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lundi, 29 septembre 2008

Camarades ultra-libéraux, bienvenue dans l'enfer collectiviste !

Mes amis, très chers camarades ultra-libéraux,

C'est avec une intense jubilation partagée par mes feus camarades Marx, Engels et Lénine que j'ai observé les États Unis d'Amérique devenir la première nation collectiviste, au moins en valeur de ses actifs, de ce 21ème siècle ! Je me suis alors souvenu de la célèbre phrase du regretté président Ronald Reagan, qui doit se consumer à l'heure où je vous parle dans les abysses de l'enfer, je cite : "L'État n'est pas la solution (dans l'économie) mais le problème."

Quel retournement de situation !

Support1.jpg

Bien entendu, se retrouver dans la cale lors du naufrage d'un navire ne prédispose guère à la joie, mais on peut se dire que la possession d'un maigre baluchon devient un avantage et qu'on parviendra toujours à s'en sortir, d'autant que les passagers de 1ère classe, sur le pont supérieur, embarassés par leurs malles de bijoux qu'ils risquent de perdre en totalité, paniquent bien plus que vous. Tout en gardant à l'esprit que les canots de sauvetage se trouvent à proximité des ponts supérieurs...

Forcément.

Quel plaisir, camarades ultra-libéraux, de constater combien vous avez le toupet d'alerter le peuple pour vous sauver d'une hécatombe annoncée, quelle jouissance de vous observer faire appel à l'union nationale derrière votre chef charismatique (ben voyons !) alors que quand vous vous gaviez, vous ne nous laissiez pas un seule miette !

Cet appel à l'union nationale  serait tellement drôle s'il n'était si grotesque !

Ce ne sont que billevesées que de tenter de nous faire gober que le bon capitalisme de papa doit être réhabilité : pour qui possède quelques rudiments d'économie, l'ancien capitalisme  était basé sur la production de marchandises, aujourd'hui, on ne produit presque plus rien en Occident, il est définitivement basé sur une économie mondialisée où les capitaux sont extra territoriaux. Les états n'ont aucune prise sur ces capitaux, il suffit d'ailleurs d'un micro état qui refuse de suivre les consignes pour rendre caduques les régulations des grandes nations concernant les flux de capitaux qui peuvent filer à travers le monde plus rapidement que Speedy Gonzales.

Croyez moi ! M. Sarkozy, qui endosse pour l'occasion la posture du "Père de la Nation", alors qu'il n'a été symboliquemernt élu en 2007 qu'en temps que "grand frère de proximité", a raté son dernier casting à Toulon ! En sus, il  vous raconte des bourres : le capitalisme d'antan n'existera plus jamais parce que le monde a terriblement changé ! Il faudrait vraiment être un âne ou un inculte immature pour croire encore à de telles sornettes !

flafusa.JPGRegardez et écoutez les discours ds dirigeants mondiaux à leurs bons peuples, la main sur le coeur, les mêmes qui ont non seulement laissé la situation empirer depuis des années mais en ont largement profité, et qui déclarent sans rire avec la rouerie et le culot qui les caractérise : "  Oui, ces méchants capitalistes, cupides (comme s’ils ne l’étaient pas eux même), immoraux (sans rire) nous ont floués (avec leur aval) , nous allons les punir sévèrement (mouarff !), nous allons tout réformer (on parie ?) mais donnez-nous 700 milliards de dollars pour éviter la banqueroute, nous nous chargerons le reste... "

Cette harangue a beaucoup de mal à être acceptée chez les congressistes américains mais, selon moi, elle passera, faute de contre-propositions…

Avec l'efficacité d'un cautère sur le pilon en bois d'acajou sculpté du capitaine Crochet, pirate professionnel de réputation internationale...

Camarades spéculateurs, hier vous chantiez ? Et bien, dansez maintenant !

Ce que je viens de vous énumérer, chers lecteurs, était l’endroit du décor, bien dégoulinant de démagogie sirupeuse destinée aux ménagères et aux petits citoyens de tous âges, spectateurs assidus de TF1, fans de Drucker, auditeurs de RTL et Europe 1, lecteurs assidus du Figaro, France Soir, Gala et Match avec un pois chiche en guise de cerveau et une "bornitude" garantie à vie. C'est à dire quelques irréductibles chenus, décimés régulièrement sous le poids des ans et quelques quidams à la conscience politique digne d'un perroquet sourd et bègue.

Mais…

Ne vous réjouissez pas trop vite, citoyens !

maosarko.jpgPassons à l’envers du décor, si vous le voulez bien… Et là, bienvenue dans le vestibule de la chambre des tortures. Âmes sensibles, s’abstenir…

Cette humiliation subie par la nomenklatura de l'élite américaine et européenne, on va vous la faire payer très cher , Français moyens et modestes, car ces gens qui ont tant joué et perdu tiennent solidement tous les rênes de l'ensemble des "fonctions clefs et stratégiques" des sociétés occidentales modernes et mettez vous bien dans le crâne que vous paierez l'addition , faîtes moi confiance ! Et cash.

 Attendez-vous à ce que de grosses entreprises d’assurances boivent le bouillon, des organismes de crédit s’écroulent, des fonds de retraites américains vacillent et qu’une récession sans équivalent recouvre les pays du monde entier…

Sans compter que ces reniements publics et ostensibles envers le " système capitaliste " de la part de politiques sans pudeur et sans parole qui défendaient becs et ongles, il y a 15 jours cette même doctrine, vont s’accompagner d’une énorme recrudescence de chômage, toutes les entreprises profitant de l'alibi de la crise pour licencier à tour de bras…

Cet alarmisme réel mais parfaitement orchestré risque d'être le prétexte pour réaliser ce qu'ils n'osaient pas auparavant : des licenciements massifs, des lois sociales pulvérisées, des salaires écrabouillés… Le nivellement sans précédent des conditions salariales des pays occidentaux.

bush2.jpgCertains dont je suis, ont toujours pensé et dit que le système économique actuel s’écroulerait, suite à une catastrophe financière ou écologique mais le plus inquiétant est l’acharnement fanatique que mettent les élites à défendre ce système contre vents et marées en insufflant toujours plus de libéralisme. Un peu comme les médecins du grand siècle, pratiquant saignée sur saignée, sur des malades de plus en plus faibles jusqu'à les faire passer de vie à trépas.

Les fanatismes religieux, nazis, communistes russes et chinois ont été une calamité pour le 20ème siècle, je crains que le fanatisme intraitable du dogme ultra-libéral ne soit une plaie pour le 21ème siècle et ne conduise aux pires excès : pauvreté, misère, famines et répressions.

Je me rappelle les paroles des doctrinaires anticommunistes américains comme le sinistre sénateur Mac Carthy qui clamait son effrayant slogan : " Plutôt morts que rouges ! " . J’ai bien peur que leurs descendants, ces immondes et inconscients théoriciens, mathématiciens perdus dans l'abstraction, politiques avides et cupides, experts financiers obtus et peu clairvoyants et journalistes dopés à la doctrine du libéralisme dogmatique pur et dur, qui ne cessent depuis 30 ans de se tromper avec le sourire béat d'un idiot du village, nous entraînent vers l'abîme sinon en direction  d'une régression sans fin…

Ils ne lâcheront jamais le moindre morceau de pouvoir et à moins de parvenir à leur glisser une muselière, la tâche s'annonce ardue, mes amis...

Décrypter les manipulations des gouvernants et leurs manoeuvres, contribue déjà à s’en prémunir et aide à trouver une riposte avec nos faibles moyens (les élections, actuellement sans alternative réelle, hélas, pouvant être une solution), c'est également une manière comme une autre de prendre du recul pour un pauvre hère comme moi, qui malgré son air con et sa vue basse, finit souvent par avoir globalement raison, impavide et stoïque au milieu du désert avec toutefois la satisfaction intellectuelle de crever économiquement à petit feu, certes ; mais avec la dignité solitaire d'un vieux sage...

Cambig-6.jpg.jpegarades ménagères bourgeoises de moins de 50 ans, vous êtes autorisées à sortir vos mouchoirs en soie.

En tout cas, je confirme.  L'humour est bien la politesse du désespoir...

À bon entendeur…

Salut !

Billet non actualisé terminé le jeudi 25 au soir

Cui cui, marchand de parapluies (non dorés)

.

vendredi, 26 septembre 2008

Hémiplégisme

Le 6 mai 2007, les Français ont élu à une confortable majorité celui qui est donc aujourd’hui notre président. Le candidat vainqueur est issu d’un courant de la droite assez jeune en France, qui assume pleinement à la fois son néo-libéralisme et son néo-conservatisme. Quand je dis assumer,  c’est évidemment dans l’entre-soi. Les Français n’étant pas encore convertis au libéralisme économique, loin s’en faut, le discours politique diffusé par cette mouvance est des plus hypocrite. Mais plus encore, il joue sur l’omission.

Car en effet, l’ex maire de Neuilly a gagné la présidence sur le programme le plus à droite qu’un homme politique ait proposé depuis la fin de la deuxième guerre mondiale (j’aurais pu dire seconde mais voyez-vous…). En face, c’est un électorat rongé par les peurs et les doutes nés de la mondialisation, oppressé par la nouvelle donne économique qui précarise et appauvrit (qui déclasse pour le moins, quand il n’y a pas appauvrissement réel) qui l’a porté au pouvoir. Il y a encore une dizaine d’années, le réflexe de ces gens aurait été de se tourner vers la gauche, garante de la protection des plus faibles, préceptrice d’un modèle économique moins darwinien, plus équilibré, plus durable pourrions nous dire en ces temps où l’écologie essaie tant bien que mal de se frayer un passage dans la jungle des prédateurs politiques.

Pourtant  le héraut de la droite décomplexée a gagné haut la main en proposant un programme économique, qui sous quelques paravents volontaristes et populistes, s’appuyant sur une dialectique de la rupture (contre-révolutionnaire maquillée), est clairement destiné a laisser les mains libres à la classe dominante d’étendre sa puissance, au détriment de quasiment toutes les autres catégories de population : celles qui ne sont pas méritantes, qui ne veulent pas assez s’en sortir, sont coincées dans des schémas de pensée archaïques. Pour résumer la majorité de la population a voté pour instituer un ordre qui privilégiera une infime minorité parmi elle et en marginalisera une grosse partie, laissant l’entre-deux dans une situation très difficile.

Comment ce tour machiavélique a t’il pu être joué aux citoyens ? Comment peut-on amener des gens a voter avec enthousiasme contre leurs intérêts économiques et en faveur d’une destruction de leur mode de vie ?

Une bonne partie de la réponse se trouve dans le livre de Thomas Frank,Pourquoi les pauvres votent à droite : comment les conservateurs ont gagné le cœur des Etats-Unis (et celui des autres pays riches)

Nick2.JPGCe qui s’est passé aux USA, malgré quelques spécificités bien de chez eux a été , un peu comme à peu près tout le reste, exporté chez nous et à la lecture du livre on voit bien les analogies entre les techniques des ultra-conservateurs pour se fédérer les classes populaires et celles à l’œuvre chez le commandant en chef de l’Ump et de ses fidèles (ou pas) lieutenants.

Depuis une trentaine d’années, l’avènement de la nouvelle donne économique née du consensus de Washington, ce que l’on appelle aujourd’hui plus ou moins pertinemment le néo-libéralisme a été de pair avec une révolution néo-conservatrice, les deux mouvement s’entretenant l’un-l’autre, dans une imbrication qui sent bon la convergence d’intérêts. Un phénomène assez logique dans la mesure où ce sont les mêmes qui ont lancé et l’une et l’autre. La seconde permet de faire oublier les effets économiques de la première sur les classes défavorisées et moyennes et la première alimente la grogne et le ressentiment qui va nourrir la seconde.

Thomas Frank décrit et analyse ainsi ce paradoxe assez gigantesque qui voit les américains assister « à une révolte qui ne profite qu’à ceux qu’elle est censé renverser. Les travailleurs en furie, forts de leur nombre, se soulèvent irrésistiblement contre l’arrogance des puissants. Ils brandissent leur poing au nez des fils du privilège. Ils se gaussent des affectations délicates des dandys démocrates. Ils se massent aux portes des beaux quartiers et, tandis que les millionnaires tremblent dans leurs demeures, ils crient leur terrible revendication : « laisser-nous réduire vos impôts ! » »

La dimension essentielle de cette révolution est culturelle et profite du dévoiement du parti démocrate, la « gauche » américaine qui comme son homologue française s’est peu à peu vautrée dans la notabilisation, s’est couchée face à la mondialisation néo-libérale et s’est recroquevillée dans la défense des « discriminations », c’est à dire en évacuant la question économique de son domaine d’action. La gauche est donc vue aujourd’hui comme une formation qui ne se préoccupe que des questions de mœurs.

Les conservateurs républicains ont parfaitement deviné quel profit il pouvait tirer de ce retrait de la gauche et de sa distanciation progressive des questions sociales. Force est de constater qu’ils ont réussi et qu’ils se sont attaché une grande partie des classes populaires, lassées de constater le désintérêt de la gauche pour leurs conditions de vie, excédées de ne la voir bouger que pour ce qu’ils perçoivent comme des préoccupations de riches : la culture, la défense des minorités sexuelles et raciales. Pour l’américain moyen, l’honnête travailleur est laissé en pâture, son mode de vie traditionnel est menacé par les élites cosmopolites qui entraînent inéluctablement la décadence de la grande Amérique, pieuse et laborieuse, celle des vrais hommes, qui n’aiment pas le latte  et la culture française..

Bien entendu, les fondements culturels Etats-uniens sont quand même assez différents de ceux de la France, notamment dans le domaine religieux et la haine de la culture humaniste, donc largement ouverte sur le monde, n’est pas aussi développée chez le paysan des Alpes que chez celui de l’Arkansas. Pourtant, il est frappant de constater comment la droite américaine et son homologue française, par émulation pour cette dernière, ont parfaitement su se servir du profond fléchissement idéologique de la gauche, pour l’attaquer là ou sa défense est traditionnellement la moins efficace : la question culturelle, le problème des valeurs, la sécurité physique : en gros, le conservatisme politique.

C’est ainsi que pour éviter de parler des salaires, le mari de Carla Bruni a agité la valeur travail. Le travailler plus gagner plus n’était pas une solution économique aux problèmes financiers des gens, mais une approche culturelle. Si vous le voulez, si vous vous investissez alors vous gagnerez plus et vous serez plus estimable que ceux qui, glorifiant l’oisiveté, vivent de vos impôts avec les minima sociaux. Cette approche francisée s’inspire complètement de la théorie du workfare state, édictée pendant les années Reagan et se drape pour cacher son identité violemment conservatrice et réactionnaire sous les paravents de la défense de valeurs traditionnelles populaires, mises à mal par Mai 68 (les années 60 de tous les relâchements aux Etats-Unis).

Ce qui est contenu dans cette attitude politique c’est la polarisation de l’amertume des classes populaires non pas vers la minorité dominante mais vers ceux qui sont en dessous : les oisifs, les parasites, les assistés. Les responsables de votre situation, ce sont eux disent nos décomplexés de la droite, pas ceux qui créent de l’activité et de la richesse, qui ne récoltent que le fruit de leurs mérites. Car tous, vous pouvez accéder à ce statut si vous le voulez vraiment et si vous vous débarrassez des inactifs, des improductifs (dont les fonctionnaires) qui sucent vos impôts comme des sangsues gauchistes qu’ils sont. Bien entendu, pas un mot sur le système économique mis en place par les possédants, l’emploi précaire et sous-payé corollaire des systèmes de management mis en place, de la financiarisation qui d’une part pressure industriels et employés, d’autre part édifie une construction consumériste qui tient uniquement sur le crédit, avec l’instabilité que cela suppose, comme nous le montre la crise des subprimes qui menace aujourd’hui l’économie mondiale.

Bien plus, les conservateurs alliés aux fondamentalistes religieux, non contents d’évacuer les responsabilités du marché libre (qu’ils favorisent autant qu’ils le peuvent), sur les conditions de vie des classes populaires et sur le prétendu délitement moral de l’Amérique, s’ingénient à se décrire comme persécutés par une élite démocrate quasi aristocratique et contrôlant tous les rouages du pouvoir financier, industriel et culturel aux Etats-Unis. Personne ou presque ne leur fait remarquer que les Républicains ont occupé la Maison Blanche 28 ans sur 40 depuis 1969. Pas davantage pour remarquer que les pontes politiques ultra-conservateurs sont la plupart du temps riches à millions, fréquentent les mêmes lieux et ont quasiment les mêmes mœurs que leurs collègues du parti de l’âne.
C’est ainsi que les républicains se victimisent systématiquement, alimentant une théorie du complot démocrate et de l’anti-amérique, alors mêmes qu’ils tirent la majorité des ficelles aujourd’hui. Mais ils ont pour le moment gagné la bataille des idées qui les range aux côtés des plus humbles. Ces derniers censés aspirer à plus de dignité appuient donc, avec souvent une force militante assez impressionnante ceux qui les en privent toujours davantage (il suffit parmi tant d’exemples de regarder la répartition revenus du capital/revenus salariaux qui a progressé de 10% vers les premiers depuis trente ans en Amérique comme ailleurs).

xnicks.JPGTous ces paradoxes sont décrits par Thomas Frank dans son livre. Sa vision acérée est dépourvue de tout sectarisme, ne stigmatisant pas plus que de raison le peuple des états rouges (républicains) dont il essaie de décortiquer la logique pour mieux en exposer à la fois souvent la sincérité mais aussi ses effets contre-productifs, produits des manipulations et du cynisme des grands leaders politique de droite, fondamentalistes par opportunisme.

Sa parole a d’autant plus de poids qu’il est allé se fondre dans ce milieu et s’entretenir avec ses différentes composantes, depuis l’ouvrier de l’usine Boeing de Wichita qui préfère fustiger l’arrêt « Roe vs Wade » de la cour suprême légalisant l’avortement plutôt que de s’en prendre à l’entreprise aéronautique qui s’est livrée à un odieux chantage à l’emploi, jusqu’aux différents candidats républicains aux élections du Kansas. C’est cet état, dont l’auteur est natif qui sert d’espace expérimental à ses propos. Lui-même ancien ultra-conservateur dans sa jeunesse des banlieues dorées de Kansas City, a fait un chemin que peu ont suivi dans le même sens à son époque, à savoir basculer à gauche (Il écrit dans le Diplo aujourd’hui). Il montre avec beaucoup de perspicacité, avec une ironie qui permet d’alléger quelque peu la démonstration, comment un état pionnier dans la défense des plus fragiles au moyen de l’action collective (le populisme de gauche au début de siècle dernier) a pu se vautrer dans un ultra-conservatisme néo-libéral pro-bushiste.

Pourquoi les pauvres votent à droite est une excellente analyse du basculement politique des classes populaires. La préface de Serge Halimi se charge de faire le parallèle avec la dernière élection présidentielle en France. L’explication de la victoire des conservateurs est très pertinente mais elle contient dans son argumentation les raisons de la défaite de la gauche : la démission.

Quel avenir a-t’elle aujourd’hui alors qu’une fois de plus mais dans des proportions inédites, la crise financière actuelle vérifie le principe néo-libéral de socialisation des pertes, que la précarité est censée être la vie, selon les dires d’une dirigeante syndicaliste patronale, qu’une majorité de la population des pays développés est menacée de déclassement pendant qu’une infime minorité dirigeante l’exploite et l’instrumentalise ? Comment peut-elle rester silencieuse alors que des sommes astronomiques vont être levées pour corriger l’impéritie d’une caste financière avide et amorale, alors que le centième de cet argent pourrait éradiquer la faim dans le monde, garantir la pérennité des services publics et des systèmes de protection sociale ? Comment ne peut-elle pas sonner la charge alors que le système néo-libéral vient une fois de trop de démontrer que ses failles sont bien trop grandes pour être acceptables ?

Peut-être parce qu’elle n’est tout simplement plus de gauche…

Nicks

mercredi, 24 septembre 2008

Argent trop chair

 

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Etrange deal, non ?

 

Cela se passe aux Etats-Unis, un pays  où les habitants* subissent de plus en plus les pressions « moralisatrices, religieuses ou sociales. » (*bientôt rattrapés par nombre de pays occidentaux.)

 

Cette jeune femme monnaye sa virginité mais le profit est moral. Après tout, c’est pour financer des études …

 

Préserver sa virginité. Etre digne de porter l’anneau de reconnaissance.

 

Du coup, des établissements médicaux se sont spécialisés dans le commerce de la reconstruction de cette membrane.

 

Va-t-on assister à un véritable marché de la femme « pure » ?

 

Vraies vierges « hors de prix » cotées en bourse, fausses vierges « opérées » à prix discount, et pourquoi pas un label AOC ?

 

La valorisation de la virginité, à des fins commerciales... cette rareté sera-t-elle exploitée à fond ?

 

Vierge le plus tard possible … Renouons avec le sacre « chapeauté » des demoiselles honorées, jadis.

 

Devenir un hymen-star afin que la défloraison se paye au prix fort (déflorer un quidam n'a pas le même prix qu'une fille qui fait monter le désir et les enchères, lentement.)

 

Pourquoi ne pas organiser des « défloraison-tour » (voyage « classieux » avec défloraison sur l'Everest ou ailleurs, au choix), "défloraison - le jeu" pour pimenter la télé-réalité « Hymen story »,  etc.

 

Que nous dit la démarche de cette jeune femme ?

 

Elle a associé la vente de son bien le plus précieux selon les « nouveaux » critères sociétaux au rêve américain le plus daté, « la réussite. »

 

Cet hymen, les femmes se sont battues pour en disposer librement. La valeur accordée à cette « pseudo pureté » par le lobbying qui s’exerce sur la jeunesse américaine dégrade le corps féminin, pire l’identité de la femme. Cette focalisation était jusqu’ici l’apanage de sociétés sous-développées par la forte imprégnation de principes religieux.

 

Un tour de passe-passe se joue là.

 

Un asservissement du genre féminin,  façon XXIème siècle.

 

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Agathe

 

 

 

 

 

 

 

 

 

lundi, 22 septembre 2008

Parti socialiste, ou comment en finir une bonne fois pour toutes avec la malédiction archaïque du Mythe errant ?

En m’attaquant à l’icône, au Saint Sépulcre - que dis-je ? - au Christ de la gauche historique, je vous avoue m’attendre à recevoir une volée de bois vert, peut être même cette expression n'est elle  probablement qu'un doux euphémisme, bien que je ne fusse qu’un petit plumitif prétentieux, infâme vermisseau sorti de ses faubourgs malodorants et citoyen de troisième zone. Certainement pas un de ceux qui eussent intéressé sa grandiloquente majesté, Mitterrand 1er, et ses sbires prosternés qui sont prêts à s’entre-tuer pour une place au soleil de la renommée et de la félicité !…

messe1.JPGLa rouerie, la ruse, le culot et le cynisme étant considérés de nos jours, comme des vertus cardinales nécessaires à la bonne gouvernance, comment voulez-vous que ce brave Parti socialiste créé par François Mitterrand, le parangon de ces vices puisse connaître un fonctionnement démocratique cohérent et bénéficier de hauts cadres désintéressés, remplis d’abnégation et au service de leurs militants et partisans  ?

Comment Lucifer aurait-il pu créer le Paradis ? Comment la créature du bon docteur Frankenstein aurait elle pu concevoir des maisons de poupées ? Auriez-vous imaginé Barbe-Bleue prendre la tête d'une cellule de soutien psychologique pour enfants battus ? Comment un François Mitterrand, bouffi de vanité, qui se délectait d’être pris pour un homme illustre aurait-il pu construire un Parti de gauche consacré à des idées auxquelles il ne croyait pas lui-même, alors que son PS ne représentait qu'un temple dédié à sa suffisante dévotion et peuplé de courtisans, favoris et autres hiérarques béats, veules et intéressés ?

Le Parti socialiste qui se targue d’être un parti extrêmement démocratique ne s’est jamais si bien porté que lorsqu’il a été conduit par un dirigeant manœuvrier à la poigne d’acier et au narcissisme exacerbé. Une sorte de monarque absolu.

Viergemarie.JPGCe que je veux souligner, c’est que ces pseudos grands hommes dont on nous rabâche les exploits à travers les âges, n’ont jamais été capables, de par leur autorité morale, leur charisme et leur position, de fonder un système démocratique, géré en collectivité voire collégial qui puisse leur survivre et perpétuer la philosophie de leur Parti.

Juste avant le vote des motions de fin septembre, j’ai envie de lancer un appel, probablement ignoré vu le peu de retentissement du Web, devant cette honorable assemblée :

"Militants socialistes : innovez, tentez donc un Parti à direction collégiale, fuyez donc cette vision du Chef suprême, mais je vous en prie, ravalez vos ego et tentez de nous montrer une façon moderne de gouverner, autogestionnaire et plus adaptée à l'évolution du niveau de nos concitoyens, moins naïfs, plus lucides, et bien souvent, réfractaires à toute propagande.

Enterrez donc les vestiges du vieux mitterrandisme en décomposition qui annihile depuis si longtemps votre Parti. Dissolvez ces oligarchies (Gracques et autres horreurs) remplies d’énarques et autres hauts fonctionnaires éloignés des réalités et essentiellement attirés par la promotion de leurs carrières. Retrempez-vous dans le bain populaire que vous n’auriez jamais dû quitter. Recréez de nouveaux concepts de pouvoir, moins personnels et plus participatifs, avec plus de cohésion, moins d’ambitions personnelles, sans mise en avant médiatique des représentants. Rajeunissez vos cadres. Virez vos vieux caciques avides de pouvoir qui vous conduisent depuis onze ans vers une impasse et promouvez les obscurs et les sans grades ! Brûlez les oripeaux de ces permanents et élus qui s'accrochent à leurs fonctions comme des morpions aux poils de culs.

Brisez la malédiction du vieux Mythe errant...

Surprenez nous.

Laissez donc à la vieille droite ce "culte du Chef" désuet et suranné, devenu à notre époque, une aberration qui nous mène à des situations de mal-gouvernance et d’injustice incroyables ainsi qu'à l'élaboration d'un pouvoir personnel complètement coupé des réalités au seul profit d’une clique de profiteurs sans vergogne et sans remords...

Mitt.jpgIl est certain que déjà, même à droite, des voix s'élèvent, comme à gauche, pour comprendre combien nous avons tous été floués depuis une trentaine d'années par des "hommes d'état" au cynisme effronté rongés par l'ambition personnelle, d'une médiocrité alarmante et dont les politiques à court terme de régressions sociales, économiques et des libertés  frisent la provocation et prouvent l'absence patente de dessein et de vision de l'avenir.

Une décentralisation du pouvoir et une certaine collégialité dans l'exécutif s'impose à nous pour des décisions qui réclament débats, démocratie et points de vues variés sans abus d'experts en tous genres : l'élitisme, la pratique de l'oligarchie et les effets du copinage ont fait les preuves de leurs impérities.

Militants socialistes, ne vous laissez ni manipuler ni emberlificoter : l'avenir de la gauche et de l'opposition est entre vos mains, saisissez votre chance...

Ou sabordez-vous pour éclaircir le paysage politique français !

Mais par pitié, épargnez nous la nomenklatura actuelle : le coquelet vaniteux de la Capitale flanqué de son inexpugnable acolyte, socialiste professionnel pour l'éternité, les complices du fumeur de barreaux de chaise à 100 $ et banquier de Wall Street ou la Madone de la bravitude à l'élocution si peu naturelle et à la faconde d'une fine de claire, tous à peu de chose près, autant socialistes et à gauche qu'un  zombie mou du genou comme François Bayrou. Ce qui n'est pas peu dire...

Nous comptons sur vous. Ne nous décevez pas. Tous les citoyens français de toutes opinions, particulièrement les sympathisants de gauche, dont je suis, attendent de vous un ultime sursaut.

Socialistes... Du passé faîtes table rase : osez l'impensable !

Poil au rable...

Évidemment ce billet polémique n'engage qu'une gamme d'opinions, celle de beaucoup de personnes que je côtoie et la mienne ; il n'est aucunement le reflet du sentiment de tous les membres du Village des NRV. Cette précision a au moins le mérite de la clarté...

Cui Cui, l'oiseau lyre qui prêche dans le désert...

 

vendredi, 19 septembre 2008

LA VIE SUR TERRE

En voici les trois premières pages.
Je ne vois rien à vous en dire d'autre que de le lire
et peut-être ainsi de connaître l'intense émotion qu'il m'a procuré.
Ce billet n'est donc qu'une incitation.

lavisurterre3.jpg

I.  — A quoi penser? Un chien aboie que l'on fait taire dans un logement voisin; des bruits de pas précipités, une porte qu'on claque, les pas se dépêchent à descendre l'escalier, s'amenuisant jusqu'à disparaître; me laissant seul dans le silence qui revient entre les murs de cette autre journée encore identique devant moi à rester assis avec les meubles. A distinguer le minuscule va-et-vient de l'échappement de la montre. J'ouvre le tiroir pour regarder l'heure et déjà le nom du mois a encore changé, dont les maigres semaines presque évanouies se fondent dans le suivant en un rapide clignotement de jours et de nuits, dans ce torrent des jours qui emporte sans retour notre être instantané. Et à peine fait-il beau quelques jours que revient la longue nuit de l'hiver au cliquetis de chiffres mobiles que font les années, qui toutes ensemble ne font qu'un instant dans l'esprit, une fumée que le vent agite et dissout; à peine avait-on commencé de s'apercevoir des choses, à faire leur connaissance. Je regarde la montre où plusieurs de ces heures ont passé qui règlent au-dehors la vie des habitants; de ces heures qui se traînent en bruissement d'électricité distribuée par les nerfs, en battements cardiaques jusque dans les mains; de ces heures vides inutiles à passer dans le tiroir me laissant seul dans ce monde physique d'où je voudrais sortir par moments me reposer un peu, penser à autre chose. Ne contenant rien qu'un remuement sourd d'impressions dans tout le corps, se dilatant parfois obscures et tristes, des bribes de chansons en boucle, des paroles prononcées distinctement dans mon esprit, des idioties; un phénomène s 'ébauche qui s 'effiloche aussitôt que je tente d'en saisir l'idée; d'impulsions à se lever tout à coup pour faire quelque chose et puis au milieu de la pièce ayant oublié quoi. Je retourne m'asseoir.

Autrefois déjà les ombres projetées sur les murs de la classe rampaient semblablement tout au long de l'après-midi ensoleillée jusqu'à rejoindre enfin dehors ces soirs d'or où l'on se sent revivre et maintenant sous cet autre ciel à regarder la lumière se déplacer lente et régulière, se déformer sur le mur de toutes ces années vides à rester assis entraîné par la rotation de la Terre.

Pourtant l'image fugitive de la vie ambiante par instants surgit dans mon esprit, de cette vie se dérou­lant tout autour. Je vais à la fenêtre. Dehors s'étend la ville énorme aux habitants qui fermentent dans un brouillard de gaz brûlés, d'ondes électro-magnétiques, de volume sonore, s'affairant partout aux occupations de la vie économique; à tous ces mécanismes compliqués sortis du cerveau humain; et par-dessus quoi le trafic aérien sillonne la frêle après-midi de mars, mais aujour­d'hui les aéronefs qui regagnent au loin la haute atmo­sphère ou qui en descendent ne laissent derrière eux qu'un bref panache de vapeur blanche, faisant ainsi qu'une pluie de lentes comètes annonciatrices tombant en tous sens. Je retourne m'asseoir à la table.

Voici ce que j'ai pensé : cette sorte de signes prodi­gieux que nous apercevons là-haut sans effarement est apparue dans notre ciel au cours du deuxième conflit planétaire; qui signalait alors le passage de forteresses volantes en chemin d'accomplir l'ordre de mission noti­fiant le nom de la ville pleine de gens sur quoi livrer ce jour-là leurs explosifs; faisant en quelque sorte la bande-annonce des Temps nouveaux qui s'ouvraient là devant l'humanité; et depuis ne l'a plus quitté. Sans doute était-il naturel aux habitants de cette guerre, qui n'avaient pas beaucoup de distractions, de pronostiquer sur ces augures, dont la radio du lendemain leur résol­vait de toute façon l'énigme : quelle ville avait disparu. Mais pour nous qui sommes dans l'époque annoncée, il y a bien d'autres récréations et ces phénomènes célestes nous laissent complètement indifférents; nous ne perdons pas notre temps à conjecturer sur les evene­mens & accidens inouys & inaccoustumez que porte­raient à notre attention ces signes précurseurs, ces avertissements d'une révélation imminente de vérités encore cachées dont par ces présages nous serions bientôt les curieux spectateurs : tremblements de terre, éruptions volcaniques, tornades et raz de marée, fleuves expirant dans leur cours, pandémies fulminantes, peut-être nécessaires à réparer l'iniquité des hommes devenus trop nombreux et à cette fin frappant à toutes les portes, récoltes chétives sous une pluie perpétuelle, irruption de parasites imprévus, peuples frappés de stérilité, mul­tiplication des illuminés, contagions de massacres aux détails d'égorgements très affreux et saccagements de villes par leurs locataires, et autres choses semblables, inconveniens merveilleux & grandement nuisibles au genre humain; et en faisons si peu de cas, que d'un rien. Et lorsque certains matins les traces des routes aériennes ne s'effacent pas mais s'entrecroisent et se raturent en un palimpseste compliqué, nous ne prenons pas la peine d'y lire notre horoscope collectif tracé de cette façon dans le ciel et d'en déchiffrer la prédiction : nous avons plus urgent; et y penserions-nous que le plus simple serait encore d'allumer la radiovision ou d'ouvrir le journal pour trouver la solution dévoilée en titre modeste de page intérieure : La moitié de l'Indonésie vient de partir en fumée.

 

Urbain

mercredi, 17 septembre 2008

Avant que l'accord ne m'use...

 

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C’est la rentrée, disent-ils. C’est la rentrée alors que beaucoup ne sont même pas partis ou sont déjà, depuis longtemps, rentrés ; à la fois ici et là-bas.

Rentrer dans le rang, rentrer au bercail, la tête dans les épaules, rentrer le ventre, dans le chou, le lard…

Mais c’est la rentrée ; politique, sociale (chaude, forcément chaude, puis tiède puis « de manière satisfaisante »), télévisuelle, parlementaire, scolaire, littéraire etc.

Septembre, chaque année, c’est ça, tendu, nouveau, prometteur, aigu, vivifiant, harassant, douloureux… Ca s’agite frénétiquement, face à l'inconnu.

Et puis, finalement, quoi ?

Qui désire vraiment se coltiner le spectacle pour tous, resucée de l’exercice précédent, à peine ravalé par quelques dégoulinantes moulures décoratives en polyuréthane ?

Revoir Xavier Bertrand…

Revoir Drucker…

Revoir le débat public, comme on dit…

Revoir le pouvoir d’achat, les réformes, les impatiences, la pédagogie, les « socialistes », les buzz et les buses, les analystes-conjoncturistes-observateurs.

Revoir toutes ces choses dont on connaît déjà, à quelques détails de scénographie près, la forme, la temporalité, les procédures de dévoilement. Revoir ce qui n'a cessé d'être vu.

Subir les « c’est pire que prévu » et les « rebonds inespérés ». Les chiffres qui ne mentent pas puis l’omni-ceci et l’omni-cela et se voir badigeonnés de la novlangue encapsulée aux effets reliftants.

Se coltiner le nouveau (et intéressant) jeu « démocratique », l’exercice de la liberté, les choses qui passent, font « événement », rebondir (boiiiinnnng !) dessus, plus ou moins mollement, croire penser, penser croire…

Et aussi conduire sa carcasse, préserver sa peau, passer entre les gouttes.

Repartir pour un tour, avec le désir que le tour soit plus rapide, ou finisse mieux. Avec quelques sensations, dues à la force centrifuge. Le bon stress et le mauvais stress.

Imaginer sortir de la morne circularité des choses et, in fine, escompter seulement ne rien perdre en cours de route.

A peine la média-temporalité estivale à base de chassés-croisés, de cordées qui finissent mal, de lois votées en toute quiétude, d’asthénie à peine réparée, de numéros spéciaux, de mercato, de Marc Lévy, évacuée que la scansion du "retour" est déjà là. Et son expansion dans le temps : le doux ronron de l’intolérable, celui que l’on croit éteint quand le soleil est censé tenir son rôle fédérateur, l’humiliation comme unique météorologie, la corruption au sens (grand) large et la corruption du sens...

Le bourdon du retour. Un drone.

Cet écoulement-là est mortel.

 

"- Question : Qu'y a-t-il de commun entre Ludwig Wittgenstein et Robert Musil, deux auteurs qui n'ont cessé de nourrir votre pensée ?
- Jacques Bouveresse : L'un des éléments, parmi beaucoup d'autres, qui m'ont fasciné est la capacité d'autonomie et l'énergie morale impressionnantes qu'ils ont été capables l'un et l'autre de déployer pour résister à la pression de leur époque et aux sollicitations de l'air du temps. Ils se sont consacrés de façon à peu près exclusive, dans des circonstances parfois dramatiques, à ce qu'ils considéraient comme une obligation absolue, comme la tâche de leur vie. Robert Musil a voué près de trente ans à l'écriture d'un seul et unique roman, L'Homme sans qualités, qu'il n'a d'ailleurs pas pu achever, sans jamais rien céder sur ses exigences, même dans les dernières années où il a connu l'exil en Suisse et la pauvreté. Ce qui me frappe est ce sens aigu des obligations exceptionnelles que l'on a envers soi-même et envers le monde dans lequel on vit, alors que les intellectuels d'aujourd'hui me semblent avoir plutôt tendance à revendiquer surtout des droits exceptionnels. Brian McGuinness, l'un des biographes de Wittgenstein, a parlé à son propos d'un « devoir de génie », mais il y avait aussi, chez lui, le sentiment d'être sous le contrôle d'une autorité morale inflexible qui ne pouvait accepter de lui autre chose que le meilleur."

 

Assis sur la berge, je regarde le fleuve. Le reflet d’un peuplier sur la surface se présente à mes yeux. Cette image se diffracte en une multitude de taches plus sombres et mouvantes, au gré du vent et des vaguelettes générées. Chaque tache, à la manière du « Cri » de Munch, semble surgir régulièrement, s’étirer au fil de l’onde, se tordre, puis s’effacer tandis que la suivante entame le même cycle. Je projette alors de scruter précisément le point d’apparition d’une sous-forme, d’en observer la géographie et le rythme. Bloquant mon œil en un point fixe, je tente de suivre la forme et la pulsation du morceau de peuplier réfléchi. Et là, une difficulté apparait ; à chaque fois que je m’évertue à bloquer mon œil sur le lieu de surgissement de l’objet, l’œil ne peut résister à la dérive et suit alors automatiquement la déambulation et la déformation de la tache. Il m'est impossible de ne pas être attiré par le mouvement. Mon œil se reprend, revient à l’origine, se fixe puis se trouve à nouveau happé par l’onde.

Je décide de forcer mon observation, de ne pas flancher et, assez rapidement, je ne vois plus rien. Une douce rêverie, comme une hypnose légère, s’empare alors de l’observateur amateur. Il me faut un repère, une forme fixe sur laquelle concentrer mon attention ; je me lève afin d’aviser une pierre, sous l’eau, un rocher. Alors, du fait de l’angle nouveau, c’est le reflet lui-même qui se soustrait. La surface de l’eau devient un simple réseau de ridules et de transparence.

Revenu à ma position initiale, et formant avec mon pouce et mon index une sorte de viseur de précision, le processus ne peut alors plus m’échapper. Dans la position du sniper assis, scrutant un périmètre restreint de la surface de l’eau par le petit trou formé par mes doigts, j'observe enfin la naissance d’un élément du reflet. Gonflant rapidement, s’étalant, il quitte mon œilleton. Un autre, à sa suite, semble surgir de nulle part, un peu à côté. Puis un autre, imperceptiblement décalé dans le temps, perceptiblement ailleurs dans l’espace. Tout ce que la physique la plus rudimentaire sait déjà.

Je me déshabille et vais me baigner, plongeant dans le peuplier torturé.

Le rapport entre ces éléments, la cohérence ?

Un devoir de rentrée.

Sinon...

 

f

 

(Peut-être s'agit-il, en vérité, d'un cyprès...)

 

lundi, 15 septembre 2008

D'jeuns enseignant(e)s, la Révolution peut commencer avec vous

 

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Bon, en fait, tout bien pensé, ça me saoûle de devoir mettre des (e) partout pour ces dames - et pourtant Dieu (qui n'existe pas) sait que je suis une fille femme ! - donc - et je ne m'excuse même pas - je vais écrire cette lettre aux d'jeun's enseignants, en englobant dans ce masculin grammatical les donzelles, fâââmes, filles, nénettes, les brunes, les blondes et même les rouquines...

Très chers (mouarf) d'jeun's enseignants de France,

vous le savez maintenant (au moins parce que, en cette période de rentrée scolaire, vous avez du essuyer les ronchoneries, noeillades obliques et autres petites réflexions d'humeur de vos colllllllllègues moins d'jeun's), vous allez recevoir sur votre compte en banque, à la fin du mois de novembre, la somme de 1.500 euros (au fait, net ou brut ?) pour vous acheter féliciter d'avoir choisi cette noble voix voie de l'Enseignement.

Il paraît que vous êtes 20.000, répartis sur le territoire de notre beau pays en récession, à avoir su lire en eux-mêmes l'appel de la jungle du savoir à transmettre, l'appel d'une vocation qui va les conduire vers tout ces enfants en quête de connaissances, de "aide-moi, ô toi instituteur, à devenir un être pensant et donc libre". Môa je dis, c'est beau, ça n'a pas de prix... Et ben si, PAM, le prix de toussa, Messieurs-Dames, est de 1.500 euros...

Très chers d'jeun's enseignants de France, mes amis, mes frères (ouèp, avec des géniteurs profs, j'aurais tout aussi bien pu faire partie de votre bande, mais, à l'heure qu'il est, je n'aurais pas décroché le pactole Darcossien... C'est dire si j'ai bien fait de résister à la névrose vocation familiale), vous qui avez fait votre première rentrée, fébriles, anxieux, angoissés même - allez savoir - sous les feux des projecteurs, sachez que je vous respecte, que je vous admire parce que je sais que vous êtes plein d'espoir, de volonté de "faire bouger les choses" ; vous n'êtes pas de ceux qui choisissent de devenir enseignants pour profiter des nombreuses semaines de congés (nan, nan, nan, tsssss aux mauvaises langues), ni même pour être assurés d'avoir un emploi stable et indéboulonnable. J'ai foi en vous. Je sais que mes enfants peuvent compter (un, deux, trois) sur vous. Je suis convaincue (en tant que femme, ce mot me fera toujours rire) que sommeille en vous une âme de dissident, oui, l'âme de celles et ceux qui, parce qu'ils ont un cerveau et qu'ils/elles s'en servent, refusent la folie de ce monde, les mesquineries méprisantes des Pouvoirs Publics. Vous n'êtes pas de ceux que l'on achètent, vous n'êtes pas de ceux qui placent leur rêve en-dessous de l'argent, vous n'êtes pas de ceux qui acceptent d'être humiliés...

Je vous connais, je vous espère et, chaque matin, en ouvrant les journaux qui tombent mollement sur mon burlingue, j'attends de lire ces lignes : "Jeté de gant à la face du gouvernement : les d'jeun's enseignants lui ont tous renvoyé leurs 1.500 euros avec un mot manuscrit dans chaque enveloppe : NOUS NE SOMMES PAS À VENDRE ! ou encore VAS-Y XAVIER, TROIS ZÉROS DE PLUS, COMME EN 1998 ! ou encore T'AS VOULU NOUS MUSELER XAVIER, ON VAUT MIEUX QUE çA !"

Ma foi, ça aurait de la gueule. Pas de manifestation, pas de descente dans la rue, pas de heurts, les cours seraient assurés, les enfants préservés, les anciens auraient la larme à l'oeil et, au lieu de gagner 1.500 euros - certes un mois de salaire en plus ce n'est pas du luxe en ces temps rudes etc'estpasfini - vous gagneriez bien plus, oui, vous gagneriez d'être à la hauteur de ce que nous devrions tous être : des individus libres qui refusent l'asservissement au profit de ceux-là mêmes qui nous poignardent chaque jour un peu plus.

C'est donc un appel vibrant que je lance vers vos consciences encore d'jeun's et donc, j'ose le croire, pas encore complètement détruites par la honte, le découragement, les désillusions, la peur vissée au ventre (liste non exhaustive) : Cet argent ne vous manquera pas, vous ne savez que vous allez l'avoir que depuis peu de temps. Ne laissez pas vos cerveaux croire que ces 1.500 euros vous apporteront quoique ce soit de plus alors qu'ils ne vous sont versés que dans un désir de vous emmener vers le moins. Libérez-vous et donnez l'exemple... C'est aussi pour cette raison que l'on devient prof... Montrez que l'instituteur peut fort bien remplacer le curé !

Brividi

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vendredi, 12 septembre 2008

Bienvenue à Tagada

 

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« Les Experts » ; Miami, Las Vegas, Manhattan…

Et puis Chicago, Philadelphie, Des Moines, El Paso, Waco ?

Le programme de télévision le plus regardé au monde, paraît-il.

Les Experts Monde.

Voici donc trois séries américaines, assez similaires entre elles, qui se proposent de nous narrer le travail de la police scientifique dépêchée sur des crimes au modus operandi assez alambiqué. Nos sympathiques équipes, hyper compétentes, suréquipées, sont alors montrées dans leur recours aux technologies les plus pointues, où l’à-peu-près, l’arbitraire, les biais sont exclus.

Les écrans, les microscopes, les appareillages les plus divers, les capteurs, centrifugeuses, détecteurs, oscillateurs, spectromètres, mallettes intégrées, tout y est montré, répandu. La technique se laisse filmer, s’étale longuement, elle se laisse démythifier. Mais elle ne tombe pas pour autant dans la trivialité ; elle a la froideur de la vérité.

Tout récemment, une affaire relançant encore le débat sur l’influence de ce type de programmes sur les comportements était exploitée.

Avec, inévitablement, l’avis éclairé et nuancé de l’expert psychologue, criminologue, chercheur, «profiler» de service.

Mais la question ne se limite pas à un « qu’est-ce que cette série, parmi d’autres, peut nous inciter à commettre ? » ; existe aussi, prégnante, l’idée d’un « qu’est-ce qu’elles nous intiment de ne pas faire ? ». « Les Experts », par le spectacle-même de l’infaillibilité de la technique en œuvre, délivre, par la preuve, le message de la Loi souveraine, infalsifiable, sous peine d’avoir à subir en retour, inévitablement, la Loi elle-même.

Dans cette série, la Loi n’est jamais discutée, ce n’est pas son objet ; la Loi est la Loi. Les appareillages clignotants de nos héros se posent comme garants de cette limite. Ils sont la Loi.

Et tout, dans le filmage de ces machines, leur ergonomie, la clarté de leur interface, la simplicité de leur principe (souvent explicité par nos héros), nous dit que la Loi ne pourra être enfreinte. Pas enfreinte car justice sera rendue, plus jamais enfreinte si vous avez bien compris la divertissante injonction. Ces séries produisent de la norme, mais de manière revitalisée par les technosciences apprivoisées et efficientes (et fantasmées).

La machine ne ment pas, il n’y a aucune falsification ; il n’y a pas de spectacle. Alors que nous sommes dans une petite manifestation spectaculaire de plus.

Il n’est pas rare, dans « Les Experts », de voir les intrigues tomber dans l’incohérence, les facilités, la surenchère, comme s’il fallait que, le canevas technique posé, le déroulement du scénario se force à adhérer, qu’il se torde pour tenir. Il est parfois amusant de voir, face à la (pseudo) rigueur des procédures rationnelles d’apparition de la vérité, un relâchement flagrant dans la construction scénaristique. Mais l’essentiel est de montrer que de ce fatras, nul ne pourra s’extirper, que nos héros démêlent l’indémaillable.

Une séquence nous montre un cambrioleur dérober un agenda. Ce cambrioleur, à son insu, est filmé. Notre équipe de techno-limiers analyse le film, « défloute » le visage, compare ce visage à une base de données et le cambrioleur est identifié. (Le type avait pourtant opéré sans gants, laissant sans doute quantité d’empreintes mais peu importe…) Voilà donc que s’avance vers nous une technologie de reconnaissance et de comparaison des faciès des plus magiques. De plus, comme souvent, l’interface logicielle est d’une lisibilité parfaite, compréhensible par tous, « intuitive » comme on dit, avec de gros caractères qui disent ce qu’il fallait démont(r)er.

Que nous dit cet écran coloré, sans équivoque ?

Qu’il n’y a aucune possibilité d’échapper à la vérité (et donc à la Loi). On aura beau faire, contourner, préméditer, la vérité surgira. Pas moyen d’échapper à l’œil global et objectif de la machine. Tout acte délictueux porte, a priori, la résolution de son hypothétique mystère et, par extension, sa réparation.

Rien d’étonnant à ce que ce machin soit une production Jerry Bruckheimer…

Qu’est-ce qui pourrait, finalement, prendre à défaut le système ?

Il existe (au moins) quatre facteurs : la corruption, les limites de la technologie, le défaut de données de référence à comparer avec les échantillons prélevés, l’absence de traces laissées sur les lieux.

La corruption, évidemment, ça n’existe pas. Et, si elle existe (simple hypothèse, n’est-ce pas), la science appliquée saura également la révéler.

La technologie est mystérieuse, fantasmatique, partout.

Les données de référence relèvent des bases de données, de la collecte et de l’indexation de prélèvements et d’informations factuelles. C'est ce qui est, quantifiable, comparable et en demande de tendre vers l’exhaustivité afin que l’indice retrouve son semblable fiché.

La pureté du délit, sans trace, quant à elle, peut être contrecarrée par la connaissance exhaustive du potentiel de chaque individu à agir dans un sens prohibé. « La possibilité de… » requiert évidemment une connaissance suffisante des orientations réelles et subséquemment potentielles de l’individu. C'est ce qui pourrait être, ce qui a des chances de tendre vers la limite, ce qui se montre « susceptible de porter atteinte à l'ordre public. »

L’ordre public sera garanti parce que la « science » prouve tous les jours, sans faillir (puisque c’est la science), que c’est comme ça. Rien de politique dans tout ça, disent-ils. « Les faits montrent que… » et « du point de vue scientifique… » et aussi « en toute objectivité… »

Il en va de la sécurité de nos concitoyens. Elle ne se discute pas et ce qui ne se discute pas relève des faits (et inversement). Le reste n’est que préjugés et illusions…

Air connu.

On ne s'étonnera pas d'entendre un Balkany narrer, à la radio, l'expérimentation sur son propre corps du Taser dont il veut équiper sa police municipale. Balkany, en consciencieux opérateur (possiblement fantasmé, lui aussi), a expérimenté ; pas de douleur, juste une paralysie. C'est sans danger. Balkany est toujours vivant. Balkany propose un énoncé scientifique : le Taser, c'est trop d'la balle.

Finissons avec un extrait du préambule de « Sciences et pouvoirs », de Isabelle Stengers :

« Et si cette répartition entre sciences et décision politique était une vaste et redoutable fumisterie ? Et si l’on pouvait dire, au contraire, que la fiabilité et l’intérêts des savoirs qu’une société est susceptible de produire traduisent la qualité de son fonctionnement démocratique ? En ce cas, tous les arguments qui invoquent la science seraient des arguments de pouvoir, nuisibles tout aussi bien aux sciences qu’aux exigences d’une démocratie qui ne se réduirait pas à une version sophistiquée du vieil art de conduire un troupeau. »


Il faut écouter les experts, nous disent-ils…

Et aussi les regarder. Ceux de Miami, Las Vegas, Manhattan et leurs clones européens et tous les autres de la petite lucarne électronique.

Grissom et Caine et Delko et Taylor sont autant à combattre que Edvige et Cristina et Eloi et Hadopi...

Pourtant, la simple question du goût devrait suffire. Parce que « Les Experts », comme produit, c’est vraiment merdique.

f

 

 

mercredi, 10 septembre 2008

Pour faire lire (et causer) mon canari

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J’ai observé que mon boycott total, officiel et assumé jusqu’au bout, des jeux olympiques d’été … n’a eu aucun effet ni le moindre écho médiatique.

Pourtant il m’a grandement satisfait dans la mesure où, à titre individuel, il m’a permis d’échapper à la gigantesque et ruineuse duperie qui a pu, pendant cette même période, distraire de leurs fonctions utiles et gravement affecter les capacités mentales d’une large proportion de la population de mon pays et du monde.

C’est quand même pas rien.

Maintenant que ce désastre (dans l’ordre de l’esprit et de l’humaine nature) est derrière nous, que d’autres, nombreux mais de moindre ampleur, s’annoncent , que j’entends affronter et surmonter de même et sans plus de dommages, a contrario de la foule des zélotes de la radiovision, déjà terrassés d’épilepsie spectaculaire et contraints désormais de mobiliser leurs derniers neurones valides aux fins incertaines de captation du message délivré par l’oracle d’informe-ation.

Maintenant donc, dans cette période que l’oracle vibratile a rempli d’un signal propagé dans toutes les directions et qui est décodé de manière univoque sous l’injonction comminatoire de la rentrée, déclenchant une déclinaison figée de comportements sociaux très anciennement programmés selon chaque corporation de sujets exposés à l’onde informe-hâtive.

Dans ce moment précis, je me dis que s’il y a bien une singularité propre à la période, je veux dire propre à la rendre digne d’intérêt, il faut l’entendre comme les physiciens : une discontinuité, un accident qui vient rompre la monotone réitération des évènements et affecter leur prévisibilité immémoriale.

De tels accidents ont-ils eu lieu, à la saison de leur surgissement cyclique ?

Sache, lecteur avide d’histoires grosses d’échappées gratifiantes pour ton imaginaire insatiable, mais redoutant par dessus tout de te voir fourgué de ces objets  qui ont la terrible propriété de tomber des mains ;


Sache lecteur curieux des nouveautés (que l’actualité de la production intellectuelle est réputée pourvoir à la seule fin de te divertir), mais en même temps soucieux de ne pas subir l’ennui des mondanités verbeuses de cuistres distingués par leurs pairs ;

667668790.jpgsache lecteur usager des transports communément disponibles aux foules de la migration bi-quotidienne, véhiculant dans un hypothétique confort, par les souterrains métropolitains au jour aboli, ou  les chaussées urbaines embarrassées d’obstacles mouvants, le flux pensif et maussade des agents de la société du spectacle marchand ;
oui toi cet usager des "transports", dans ce temps qu'ils durent, soustrait à ta durée de vie ;

Toi cet usager (usagé serait plus authentique) friand de palliatifs commodes et bon marché au sentiment pénible de la conscience de ton état, dans un format qui épouse celui de tes poches et facilite le feuilletage au sein de l’intimité contrainte et des espaces vitaux réduits ;

Sachez tous, consommateurs impénitents de ces mondes réduits à la forme millénaire du codex,  receuil des signes dont vous nourrissez et renouvelez votre intérêt à éprouver la vie … autour,
sachez que de telles aspérités à la surface lisse, informe et insignifiante de la production spectaculaire marchande … sont rares ;

Sachez qu’elles requièrent donc, pour leur détection, une véritable abnégation de la part de ceux dont vous attendez qu’ils vous en dénichent, avec la sureté de la baguette du sourcier.
Ces sourciers de l’eau à abreuver vos méninges asséchées, les libraires comme on les appelle communément, ont du mérite assurément et du savoir faire.
Car il faut bien de cette sorte de mérite à ne pas se laisser abuser .... par les résurgences fugaces qui font scintiller quelques cailloux, mais aussi vite taries que brutalement apparues, renvoyant la vulgaire caillasse de leur lit à sa stérilité première ;

Par les flots colorés abondamment déversés (au point que les tenants de la marchandise les facilitent de larges canalisations), mais dont l’eau tempétueuse s’avère impropre à la consommation, voire nocive à la matière cérébrale ;
Par les torrents pollués d’apports annexes et délétères, les petites mares qui sourdent mais déjà chargées de miasmes, jusqu’à l’humidité suspecte mais finalement révélatrice de douteux soulagements et, au delà de la chose brute, par tous les flacons étincelants, chamarrés et trompeurs que façonnent pour vous des illusionnistes patentés institués « critiques ».

Mesurez donc à quel degré d’apostolat véritable, de labeur scrupuleux et infatigable, de pénible discernement votre modeste libraire « de proximité » a du s’astreindre pour parvenir à diriger cet index assuré qui pointe si fermement des livres anonymes sur les tables encombrées, et désigne à la satisfaction de votre attente fébrile (comme au porte-carte du ministre de « la lettre volée ») les recueils de l’assouvissement promis, distingués de la vaine multitude à votre seule intention.

Alors ? me direz vous, l’œil vif de désir impatient et frustré, mais quand même un peu troublé de perplexité.
Alors qui ? alors quoi ?
Fort peu, ai-je l’aigre aveu à vous faire.

Et comme je n’ai pas la sotte vanité de prétendre ajouter ma voix au concert cacophonique des critiques patentés, je me contenterai donc de la très brève énumération de ce qui, pour autant que je sache, ne devrait pas vous « tomber des mains » :

William T. Vollmann, : Pourquoi êtes-vous pauvres ? traduit par Claro. (Actes Sud)
Ce n'est pas un roman , mais un chapitre du livre ouvert sur le monde post-moderne (celui que les journalistes et autres médiacrates ont renoncé à écrire), et Vollmann n'est pas la moitié d’un écrivain.
Je crois qu’on va en parler, si ça n’est déjà fait (je ne lis toujours pas la presse).

Iliya Trojanow : Le Collectionneur de mondes ( Buchet chastel)
Pour voyager et s’ouvrir l’esprit … aux autres.
Totalement « différent », initiatique, envoûtant, peut-être un livre culte.
Voir ce lien pour une présentation "décalée" par l ‘auteur.

Coté français, surnagent :

Christian Oster : Trois Hommes seuls (Minuit)
La perfection du style et l’ironie d’un Flaubert scrutant l’insignifiance de la vie de trois messieurs Bobovary en tentative de villégiature (avec une chaise).
Prose parfaite (pour esthètes)

et accessoirement :

Régis Jauffret :  Lacrimosa (Gallimard)
La moitié d’un bon livre.
Peut mieux faire (la prochaine fois ?), mais c’est déjà pas mal (c'est un écrivain, à ce qu'il me semble).

Au final... Tout ça est peu de chose à coté de "la Vie sur terre" de Baudouin de Bodinat

On en reparlera...

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Urbain

lundi, 08 septembre 2008

Faut il coucher avec la droite pour réussir ? (épisode 3)

Avertissement : Ayant rédigé ce billet le 1er septembre, Jean-Michel Aphatie n'a annoncé que le 4 au soir l'abandon de son blog RTL et le 5 sa reprise ... Je vais vous narrer en exclusivité les véritables raisons de  ce pseudo retrait dans ce récit surprenant. Une discrétion de bon aloi se révèlerait la bienvenue par égard pour les protagonistes....

- " Oh la ! Oh la ! " fit une voix à l'accent délicat du Sud Ouest

1221019580.jpg- " je proteste é-ner-gi-que-ment! ". Je me retournai et vit Jean-Michel Aphatie dans un accoutrement féminin fort étrange : il était maquillé aussi discrètement qu'un vieux camion Berliet des années 1950 avec 1.030.000 km dans les roues et 30.000 kms au compteur, le dit véhicule passant la frontière polonaise afin d'être écoulé comme une occasion de première main.

- " Que vous arrive t-il, Jean-Michel ? Au fait, toutes mes félicitations pour votre magnifique promotion. " répliquai je, interloqué.

- " Monsieur Cui cui, je me suis vêtu symboliquement comme une jeune fille pure, délicate et vaporeuse pour montrer qu'il existe des tas de journalistes vierges de toute appartenance politique et idéologique . Personnellement, j'incarne la virginité vertueuse de notre profession et de l'indépendance de la Presse, je ne suis arrivé dans les hauteurs de la hiérarchie qu'à force de travail, d'objectivité, d'impartialité, de neutralité, d'impertinence et de compétence ! " Lança t-il péremptoire et fanfaron.

- " Mais de qui parlez vous, Jean-Michel ? " fis je ironique. " Mais de moi, voyons ! Who else ? " fit il courroucé !

- " Mais non, vous avez la mémoire courte ! Autrefois, vous avez été sympathisant socialiste, que je sache ? "

- " Ah oui mais j'étais jeune, je ne savais pas ce que je faisais et surtout, je pensais que la gauche allait se maintenir au pouvoir pour longtemps, m'sieur Cui cui ! " ajouta t-il rageur en lançant dédaigneusement mon billet manuscrit par terre.

- " Je comprends... " ricanai je, moqueur.

- " Au revoir monsieur le rédacteur en chef adjoint, monsieur le chroniqueur de Canal +, monsieur le chef politique de RTL, monsieur l'intervieweur de 7h 50 sur RTL, monsieur l'animateur du Grand Jury, monsieur le co-propriétaire avec RTL d'un des blogs le plus censuré du Web français... Six casquettes pour quelqu'un qui combat vigoureusement le cumul des mandats en arguant qu'on ne peut faire consciencieusement qu'un boulot à la fois, ça la fout plutôt mal, vous ne trouvez pas ? Sans oublier que vous donnez sans cesse votre avis sur tout et n'importe quoi, mêrme le foot ! " éructai je, sarcastique.

379265924.jpgIl se retourna furieux et fila en claudiquant, à cause de ses hauts talons, dans les couloirs de RTL, sans un mot en se tordant les chevilles qu'il avait énormes. Le claquement de ses pas s'estompa et on perçut jusqu'à la fin ce bruit crispant qui faisait penser à la démarche hésitante d'un vieux pirate blanchi sous le harnais, doté d'une jambe de bois trop bien cirée sur un sol en marbre...

Ma carrière de blogueur influent s'annonçait mal.

Soudain, dans le lointain j'entendis un choc lourd. Je me précipitai et tombai sur une forme  recroquevillée qui émettait des larmes, des râles de désespoir et des hoquets... J'aidai Jean-Michel, car c'était lui, à se relever ; il mit sa tête sur mon épaule. Son rimmel coulait sur sa joue.

- " Ah, mon Cui cui ! Je suis désespéré, figurez vous que durant mes vacances d'un mois et demi j'ai lu tous les billets du blog du "Village des NRV", un des successeurs du DEL et j'ai compris, à ce moment, à quel point vous aviez tous placé la barre haut ! Quel niveau ! Quels feux d'artifice ! Vous m'avez découragé : j'ai compris combien le talent était important pour mener à bien un blog ! Je ne faisais plus le poids ! Tant de génies réunis dans ce petit Village ! Impossible de faire mieux " Il sanglota longuement. " Impossible " gémit t-il en se parlant à lui même...

- " Je ne vous comprends pas : vous vous occupez d'un blog gratuitement, pour moi c'est inouï, à la limite criminel, vous êtes anonymes et vous cherchez à le rester, c'est de la folie douce, et personne dans votre Village ne désire être chef, on vous croirait presque en autogestion " à ce mot, il se signa furtivement trois fois. " Mais bon sang ! Quelles sont ces valeurs de merde que vous véhiculez ? " Réveillez vous ! Par Saint Trichet, y a de la thune et de la notoriété à se faire, y a de quoi s'éclater les miches en ce moment, Cui cui ! ". Il se remit à hoqueter, conscient d'avoir débité une ânerie viscéralement chevillée au mode de pensée dominant dans l'univers médiatique... Il se reprit.

- " Cette crise d'humilité fugace m'a fait du bien, mon petit oiseau,, désormais, je vais prendre le blog des NRV comme modèle ! Si vous condescendassiez à me donner quelques conseils judicieux, j'estime pouvoir m'en sortir ! D'ailleurs, je parlerais ce soir de votre Village à Canal + pour vous remercier officiellement. " Il éclata en sanglots, mon épaule lui servant de mouchoir. Je ne pu m'empêcher de penser que cet engagement ressemblait trop à une promesse électorale...

- " Courage Jean-Michel Aphatie, sous notre impulsion, vous ne pourrez que vous améliorer, envoyez nous un petit  billet, il passera intégralement sans rectification, car nous ne censurons jamais, nous !..." répliquai je dans un de ces stupides élans du coeur qui m'avaient  si souvent été fatals. "

Néanmoins, notre carrière collective de blogueurs influents s'annonçait plutôt bien.

Il s'éloigna, pieds nus, ses escarpins à la main, touchant et modeste ; humain. Pour une fois.

Il lui restait tout de même cinq casquettes grassement rémunérées. Il avait failli avoir eu le bon goût de quitter celle qui ne lui rapportait rien mais grâce à l'exemple du Village des NRV, il avait repris confiance...

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Le titre de mes sagas réclame, bien modestement, une réponse claire, vous l'aurez compris. Bien entendu, il vaut mieux coucher avec la droite pour réussir mais ces gros malins réclament plus : il vous faut épouser leurs points de vue. Et le mariage, c'est une question de tempérament... À chacun de voir...

Dans notre société, les oligarchies économiques de chaque pays disposent de suffisamment de richesses pour tout se payer sans mettre leurs finances en danger, la plupart des médias qu'elles convoitent ardemment (pour conforter leurs idées) et des journalistes qu'elles rémunèrent plus que grassement pour mieux les tenir.

Ces journalistes du haut du panier, ligotés par des salaires mirobolants et un train de vie paradisiaque, ne peuvent plus qu'obéir à leurs employeurs, pris qu'ils sont par l'engrenage infernal du matérialisme éffréné, et qui, à force de côtoyer les lambris et les ors des puissants, finissent par s'identifier à eux. Un peu à la manière de certains domestiques, qui par leur proximité, s'identifient avec une certaine morgue à leurs maîtres.

Toujours est il, mes amis, qu'avec ces deux aussi belles recrues, que sont Aphatie et Askolovitch, victimes consentantes du délit de lèche-majesté, je ne doute pas un seul instant que nos excellentes radios, Europe 1 et RTL avec ces nouveaux éléments dans leur état major, nous serviront à l'avenir des informations aux petits oignons !

Pourquoi riez vous? Vous ne me croyez pas ?

Mauvais esprits !

Ces aigris du Village, ils ont pris les plis détestables de l'ancien DEL, ils ne savent que critiquer ces pauvres journalistes de l'establishment !

Grum101177373.jpegmmpphhhhhh...

Jean-Michel Aphatie, l'imagination et l'inspiration au pouvoir, bordel de merde ! Brûlez votre conformisme béat sur l'autel de votre orgueil, par la moustache de Plekszy-Gladz !

À après.

NB : Ce récit est évidemment imaginaire et toute ressemblance avec des faits réels ne serait que pure spéculation... 

Cui Cui, acid  corsican /  bird corporation ( AC/BC)

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