné.  

Bien qu’assurément fort troublée, l’année 1559 fut pourtant bien moins pourvue en merveilles dignes de frapper de stupeur les contemporains du temps, que celles que nous allions connaître 450 ans plus tard, sous l’impérieuse initiative du prince bouffonnant et de ses zélés courtisans. Frappant plus encore que s’ils avaient affecté la course des astres dans les cieux, des prodiges inouïs vinrent renverser cul par dessus tête tout l’agencement des valeurs et des préceptes qui ordonnait jusqu’ici la bien pensance du royaume, la quiétude des chaumières à la lueur des écrans de radiovision qui brutalement se couvrirent des stupéfiantes images du spectacle inverti. 

2009 eut-il été le chiffre de la bête qu’on eut pas assisté à plus d’ « evenemens & accidens inouys & inaccoustumez » : Là le ministre larmoyait son soutien aux suborneurs d’enfants, en confessant publiquement ses pratiques touristiques lubriques pour mieux récolter l’approbation générale de ses pairs, ici le prince appropriait les plus juteuses sinécures à sa descendance médiocre en piétinant tous les redevables méritants et le droit coutumier. Tous, partout, invoquaient les plus viles raisons comme des aspirations justement sanctifiées. Pour accompagner ce renversement de toutes les valeurs on assistât au relâchement généralisé des pulsions jusque là contenues au nom du bien public et des mœurs partagées, on ne vit plus que génuflexions , échines courbées devant la face du veau d’or, dans les torrents de stupre et de corruption répandue en offrande et témoignage de la nouvelle piété, vouée au déchaînement effréné des passions égoïstes.  
Comme pour convaincre le peuple de célébrer la grande crise conjurée, les nantis et les puissants donnèrent le départ et l’exemple de la bacchanale sous la nouvelle maxime du temps : jouir sans plus d’entraves et conchier les archaïques vergognes. 

Le trouble et la confusion sont tels en cette nouvelle ère que les sages et les prêtres du culte dédaignent leurs anciens domaines d’autorité pour consacrer leurs oracles savants et sentences profondes aux plus étranges controverses, que la veille encore ils rejetaient au rang des futiles et vulgaires vanités.

Tels débattent doctement des nouveaux principes de haute morale , d’honneur et d’identité nationale qui nous commandent plutôt de laver la honte insigne d’un coup de main impie de footballeur que se soucier de l’accablement des pauvres et des faibles au prix de la prospérité inique des riches et des puissants, tandis que tels autres mobilisent l’opinion sur les dommages subis des effets du carnaval radiovisé qu’ils fustigent comme accapareur de la charité des dupes au détriment de leur escarcelle personnelle, que d’autres encore ferraillent sur les caveaux à pourvoir au Panthéon comme de l’affaire la plus cruciale et comminatoire requérant la puissance publique , et que d’autres un peu plus loin accaparent les gazettes multimédiatiques du reniement proclamé de leur sœur voire leur mère en politique, aux motifs de piquage d’assiette respectifs.  
Toutes disputes de cabaret naguère jugées vaines et ridicules, prospérant désormais dans le relâchement général, l’évanouissement d’instances dont les édiles se dissolvent en coma catatonique ou divagation égarée, au son aigrelet des mandolines italiennes désaccordées, alternant les râles ultimes éructés par des rockers séniles mais fortunés.

Mais alors ce « temps où nous sommes » est-il bien celui que décrivait l’auteur de « La Vie sur terre » et l’aveuglement avec :

« Mais pour nous qui sommes dans l'époque annoncée, il y a bien d'autres récréations et ces phénomènes célestes nous laissent complètement indifférents; nous ne perdons pas notre temps à conjecturer sur les « evenemens & accidens inouys & inaccoustumez » que porteraient à notre attention ces signes précurseurs, ces avertissements d'une révélation imminente de vérités encore cachées dont par ces présages nous serions bientôt les curieux spectateurs »

Dany Robert Dufour , déjà chroniqueur des origines de ce temps venu du « divin marché » , a quant à lui prévu et annoncé cette « perverse cité », qui est la notre désormais et compris qu’elle n’augure en rien d’un prochain armageddon décliné en grotesque , mais qu’elle n’est que le fruit monstrueux des noces d’Adam Smith et du Marquis de Sade, accomplissement instrumental des impénétrables desseins du divin marché qui désormais imprime à toute chose la marque de la marchandise et la seule nécessité de circuler.

Pour Dany Robert Dufour ce temps est celui du pervers puritain, de l’accomplissement enfin en actes du modèle névrotique pascalien : l’union de l’amor dei et de l’amor sui rendue enfin possible par le libéralisme du capitalo-parlementarisme de (divin) marché, qui n’a plus guère que ce recours pour occulter que ce « tout est permis » coïncide pour le plus grand nombre avec le « mais rien n’est possible ».

Alors ? 
Saluerons-nous comme Pascal :

«  la grandeur de l’homme d’avoir tiré de la concupiscence un si bel ordre » ?

 

Urbain

 


lundi, 23 novembre 2009

magnificent – tri(o)

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[1/2]

 

Pour célébrer la vingtième édition des « Rencontres cinématographiques de la Seine-Saint-Denis – 2009 », les organisateurs ont eu l’heureuse idée de mettre à l’honneur Claude Chabrol. Parmi les différentes manifestations auxquelles il a participé, ceux-ci lui ont proposé de choisir un film à l’Espace 1789 (Saint Ouen). Cela aura été Fury, de Fritz Lang, qui a surtout servi de prétexte pour discuter plus généralement de l’influence du cinéaste allemand sur son travail. Et, c’est Jean-François Rauger (critique cinéma au journal Le Monde, et actuel directeur de la programmation à la Cinémathèque française) qui a été sollicité pour servir d’interlocuteur.

Ci-après, on trouvera une retranscription de mémoire, « fiable » à 85 % près, de cet échange d’environ une heure trente. Quelques passages ont été volontairement omis : « les cinéastes borgnes », « les films pairs-impairs », « la fortune critique des films de Lang », une allusion au film Le Samouraï, de Melville, et les réponses (parfois savoureuses) aux deux questions du public, etc. Désolé par avance pour certaines approximations, s'il y a lieu. On signale toutefois à l'attention des plus sceptiques que les responsables ont pris l’initiative d’enregistrer cette rencontre par vidéo ; et qu’on en retrouvera une trace sans doute un jour sur la Toile, ou sur un bonus DVD...

- Bonjour Claude Chabrol... Merci d’avoir accepté de venir pour cette « leçon » de cinéma, même si c’est toujours un peu présomptueux de parler de « leçon », mais disons, cette rencontre. On vous a invité pour que vous nous parliez de votre rapport à Fritz Lang. Mais, tout d’abord, je voudrais vous poser une première question toute simple : quel est le premier film de Fritz Lang que vous avez vu ?

CC : Attendez... le premier, c’est celui-là... Oui, parce que l’autre, c’est après... Je débarquais de province, et je suis allé à Paris. J’avais 16 ans, et c’était Le Testament du docteur Mabuse, dans un ciné-club de la rue de l’Entrepôt, qui doit s’appeler maintenant, la rue Bréguet, je crois. A la fin du film, je me suis levé, et comme un vieux cacochyme, j’ai pointé mon doigt en avant, comme ça (il fait le geste) : « C’est ça... c’est ça ! » Bref, à ce moment-là, j’ai su que je voulais faire des films. Et puis après, j’en ai parlé autour de moi, et on m’a dit : « Oh, tu as vu celui-là... mais il faut voir M, le maudit !!! » Bon, moi, j’écoute ce qu’on m’dit, et je suis allé voir M, le maudit. J’ai trouvé ça formidable, bien sûr ! Et j’en parle autour de moi, et là, on me dit : « Oh, mais tu n’as pas vu Metropolis alors ? » - Ben non. « Mais, il faut voir Metropolis !!! » Donc, je vais voir Metropolis, et je trouve ça là encore formidable ! Depuis, j’essayais de voir tous les Fritz Lang. Et, à l’époque, on est dans l’après-guerre, en 46. Il faut savoir que les films américains de l’entre-deux-guerres ne sont pas diffusés, alors, il y a des gens à la Libération qui se disent qu’ils vont se faire du pognon dessus, alors, ils passent les films américains de Fritz Lang. Il y a eu tout d’un coup au même moment : Les Bourreaux meurent aussi, Man hunt, La Femme au portrait...

- Dans votre livre de mémoires Et pourtant, je tourne, vous parlez du Testament du docteur Mabuse ; et vous dites que c’est ce film qui vous a décidé à faire du cinéma. J’ai choisi comme premier extrait le début de ce film : on en parle après, si vous voulez bien...

***extrait n° 1. Séquence du début tout juste après le générique : panoramique vers la droite de la porte jusqu’à l’homme derrière la malle, jusqu’à l’explosion du baril dans la rue passante. Durée : env. 6 mn)***

- On a souvent dit de Fritz Lang que c’était un cinéaste du destin...

CC : Ah, oui, le fifty-fifty !

- Là, dans la séquence que nous venons de voir, le personnage s’est fait repérer par les bandits, et, Lang crée ensuite une angoisse chez le spectateur sur ce que qui va devrait arriver fatalement... Alors, je voulais vous demander : Claude Chabrol, la fatalité, pour vous, vous la voyez comment ?

CC : Ah ! Fritz Lang, il avait sa règle du « 50-50 » : les choses qui nous arrivent, c’était cinquante pour cent le monde extérieur, et cinquante pour cent, nous. Oh, pour moi, je dirais que ce serait plutôt « 30-70 ». Et, le trente est du côté des éléments extérieurs, et les soixante-dix pour nous.

- Qu’est-ce qui vous a plu dans les films de Lang ?

CC : L’efficacité, et la précision. A tel point qu’il pouvait ses brouiller avec ses acteurs... notamment avec sa camarade... euh, Marlène Dietrich, dont on sait qu’ils ont eu une histoire ensemble... C’était pour le western...

- Rancho notorious... L’Ange des maudits.

CC : Oui. Et, donc, Lang, il mettait des bouts de scotchs au sol, et ça agaçait Marlène, parce qu’elle disait qu’elle ne pouvait pas marcher comme ça ! Alors que pour Lang, il en avait besoin pour lui donner une marche... euh, masculine ! Mais, les films de Fritz Lang, tout précis soient-ils, ils ont un défaut, je trouve, surtout avec les derniers, c’est la sécheresse. Le dernier film américain, c’est ça, même si c’est justifié par le sujet : la peine de mort. Et puis, il était germanique, et surtout anti-romantique. Moi aussi, d’ailleurs ; mais, mon anti-romantisme n’est pas le sien. Et puis, pour un anti-romantique, je suis un peu romantique aussi. Là, on vient de projeter Fury ; et ce que je trouve formidable dans ce film, c’est que personne ne peut juger, parce que nous sommes tous pareils.

- Pour le deuxième extrait, j’ai choisi une scène dans Les Bourreaux meurent aussi, que vous évoquez aussi dans vos mémoires... C’est la scène dans les vestiaires, quand Alexander Granach (le commissaire Gruber) va chercher le docteur Svobada [Brian Donlevy]. Svoboda, ça veut dire « liberté ».

CC : Ah ! Granach, il était très bien dans ce film !

- Oui. Et, c’est le seul personnage jovial et bon vivant... mais, on va d’abord voir l’extrait.

***extrait 2. Le commissaire Gruber attend que les médecins sortent de la salle d’opération, et appréhende le docteur Svoboda. Comme il demande un coin tranquille pour parler, Svoboda l’emmène dans les vestiaires. Fin de la séquence : le chapeau melon tourne sur lui-même. Durée : env. 5 mn***

CC : Là, l’idée que j’aime bien, c’est que « deux, c’est pas assez », et donc, il en faut un troisième ! Vous voyez que dès que le troisième arrive, tout arrive très vite. D’ailleurs, on le voit d’abord en ombre sur la vitre de la porte. Donc, on ne peut pas vraiment savoir qui c’est...

- Et Granach, à mesure que ses adversaires avancent, le collent contre un mur blanc, dénudé, avec rien autour...

CC : Et puis, dès que le troisième apparaît, et qu’il comprend la situation, tout se précipite...
- Dans vos mémoires, vous parlez du chapeau...

CC : Ah, ça, oui ! Je trouve ça bien, lorsqu’un objet suffit à donner le personnage, ce qui lui arrive. Là, le chapeau tombe, et tourne sur lui-même. Le spectateur comprend que c’est fini pour l’autre. Il n’y a pas besoin d’autre chose. C’est bien, euh... C’est bien, quoi !

- Et puis, le commissaire joué par Granach, c’est le seul personnage jovial et bon vivant ; rond et gras...

CC : C’est normal, il est du côté des vainqueurs...

- Les autres, ils sont droits et figés...

CC : Vous savez, Fritz Lang adorait les caricatures. Alors, à un moment, c’est vrai, on dirait qu’ils ont des attitudes caricaturales. Par exemple, quand Granach claque des doigts (il mime le geste) – il le fait trois ou quatre fois dans le film – à l’écran, ça passe très bien, mais, on ne ferait pas ça dans la vie. Et puis, il est Viennois, avec l’esprit germanique. Et, c’est quand même les Allemands qui ont inventé l’expressionnisme !

- Et la bagarre aussi à la fin, quand ils se servent des serviettes pour l’étouffer...

CC : Ah, oui, la bagarre ! Il y a une scène un peu comme ça dans Cape et poignard... Quand ils se battent, on voit des mains sur les visages... Lang, il a demandé aux acteurs de mettre les doigts comme ça (il fait le geste) qui enfoncent les yeux de l’autre ! Je ne sais pas pourquoi, mais il adorait ça... (rires)

[à suivre]

par Albin Didon

 

 

 

 

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par Albin Didon

vendredi, 20 novembre 2009

Frontière France

 

 

 

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L'administration française s'évertue à contrôler les origines de ses citoyens.

Comme au bon vieux temps.

Ainsi, la zélée sécurité sociale décortique les dossiers lors des demandes de remboursement maladie. Une lettre type est adressée aux personnes dont les noms ont des consonances étrangères. La missive demande la date d'arrivée en France, le numéro de carte de séjour même dans le cas où le numéro d'immatriculation affiche le lieu de naissance en France. (Presque comique).

Les dérives graves atteignent des sommets quant il s'agit de refaire des papiers d'identité.

Ce glissement nauséabond des pratiques ne constitue pas une surprise compte tenu du discours gouvernemental.

Au travers de ces procédures inhumaines, la valeur travail en manque singulièrement de valeurs...

Quel choix est laissé à l'employé lambda ?

Obéir ou perdre son emploi ?

Le comportement moutonnier de certains salariés s'explique par la peur, celle qui régit nos vies, la peur de perdre la faculté d'assurer la survie de sa famille.

Certains obéissent aveuglément, d'autres se suicident pour échapper au harcèlement, à la pression fruit de la culture du résultat de notre société. Le monde du travail nous contraint à des alternatives de soumission absolue.

Ne pas faire partie de ces deux catégories consacre la troisième plaie dont récemment, le film « génération stagiaire », a décortiqué le malaise. Pourquoi dépenser plus alors que les entreprises bénéficient des services de stagiaires ad vitam aeternam ? Une main d'œuvre à la gorge.

Jusqu'où est on capable d'aller pour sauver son travail ?

L'attitude obéissante des agents administratifs renvoie à la malheureuse expérience de Milgram.

Comment ne pas craindre l'insidieuse comparaison historique, celle d'écarter, de stigmatiser des individus au seul prétexte de la notion de profit qu'ils auraient à être sur le territoire français ?

 

Ne s'agirait-il pas d'une frontière pestilentielle à ne pas dépasser ?

 

Agathe

 

Hors sujet 1 : Mais l'annonce de la relaxe des entreprises responsables de l'explosion d'AZF me soulève le cœur dans un pays où les comparutions immédiates et les condamnations s'enchaînent pour des délits mineurs. Encore une frontière piétinée, provoquer la mort des salariés reste un crime impuni, fautes de preuves... (Une pensée pour la fabrication sur mesure de celles contre Julien Coupat).

 

Hors sujet 2 : Albert Camus succède à Jaurès et à Guy Moquet pour la récupération abjecte. That's all.

 

 

 
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