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lundi, 31 mars 2008

Storytelling vs Divin Marché

Rencontre avec Christian Salmon auteur de Storytelling à la Librairie Tropiques, en partenariat avec la Revue Cassandre.

 

 

Pour voir la précédente rencontre organisée par les mêmes avec Dany-Robert Dufour autour de son livre Le Divin Marché,

 

10cf275c8763316afb9a890b343e17aa.jpgclic sur les petites têtes et tu verras le Divin enfant Dufour

 

 

 

 

 

 

 

Un avant-goût de la prochaine (si si cela vient) vidéo du débat avec Alain Badiou et Alain Brossat.

 

vendredi, 28 mars 2008

DÉCONOMIE DE CRISE (ENFER ET STAGNATION!)

En ces heures dramatiques où se joue sur l'échiquier mondial d'une globalisation hégémonique, galopante et sauvage le sort d'une Europe, empêtrée dans ses contradictions tant linguistiques que politiques, régionales, monétaires, philosophiques et culturelles, il nous a paru utile, voire fédérateur, de ramener en pleine lumière deux penseurs majeurs de notre civilisation dont les théories économiques, publiées l'une à la fin du XIXe siècle, l'autre dans les années 60 du siècle passé, ont bouleversé à jamais le paysage socio-lucratif de notre environnement sociétal.

 L'un s'appelle KARL MARX, l'autre RAYMOND BARRE.

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Résumer en quelques lignes une oeuvre aussi importante que celle de M. R.BARRE serait un travail de sisyphe. Nous nous contenterons d'analyser ici l'un des volets majeur de sa théorie : la fonction de coût des produits (notamment les matières premières) et comment elle influe sur la croissance d'un pays moderne (entendre par « moderne » un pays riche, industrialisé, non-communiste et de préférence à dominance de population blanche ou indo-européenne)

Voici en quelque lignes grossièrement tracées comment cette fonction se développe et s'articule:

« Si l'on introduit sur un marché quelconque tel que le marché financier à terme ou celui des bien d'équipement (mais sur le marché de Saint-Pierre de Maineville – 76- ça marche également) une quantité Q 1 égale à +/- 75 et équivalent à un investissement brut de 100 (ce qui n'a aucune espèce d'importance pour la suite du raisonnement), alors que la demande de ce même bien, une fois transformé en produit fini, n'est que de 230 grammes par semaine et par habitant, à laquelle s'ajoute une recherche marginale sustentatoire de 1/75 x 100 (a+B/x)*, la propension matinale à consommer croît en fonction inverse de la capacité de la France qui se lève moins tôt en raison de son accession au chômage de masse à désirer plus pour manger moins. »

*Cette unité de mesure ne s'applique qu'aux biens alimentaires. Il est bien évident que, pour les chaussures par exemple, on comptera en pieds (1 pieds = +/- 33 centimètres)

90727d9e38d937113e52f7295ccf856a.jpgUne image vaut mille mots. Comme on le voit très bien sur ce graphique (ou celui-là), le consommateur, ralenti dans son acte d'achat par la hausse du coût (et donc du prix car, comme chacun sait, c'est ce qui n'a pas de prix qui coûte le plus cher, et, par voie de conséquence, même si c'est le premier pas qui coûte, ce qui est prix est prix), a tendance à moins consommer et à garder son argent par devers à soie (comme dit l'économiste Lyonnais). L'économie se ralentit, le marché se dépeuple, les allées se vident, les bâches sont roulées par les employés municipaux, les petites camionnettes vertes ramassent les monceaux de cageots, on lave le sol à grand'eau, c'est… la récession (à quoi s'ajoute une mini-catastrophe écologique à l'échelon micro-local).

 Cette récession est donc le résultat de ce qu'il faut bien appeler désormais « le coût de Barre »

Cette vision fût longtemps admise dans la totalité de sa posalité objective par la plupart des analystes, spécialistes, conseillers et experts de tous bords et de toutes obédiences (mais, ne le sont-ils pas tous un peu ?) et certains auteurs neo-pragamatiques en vogue aujourd'hui (ou à redécouvrir, mais c'est une autre histoire) s'accordent même à lui trouver une certaine saveur sucrée (discrète, certes, mais tout de même présente).

Mais quand même, économiquement, c'est plutôt fâcheux.

39cf78e3f8269d012924f5d6377ac4ca.jpgTellement que cela peut conduire une grande nation comme la France à des bouleversements politiques graves. Remember 1981. Hausse du prix du pétrole dans les années 70, hausse du cours du diamant, monopole du coeur qui vole en éclat. Pour faire repartir la machine et retrouver enfin la croissance, une seule solution : revenir un temps à un régime socialiste et donc à une économie marxiste. Car enfin, qu'en est-il réellement de la doctrine de notre économiste à la barbe fleurie ? Pour le professeur Urbain de Losserand, si Raymond Barre met bien le doigt sur l'une des contradictions majeures du tout-économique, il oublie d'inclure dans son raisonnement la notion de plus-velue qui, selon le grand Karl, fait que l'on est passé plusieurs fois à un cheveux de l'effondrement irréfutable de la notion capillaire du système pileux notion de pilier du système capitaliste. C'est dans le très méconnu « à cause du peuple, traîté du bonheur des masses malgré elles » que Marx nous livre une esquisse de réponse ante-économicus à la drastique fonction de coût de notre ancien Premier Ministre-Economiste-Député-Maire-Sénateur-Professeur d'économie à Science-Po.

« En fait, explique K.M, le blocage dû au prix ne fait que traduire la nécessité fondamentale de bien alimenter le circuit économique au départ, c'est à dire d'agir sur la capacité musculaire de la force de travail du prolétariat et, surtout, d'entretenir sa croissance dans sa forme la plus dynamique. Il suffit donc, alors, de trouver la « nourriture » adéquate, susceptible de redonner à chacun des acteurs de l'économie défaillante l'énergie qui lui faisait défaut. »

 

Ce qui nous permet aujourd'hui de clamer bien haut :

le coût de Barre, Marx et ça repart !

 

la semaine prochaine : penseurs et pensements : F.de Closets : « Halte au Plus !!! » ou « la Plus Petite Commune Idée à l'usage du Plus Grand Commun Dénonciateur »

Robert Humbley

 Du même auteur « Le miroir aux allumés »

 

jeudi, 27 mars 2008

À Perpignan, c’est chaud, c’est sette, c’est chaussette…

 

3891cd2cd8610b2e8d1c01534944a13a.jpgLe dimanche 16 mars, j’étais dans un bureau de vote, à Perpignan, à attendre les résultats de l’une des candidates en lice pour les cantonales. J’entendais en fond sonore s’égrainer les noms d’Alduy (UMP) ou d’Amiel-Donat (PS) depuis le bureau voisin.

bceb1d119661ff2a0d653c54ef6e345f.jpg« Ma » candidate a soufflé le canton au gazier IOUÈMPI.

Les Municipales, quant à elles, ont basculé, dans un drôle de coup de théâtre…70295a4a9eb01d8bae1b2747d5d36ef3.jpg

Le dimanche 16 mars, j’étais bien loin d’imaginer la folle semaine qui allait s’ensuivre, après que fut mis en garde à vue Georges Garcia, dit « l’homme aux chaussettes sales ».
 

d7af75a00593abc043fe17c9bd630779.jpgManifestations, tous les soirs, à 18H00, devant la Mairie, puis la Préfecture (le Préfet ayant validé cette élection municipale – en représentant de l’État, que pouvait-il bien faire d’autre ?), conférence de presse, recherches nuit et jour sur la base des listes d’émargements, témoins du flagrant délit dans le bureau 4 (sur 66) à écouter, les membres de la liste dite d’opposition ont eu fort à faire pendant ces derniers jours. Le recours en invalidation de cette élection a été déposé vendredi 21 mars en fin de journée.959e71e7f7ff36f5a5e2f42e2c6518e7.jpg

Les médias locaux et nationaux n’ont eu de cesse de relayer les événements et/ou de venir sur place à la recherche de quelqu’un qui serait assez courageux pour dire ce qui n’avait pas encore été dit.

8f8d8fe60187a4301fd8ab5ad91bdd87.jpgLe plus étrange dans cette histoire, c’est le fait que personne n’ait remis en doute que la tricherie avait eu lieu en « faveur » d’Alduy. Comme une évidence. Même lui n’a pas remis en cause cette affirmation. Comme une évidence. Aujourd’hui, il a quitté la ville pour quelques jours, en vacances dit-on… Soit. Grand bien lui fasse.0e91b63323f9da1c9437a9b97f484621.jpg

Après avoir défrayé la chronique en 2005, au mois de mai précisément, avec les émeutes qui avaient secoué la cité, la ville de Perpignan a désormais pour symbole une chaussette. D’ordinaire, ça tient chaud une chaussette, ça peut même être jolie… Hélas, celle-ci dégage une odeur nauséabonde, une odeur qui laisse apparaître en transparence les dysfonctionnements de notre Démocratie, les manœuvres – plus ou moins réglementaires - de ceux que l’on appelle les élus afin de conserver cette chose qui tue tout : le POUVOIR (the POWER en angliche).

865e5c4bd63c39b7a2482fff0d8d9030.jpgJe ne fustige pas ici seulement les représentants de l’UMP, ce serait trop simple… Je crains que ces dysfonctionnements n’existent à bâbord comme à tribord. Tout le monde le sait et, pourtant, nous continuons toutes et tous… Oui, nous continuons notre route, malgré nos cris, nos paroles, nos écrits qui disent combien nous condamnons le mensonge, la magouille, les faux-semblants…

J’espère juste que le bruit que nous faisons, chacun dans son coin ou ensemble, fera suffisamment trembler les murs de la citadelle pour que les fissures s’élargissent et qu’un jour, la lumière puisse s’y frayer un chemin et ragaillardir la mine de la République, bien pâlote depuis de trop nombreuses années…

 

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Laflote

 

Merci à Dydem pour son illustration originale. Clic sur Dydem pour découvrir son blog et Mr Mr. clic aussi sur Mr Chaussette.

 

mardi, 25 mars 2008

Mai 68 n’a pas eu lieu

              
II) La réalité est une (mauvaise) habitude
Au cours du précédent billet, nous avons souligné que Mai 68 finalement n’avait jamais eu lieu. Formule que l’on peut entendre au moins de deux façons distinctes : Mai 68 ne s’est jamais concrétisé et n’a pas eu d’héritage véritable, ou bien encore, Mai 68, n’a pas de lieu exclusif dans lequel s’incarner et se fixer une bonne fois pour toutes. Mai 68, l’esprit de Mai, est partout là où une société se met en mouvement pour secouer le joug de ces trop nombreux rapports de force qui, au fil du temps, se sont cristallisés en habitudes collectives de penser et d’agir et se sont ainsi retrouvés «naturalisés», comme appartenant au substrat même du monde dans lequel nous vivons (cf. Herbert Marcuse, L’homme unidimensionnel, Minuit, 1968).

Les rapports de force dissimulés, travestis de mille manières sous des descriptions anodines, des règles non questionnables (qu’il s’agisse de textes législatifs ou règlementaires, ou de conventions de simple « bon sens »), de l’organisation hiérarchique, sous ses dimensions aussi bien formelles qu’informelles, de la société, etc., font partie intégrante de ce monde et lui donnent son apparence stable et familière. A partir de ce que nous acceptons, à travers le processus de socialisation, souvent plus proche d’un dressage que d’une formation à l’exercice d’un authentique jugement critique, quoi qu’on en dise, comme étant le «donné» de nos existences individuelles et collectives, se greffent toute une série de pratiques et de fonctionnements sociaux qui en découlent pratiquement.

Au point que nous n’en voyons même pas la violence répressive qu’elle opère sur nos conduites et nos libertés collectives (il serait vain de chercher une liberté individuelle dans un monde foncièrement constitué de soi-même au milieu de tous les autres, qui sont autant d’autres soi-même dont il faut tenir compte). La violence extrême des conditions de travail indignes, des salaires indécents ne permettant pas de vivre en membre de plein droit de la Cité, l’humiliation des « origines » ethniques ou/et sociales qui se traduit par le «droit» à n’occuper dans cette société qu’un strapontin, éventuellement monté sur un ressort puissant qui peut se détendre à tout moment et vous éjecter, sont quelques « données » de ce paysage. Et la liste n’est pas exhaustive.

Retenons simplement un cas évoqué dans la presse récemment. Celui des suicides au travail et de la manière dont le discours public des agents concernés (le patronat tout d’abord) décrit ce phénomène de sorte à le vider de tout lien avec une quelconque responsabilité patronale à faire quelque chose dans les entreprises et sur les conditions de travail pour endiguer cette vague inquiétante. Ce discours de chipotage de la représentante du Medef, proche du déni tant il cultive le doute qui l’avantage – un suicide au travail n’est pas forcément un suicide lié au travail – fait partie de cette «réalité» là, dans laquelle un argument est moins tenu pour s’inscrire dans un débat orienté vers l’action, réparatrice en l’occurrence, à mettre en place, qu’à figer des positions organisationnelles (ici patronat contre syndicats ; problème social versus problèmes d’ordre privé) afin de ne rien engager qui puisse faire bouger les lignes.
Si cette stratégie de la fausse parole est caricaturalement visible dans cette situation, il ne faudrait pas croire qu’il est un cas isolé. Cette forme de parole est exemplaire d’un rapport au monde qui ne nous est que trop familier, au point de ne plus le voir pour ce qu’il est : l’exercice d’une violence pure, reposant sur un rapport de pouvoir asymétrique. Soit le pouvoir unilatéral d’imposer sa vision du monde à autrui et d’orienter le débat public autour d’une version des faits qui préserve des intérêts bien compris, pendant qu’il bloque l’accès de revendications légitimes d’autres acteurs également concernés par le problème sur la scène publique.

Si bien qu’à chaque description d’une situation donnée, objet d’une controverse possible ou actuelle il convient de s’intéresser au fait de savoir qui, parmi tous ceux qui sont affectés par une situation problématique donnée, à divers titres, a accès à la parole publique et qui ne l’a pas. Autrement dit, quels intérêts sont présentés, défendus et lesquels ne le sont pas. Le débat public sur les questions sociales, ou d’intérêt général, ne relève évidemment pas de questions dont les parties prenantes sont désintéressées quant à l’issue bien concrète qui en est attendu. En tant que celle-ci appelle des mesures, des réparations, la reconnaissance de (nouveaux) droits, des indemnisations, des changements dans les modes de production, voire dans la législation ou encore dans les rapports sociaux, il ne saurait en être autrement.

Une manière d’insuffler un peu d’esprit de Mai dans cette machinerie sociale est bien de reconnaître les intérêts divergents, de perspectives, de classes, et d’autres, bref de tout ce qui s’avèrera pertinent, pour peu que cette pré-condition mette entre parenthèses l’évidence de rapports sociaux inscrits dans une vision du monde qui a pour elle la force de l’existant, c'est à dire au fond, l’équilibre d’un rapport de forces qui n’est pas nécessairement juste et équilibré pour autant. Et ne l’est justement pas.
Cette approche du monde social qui lie systématiquement le bon sens, l’ordre des choses, l’objectivité accomplie à une photographie immobilisant des intérêts en conflit, de sorte que le conflit ne se voit pas, ou, comme dans le cas des propos du Medef, ne se voit que trop mais ne possède pas de perspectives ni de modalités structurées et reconnues à partir desquelles ouvrir publiquement les vannes du débat, est un bon moyen de défaire la réalité de ses mauvaises habitudes. En effet, elle fait apparaître que la manière dont la réalité se présente n’est pas un donné, mais un enjeu, et que sa configuration précise dépend de l’action de tous les protagonistes dans un rapport de forces inégalitaire mais qui n’est pas voué à demeurer figé.

Au contraire, une telle approche peut être un levier pour toute action et réflexion qui trouve sa source dans une expérience singulière et qui, par le travail de description et de conceptualisation dont tout un chacun a la compétence, trouve le moyen de se généraliser en un enjeu plus large, en s’appuyant donc sur un moyen d’expression public. Ce qui permet ainsi de transformer ce que d’aucuns voient et voudraient faire prendre pour un cas isolé, un problème privé, en une question qui intéresse tout ou partie de la société dans laquelle cette question vient à se poser et requiert un traitement.

En ne partant pas d’idées abstraites mais bien de situations d’injustice, d’anomalies constatées au regard d’une certaine expérience vécue de la société qui est en rapport avec les exigences et aspirations de la vie en démocratie (ainsi en va-t-il des modes de fonctionnement de la finance internationale passée maître dans l’art de la privatisation des profits et de la socialisation des pertes – cf. L’interview de Frédéric Lordon en annexe), sans pour autant que ces aspirations ne se limitent aux seuls habitants des pays qui se réclament de ce régime, mais en visant à défendre la mise en place d’un standard universel, il est possible ainsi de donner un nouveau départ aux idées de Mai.

Il est principalement de la responsabilité – i.e. du pouvoir (ignoré) – des citoyens de s’organiser à partir et à travers cette activité de partage d’expériences et de thématisation collective en vue de la mise en œuvre de moyens de lutte concertés et pourquoi pas inédits sur des sujets d’intérêt général construits par le travail collectif, dans une théorisation populaire d’un vécu authentique. Ceci pour faire pièce à la nécrose de la vie sociale par les pouvoirs établis qui se présente sous l’apparence de la réalité qui s’impose à tous et pour enfin (ré)inventer cette aventure collective qu’est la vie en société.

Au sinistre et autiste « travailler plus » peut être substitué la formule «faire société», à la fois comme mot d’ordre, comme rappel d’un principe démocratique fondamental, comme exigence de respect d’un droit humain, sans doute le plus important d’entre tous reposant sur le fait que tout citoyen dispose d’une parcelle de la souveraineté nationale, laquelle a moins le statut d’un élément de patrimoine que celui d’un outil permettant de détruire et de (re)construire cet idéal social et politique qu’est l’être ensemble démocratique, dont aucun modèle ne préexiste et aucun n’a le pouvoir de s’imposer comme le plus accompli.
La faiblesse du rôle et de la place reconnus aux citoyens dans l’aventure collective de la vie de la Cité n’est elle-même que le produit d’une «réalité» d’un autre âge. Ce que Mai avait (re)commencé à pointer et à miner, après bien d’autres tentatives plébéiennes (cf. Martin Breaugh, L’expérience plébéienne : une histoire discontinue de la liberté politique, Payot, 2007) et avant beaucoup d’autres que nous ignorons encore, se rouvre sous nos yeux et attend nos actes pour secouer la torpeur des structures qui ne visent qu’à se pérenniser, quel que soit le coût de leur fonctionnement pour la société qui les héberge.
De nombreuses pistes peuvent être trouvées dans l’expérience de chacun, dans les rapports au travail, de nombreux outils sont disponibles (cf. Yves Sintomer, Le pouvoir au peuple : jurys citoyens, tirage au sort et démocratie participative, La Découverte, 2007) pour constituer, notamment via internet, mais pas seulement, des forums d’initiatives citoyennes, bref des modes de réinvestissement du politique par la base, de repolitisation de questions qui ont glissé au fil du temps et des intérêts dominants dans le registre du discours technique et notamment managérial. Avec pour effet de transformer la vie de beaucoup en un enfer aseptisé où le suicide a pu sembler à certains le seul moyen de faire entendre une voix qu’aucune oreille n’était disposée à écouter autrement.

A cet égard, d’un point de vue institutionnel, le référendum d’initiative populaire pourrait être un outil propre à faciliter cette réappropriation du politique par les citoyens.

Le réel, vraiment, peut-être tyrannique lorsque la novlangue a, seule, pouvoir de le représenter (cf. Jean-Claude Michéa, L’empire du moindre mal : essai sur la civilisation libérale, Climats, 2007). Nous vivons dans une société bruyamment silencieuse, beaucoup de bruit pour étouffer les voix qui ne s’alignent pas sur le consensus en trompe l’œil que les promoteurs du tout économique défendent becs et ongles, en totale discordance avec la condition, les attentes, les souhaits, les besoins de la majorité de la population.

Saurons-nous modifier la donne ?

« Je vois le monde un peu comme on voit l’incroyable.
L’incroyable, c’est ça, c’est ce qu’on ne voit pas » (Léo Ferré)
 
Annexe
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lundi, 24 mars 2008

MAI 68 N'A PAS EU LIEU

aeafa124da71e856ffb727767be7e17b.jpgI) Les constats
 
Au moment où les politiques, anciens combattants et les médias commémorent en chœur la dépouille de Mai 68, pour s’interroger, au mieux, sur ce qu’il en reste aujourd’hui, il est peut-être temps de s’interroger sur le chantier dont ce mois de mai, commencé en mars, a pu être l’esquisse.

Un chantier trop vite interrompu par une alliance obja408a733b3aa172ce0ecb39de321347a.jpgective des appareils étatiques, patronaux et syndicaux, et qui attend l’arrivée de nouveaux ouvriers pour siffler la reprise à l’endroit précis où les travaux ont été laissés en plan. Tout d’abord il convient de se rappeler qu’à cette époque la crise sociale n’a pas été déclenchée par une crise économique. La croissance annuelle était alors de 5%. C’était plutôt le corset d’une société d’avant-guerre qui se prolongeait dans les interdits portant sur les mœurs, dans l’exploitation des salariés, qui, s’ils trouvaient à s’employer facilement, ne bénéficiaient pas forcément des fruits de la croissance, qui s’est mis soudainement à craquer sous la poussée de nouvelles aspirations issues de la base, cette armée en déshérence des citoyens lambda qui s’est brutalement cristallisée sur un ensemble d’intérêts variés et mobilisateurs.

Un coup de tonnerre prenant tout le monde de court. Un tonnerre qui grondera bien au-delà des frontières hexagonales. Pour s’en tenir au cas français, une relecture de la période autorise à penser qu’il s’agissait dans ce mouvement, moins de réclamer l’accès du plus grand nombre à la société de consommation, naissante, qu’à la mise en place de nouvelles règles de vie commune, un partage différent du pouvoir au sein de la société, de l’entreprise, de la famille, du couple, que celui qui prévalait jusque là. La révolution en la matière portant sur la remise en cause des situations établies, des croyances, des routines prises pour la simple conformité des conduites individuelles et collectives à un état de fait naturel, objectif, s’imposant de lui-même, et garant de l’ordre social.

Mai 68 fut la découverte par le citoyen lambda que l’organisation sociale reposait sur des choix idéologiques, conçus par des intérêts qui ne disaient pas leur nom mais s’objectivaient dans des institutions déclinées dans des pratiques sociales qui réclamaient le respect le plus strict de la part des citoyens qui s’y trouvaient assujettis au nom d’intérêts supérieurs incontestables. Le mouvement eut à peine le temps de secouer le rideau de théâtre et plisser un temps le trompe l’œil que tout un chacun prenait pour la réalité indépassable, l’évidence même du « il n’y a pas d’alternative », « il n’y a pas de plan B » que les puissants de la terre affectent de marteler pour inquiéter les sans-grades et les faire filer doux, que le premier choc pétrolier des années soixante-dix vint mettre de l’ordre dans tout cela. Fini la « chienlit » des questions hétérodoxes posées jusqu’au fin fond du plus modeste atelier par le plus modeste des salariés sur ses conditions de vie, celles de ses compagnons d’infortune, celles des plus fortunés, le pouvoir était de retour en bon pompier pyromane.

L’urgence de la situation, une chute brutale de la croissance d’abord à 2,5% puis à moins par la suite, allait conduire à des potions amères dont les plus modestes allaient devoir absorber la plus grande quantité. C’est l’époque des licenciements de masse, présentées comme la conséquence de la crise, encore une évidence à laquelle tout le monde était soumis, du patronat à l’ouvrier. Puis vint la « solution » des délocalisations, toujours pour faire face à la concurrence et sauver ce qui pouvait l’être des entreprises pendant que les salariés se retrouvaient sur le carreau. D’abord les ouvriers, avec le drame de la sidérurgie, puis ce fut le tour des cadres. On commença alors à s’inquiéter ici et là des ravages de la « mondialisation ». Puis, plus récemment, on s’aperçut avec Vilvoorde, que les grandes entreprises pouvaient fermer des usines alors que leur résultat annuel était largement bénéficiaire.

On se rendit compte a posteriori que bon nombre d’entreprises avaient certainement profité de l’aubaine de la crise pour licencier à tour de bras sans que cela se voit et faire reposer le financement des personnes ainsi débarquées sur la solidarité collective, les caisses de chômage, puis les organisations humanitaires (naissance des « Restos du cœur »).


A la faveur de la crise économique majeure des années soixante dix, on était entré sans le savoir dans l’ère du capitalisme mondialisé purement financier imposant sa loi aux Etats impuissants ou/et complaisants. La construction européenne s’est faite à la même époque et sur les mêmes prémisses. L’Europe des Quinze, alors très largement dominée par les socialistes et sociaux-démocrates, a fait entrer le loup dans la bergerie et lui a désigné les brebis les plus grasses.

De toute cette page de notre histoire récente, et qui se poursuit de nos jours allègrement, les citoyens, en tant qu’agents politiques, ont été exclus. Seul leur statut de consommateur/producteur a été pris en compte dans les politiques de la plupart des Etats-membres. Un statut qui leur réserve le droit de faire ce que l’on attend d’eux – consommer les produits disponibles sur le marché et produire selon les règles et les contraintes édictées par d’autres.
Tout ce préambule pour en arriver à ce constat que les ferments qui ont conduit à l’éclatement de Mai 68 se retrouvent de nos jours. Une même aliénation de la plus grande partie des citoyens et résidants de l’Union européenne, qui porte si mal son nom, face aux intérêts des capitalistes, avec des institutions politiques au service des maîtres de l’économie. D’où résulte un mode de vie sévèrement encadré et délimité par les contraintes de la production dans une lutte incessante vers plus de productivité organisant une arène dans laquelle seuls les plus aptes à se confronter aux règles du jeu sont valorisés. Mais à la manière des machines technologiques qui ébouriffent – à bon compte – le bourgeois : wouaww, regarde ce que je peux faire avec ma caméra HD ! Et moi écoute mon MP3 !

Une citoyenneté réduite aux acquêts s’est (durablement ?) mise en place à qui l’on a seriné qu’elle devrait travailler plus pour se payer le dernier joujou hi-tech indispensable à la vie de chacun. Les paradis artificiels légaux se sont ainsi multipliés à travers une profusion d’objets formant autant de prothèses à travers lesquelles des formes d’action inenvisageables sans leur intermédiaire deviennent réalisables. Evidemment tout ceci ne se fait pas sans une modification progressive mais considérable du rapport à l’autre, atteignant même jusqu’à une forme de mise à distance d’autrui qui confine à un « altéricide » (Dominique Quessada, Court traité d’altéricide, Verticales | phase deux, 2007).

Quelque chose comme un processus d’homogénéisation des échanges dans le monde social sur le mode de la marchandise est en cours. Laquelle ne trouve rien sur son chemin, sauf à ce que l’esprit renouvelé de Mai vienne innerver les consciences et les citoyens au point que quelque chose puisse se constituer, de nouveau, en alternative à un monde façonné par et pour les possédants.

Qu’est-ce que l’esprit de mai si ce n’est le rappel que l’être et l’avoir diffèrent radicalement l’un de l’autre, que l’humanité est un projet sans cesse en devenir, que le « progrès » ne peut relever du seul registre économique, où le terme en question sert le plus souvent de cache-misère permettant toutes lesrégressions pour le seul profit d’une minorité, que la vie de chacun n’est pas à vendre au moins offrant, que la vie est ouverture sur l’inconnu et fait de chacun et de tous, leur existence durant, des explorateurs de mondes ignorés, pour leur propre compte mais aussi pour celui des autres, y compris des générations à venir.

Le Monde est une invention permanente, une aventure individuelle et collective sans fin assignable.  L’économie n’est qu’un aspect participant à la pérennité matérielle de cette aventure à la fois esthétique, cognitive, politique, relationnelle, sociale….

Elle ne saurait dominer l’ensemble de ces dimensions et ne saurait par là même occasion être l’affaire des experts et autres bonimenteurs de l’objectivité qui tirent les ficelles derrière l’apparent diktat du réel.

Alors qu’en est-il de nos jours du potentiel innovateur de l’esprit de Mai ?

Réponse dans le second numéro

 

A suivre....

 

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